Terme du glossaire
Rap français
Le rap français est le rap écrit et interprété en français, né en France au début des années 1980 dans le sillage du hip-hop new-yorkais et devenu, en quarante ans, le genre le plus écouté du pays. Il se reconnaît à une voix parlée et rythmée posée sur une boucle, d’abord une batterie sèche et un échantillon de disque, puis la grosse caisse 808 et les charlestons rapides de la trap, et à un travail sur la langue, ses rimes, son argot et son verlan, qui n’a pas d’équivalent ailleurs. Ses repères tiennent en quelques dates : le premier album autoproduit de Dee Nasty en 1984, la compilation Rapattitude en 1990, les premiers albums de MC Solaar, de Suprême NTM et d’IAM en 1991, puis L’École du micro d’argent d’IAM, paru le 18 mars 1997. Les années 2000 appartiennent à Booba, Rohff ou Diam’s, les années 2010 à PNL, Jul, Nekfeu, Orelsan, Damso ou Ninho, et les années 2020 à la drill de Gazo. En 2024, selon le Centre national de la musique, le rap représentait 42 % des écoutes du top 10 000 des titres en streaming en France. Il se parle aussi à Bruxelles, Genève, Montréal et Dakar. Cette fiche complète la fiche Hip-hop, consacrée aux origines américaines du genre : elle s’arrête sur ce qui est propre au rap en français, son histoire, sa langue, sa production en home studio et ses questions de droit.
- PériodeDepuis le début des années 1980 ; premier album en 1984, premiers succès en 1990 et 1991
- FoyerParis et sa banlieue, Marseille, puis toute la francophonie, de Bruxelles à Dakar et Montréal
- TempoAutour de 90 BPM pour le rap à échantillons des années 1990 ; autour de 140 BPM, ressentis deux fois plus lents, pour la trap et la drill ; le motif de cette fiche est à 140 BPM
- Rythme4/4 ; caisse claire sur les temps 2 et 4 dans le rap des années 1990, sur le troisième temps dans la trap et la drill
- InstrumentsÉchantillonneur, boîte à rythmes et grosse caisse 808, synthétiseurs, piano, et une voix souvent traitée à l’Auto-Tune
Le rap français en bref
- Origine : les radios libres et les terrains vagues de Paris au début des années 1980, la compilation Rapattitude en 1990, puis l’explosion de 1991 avec MC Solaar, Suprême NTM et IAM.
- Son : une voix au premier plan, d’abord sur une boucle échantillonnée et une batterie sèche, aujourd’hui sur une 808 qui tient la basse, des charlestons en rafales et une voix souvent passée à l’Auto-Tune.
- Trois albums : Qui sème le vent récolte le tempo de MC Solaar (1991), Dans ma bulle de Diam’s (2006), La fête est finie d’Orelsan (2017).
- En home studio : une boucle, une batterie, une 808 et surtout une prise de voix propre suffisent ; Logic Pro fournit l’échantillonneur, les synthétiseurs et la correction de hauteur sans rien acheter.
- Le point à connaître : échantillonner un disque demande deux autorisations, celle de l’éditeur et celle du producteur, et le rap français a déjà connu ses procès pour des samples non autorisés.
Trois albums pour entrer dans le rap français
- Qui sème le vent récolte le tempoMC Solaar, 1991
Enregistré en 1990 et 1991, produit par Jimmy Jay et publié chez Musicrama, le premier album de MC Solaar installe le rap français dans les classements. Son premier extrait, « Bouge de là », construit sur un échantillon de « The Message » du groupe londonien Cymande, atteint la 22e place du Top 50 le 22 septembre 1991 ; le morceau-titre emprunte, lui, « One Cylinder » du saxophoniste Lou Donaldson. Certifié disque de platine, l’album fait de Solaar le premier rappeur français à franchir ce cap, avec un rap calme, fait de jeux de mots et de boucles de jazz.
Écouter sur Apple Music - Dans ma bulleDiam’s, 2006
Sorti le 6 février 2006 chez EMI Music France, l’album de Diam’s réunit plusieurs producteurs, dont Tefa, Skread et DJ Maître. Il devient l’album le plus vendu de l’année en France, toutes musiques confondues, et il est certifié triple disque de platine, avec un single, « La Boulette (génération nan nan) ». Écoutez-le pour comprendre comment le rap, porté par une rappeuse, a conquis au milieu des années 2000 le public de la variété.
Écouter sur Apple Music - La fête est finieOrelsan, 2017
Sorti le 20 octobre 2017 chez 7th Magnitude, 3e Bureau et Wagram, l’album d’Orelsan est composé pour l’essentiel avec Skread, et deux titres avec Stromae. Certifié disque d’or en trois jours, puis diamant en huit mois, il est reconnu double diamant en janvier 2023, au-delà du million d’exemplaires. En 2018, il vaut à Orelsan la Victoire de l’album de musiques urbaines, celle de l’artiste masculin de l’année et celle du clip pour « Basique ».
Écouter sur Apple Music
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Qu’est-ce que le rap français ?
Le rap français est la branche francophone du hip-hop née en France : une voix qui scande un texte en rythme, sans mélodie fixe ou presque, sur une base instrumentale construite en boucle. Le mot désigne à la fois une musique faite en France et une musique faite en français : un rappeur de Bruxelles, de Genève ou de Montréal fait du rap francophone, publié et écouté sur le même marché. Il a repris au hip-hop américain ses outils, platines, échantillonneur, boîte à rythmes, puis ceux de la trap. Ce qui le distingue est ailleurs : dans la langue, qui impose ses propres rimes et ses syllabes muettes, dans une tradition de chanson à texte qu’il a parfois revendiquée, et dans une histoire sociale, celle des banlieues et des enfants de l’immigration, qu’il a racontée avant tout le monde.
Ce qui existait avant
Le rap arrive en France par la radio et par la danse. En 1980 naît à Paris Radio Nova, l’une des radios libres qui ouvrent l’antenne aux musiques nouvelles, et de 1981 à 1984 Sidney anime sur Radio 7 une émission hebdomadaire consacrée au rap. En novembre 1982, la tournée du New York City Rap Tour fait découvrir au public français Afrika Bambaataa, Fab 5 Freddy et le Rock Steady Crew. En 1984, TF1 confie à Sidney H.I.P. H.O.P., la première émission qui popularise la culture hip-hop en France ; elle s’arrête à la fin de l’année.
La même année, un DJ parisien, Dee Nasty, autoproduit Paname City Rappin’, présenté par Slate comme le premier album hip-hop français et pressé à mille exemplaires. Champion de France de DJ de 1986 à 1988, il organise des fêtes libres sur le terrain vague de la Chapelle, au nord de Paris, puis anime de 1988 à 1990 sur Radio Nova l’émission Deenastyle avec Lionel D. À Marseille, Akhenaton et Kheops forment en 1986 le Lively Crew, qui deviendra IAM.
La naissance du genre
Le premier vrai disque collectif est enregistré la nuit, de façon semi-clandestine, dans les studios de l’Ircam, en face du Centre Pompidou, pendant l’été 1989. Publiée en mai 1990 par le label Labelle Noir sous licence Virgin, la compilation Rapattitude réunit Assassin, Suprême NTM, Daddy Yod, Tonton David et Dee Nasty, et se vend, selon le Centre Pompidou, à cent mille exemplaires. Le titre « Peuples du monde » de Tonton David devient un tube, avec un clip réalisé par Mathieu Kassovitz. La même année, le Belge Benny B sort en mai « Vous êtes fous ! », qui monte à la troisième place du classement des singles en France.
1991 est l’année de l’installation. Le 22 septembre, « Bouge de là » de MC Solaar, construit sur un échantillon de « The Message » du groupe londonien Cymande, atteint la 22e place du Top 50. Son album Qui sème le vent récolte le tempo, produit par Jimmy Jay, est certifié disque de platine : Solaar est le premier rappeur français à franchir ce cap. Suprême NTM, le duo de JoeyStarr et Kool Shen formé en 1989 à Saint-Denis, publie Authentik, et IAM sort chez Labelle Noir et Virgin son premier album, …De la planète Mars. Le ministre de la Culture Jack Lang débloque cette année-là deux millions de francs pour les groupes de rap. En 1992 suivent Pourquoi tant de haine de Ministère A.M.E.R., le collectif de Sarcelles de Stomy Bugsy et Passi, et Le futur que nous réserve-t-il ? d’Assassin. En 1994, « Je danse le Mia » d’IAM se classe numéro un en France.
Le milieu des années 1990 ouvre ce que beaucoup appellent l’âge d’or. Une scène indépendante s’impose avec le collectif Time Bomb, La Cliqua ou Lunatic, le duo de Booba et Ali ; à la fin de la décennie viennent Ärsenik, la Mafia K’1 Fry, le Secteur Ä, la Scred Connexion et, à Marseille, la Fonky Family. Le 18 mars 1997, IAM publie L’École du micro d’argent, enregistré en partie aux États-Unis. Le disque dépasse le million d’exemplaires et reste, selon Wikipédia, considéré comme le meilleur album de rap français de tous les temps ; « Demain c’est loin » est souvent cité comme l’hymne du genre. En 2000, Lunatic publie sur son propre label, 45 Scientific, Mauvais œil, certifié disque d’or en 2002 sans l’appui d’une major, et le 113 reçoit la Victoire de la musique du meilleur album rap pour Les Princes de la ville. Le sociologue Karim Hammou recense environ 450 albums de rap en français entre 1990 et 2004.
D’où vient le mot
En argot américain, « to rap » veut dire parler, discuter. Le mot « rap » désigne la technique vocale, le mot « hip-hop » toute la culture, danse, graffiti et DJ compris. En France, on dit « le rap », « le rap français » ou, sur les plateformes et les réseaux, « le rap FR » ; « rap francophone » englobe la Belgique, la Suisse, le Québec et l’Afrique. Le vocabulaire du genre mêle l’anglais, le verlan, l’arabe, le wolof ou le lingala : un morceau est un « son », un instrumental une « prod » ou une « instru », une collaboration un « feat ». Les étiquettes naissent souvent d’une querelle : « rap conscient » circule dès 1989 avec « Nous vivons tous… » d’EJM, et l’expression moqueuse « rap zumba », née en novembre 2013 d’une dispute entre Rohff et Gims sur Twitter, désigne le rap taillé pour danser.
Une mutation plutôt qu’une fin
Le rap français n’a pas eu de fin, il a changé de son à chaque décennie. Dans les années 2000, Booba, sorti de Lunatic, publie en 2002 Temps mort, puis Ouest Side en 2006, son plus grand succès ; à partir de 2005, avec Rohff et La Fouine, il fait entrer en France le son du Dirty South, le rap du Sud des États-Unis, et l’esthétique du luxe affiché. Le 6 février 2006, Diam’s publie Dans ma bulle, album le plus vendu de l’année en France. En 2008, Booba devient avec 0.9 le premier rappeur français à assumer vraiment l’Auto-Tune sur tout un album.
Les années 2010 sont celles d’un renouveau en deux temps. D’abord un retour au rap à échantillons porté par Internet : le groupe 1995, avec Nekfeu et Alpha Wann, perce par les réseaux sociaux et publie en 2012 l’EP La Suite, vendu à trente mille exemplaires en un mois. Puis l’arrivée de la trap, ouverte en France par Kaaris et son album Or noir, sorti le 21 octobre 2013 et produit par Therapy. Le 4 décembre 2015, Booba, Jul et Rohff sortent chacun un album, et Nekfeu la réédition du sien, le même jour. PNL, le duo de deux frères des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, s’impose comme l’un des pionniers du cloud rap, un rap mélancolique et planant, et publie en indépendant Dans la légende le 16 septembre 2016. Jul, qui fonde en 2015 son label D’or et de platine, devient le plus gros vendeur de l’histoire du rap français. Le Bruxellois Damso, signé par Booba sur son label 92i, sort Ipséité le 28 avril 2017, Niska fait danser la France avec « Réseaux » le 14 juillet 2017, et Orelsan sort La fête est finie le 20 octobre 2017.
Les années 2020 prolongent la mutation. La drill, venue de Chicago par Londres, s’installe avec la série de freestyles « Drill FR » que Gazo lance en octobre 2019 et la mixtape Drill FR, parue le 26 février 2021 et numéro un des ventes. Le rap se mêle aux musiques africaines et au raï, et domine les plateformes : selon le bilan 2025 du SNEP, le syndicat des producteurs de disques, neuf des dix albums certifiés diamant cette année-là sont des albums de rap produits en France.
Le rap français en sept dates
- 1984Le premier albumDee Nasty autoproduit Paname City Rappin’, pressé à mille exemplaires ; sur TF1, Sidney anime H.I.P. H.O.P.
- 1990RapattitudeEn mai, Labelle Noir publie la compilation enregistrée la nuit à l’Ircam : Assassin, NTM, Tonton David, cent mille exemplaires.
- 1991L’année des premiers albumsMC Solaar, Suprême NTM et IAM publient leur premier album ; le 22 septembre, « Bouge de là » atteint la 22e place du Top 50.
- 1997L’École du micro d’argentLe 18 mars, IAM publie l’album souvent tenu pour le meilleur du rap français, vendu à plus d’un million d’exemplaires.
- 2008L’Auto-Tune s’installeAvec 0.9, Booba est le premier rappeur français à assumer l’effet sur tout un album.
- 2016Dans la légendeLe 16 septembre, PNL publie sur son propre label un album numéro un en France, en Belgique et en Suisse, certifié triple diamant.
- 2024Le premier genre du streamingSelon le Centre national de la musique, le rap pèse 42 % des écoutes du top 10 000 des titres en France.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit d’« Au DD », de PNL, sorti le 22 mars 2019 comme troisième extrait de l’album Deux frères. Le duo est formé de deux frères, Ademo et N.O.S, qui ont grandi aux Tarterêts, à Corbeil-Essonnes, et qui signent seuls leurs textes ; la production est de TrackBeatz. Le clip a été tourné en décembre 2018 au sommet de la tour Eiffel, privatisée pour l’occasion : PNL est le premier groupe à y tourner une vidéo, avec une aide de 80 000 euros du Centre national du cinéma selon Paris Zigzag. Mis en ligne le 22 mars 2019 au soir, il dépasse 4,6 millions de vues en treize heures, devient la vidéo la plus regardée de l’année sur YouTube en France et reçoit en 2020 la Victoire de la musique du meilleur clip. Le titre se classe numéro un en France et en Belgique francophone, et il est certifié disque de diamant.
Le morceau résume trente ans d’évolution. Écoutez d’abord la voix : chez PNL, l’Auto-Tune, ce logiciel qui recale la voix sur les notes justes, est omniprésent, et Slate le décrit placé « plutôt dans les graves », au service de la mélancolie plutôt que de la frime. Écoutez ensuite l’espace autour des mots : c’est le cloud rap, un rap « dans les nuages », dont le duo est l’un des pionniers. Comptez enfin les caisses claires sur une mesure : c’est la question du tempo écrit et du tempo ressenti, au cœur de la partie suivante. Comparez avec « Bouge de là » de MC Solaar, en 1991 : même goût du texte, mais une boucle échantillonnée, une voix nue et une caisse claire deux fois par mesure.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le rap français s’écrit en 4/4, quatre temps par mesure, et il a connu deux grandes manières de remplir ces quatre temps. La première est celle des années 1990, héritée du boom bap new-yorkais : un tempo autour de 90 battements par minute, une caisse claire sèche sur les deuxième et quatrième temps, une grosse caisse qui répond entre les deux, et une boucle échantillonnée par-dessus. C’est le son de MC Solaar, d’IAM, de NTM, de la Fonky Family ou de Lunatic, et la fiche Hip-hop en donne le motif de référence, à 90 BPM.
La seconde manière arrive en France au début des années 2010 avec la trap, puis avec la drill. Le tempo écrit monte autour de 140 BPM, mais la caisse claire, souvent doublée d’un clap, ne tombe plus qu’une fois par mesure, sur le troisième temps : l’oreille entend une pulsation deux fois plus lente, autour de 70, le half-time ou « demi-temps ». Le charleston court alors en doubles-croches ou en roulements, pendant que la voix garde une allure posée. La grosse caisse est une 808, du nom de la boîte à rythmes Roland TR-808 : une note grave, longue et accordée, qui joue à la fois la grosse caisse et la basse.
Voici un motif de trap tel qu’on l’entend dans le rap français depuis le milieu des années 2010, sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches, à 140 BPM. Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse 808 frappe au pas 1, puis aux pas 8 et 11, en décalage. Le clap et la caisse claire tombent ensemble au pas 9, le troisième temps, une seule fois par mesure. Le charleston joue toutes les croches, plus fort sur les temps, puis accélère en doubles-croches à la fin de la mesure, aux pas 13 à 16, pour relancer la boucle. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; la longue tenue de la 808 et les roulements de charleston ne sont pas reproduits.
Écoutez le motif seul, en battant la mesure sur le clap : vous comptez naturellement quatre temps lents, pas quatre temps rapides. Cochez ensuite la variante : une grosse caisse de plus au pas 15 et deux charlestons supplémentaires aux pas 6 et 12 suffisent à rendre la mesure plus nerveuse. Le lecteur joue droit et ne reproduit ni la longue queue de la 808, ni les roulements de charleston en triples-croches ou en triolets que la trap affectionne ; dans Logic Pro, on les obtient avec le mode Note Repeat du Step Sequencer, comme l’explique la partie consacrée au home studio. Pour retrouver le rap des années 1990, descendez à 90 BPM, déplacez le clap sur les pas 5 et 13 et remplacez la 808 par une grosse caisse courte : vous changez d’époque sans changer de mesure.
L’harmonie
Le rap est une musique de boucle : l’harmonie tient en deux ou quatre mesures qui tournent sans changer de tonalité, le plus souvent en mineur. Dans les années 1990, elle est souvent imposée par l’échantillon : le 113 échantillonne Kraftwerk, Alpha Blondy, Diana Ross et Marvin Gaye sur Les Princes de la ville, et IAM emprunte des notes de piano électrique à Lalo Schifrin pour « L’Enfer ». Avec la trap, la boucle est jouée ou programmée, mais l’esprit reste le même : peu d’accords, une couleur sombre, rien qui oblige à conclure. Les mélodies s’appuient souvent sur le mineur naturel, parfois sur le mode phrygien, un mineur dont la deuxième note est abaissée d’un demi-ton et qui sonne plus menaçant.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; « ♭II » désigne un accord bâti sur la deuxième note abaissée d’un demi-ton. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « maj7 » une septième majeure, « 9 » une neuvième, et « ♯9 » une neuvième augmentée. Les quatre premières grilles sont en la mineur, la dernière en do majeur, sa gamme voisine ; chacune dure quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les à 140 BPM, l’allure de la trap, puis ajoutez la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur ou en do majeur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
Le rap français n’a jamais eu d’orchestre type : il a eu des machines, et la liste des machines a changé avec les décennies.
- L’échantillonneur, ou sampler, qui enregistre un fragment de disque et le rejoue en boucle ou découpé sous des pads : c’est l’instrument de Jimmy Jay pour MC Solaar, de DJ Mehdi pour le 113 ou d’Imhotep pour IAM.
- Les disques eux-mêmes, soul, funk, jazz, musique de film, variété française ou africaine : « Bouge de là » repose sur « The Message » de Cymande, et le titre « Qui sème le vent récolte le tempo » sur « One Cylinder » du saxophoniste Lou Donaldson.
- La boîte à rythmes et la grosse caisse 808, devenues dans les années 2010 le cœur du son, au point de remplacer la basse.
- Les synthétiseurs, le piano et les cordes, joués ou programmés, qui remplacent peu à peu l’échantillon dans la trap.
- La guitare, électrique ou acoustique, qui revient avec les influences africaines et les mélodies chantées.
- La voix enfin, devenue elle-même un instrument depuis que l’Auto-Tune la recale sur les notes.
La voix et la forme
La voix du rap est parlée et rythmée : elle n’a pas de mélodie fixe, mais un placement précis sur la grille, que l’on appelle le flow. Le français lui pose des problèmes particuliers. Ses accents tombent en fin de groupe de mots plutôt qu’au début, ses « e » muets se prononcent ou s’avalent selon le rythme voulu, ses liaisons collent les mots entre eux. Les rappeurs français en ont fait des outils : rimes riches sur plusieurs syllabes, assonances internes qui reviennent plusieurs fois par mesure, mots coupés ou étirés pour tomber sur le temps, verlan, l’argot qui inverse les syllabes, et emprunts à l’anglais, à l’arabe ou aux langues d’Afrique. Le texte est au centre : MC Solaar joue sur les mots, IAM raconte, NTM interpelle, Booba aligne des formules courtes, PNL murmure.
La forme la plus courante alterne des couplets de seize mesures et un refrain de quatre ou huit, souvent chanté. Depuis les années 2010, le refrain chanté à l’Auto-Tune, les « ad-libs », ces petites interjections ajoutées en arrière-plan, et les collaborations entre rappeurs, les « feats », sont devenus la norme. À côté du morceau, le rap français cultive le freestyle, une improvisation ou un texte rappé hors album : à la radio, dans l’émission Planète Rap de Fred Musa sur Skyrock, lancée en 1996, ou en série sur YouTube, comme les « Drill FR » de Gazo.
Exercice d’écoute
Écoutez « Bouge de là » de MC Solaar, puis « Tonton du bled » du 113, puis « Au DD » de PNL, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : la ligne de basse de « Bouge de là » est-elle jouée en studio par un bassiste pour le morceau ?
- Question 2 : la mélodie orientale de « Tonton du bled » a-t-elle été composée pour le 113 ?
- Question 3 : les voix d’« Au DD » sont-elles laissées telles qu’elles ont été enregistrées ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. Le morceau repose sur un échantillon de « The Message », un titre du groupe londonien Cymande, formé au début des années 1970. Ce que vous apprenez : le rap français des débuts se construit comme le rap américain, en découpant des disques, et une boucle bien choisie suffit à porter un texte.
- Réponse 2 : non. Elle vient d’un échantillon de « Harkatni Eddamaa » du chanteur Ahmed Wahby, dont les ayants droit ont ensuite poursuivi le groupe et DJ Mehdi en justice. Ce que vous apprenez : une musique traditionnelle ou étrangère n’est pas libre pour autant, et un sample non autorisé peut rattraper un tube des années plus tard.
- Réponse 3 : non. Comme presque toujours chez PNL, les voix passent par l’Auto-Tune, poussé jusqu’à devenir un timbre. Ce que vous apprenez : dans le rap d’aujourd’hui, la correction de hauteur n’est plus un outil caché, c’est un choix de son qui se règle avec autant de soin qu’un instrument.
Rap français, hip-hop et chanson : ce qui les sépare
Ces mots se recouvrent souvent, et les artistes passent de l’un à l’autre ; quelques repères aident pourtant à s’y retrouver.
Rap et hip-hop : la technique et la culture
Le hip-hop désigne une culture née dans le Bronx au début des années 1970 : le DJ, le rap, la danse et le graffiti. Le rap n’en est qu’une partie, la parole rythmée. En France, la culture est arrivée d’un bloc, par la danse et la radio, mais c’est le disque, et donc la voix, qui a conquis le public : on parle de rap français bien plus que de hip-hop français.
Rap français et rap américain
Le rap français a toujours regardé les États-Unis : le boom bap new-yorkais dans les années 1990, le Dirty South et le luxe affiché après 2005, la trap d’Atlanta et la drill de Chicago, passée par Londres, dans les années 2010. Mais il a gardé deux traits propres. Le premier est la langue, qui oblige à inventer d’autres rimes, d’autres placements et un autre argot. Le second est un marché à part : en 2022, un article de la Sacem cité par Wikipédia voyait en France la culture hip-hop la plus active d’Europe, sur un marché que seuls les États-Unis dépassent. Son public se trouve surtout dans les pays francophones, de la Belgique au Québec et à l’Afrique.
Rap et chanson française
La chanson française repose sur une mélodie chantée et un texte, le rap sur une parole rythmée et une boucle. Les deux se sont longtemps tenus à distance, puis rapprochés. MC Solaar s’est fait connaître dès 1991 par ses jeux de mots, un terrain que la chanson à texte connaît bien. Diam’s a signé en 2006 l’album le plus vendu de l’année, toutes musiques confondues. Orelsan a reçu en 2018 la Victoire de la musique de l’album de musiques urbaines et celle de l’artiste masculin de l’année, face aux chanteurs. Et depuis que l’Auto-Tune et les refrains chantés se sont généralisés, une bonne partie du rap des années 2020 se chante autant qu’il se rappe.
Rap, trap et drill : des branches, pas des genres à part
La trap et la drill sont des manières de produire, nées aux États-Unis puis à Londres, que le rap français a adoptées : 808 accordée, charlestons en rafales et caisse claire sur le troisième temps pour la première, lignes de 808 qui glissent d’une note à l’autre et caisses claires décalées pour la seconde. Un rappeur français peut passer d’une instru boom bap à une instru trap d’un album à l’autre, et beaucoup le font. « Rap français » désigne donc un répertoire et une langue ; « boom bap », « trap » ou « drill », une façon de fabriquer le son. Si vous cherchez précisément l’un de ces sons, ce sont ces fiches qu’il faut ouvrir.
Sous-genres et scènes
- Le rap à échantillons des années 1990Années 1990, autour de 90 BPMBoucles de soul, de jazz ou de musique de film, batterie sèche : MC Solaar, IAM, NTM, Lunatic, la Fonky Family, revenus en 2012 avec le groupe 1995.Lire la fiche Boom bap
- Le rap marseillaisDepuis la fin des années 1980D’IAM et de la Fonky Family à Psy 4 de la Rime, Soprano et Jul, une scène qui a toujours tenu tête à Paris, jusqu’au projet collectif 13’Organisé en 2020.
- Le rap conscient et engagéDepuis 1989Le rap qui raconte et dénonce, du « Nous vivons tous… » d’EJM à Kery James, La Rumeur, Médine, Keny Arkana ou Youssoupha.
- Le rap de rueDepuis le milieu des années 1990Le récit cru du quartier, de Lunatic, de la Mafia K’1 Fry et de Rohff à Lacrim, Kaaris ou Ninho.
- La trap françaiseDepuis le début des années 2010, autour de 140 BPM808 accordée et charlestons en rafales, ouverte en France par Kaaris et Or noir en 2013, puis portée par SCH, Niska ou Koba LaD.Lire la fiche Trap
- Le cloud rapDepuis le milieu des années 2010Un rap planant et mélancolique, voix noyée d’Auto-Tune et de réverbération, dont PNL est l’un des pionniers.
- L’afro trapDepuis le milieu des années 2010Le mot est lancé par MHD : des rythmes et des mélodies d’Afrique de l’Ouest, parfois des paroles en wolof ou en peul, sur une base de rap.Lire la fiche Afrobeats
- La drill françaiseDepuis 2019, autour de 140 BPMLa drill britannique adaptée par Gazo, Freeze Corleone ou Ziak, avec ses 808 glissantes et ses caisses claires décalées.Lire la fiche Drill
- Le rap francophoneDepuis 1989Belgique, Suisse romande, Québec, Sénégal : des scènes qui ont leur histoire et vendent sur le même marché que la France.
Le rap francophone ne se réduit pas à des rappeurs venus faire carrière à Paris. En Belgique, Benny B vend dès 1990 « Vous êtes fous ! » à des centaines de milliers d’exemplaires, puis une génération bruxelloise, Damso, Hamza, Roméo Elvis, Caballero et JeanJass, s’impose dans les années 2010. En Suisse romande, Stress, arrivé d’Estonie en 1989, voit son troisième album, Renaissance, se classer premier en Suisse, et le collectif genevois Superwak Clique réunit Makala, Di-Meh et Slimka. Au Québec, La force de comprendre de Dubmatique dépasse en 1997 les 150 000 exemplaires, avant Muzion, Loco Locass, Alaclair Ensemble et Loud, et un long débat sur le franglais. Au Sénégal, Positive Black Soul, fondé à Dakar en 1989 par Didier Awadi et Doug E. Tee, rappe en wolof, en français et en anglais ; MC Solaar, né à Dakar, l’invite en octobre 1992 à faire sa première partie dans la ville.
La démarche artistique
Le rap français est d’abord une affaire de texte. Là où d’autres genres se définissent par un rythme ou un instrument, celui-ci se juge d’abord à ce que dit le rappeur et à la façon dont il le place. Le travail commence souvent par l’écriture, sur un carnet ou un téléphone, avant même d’avoir une instru, et il se poursuit en cabine, où une phrase se réécrit pour tomber sur le temps. Pour un compositeur, cela change tout : une prod de rap doit laisser de la place, éviter les mélodies qui couvrent la voix, et servir un texte qu’elle n’a pas encore entendu.
C’est ensuite une musique de collectif. Les collectifs des années 1990, le label Côté Obscur d’IAM, Time Bomb à Paris, la Mafia K’1 Fry dans le Val-de-Marne ou le Secteur Ä dans le Val-d’Oise, fonctionnent comme des ateliers : on y écrit ensemble et on s’invite sur les disques. Le groupe 1995 reproduit ce modèle dans les années 2010, et le « feat » reste la façon la plus sûre de présenter un nouveau venu au public d’un autre.
C’est aussi une musique de l’indépendance. Lunatic fonde en 1999, avec Geraldo et le journaliste Jean-Pierre Seck, le label 45 Scientific, qui décroche un disque d’or sans major. Booba crée ensuite son propre label, 92i, sur lequel paraît en 2016 le premier album de Damso. PNL publie tout sur son label, QLF Records, et a longtemps évité les interviews dans la presse. Jul quitte en 2015 son label pour fonder D’or et de platine, et produit lui-même ses instrus : il compose chaque morceau dans Pro Tools, puis écrit et enregistre sa voix dessus, en trois ou quatre heures. Cette indépendance a un prix : il faut tout financer, tout négocier, et connaître ses droits.
C’est enfin une musique qui a souvent eu affaire à la justice pour ses mots. Après des propos contre la police tenus en concert en 1995, Suprême NTM est condamné à six mois de prison, une peine ramenée en appel à deux mois et 50 000 francs d’amende ; la même année, Ministère A.M.E.R. est condamné à 250 000 francs d’amende pour des propos tenus en interview. La liberté d’expression d’un artiste est large, mais elle n’est pas sans limites.
Sur scène, le rap pose un problème particulier : la configuration historique est un rappeur et un DJ, mais les disques d’aujourd’hui sont faits de dizaines de pistes, de voix doublées, d’ad-libs et d’une voix corrigée en direct. Beaucoup d’artistes jouent sur une bande où seules les voix principales sont retirées. Une alternative consiste à jouer une partie de la musique en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, l’instrumental lancé par le module Playback, un piano ou des nappes répartis par plages de touches, et la tranche du micro avec ses effets, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, réglez avec soin le niveau du micro et la correction de hauteur avant de monter sur scène, afin que la voix reste au-dessus de la 808 dans une salle qui résonne. Les parties impossibles à jouer, les doubles, les ad-libs ou une séquence de charlestons, peuvent tourner sur la bande. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
Le rap français aujourd’hui
En 2026, le rap est le premier genre écouté en France. Selon l’étude du Centre national de la musique sur la diversité musicale en streaming, il représentait en 2024 42 % des écoutes du top 10 000 des titres, soit environ 30 milliards d’écoutes, et 40 % des titres de ce classement. Le bilan 2025 du SNEP, publié en mars 2026, va dans le même sens : neuf des dix albums certifiés diamant dans l’année, c’est-à-dire 500 000 ventes ou leur équivalent en streaming, sont des albums de rap produits en France, dont ceux de Tiakola, Gazo, Gims et SCH, et les albums de Werenoi figurent parmi les vingt meilleures ventes.
Les records parlent d’eux-mêmes. En février 2023, Ninho comptait 45 singles certifiés diamant. Jul partageait en août 2022 le record de huit triples disques de platine avec Johnny Hallyday, Mylène Farmer et Jean-Jacques Goldman. Le clip d’« Au DD » a dépassé les 223 millions de vues. Depuis 2016, le SNEP compte les écoutes en streaming dans les certifications d’albums, ce qui a donné au rap un poids inédit dans les classements.
Le son, lui, se partage entre plusieurs courants : la drill, installée par Gazo à partir de 2019 ; les musiques africaines, de l’afro trap lancée par MHD aux morceaux de Gazo et Tiakola ; le raï, que Soolking mêle au rap ; et le rap à échantillons, qui revient régulièrement. Les frontières avec la chanson s’effacent aussi : beaucoup de rappeurs chantent désormais leurs refrains, Auto-Tune à l’appui.
Faire du rap français en 2026 sans copier la playlist du moment
- Partez du texte : c’est lui qui distingue un rappeur d’un autre, bien plus que le choix entre trap, drill ou boom bap.
- Trouvez votre placement en rappant d’abord sans instru, sur un simple métronome, puis choisissez la prod qui sert ce placement.
- Fabriquez un son qui vous appartient : un échantillon de vos propres enregistrements, une 808 réglée par vous, plutôt qu’un pack que des milliers de morceaux utilisent déjà.
- Réglez l’Auto-Tune comme un instrument, ou ne l’utilisez pas : un réglage par défaut s’entend tout de suite.
- Soignez la prise de voix avant tout le reste : une voix mal enregistrée ne se rattrape pas au mixage.
- Si vous échantillonnez un disque, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et samples » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
Dee NastyParis, premier album en 1984
AssassinRapattitude, 1990
MC SolaarPremier album, 1991
IAMMarseille, depuis 1989
Oxmo PuccinoParis, Opéra Puccino
Kery JamesRap conscient, depuis les années 1990
Diam’sDans ma bulle, 2006
Nekfeu1995, puis Feu en 2015
OrelsanLa fête est finie, 2017
PNLCorbeil-Essonnes, QLF Records
JulMarseille, D’or et de platine
GazoDrill FR, 2021
Faire une prod de rap français dans Logic Pro
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro. Studio Piano, un piano virtuel, est apparu avec Logic Pro 11.
Prenez les étapes dans l’ordre : on part ici de la batterie et de la boucle, parce qu’un rappeur écrit sur une instru qui tourne, puis on passe à la voix, qui est le vrai sujet du genre. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La prod trap et drill » : une batterie qui tient et une 808 bien réglée valent mieux qu’une instru de quarante pistes où la voix n’aura plus de place.
Le tempo, la grille et le groove
- Choisissez votre époque : 88 à 95 BPM pour un rap à échantillons façon années 1990, 140 BPM, en demi-temps, pour la trap et la drill du motif de cette fiche.
- Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
- Pour une prod boom bap, quantifiez la batterie en doubles-croches, puis réglez le Q-Swing de la région entre 54 et 58 % : 50 % correspond à un jeu droit, et Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair. La fiche quantification détaille ces réglages.
La prod boom bap à l’échantillonnage
- Enregistrez vous-même la matière à échantillonner : quatre mesures de piano électrique, de guitare ou de cordes jouées avec Vintage Electric Piano, Studio Piano ou Studio Strings, exportées en fichier audio.
- Glissez ce fichier dans Quick Sampler et passez en mode Slice : Quick Sampler découpe l’échantillon et assigne chaque tranche à une touche.
- Rejouez les tranches dans un autre ordre au clavier, plutôt que de laisser tourner la boucle d’origine : c’est le geste qui fait d’un emprunt une composition.
- Pour caler un extrait sur le tempo du projet, utilisez Flex Time, réservé à l’audio, et vérifiez que l’option Flex & Follow de la région est activée.
- Créez une piste Drum Machine Designer, choisissez un kit sec et programmez la grosse caisse aux pas 1 et 11, la caisse claire aux pas 5 et 13, le charleston sur les pas impairs.
- Ajoutez une note fantôme de caisse claire au pas 16, à une vélocité de 30 à 40, pour relancer la boucle.
- Sur le bus de batterie, essayez une compression parallèle : un Compressor très marqué mélangé au signal propre donne la densité des batteries des années 1990.
La prod trap et drill : la 808 et les charlestons
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique.
- Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, le clap et la caisse claire au pas 9, et le charleston sur les pas impairs, plus les pas 14 et 16, comme dans le lecteur.
- En mode Velocity, donnez au charleston une vélocité plus forte sur les temps, autour de 100, que sur les autres pas, autour de 70.
- Pour les roulements de charleston, passez en mode Note Repeat et réglez un pas sur 2 pour deux notes rapides, sur 3 pour un roulement en triolets plus serré, sur 4 pour une rafale : le Step Sequencer accepte de 1 à 16 répétitions par pas.
- Pour la 808, chargez ES2 sur une autre piste et gardez une seule onde sinusoïdale : Retro Synth n’a pas d’onde sinusoïdale, c’est bien ES2 qu’il faut ouvrir.
- Réglez l’enveloppe d’amplitude avec une attaque nulle, un maintien à zéro et un déclin de 600 à 1 200 millisecondes, selon la longueur de note voulue. La fiche ADSR explique ces réglages.
- Pour l’attaque percussive, envoyez dans le routeur d’ES2 une enveloppe très courte vers la hauteur des oscillateurs, avec une intensité modérée.
- Pour les glissements de la drill, réglez ES2 sur une seule voix en mode legato, montez le paramètre Glide et faites chevaucher les notes qui doivent glisser.
- Jouez la 808 sur les mêmes pas que la grosse caisse du motif, en suivant la fondamentale de chaque accord de la grille.
- Placez un Channel EQ sur la 808 et coupez sous 30 Hz : cette énergie inaudible mange de la marge sans rien apporter.
Les accords et la mélodie
- Jouez l’une des cinq grilles de cette fiche sur Studio Piano, Vintage Electric Piano ou un son de cloche d’Alchemy, en accords serrés entre le do central et l’octave au-dessus.
- Pour « Le demi-ton de la drill », laissez l’accord de si bémol sonner un peu plus fort que les autres : c’est lui qui assombrit la boucle.
- Si vous ne jouez pas du clavier, insérez le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche.
- Ajoutez une mélodie de quatre ou huit notes dans l’aigu, répétée telle quelle : dans la trap, une mélodie courte et entêtante vaut mieux qu’un thème développé.
- Gardez le médium aussi libre que possible : c’est là que la voix devra passer.
La prise de voix en home studio
- Choisissez un micro cardioïde, qui capte surtout ce qui est devant lui : un micro dynamique pardonne une pièce non traitée, un micro statique à large membrane donne plus de détail mais entend aussi la pièce.
- Placez le rappeur loin des murs nus et des fenêtres, jamais au centre d’une pièce vide ni dans un angle.
- Accrochez une couverture épaisse, une couette ou des panneaux absorbants derrière le rappeur et sur les murs latéraux proches : ce sont eux qui renvoient les réflexions dans le micro.
- Montez un filtre anti-pop à quelques centimètres de la capsule et placez la bouche à environ quinze ou vingt centimètres derrière lui.
- Enregistrez en 24 bits et réglez le gain pour que les passages les plus forts culminent autour de moins 10 dBFS sur le vumètre de la tranche.
- Faites écouter l’instru au casque fermé, pas au point qu’elle fuie dans le micro.
- Enregistrez plusieurs prises complètes de chaque couplet dans un dossier de prises, puis composez la meilleure version phrase par phrase avec le montage par balayage, le Quick Swipe Comping.
- Enregistrez les doubles et les ad-libs sur des pistes séparées, jamais sur la piste de la voix principale.
L’Auto-Tune et la correction de hauteur
- Pour l’effet entendu chez PNL ou Jul, insérez Pitch Correction, l’effet de correction de hauteur de Logic Pro, en premier sur la piste de voix.
- Réglez Root Note et Scale/Chord sur la tonalité de la grille, la mineur pour les quatre premières grilles de cette fiche.
- Baissez Response vers zéro : plus la valeur est basse, plus la voix saute d’une note à l’autre au lieu de glisser, et plus l’effet devient audible.
- Baissez aussi Tolerance : une valeur basse corrige plus vite et plus fort, une valeur haute laisse passer le vibrato et les nuances.
- Si une note de la gamme ne vous plaît pas, retirez-la de la grille avec le bouton Edit Scale.
- Pour une correction discrète et naturelle, préférez Flex Pitch dans l’éditeur de pistes audio : vous corrigez les notes une à une, sans effet robotique.
- L’Auto-Tune d’Antares, qui a donné son nom à l’effet, se trouve aussi en module payant ; la fiche Auto-Tune raconte son histoire.
Le mixage de la voix rap en français
En rap, la voix se mixe en avant, au-dessus de la 808 et du clap, et chaque syllabe doit s’entendre. Le français ajoute deux difficultés : il compte beaucoup de sifflantes et de chuintantes, les sons « s », « z », « ch » et « j », qui agressent vite l’oreille une fois la voix compressée, et il avale volontiers ses fins de mots, qu’un mixage trop sombre fait disparaître.
- Insérez un Channel EQ et placez un filtre passe-haut entre 80 et 100 Hz pour dégager la place de la 808.
- Cherchez une éventuelle résonance de la pièce entre 200 et 500 Hz et atténuez-la de quelques décibels, pas plus.
- Insérez un premier Compressor avec un rapport de 3 pour 1 et environ 4 dB de réduction, puis un second à 4 pour 1 pour 3 dB de plus : deux étages sont plus stables qu’un seul compresseur très marqué.
- Insérez DeEsser 2 après la compression et réglez-le sur la zone des sifflantes, souvent entre 5 et 9 kHz selon la voix, jusqu’à ce que les « s » et les « ch » cessent de piquer sans que la voix ne zézaie.
- Ajoutez une légère hausse de présence vers 3 à 5 kHz si les consonnes manquent de netteté.
- Automatisez le volume des fins de phrase et des mots importants plutôt que de compresser davantage : c’est la meilleure garantie d’intelligibilité.
- Placez les doubles un peu plus bas que la voix principale, et les ad-libs en retrait, répartis à gauche et à droite avec le panoramique, qui va de moins 64 à plus 63.
- Envoyez la voix dans un auxiliaire de Tape Delay ou de Stereo Delay synchronisé au tempo plutôt que dans une longue réverbération, qui brouillerait le texte ; ChromaVerb, réglé sur une petite pièce, suffit à donner de l’air.
- Vérifiez régulièrement le mixage en mono et à faible volume, sur un téléphone ou des écouteurs : c’est là que le rap est le plus souvent écouté.
Le mixage et le master
- Décidez qui tient le grave : dans la trap, la 808 fait la basse, et une seconde basse ne ferait que la masquer.
- Si la grosse caisse et la 808 se chevauchent, raccourcissez la 808 au moment de la frappe ou baissez-la de quelques décibels avec un Compressor en Side Chain piloté par la grosse caisse.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : autour de moins 14 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, vous êtes au niveau auquel les plateformes ramènent les morceaux.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
- Exportez aussi une version instrumentale et une version a cappella : les radios, les plateformes de freestyle et les remixeurs vous les demanderont.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Quick Sampler ni correction de hauteur : Dee Nasty a enregistré son titre « Funk a Size » de Rapattitude dans son home studio, et les autres titres de la compilation ont été captés la nuit dans les studios de l’Ircam.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un beatmaker de rap travaille vite et en série : il trouve une boucle en quelques minutes, pose une batterie et passe à la suivante, puis trie plus tard, souvent avec le rappeur. Jul pousse cette logique jusqu’au bout : selon Wikipédia, il compose lui-même chaque instru dans Pro Tools, puis écrit et enregistre sa voix dessus, en trois ou quatre heures par morceau.
La deuxième habitude est de faire confiance à l’urgence. Le groupe 1995 a enregistré son EP La Suite en dix jours. Une prise de voix pleine d’énergie, avec un souffle ou une syllabe imparfaite, vaut mieux qu’une prise propre mais éteinte : les rappeurs gardent souvent la première bonne prise plutôt que la dixième.
La troisième habitude est de penser à la voix dès la prod : laisser un trou dans le médium, simplifier la boucle pendant les couplets, réserver les éléments chargés aux refrains. Enfin, un point d’époque : aucun des outils de Logic Pro cités ici n’existait en 1991. Pour retrouver l’esprit des premiers disques, limitez-vous à une boucle, une batterie et une voix.
Les cinq erreurs du débutant
- Remplir l’instru : une prod qui occupe tout le médium ne laisse aucune place au texte, et le rappeur devra crier pour passer.
- Enregistrer dans une pièce vide : les réflexions des murs collent à la voix et aucun plug-in ne les retire vraiment.
- Laisser l’Auto-Tune par défaut : une correction réglée sur la mauvaise tonalité fait sonner la voix faux tout en la robotisant.
- Mixer la voix trop bas, ou trop sombre : en français, les fins de mots disparaissent les premières.
- Échantillonner un disque sans autorisation : un sample non déclaré peut bloquer la sortie d’un morceau ou finir devant un tribunal, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Poser une boucle, une 808 et une prise de voix pour un morceau de rap s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons pour le rap ?
Dans Logic Pro
- Drum Machine Designer pour la batterie, et le Step Sequencer pour les roulements de charleston.
- ES2 pour les 808 synthétisées et leurs glissements, Alchemy pour les nappes et les sons de cloche.
- Quick Sampler, en mode Classic ou Slice, pour faire d’un enregistrement une boucle découpée.
- Pitch Correction et Flex Pitch pour la voix, DeEsser 2, Compressor et Channel EQ pour la traiter.
- Les Apple Loops livrées avec le logiciel, à filtrer par genre : selon Apple, elles sont utilisables sans redevance dans vos morceaux.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à crédits, très large catalogue de rap, de trap et de drill, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Sample Magic et Black Octopus : banques de batteries, de 808 et de boucles mélodiques.
- The Drum Broker : spécialisé dans les batteries de hip-hop.
- Freesound et Looperman : gratuits, mais la licence varie d’un fichier à l’autre et impose parfois de citer l’auteur.
Instruments virtuels
- Native Instruments : Maschine reproduit le travail sur pads, Kontakt sert de base à de nombreuses banques.
- Spectrasonics : Keyscape pour les pianos et claviers, Omnisphere pour les nappes.
- Spitfire Audio : la série LABS, gratuite, fournit des pianos, des cordes et des textures.
Voix et caractère
- Antares : l’Auto-Tune d’origine, en plusieurs versions.
- Celemony : Melodyne, pour corriger la hauteur et le placement note par note.
- iZotope : Nectar pour la voix, et Vinyl, gratuit, pour le bruit de surface d’un vieux disque.
Pour choisir votre micro, votre casque et vos écoutes avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique du rap français
- FlowLa façon dont un rappeur place ses syllabes sur la grille rythmique : son débit, ses accents, ses respirations.
- PunchlineUne phrase construite pour frapper, souvent par un jeu de mots ou une image, placée en fin de vers ou de couplet.
- EgotripUn texte où le rappeur fait son propre éloge et rabaisse ses rivaux ; un exercice de style plus qu’une confession.
- FreestyleUn texte rappé hors album, improvisé ou écrit, à la radio, en concert ou en vidéo.
- FeatAbréviation de l’anglais featuring : la participation d’un autre artiste à un morceau.
- ProdL’instrumental d’un morceau de rap, qu’on appelle aussi l’instru ; le beatmaker est celui qui la fabrique.
- 808La grosse caisse grave et longue de la boîte à rythmes Roland TR-808, accordée sur les notes, qui sert de basse dans la trap et la drill.
- Half-time« Demi-temps » : une caisse claire par mesure au lieu de deux, qui fait entendre un morceau à 140 BPM comme un morceau à 70.
- Auto-TuneLogiciel de correction de hauteur d’Antares, devenu le nom de l’effet qui recale la voix sur les notes jusqu’à la robotiser.
- VerlanL’argot qui inverse les syllabes des mots, « l’envers » devenant « verlan », omniprésent dans les textes de rap.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Bouge de là »MC Solaar, 1991 | Modéré | Boom Bass, Jimmy Jay | Une boucle de basse échantillonnée sur « The Message » de Cymande et un texte plein de jeux de mots : « Bouge de là » atteint la 22e place du Top 50 le 22 septembre 1991. |
| « Demain c’est loin »IAM, 1997 | Modéré | Non précisée | Une boucle sobre sous un long récit : la retenue de la prod laisse toute la place au texte, et le morceau est souvent cité comme l’hymne du rap français. |
| « Tonton du bled »113, 1999 | Modéré | DJ Mehdi | Une mélodie échantillonnée chez le chanteur Ahmed Wahby : un single certifié disque d’or, puis des poursuites engagées par les ayants droit du sample. |
| « Zoo »Kaaris, 2013 | Ressenti lent | Therapy | Un titre d’Or noir, sorti le 21 octobre 2013 : l’album est tenu pour l’un des disques les plus importants du rap français, et Kaaris pour celui qui y a fait entrer la trap. |
| « Réseaux »Niska, 2017 | Dansant | Pyroman | Un tube sorti le 14 juillet 2017 : numéro un en France et en Belgique, certifié diamant, la preuve que le rap peut aussi se danser. |
| « Au DD »PNL, 2019 | Ressenti lent | TrackBeatz | Une voix à l’Auto-Tune et un clip tourné au sommet de la tour Eiffel : le cloud rap au sommet des ventes et de YouTube. |
Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes. « Ressenti lent » signale un morceau en demi-temps, écrit vite mais perçu deux fois plus lentement. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et samples
Le rap français est né chez de petites maisons adossées aux majors : Labelle Noir publie Rapattitude en 1990 et le premier album d’IAM en 1991, sous licence Virgin, et MC Solaar débute chez Musicrama. Dès la fin des années 1990, les rappeurs créent leurs structures : 45 Scientific pour Lunatic en 1999, puis 92i pour Booba, QLF Records pour PNL, D’or et de platine pour Jul en 2015. Les majors restent présentes, et Gazo est en août 2020 le premier artiste signé par Epic Records France ; mais une partie de la production sort aujourd’hui sans label, par des services de distribution numérique.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; dans le rap, le beatmaker est compositeur de l’instru et le rappeur auteur de son texte, et leurs parts se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
Une précision propre au rap : l’instru achetée en ligne, souvent sous licence non exclusive. Lisez ce que la licence autorise, nombre d’écoutes, monétisation des vidéos, synchronisation, et vérifiez que la prod ne contient pas elle-même un sample non autorisé : c’est vous qui publierez le morceau.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou un jeu vidéo, est un débouché important pour le rap. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Un morceau dont vous avez composé et enregistré toute la musique se place beaucoup plus facilement qu’un morceau bâti sur un sample.
Samples, voix et interpolations : ce que dit le droit
- Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite, en la réinterprétant, ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem. Modifier les paroles ou la musique, en revanche, demande leur accord.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Aucune durée n’est libre. La règle des « deux secondes » ou des « quatre mesures » n’existe dans aucun texte, et l’exception de courte citation du Code de la propriété intellectuelle ne couvre pas, en pratique, l’échantillonnage musical.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, portant sur un extrait de deux secondes d’un titre de Kraftwerk, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir, filtrer ou découper un extrait ne suffit pas tant qu’on le reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie ou une ligne de basse protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Une musique étrangère ou traditionnelle n’est pas libre pour autant. « Tonton du bled » du 113 repose sur un échantillon de « Harkatni Eddamaa » du chanteur Ahmed Wahby, et les ayants droit de celui-ci ont ensuite poursuivi le groupe et son producteur, DJ Mehdi, en justice.
- Une voix enregistrée n’est pas libre non plus, même quand elle ne chante pas. Le 17 octobre 2025, la cour d’appel de Paris a condamné le producteur et la maison de disques du morceau « Des gens beaux » de Grand Corps Malade, qui reprenait 33 secondes de la voix d’un journaliste tirées d’une interview radio sans son accord : la cour a écarté le droit d’auteur et les droits voisins, mais retenu l’atteinte au droit sur la voix, attribut de la personnalité, et ordonné 10 000 euros de dommages et intérêts et le retrait de la voix des exploitations futures. Échantillonner une interview, un discours ou un extrait de film demande donc aussi de penser aux personnes qu’on entend.
- La procédure s’appelle la clearance : on écrit au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, en indiquant la durée de l’extrait et l’usage prévu, et la contrepartie prend la forme d’un forfait, d’un pourcentage sur les recettes, ou des deux. Comptez des semaines, parfois des mois, et prévoyez une version sans le sample si la réponse tarde.
- « Non commercial » ne change rien : mettre gratuitement en ligne un morceau contenant un sample non autorisé reste une contrefaçon, punie en France par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède une 808, un roulement de charleston ou un flow. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip compte autant que le morceau, comme l’a montré « Au DD », notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter le rap français
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Rap français, la découverte30 titres · 1 h 59
De Dee Nasty (1984) à Gazo (2021) : quarante ans de rap en français, des radios libres à la drill, de Paris à Marseille, Bruxelles, Montréal et Dakar.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le rap français
Les pionniers, des radios libres à 1991
- Dee Nasty
- Sidney
- Lionel D
- Tonton David
- Assassin
- Suprême NTM
- IAM
- Akhenaton
- MC Solaar
- Ministère A.M.E.R.
- Benny B
- Démocrates D
L’âge d’or des années 1990
- Shurik’n
- Fonky Family
- Lunatic
- 113
- DJ Mehdi
- Doc Gynéco
- Passi
- Stomy Bugsy
- Ärsenik
- Secteur Ä
- Mafia K’1 Fry
- Oxmo Puccino
- Ideal J
- La Cliqua
- Les Sages Poètes de la Rue
- Expression Direkt
- Saïan Supa Crew
- La Rumeur
- Scred Connexion
- Fabe
- Lady Laistee
- Rohff
Les années 2000
- Booba
- Kery James
- Sinik
- Diam’s
- La Fouine
- Disiz
- Sefyu
- Youssoupha
- Médine
- Keny Arkana
- Casey
- Sniper
- Psy 4 de la Rime
- Soprano
- Rim’K
- Mac Tyer
- Lino
- Hocus Pocus
- Sexion d’Assaut
Le renouveau des années 2010
- 1995
- Nekfeu
- Alpha Wann
- Gims
- Orelsan
- Casseurs Flowters
- Bigflo & Oli
- Lomepal
- Vald
- Kaaris
- Lacrim
- Gradur
- PNL
- Jul
- SCH
- Niska
- MHD
- Ninho
- Naps
- Heuss l’Enfoiré
- Koba LaD
- Soolking
- Laylow
- Josman
- Dinos
Drill, trap et années 2020
La francophonie : Belgique, Suisse, Québec, Sénégal
Questions fréquentes
Quel est le premier rap français ?
Des disques rappés en français circulent dès le début des années 1980, et le premier album est souvent présenté comme celui de Dee Nasty : Paname City Rappin’, autoproduit en 1984 et pressé à mille exemplaires. Le premier disque collectif marquant est la compilation Rapattitude, parue en mai 1990, et les premiers grands succès arrivent en 1991 avec « Bouge de là » et l’album de MC Solaar, suivis des premiers albums de NTM et d’IAM.
Quelle est l’histoire du rap français en quelques étapes ?
Les radios libres de Paris au début des années 1980 ; Rapattitude en 1990, puis MC Solaar, NTM et IAM en 1991 ; l’âge d’or de la fin des années 1990, avec L’École du micro d’argent ; Booba, Rohff et Diam’s dans les années 2000 ; 1995, la trap de Kaaris, PNL, Jul, Nekfeu, Damso et Orelsan dans les années 2010 ; la drill de Gazo et la domination du streaming dans les années 2020.
Le rap est-il le genre le plus écouté en France ?
Oui, en streaming. Selon le Centre national de la musique, le rap représentait en 2024 42 % des écoutes du top 10 000 des titres en France, et 40 % des titres de ce classement. Selon le bilan 2025 du SNEP, neuf des dix albums certifiés diamant cette année-là sont des albums de rap produits en France.
Comment faire une prod de rap français dans Logic Pro ?
Réglez le projet sur 140 BPM, créez une piste Drum Machine Designer et programmez au Step Sequencer une grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, un clap au pas 9 et un charleston sur les croches, avec des roulements en mode Note Repeat. Ajoutez une 808 synthétisée dans ES2 avec une onde sinusoïdale, puis une grille mineure comme « La mélancolie trap » sur un piano ou une nappe. Pour un son des années 1990, descendez vers 90 BPM et découpez une boucle dans Quick Sampler, en mode Slice. La partie « Faire une prod de rap français dans Logic Pro » détaille chaque réglage, de la prise de voix au master.
A-t-on le droit d’utiliser un sample dans un morceau de rap ?
Oui, avec deux autorisations : celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement. Aucune durée n’est libre, et depuis l’arrêt Pelham de 2019, même deux secondes reconnaissables sont protégées. Sans autorisation, le morceau est une contrefaçon, même diffusé gratuitement. Les solutions sûres sont vos propres enregistrements, les banques libres de droits dont vous avez lu la licence, et les sons fournis avec Logic Pro.
Sources
- « Rap français » (hip-hop en France), Wikipédia en français, et « French hip-hop », « Belgian hip-hop », « Swiss hip-hop », « Senegalese hip-hop », « Afro trap », « Music quota » et « Planète Rap », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia consacrés aux albums, titres et artistes cités, notamment « Dee Nasty », « Qui sème le vent récolte le tempo », « Suprême NTM », « IAM (band) », « L’École du micro d’argent », « Ministère A.M.E.R. », « Les Princes de la ville (album) », « Booba », « PNL (groupe) », « Jul (rappeur) », « Damso », « La fête est finie », « Ninho », « Gazo (rapper) », « Hip-hop québécois » et « Liste des albums de diamant en France », consultés en octobre 2026.
- Centre Pompidou, « Le jour où NTM et les pionniers du rap ont enregistré au Centre Pompidou » ; INA, « Pioneers of hip-hop : the compil Rapattitude » ; Slate, « L’éternelle jeunesse du hip-hop français », et son article sur l’Auto-Tune comme moyen d’expression du rap ; La Libre Belgique, « L’Auto-Tune, triche ou coup de génie ? », 25 juillet 2019.
- Purebreak, sur la sortie du clip « Au DD », 23 mars 2019 ; Paris Zigzag, sur le tournage du clip à la tour Eiffel.
- Centre national de la musique, « La diversité musicale en streaming audio », année 2024 ; Purecharts, « Marché de la musique en France : les 10 infos à retenir du bilan 2025 du SNEP », 18 mars 2026.
- Cour d’appel de Paris, pôle 5, chambre 2, 17 octobre 2025, n° 23/11112, commenté par le cabinet DDG ; Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; articles L122-5 et L335-4 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, notamment les pages consacrées à Pitch Correction et au Step Sequencer, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
