Terme du glossaire
Polka
La polka est une danse de couple et une musique de danse à deux temps, notée 2/4, née en Bohême, dans l’actuelle République tchèque, dans les années 1830. Elle se reconnaît à son « oum-pa » : une note de basse sur chaque temps, un accord bref sur chaque contretemps, un tempo vif et des mélodies carrées, découpées en phrases de huit mesures que l’on retient au premier passage. Sa naissance est entourée d’une légende, celle d’une jeune femme, Anna Slezáková, qui aurait inventé le pas en 1830 ; l’histoire, publiée pour la première fois en 1844, n’a jamais été prouvée. Ce qui est établi, c’est la mode qui suit : Prague vers 1835, Vienne en 1839, Paris en 1840, où l’on parle de « polkamania », Londres en 1844. Johann Strauss fils et son frère Josef en font une pièce de concert, de la « Tritsch-Tratsch-Polka » à la « Pizzicato-Polka », et Smetana un emblème tchèque. Portée ensuite par l’accordéon et les fanfares, elle gagne les bals de France, les villages de Slovénie, d’Autriche et d’Allemagne, puis les immigrés d’Amérique, avec Frankie Yankovic et un Grammy qui lui est réservé de 1986 à 2009, et le Texas et le nord du Mexique, où elle devient le socle du conjunto et du norteño. Au Paraguay, le mot désigne même une musique qui mêle deux et trois temps. Longtemps rangée au rayon des bals de village, la polka revient par la parodie, le punk et les fanfares de rue, et elle reste l’une des façons les plus simples d’apprendre ce qu’est un accompagnement qui fait danser.
- PériodeDepuis les années 1830 ; apogée européenne de 1840 à 1900, puis américaine au XXe siècle
- FoyerBohême, puis Vienne et Paris ; plus tard la Slovénie, l’Autriche, le Midwest américain, le Texas et le nord du Mexique
- TempoVif ; le motif de cette fiche est à 120 BPM à la noire, soit deux mesures de 2/4 par tour du lecteur
- Rythme2/4, basse sur le temps et accord sur le contretemps : le « oum-pa »
- InstrumentsAccordéon, clarinette, trompette, tuba ou basse, guitare, caisse claire et grosse caisse ; l’orchestre symphonique chez les Strauss
La polka en bref
- Origine : la Bohême des années 1830, d’où la danse gagne les salles de bal de Prague, de Vienne puis de Paris, où éclate en 1840 la « polkamania ».
- Son : un oum-pa à deux temps, la basse sur les temps, l’accord sur les contretemps, une mélodie carrée confiée au violon, à l’accordéon, à la clarinette ou à la trompette.
- Trois albums : le Concert du Nouvel An 2012 du Philharmonique de Vienne, la compilation Trompeten-Echo de Slavko Avsenik et ses Oberkrainer, Polka! All Night Long de Jimmy Sturr (1996).
- En home studio : une signature en 2/4, un oum-pa programmé au pas à pas, un accordéon trouvé dans la bibliothèque ou fabriqué au synthétiseur, des cuivres de Studio Horns et une batterie de fanfare suffisent pour une première polka dans Logic Pro.
- Le point à connaître : le nom ne garantit pas la mesure. La polka-mazurka des Viennois et la polka paraguayenne se jouent à trois temps, ou en mêlant deux et trois temps.
Trois albums pour entrer dans la polka
- New Year’s Concert 2012Mariss Jansons et le Philharmonique de Vienne, 2012
Le 1er janvier 2012, Mariss Jansons dirige pour la deuxième fois, après 2006, le concert du Nouvel An du Philharmonique de Vienne, le soixante-douzième de l’histoire, au Musikverein. Le programme aligne une dizaine de polkas de la famille Strauss : la « Tritsch-Tratsch-Polka », op. 214, chantée par les Petits Chanteurs de Vienne, comme « Feuerfest! », une polka française de Josef Strauss, la « Pizzicato-Polka » écrite à deux par Johann et Josef, ou les polkas rapides « Unter Donner und Blitz » et « Tik-tak ». Le disque a compté parmi les meilleures ventes de l’année en Autriche, et il permet d’entendre côte à côte la polka rapide, la polka française et la valse.
Écouter sur Apple Music - Trompeten-Echo, 50 große ErfolgeSlavko Avsenik et l’Original Oberkrainer Quintett
Formé en 1953 à Begunje, en Slovénie, par les frères Slavko et Vilko Avsenik, l’ensemble prend en 1959 le nom d’Original Oberkrainer Quintett : accordéon, clarinette, trompette, baryton et guitare, un petit groupe de cuivres greffé sur un trio populaire. Cette compilation de cinquante titres porte le nom allemand de son plus grand succès, « Na Golici », devenu « Trompeten-Echo » quand l’animateur Fred Rauch l’a fait passer à la radio bavaroise. L’ensemble a vendu plus de trente millions de disques et donné plus de dix mille concerts, dont trois à la Philharmonie de Berlin.
Écouter sur Apple Music - Polka! All Night LongJimmy Sturr, 1996
Clarinettiste, saxophoniste, arrangeur et producteur de ses propres disques, Jimmy Sturr a remporté dix-huit des vingt-cinq Grammy du meilleur album de polka décernés de 1986 à 2009. Paru en 1996 chez Rounder, Polka! All Night Long lui vaut celui de 1997, le deuxième d’une série de quatre d’affilée. Ses treize titres, près de trente-sept minutes en tout, montrent jusqu’où s’ouvre la polka américaine : une reprise d’« Edelweiss », la chanson de Rodgers et Hammerstein, « Big Ball’s in Cowtown », et « Alice », jouée deux fois, la seconde en version rock pour clore le disque.
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Qu’est-ce que la polka ?
La polka est à la fois une danse et un genre de musique de danse. La danse se pratique en couple, face à face, et tourne autour de la salle ; son pas de base est un pas suivi de deux demi-pas chassés, l’un des pieds venant « chasser » l’autre, avec un petit sautillement. La musique est à deux temps : une mesure de 2/4 contient deux noires, et chaque noire se divise en deux croches. Le premier temps est appuyé, le second plus léger, et entre les deux l’accompagnement frappe un accord sur le contretemps, la moitié du temps qui tombe entre deux battements du pied. C’est ce va-et-vient, que l’on chante « oum-pa, oum-pa », qui fait reconnaître une polka en deux secondes, qu’elle soit jouée par un orchestre viennois, une fanfare tchèque, un accordéoniste de Cleveland ou un groupe norteño.
Ce qui existait avant
Au début du XIXe siècle, la Bohême appartient à l’empire des Habsbourg et ses villages dansent depuis longtemps des danses de couple à deux et à trois temps. Les historiens voient dans la polka une version plus rapide de la valse, qui triomphe alors à Vienne, et ils relient son succès au romantisme, qui idéalise la culture paysanne : une danse « du peuple » devient soudain désirable dans les salons. Elle arrive aussi au bon moment. Face aux quadrilles, des danses de groupe aux figures réglées, la polka propose une danse de couple libre, enlevée, que l’on apprend vite.
La naissance : une légende, puis une mode
Le récit le plus connu de sa naissance est une légende. Publié pour la première fois en 1844 dans le périodique pragois Bohemia, il raconte qu’en 1830 une jeune femme, Anna Slezáková, née Chadimová, dansait d’une façon inhabituelle sur un air populaire ; un maître de musique, Josef Neruda, l’aurait remarquée, aurait noté l’air et enseigné le pas aux jeunes gens du lieu. Les versions ne s’accordent même pas sur l’endroit : Hradec Králové, Kostelec nad Labem ou le village de Labská Týnice. Aucun document de 1830 ne confirme l’histoire, publiée quatorze ans après les faits supposés, quand la polka était déjà à la mode : il faut la lire comme un mythe d’origine, pas comme un fait.
La suite, elle, est documentée. La polka entre dans les salles de bal de Prague vers 1835, atteint Vienne en 1839, et c’est un maître de danse de Prague, Johann Raab, qui la présente à Paris en 1840. La capitale s’en entiche au point qu’on parle de « polkamania ». La première vedette de cette folie est une jeune danseuse des bals publics, Élise Sergent, surnommée « la reine Pomaré » : remarquée à partir de 1843 à la Grande-Chaumière puis au bal Mabille, sacrée « reine de la polka » par la presse, suivie par Théophile Gautier, elle meurt à vingt-deux ans. Sa rivale devenue amie, Céleste Mogador, affirme dans ses Mémoires avoir appris la polka en cinq heures. En 1844, la danse atteint Londres, où Jules Perrot en fait un ballet, et elle traverse l’Atlantique : en Amérique, elle restera populaire dans les salles de bal jusqu’à la fin du siècle, surtout chez les immigrés d’Europe centrale, du Nord et de l’Est.
D’où vient le mot
Deux explications circulent, et aucune n’a fait taire l’autre. L’historien tchèque de la culture Čeněk Zíbrt rattache le mot au tchèque půlka, « la moitié », allusion au demi-pas de la danse et à sa mesure à deux temps. L’autre piste y voit le mot tchèque polka, « la Polonaise », un hommage rendu aux Polonais après l’insurrection de novembre 1830-1831 contre la Russie ; cette seconde hypothèse, très répandue, manque de sources solides. Le mot passe dans les grandes langues européennes au début des années 1840. En français, on dit « la polka », au féminin. La polka n’a donc rien de polonais à l’origine, ce qui n’a pas empêché la Pologne, puis les Polonais d’Amérique, d’en faire une de leurs musiques.
Une mutation plutôt qu’une fin
La polka change trois fois de monde. Dans les années 1850, à Vienne, elle devient une musique de concert : la famille Strauss en distingue plusieurs sortes, la polka française, plus mesurée et plus élégante, la polka rapide, ou Schnellpolka, influencée par le galop, et la polka-mazurka, à trois temps, dont Johann Strauss fils écrit le premier exemple familial en 1854. À partir de la fin du XIXe siècle, elle passe aux fanfares et à l’accordéon : en Bohême, les orchestres de cuivres de la dechovka, la musique d’harmonie populaire, en font leur pain quotidien, et c’est l’un d’eux qui donnera au monde, à la fin des années 1920, l’une des polkas les plus célèbres au monde, « Škoda lásky », devenue « Beer Barrel Polka ». Au XXe siècle, enfin, elle traverse l’Atlantique pour de bon : Cleveland, Chicago, Milwaukee, le Texas et le nord du Mexique la réinventent chacun à leur manière.
Dans la seconde moitié du XXe siècle, la polka prend aussi une image : celle d’une musique de fête de quartier, jouée par des orchestres de bal et souvent tenue pour démodée. Les Grammy Awards lui créent pourtant une catégorie en 1986, dont le premier lauréat est Frankie Yankovic, et ne la suppriment qu’en 2009. Depuis 1984, « Weird Al » Yankovic glisse sur presque chacun de ses albums un medley qui transforme les tubes du moment en polkas : la polka a survécu en changeant de public à chaque génération.
La polka en sept dates
- 1840La polkamaniaLe maître de danse pragois Johann Raab présente la polka à Paris, après Prague vers 1835 et Vienne en 1839 ; Londres suit en 1844.
- 1858Tritsch-TratschJohann Strauss fils publie sa « Tritsch-Tratsch-Polka », op. 214, dont le titre signifie « bavardage » ; en 2012, les Petits Chanteurs de Vienne la chantent au concert du Nouvel An.
- 1866La Fiancée vendueLe 30 mai, au Théâtre provisoire de Prague, Smetana crée La Fiancée vendue, un opéra qui fait entendre la polka ; la première est un échec, la version définitive triomphe en 1870.
- 1939Beer Barrel PolkaL’air de Jaromír Vejvoda, « Škoda lásky », enregistré par les Andrews Sisters et par l’accordéoniste Will Glahé, devient un succès aux États-Unis, puis un chant de soldats pendant la guerre.
- 1955TrompetenechoLe 21 janvier, l’ensemble de Slavko Avsenik enregistre « Na Golici » à Klagenfurt ; sous son titre allemand, la polka conquiert l’Allemagne et l’Autriche.
- 1986Le premier GrammyFrankie Yankovic, « le roi américain de la polka », reçoit le premier Grammy du meilleur album de polka pour 70 Years of Hits.
- 2009La catégorie disparaîtLe 4 juin, l’Académie des Grammy annonce la suppression de la catégorie ; Jimmy Sturr l’a remportée dix-huit fois.
Le morceau pour comprendre
Le morceau est « Na Golici », de Slavko Avsenik, connu en Allemagne et en Autriche sous le titre « Trompetenecho », « l’écho des trompettes ». Avsenik, accordéoniste autodidacte né en 1929 à Begunje, en Slovénie, a fondé en 1953 avec son frère Vilko, clarinettiste de formation, l’ensemble qui porte leur nom. Selon la radio publique slovène, la mélodie lui serait venue au début des années 1950, la nuit, au rythme du métier à tisser mécanique qu’il surveillait dans une usine textile de Ljubljana ; il l’aurait notée sur un bout de tissu, et Vilko l’aurait arrangée. Le titre vient de la Golica, une montagne de 1 836 mètres des Karavanke, à la frontière autrichienne, célèbre pour ses champs de narcisses, sur laquelle Avsenik n’est jamais monté. Écrite en 1954 et enregistrée le 21 janvier 1955 dans les studios de Radio Kärnten, à Klagenfurt, elle a été reprise environ six cents fois, et, selon le magazine Sinfo du gouvernement slovène, la société allemande de gestion des droits, la GEMA, l’a désignée en 2003 comme le morceau instrumental le plus joué du siècle écoulé.
Écoutez-la en trois passages. Au premier, ne suivez que le bas : le baryton, un petit tuba, joue une note sur chaque temps, en alternant la fondamentale et la quinte de l’accord, et la guitare plaque l’accord juste après, sur le contretemps. C’est l’oum-pa à l’état pur, sans batterie pour vous aider. Au deuxième passage, suivez la mélodie : la trompette et la clarinette la jouent ensemble, à deux voix, et l’accordéon remplit les fins de phrase. Au troisième, comptez les mesures : chaque phrase en fait huit, et la mélodie revient, identique ou presque, après seize ou trente-deux mesures. Pas de solo ni de surprise : les danseurs savent toujours où ils en sont. La version d’origine dure deux minutes quarante : le format d’un disque de danse.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Une polka se joue à deux temps. La mesure de référence est le 2/4 : deux noires par mesure, le premier temps fort, le second plus léger. À l’intérieur de chaque temps, l’accompagnement fait le même geste : la basse tombe sur le temps, l’accord sur le contretemps, c’est-à-dire sur la croche qui suit. On compte « un et deux et », et l’on joue « oum-pa oum-pa ». La basse alterne le plus souvent la fondamentale de l’accord, sur le premier temps, et sa quinte, sur le second : en fa majeur, fa puis do. Les accords sont courts, presque piqués, pour laisser la place à la basse suivante.
Le tempo dépend du pays et de l’usage. Les polkas irlandaises, jouées en session, dépassent souvent 130 BPM à la noire ; certaines polkas traditionnelles d’Europe centrale se jouent nettement plus lentement ; la polka rapide viennoise file, à l’inverse, à la vitesse d’un galop. Chez les Strauss, la polka française est plus posée et plus élégante, la Schnellpolka plus rapide, et il arrive que l’on note cette dernière en 4/8. La polka-mazurka, elle, n’est pas à deux temps du tout : elle se joue à trois temps, comme une mazurka, mais se danse avec des pas de polka. Pour vos premiers essais, retenez un repère de 110 à 130 BPM à la noire pour une polka de bal : c’est ce que propose le lecteur ci-dessous, réglé par défaut sur 120.
Voici le motif d’une batterie de fanfare de polka. Le lecteur compte seize cases, seize doubles-croches : en 4/4, cela ferait une seule mesure, mais en 2/4 cela en fait deux. Chaque mesure de 2/4 contient en effet huit doubles-croches. Les pas 1 à 8 forment la première mesure, les pas 9 à 16 la seconde. Les temps tombent sur les pas 1 et 5 dans la première mesure, sur les pas 9 et 13 dans la seconde ; les contretemps, les « pa », tombent sur les pas 3, 7, 11 et 15. La grosse caisse joue avec le tuba sur chaque temps, un peu plus fort sur le premier temps de chaque mesure, aux pas 1 et 9. La caisse claire et la cymbale frappée à la main jouent les contretemps, avec l’accordéon et la guitare. Les cases en pointillés signalent la variante, une relance de caisse claire en fin de seconde mesure, aux pas 14 et 16. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Le lecteur n’a pas de voix de tuba ni d’accordéon : la grosse caisse tient la place du « oum », la caisse claire et la charleston celle du « pa ». Jeu droit, sans réverbération.
Écoutez d’abord le motif seul, puis cochez la variante : la petite relance des pas 14 et 16 annonce le retour du premier temps, comme le fait un batteur de fanfare à la fin d’une phrase. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, et c’est juste : la polka ne se balance pas comme le swing ou le shuffle. Dans Logic Pro, laissez donc le Q-Swing à 50 %, la valeur qui correspond au jeu droit. Ce qui fait vivre une polka, ce n’est pas le décalage des notes, c’est l’écart de force entre le temps et le contretemps, et la brièveté des accords.
L’harmonie
L’harmonie de la polka est l’une des plus simples de la musique populaire, et c’est voulu : il faut que l’accompagnateur puisse suivre à l’oreille et que le danseur sente arriver la fin de chaque phrase. Deux accords suffisent à beaucoup de polkas : la tonique, l’accord de repos, et la dominante, l’accord bâti sur la cinquième note de la gamme, qui appelle le retour à la tonique. En fa majeur, ce sont fa majeur et do septième. On y ajoute la sous-dominante, bâtie sur la quatrième note, si bémol majeur, puis, dans les polkas plus travaillées, des dominantes secondaires, des accords de septième qui préparent un autre degré que la tonique. La forme du XIXe siècle ajoute une respiration : après les deux premiers thèmes vient un trio, souvent dans la tonalité de la sous-dominante, avant le retour au début.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en majuscules quand il est majeur, en minuscules quand il est mineur ; « 7 » ajoute une septième mineure, « °7 » désigne un accord diminué, fait de tierces mineures superposées. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur et « ♭ » bémol. Les trois premières grilles sont en fa majeur, la quatrième en si bémol majeur, la tonalité du trio, la cinquième en ré mineur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les seules, puis avec la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en fa majeur, en si bémol majeur ou en ré mineur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
La polka n’a pas d’orchestre fixe : chaque pays l’a jouée avec ce qu’il avait. On peut pourtant ranger ses instruments selon leur rôle dans l’oum-pa.
- L’orchestre de danse viennois, cordes, bois, cuivres et percussions, chez Lanner et les Strauss : la basse est confiée aux contrebasses et aux cuivres graves, les contretemps aux cors et aux seconds violons.
- L’accordéon, qui fait tout à lui seul : la main gauche joue la basse et l’accord, la main droite la mélodie. L’accordéon à clavier de piano est celui de Slavko Avsenik, l’accordéon diatonique à boutons celui du conjunto texan et du norteño, et le concertina de Chemnitz, un instrument à soufflet carré, dans la polka de style polonais.
- La clarinette et la trompette, qui portent la mélodie dans les ensembles de Bohême, de Slovénie et de Chicago, souvent à deux voix.
- Le tuba, le baryton ou la basse, qui jouent le « oum ». Le son oum-pa des cuivres graves est la signature du style dit « Dutchmen », celui des Germano-Américains du Midwest.
- La guitare, le banjo ou le bajo sexto, une guitare basse mexicaine à douze cordes, qui plaquent le « pa » sur les contretemps.
- Le saxophone ténor, qui partage la mélodie avec l’accordéon dans la polka slovène de Cleveland.
- La caisse claire et la grosse caisse, venues de la fanfare : la grosse caisse double la basse sur les temps, la caisse claire marque les contretemps.
- La harpe paraguayenne, un instrument diatonique introduit par les missions jésuites, qui tient à la fois la mélodie, l’harmonie et le rythme dans la polka du Paraguay.
La voix et la forme
La polka est d’abord instrumentale : au bal, la voix n’est pas nécessaire. Quand elle chante, c’est en chœur et à l’unisson, sur des refrains faits pour être repris par toute la salle. L’exemple le plus célèbre en dit long sur la façon dont les paroles voyagent : la musique de « Škoda lásky » est écrite par Jaromír Vejvoda à la fin des années 1920 et jouée d’abord sans paroles ; Vašek Zeman lui donne en 1934 un texte tchèque qui parle d’amour perdu ; la même année, Lew Brown et Wladimir Timm en écrivent une version anglaise qui célèbre la fin de la Prohibition. La chanson d’amour tchèque devient ainsi une chanson à boire américaine. En Amérique, la polka accueille aussi les paroles en polonais, en slovène ou en espagnol, et le norteño mexicain y pose ses corridos, des chansons qui racontent un fait divers ou une histoire de frontière.
La forme suit la danse. Une polka avance par phrases de huit mesures, regroupées par deux en parties de seize. La polka irlandaise, par exemple, compte le plus souvent trente-deux mesures, quatre phrases de huit dans la forme AABB, où chaque partie est jouée deux fois. Les polkas de concert du XIXe siècle s’organisent souvent en deux thèmes, puis un trio contrasté, souvent annoncé par une courte introduction, avant la reprise.
Exercice d’écoute
Écoutez la « Pizzicato-Polka » de Johann et Josef Strauss sur le Concert du Nouvel An 2012, puis « Na Golici » de Slavko Avsenik, puis « Polka Face » de « Weird Al » Yankovic, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : dans la « Pizzicato-Polka », les violons jouent-ils avec l’archet ?
- Question 2 : dans « Na Golici », quel instrument joue les notes graves sur les temps, et lequel répond sur les contretemps ?
- Question 3 : sous les refrains pop de « Polka Face », qu’est-ce qui ne change jamais d’un extrait à l’autre ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. « Pizzicato » signifie que les cordes sont pincées avec le doigt ; la pièce, écrite à deux par Johann et Josef Strauss et créée le 24 juin 1869 à Pavlovsk, près de Saint-Pétersbourg, repose tout entière sur ce mode de jeu. Ce que vous apprenez : une polka n’a besoin ni de batterie ni de cuivres, l’oum-pa est un rôle que n’importe quel instrument peut tenir, pourvu que la basse et l’accord restent à leur place.
- Réponse 2 : le baryton, un cuivre grave, joue la basse sur les temps, et la guitare plaque les accords sur les contretemps, avec l’accordéon. Ce que vous apprenez : dans la polka, la basse et l’accord sont presque toujours confiés à deux instruments différents, et c’est leur alternance qui fait danser, exactement comme dans les grilles et le motif ci-dessus.
- Réponse 3 : l’accompagnement. Les chansons défilent, mais l’accordéon et la rythmique gardent le même oum-pa à deux temps, et Weird Al glisse même dans le morceau un fragment de la « Tick Tock Polka » de Frankie Yankovic. Ce que vous apprenez : c’est l’accompagnement, plus que la mélodie, qui fait une polka ; posez un oum-pa sous n’importe quel refrain, et il devient une polka.
Polka, valse et musette : ce qui les sépare
La polka partage des salles, des instruments et souvent des musiciens avec plusieurs danses voisines ; quelques repères suffisent à les distinguer à l’oreille.
Polka et valse : deux temps contre trois
La différence tient en un chiffre. La valse est à trois temps : une basse sur le premier, un accord sur le deuxième, un accord sur le troisième, « oum-pa-pa ». La polka est à deux temps : une basse, un accord, « oum-pa ». Les deux viennent de la même Europe centrale, triomphent dans les mêmes salles de bal de Vienne au XIXe siècle et ont été écrites par les mêmes compositeurs, Lanner et les Strauss en tête ; les historiens voient même dans la polka une version plus rapide de la valse. Mais la valse tourne, longue et liée, quand la polka sautille, courte et piquée. Au concert du Nouvel An de Vienne, les deux alternent, et c’est une bonne façon d’entendre la différence : la valse de concert enchaîne plusieurs airs, la polka tient en deux ou trois minutes. Piège à connaître : la polka-mazurka, à trois temps, ressemble à une valse sur le papier, mais elle appuie le premier temps de chaque mesure, comme la mazurka, et se danse avec des pas de polka.
Polka et musette : la même salle de bal
Le musette est né dans les bals parisiens tenus par les Auvergnats, où les danses de couple à la mode, la polka, la mazurka, la scottish et la valse, sont entrées dès les années 1840. La polka a donc précédé l’accordéon dans ces salles, et dans la seconde moitié du XIXe siècle elle gagne la plupart des provinces françaises, du Berry à l’Anjou. Ce qui sépare les deux, c’est la mesure et le timbre. Le cœur du musette est une valse rapide à trois temps, jouée sur un accordéon accordé « musette », dont les anches légèrement désaccordées battent en permanence. La polka est à deux temps, et dans les fanfares d’Europe centrale l’accordéon y partage la place avec les cuivres. Un accordéoniste de bal passe pourtant de l’une à l’autre sans changer d’instrument, et la fiche Musette explique comment fabriquer ce timbre dans Logic Pro.
Polka et klezmer : le même moteur rythmique
Le klezmer, la musique de fête des Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est, a grandi dans les mêmes régions que la polka et utilise le même moteur : une basse qui marche sur les temps et un accord court sur le contretemps, que les musiciens klezmer appellent la sekund. Sa danse la plus répandue, le freylekhs, se joue même à deux temps. Mais tout le reste diffère. Le klezmer repose sur des modes hérités de la liturgie synagogale, comme le freygish, dont la seconde abaissée donne une couleur orientale que la polka ignore ; sa clarinette pleure, glisse et ornemente chaque note, là où la clarinette de polka joue droit et propre. Le klezmer est une musique de mariage et de rituel, la polka une musique de bal et de fête populaire.
Polka, norteño et country : la polka chez les autres
En traversant l’Atlantique, la polka s’est glissée dans d’autres musiques au point de s’y faire oublier. Au Texas et dans le nord du Mexique, l’influence des immigrés tchèques et allemands sur les Mexicains-Américains a donné le conjunto, puis le norteño : l’accordéon diatonique, la basse sur les temps et le bajo sexto sur les contretemps sont un oum-pa de polka, même quand le chant est un corrido en espagnol. Le norteño n’est pas le mariachi, cet ensemble de cordes et de trompettes venu de l’ouest du Mexique : il est né de l’accordéon et de la frontière. Aux États-Unis, la polka a aussi croisé la country. Jimmy Sturr fait chanter sur I Love to Polka les Jordanaires, le groupe vocal qui accompagnait Elvis Presley, et reprend « Big Ball’s in Cowtown » sur Polka! All Night Long. Ce qui distingue une polka d’une chanson country à deux temps, c’est l’accord sur le contretemps : la country le laisse souvent à la guitare, la polka en fait le centre de tout.
Sous-genres et scènes
- Polka de Bohême et dechovkaDepuis les années 1830La polka d’origine, devenue au XXe siècle le répertoire des fanfares populaires tchèques, la dechovka, celle de Jaromír Vejvoda et de « Škoda lásky ».
- Polka viennoise de concertAnnées 1840 à 1900La polka de Lanner et des Strauss, que Vienne décline en polka française, plus mesurée, et en polka rapide, la Schnellpolka, influencée par le galop.
- Polka-mazurkaDepuis les années 1850Une mazurka à trois temps dansée avec des pas de polka ; Johann Strauss fils en écrit le premier exemple familial en 1854.
- OberkrainerSlovénie, depuis 1953Le son de l’ensemble des frères Avsenik : accordéon, clarinette, trompette, baryton et guitare, imité par des centaines d’orchestres alpins en Autriche, en Allemagne et en Suisse.
- Polka slovène de ClevelandÉtats-Unis, XXe siècleUn tempo plus souple, l’accordéon et le saxophone ténor à la mélodie : le style de Frankie Yankovic, couronné « roi américain de la polka » à Milwaukee en 1948.
- Polka de style polonaisChicago, depuis les années 1950Le Chicago push, nommé d’après le soufflet poussé à fond, et le honky : Li’l Wally Jagiello, Eddie Blazonczyk, Lenny Gomulka.
- Polka DutchmenMidwest américainLa polka des Germano-Américains, nommée d’après le groupe Six Fat Dutchmen, et reconnaissable à son oum-pa de cuivres graves.
- Conjunto et norteñoTexas et nord du MexiqueL’accordéon diatonique et le bajo sexto, de Narciso Martínez à Flaco Jiménez et à Los Tigres del Norte : la polka devenue musique mexicaine.
- Polka paraguayenne et chamaméParaguay et ArgentineUne polka qui mêle les rythmes binaires et ternaires, 6/8 contre 3/4, portée par la harpe paraguayenne ; le chamamé, né dans la province argentine de Corrientes, en est un voisin.
- Polka irlandaiseIrlande, Sliabh LuachraÀ 2/4, en trente-deux mesures de forme AABB, souvent au-delà de 130 BPM, avec un accent sur le contretemps.Lire la fiche Musique celtique
- Polka punkDepuis les années 1980Des groupes américains croisent la polka avec le rock et le punk ; « Weird Al » Yankovic en tire depuis 1984 ses medleys de tubes, et Gogol Bordello, fondé en 1999, mêle punk et musiques d’Europe de l’Est.
La démarche artistique
La polka est d’abord une musique fonctionnelle, au sens noble : elle existe pour faire danser. Tout, dans son écriture, sert ce but. La pulsation ne se cache jamais, les phrases ont toujours la même longueur, les fins sont franches, et la mélodie se retient assez vite pour que l’on puisse la fredonner en dansant. Pour un compositeur, c’est une discipline exigeante : il n’y a ni nappe ni effet derrière lesquels se réfugier, et une polka qui ne donne pas envie de bouger au bout de huit mesures a manqué son but.
C’est ensuite une musique d’identité. Au XIXe siècle, alors que la Bohême appartient à l’empire autrichien, la polka devient une danse tchèque que l’on revendique. Smetana l’a fait entendre dans ses opéras pour les relier à la musique populaire de son enfance, et il décrivait son premier cycle de Danses tchèques, en 1877, comme une façon d’« idéaliser la polka, comme Chopin l’a fait en son temps avec la mazurka ». En Amérique, elle devient une musique d’immigrés : Polonais de Chicago, Slovènes de Cleveland, Allemands du Wisconsin, Tchèques du Texas. Le Wisconsin en a fait sa danse officielle, et depuis 1972 on célèbre même des messes polka, la première ayant été créée par le père George Balasko.
C’est aussi une musique qui ne se prend pas toujours au sérieux, et qui le sait. Les chansons à boire, les titres comiques et les costumes font partie du genre depuis longtemps. Frankie Yankovic et « Weird Al » Yankovic, qui ne sont pas parents, ont enregistré ensemble en 1996 « Who Stole the Kishka? », où il est question d’un boudin volé ; Weird Al plaisantait que ses parents avaient voulu qu’il y ait « au moins un Yankovic de plus jouant de l’accordéon dans le monde ». Le second degré n’empêche pas l’exigence : jouer un oum-pa parfaitement en place pendant trois heures de bal est un métier.
C’est enfin une musique d’indépendants et d’entrepreneurs. En 1947, Columbia ne voulait pas enregistrer « Just Because » de Frankie Yankovic ; la maison n’a accepté que lorsqu’il a proposé d’acheter lui-même les 10 000 premiers exemplaires, et le disque a été certifié disque de platine. Slavko Avsenik, lui, a transformé son succès en entreprise familiale : après sa retraite, un musée, une boutique, une salle de concert, une maison d’édition et une école de musique.
Sur scène, la polka pose un problème simple : c’est une musique de bal, qui doit enchaîner des dizaines de morceaux sans temps mort, avec un oum-pa qui ne faiblit jamais. Les orchestres de polka y répondent par le nombre, une section rythmique complète et deux ou trois solistes. Une alternative consiste à jouer les parties en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse et les accords de l’oum-pa dans le grave, l’accordéon ou la trompette dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, une pédale d’expression affectée au volume de l’accordéon tient le rôle du soufflet, et un bouton peut faire passer le patch au trio, dans la tonalité de la sous-dominante. Les mélodies et l’oum-pa se jouent alors à la main, et la batterie de fanfare, programmée à l’avance, peut tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
La polka aujourd’hui
En 2026, la polka vit sur plusieurs scènes qui s’ignorent souvent. La plus visible est viennoise : chaque 1er janvier, le concert du Nouvel An du Philharmonique de Vienne mêle valses, marches et polkas de la famille Strauss ; en 2015, l’orchestre annonçait une diffusion dans environ 92 pays et plus de 50 millions de téléspectateurs.
La deuxième scène est alpine. Les ensembles qui jouent à la manière des frères Avsenik se comptent par centaines en Autriche, en Allemagne et en Suisse, et pour son soixantième anniversaire la musique de l’ensemble a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de la Slovénie. Un autre Avsenik, Sašo, conduit aujourd’hui ses propres Oberkrainer. La troisième est américaine et mexicaine : la catégorie polka des Grammy a disparu en 2009, l’Académie expliquant qu’elle devait rester une organisation « pertinente et réactive », mais les clubs, les festivals et le Polka Music Hall of Fame de l’International Polka Association, fondés en 1968, font vivre le répertoire, tandis que le norteño, héritier direct de la polka, reste bien vivant des deux côtés de la frontière. Flaco Jiménez, maître de l’accordéon tex-mex récompensé aux Grammy, est mort en 2025 à 86 ans.
La polka vit aussi dans la culture populaire, souvent là où on ne l’attend pas. « Beer Barrel Polka » est jouée pendant la pause de la septième manche des matchs des Milwaukee Brewers depuis les années 1970. Les Rolling Stones ont glissé en 1967, dans « On With the Show », sur Their Satanic Majesties Request, la mélodie de « Pájaro campana », la polka paraguayenne la plus célèbre. Au Paraguay, une loi a fait du 15 septembre la journée nationale de la polka. Et le film Weird: The Al Yankovic Story a été mis en musique à l’accordéon, l’accordéoniste Cory Pesaturo y jouant aussi « Beer Barrel Polka » et « Helena Polka ».
Reste l’image. En France comme ailleurs, la polka évoque volontiers le bal de village, la fête de la bière et la musique d’un autre temps. C’est pourtant de cette image que sont parties ses renaissances : la parodie de Weird Al, qui l’a fait entendre à un public qui n’avait jamais mis les pieds dans un bal, le punk de groupes comme Gogol Bordello, et des ensembles de cuivres d’aujourd’hui, comme les Bavarois de LaBrassBanda ou les Autrichiens de Mnozil Brass, qui revisitent la tradition des fanfares alpines.
Faire de la polka en 2026 sans tomber dans la caricature
- Soignez l’oum-pa avant tout le reste : une basse juste et des contretemps courts et réguliers valent mieux qu’une mélodie brillante sur un accompagnement mou.
- Écrivez une vraie mélodie de huit mesures, que l’on puisse siffler après une écoute, plutôt qu’une suite de clichés d’accordéon.
- Changez un paramètre et un seul : gardez l’oum-pa et changez le timbre, des synthétiseurs à la place des cuivres, ou gardez les cuivres et changez le tempo, comme les fanfares de rue d’aujourd’hui.
- Évitez les effets comiques ajoutés après coup, bruitages, cris, rires : l’humour de la polka tient au contraste entre le sujet et la musique, pas aux gadgets.
- Si vous reprenez un air connu, vérifiez qu’il est bien dans le domaine public : une polka de Strauss l’est, « Škoda lásky » ne l’est pas, comme l’explique la partie « Labels, droits et répertoire ».
Douze artistes pour commencer
Johann Strauss IIVienne, 1825-1899
Bedřich SmetanaLa Fiancée vendue, 1866
Ernst MoschEgerländer Musikanten
Slavko AvsenikBegunje, 1929-2015
Frankie YankovicCleveland, 1915-1998
Jimmy SturrDix-huit Grammy
Flaco JiménezAccordéon tex-mex
Los Tigres del NorteNorteño, depuis 1969
Félix Pérez CardozoHarpe, 1908-1952
« Weird Al » YankovicMedleys depuis 1984
Brave ComboPolkasonic, Grammy 2000
Gogol BordelloPunk, depuis 1999
Composer une polka en home studio
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro. Studio Horns, Studio Bass et les Session Players font partie de Logic Pro 11.
Prenez les étapes dans l’ordre : dans une polka, on construit d’abord l’oum-pa, parce que c’est lui qui porte tout, puis la mélodie, puis les couleurs. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « L’oum-pa » : une basse et des contretemps bien en place sur seize mesures valent mieux qu’un arrangement complet qui flotte.
Le tempo, la mesure et la grille
- Cliquez sur la signature rythmique dans l’affichage de la barre de commandes et choisissez 2/4.
- Réglez le tempo du projet sur 120 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; montez vers 132 pour une polka rapide, descendez vers 100 pour une polka plus posée.
- Activez le mode cycle sur huit mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 9 : c’est la longueur d’une phrase de polka.
- Gardez le métronome pendant l’enregistrement de l’oum-pa : en 2/4, il marque deux clics par mesure, le premier accentué.
- Créez une piste d’accords, ou notez la grille sur papier, avant de jouer : « La bascule tonique-dominante » suffit pour commencer.
L’oum-pa : la basse et les accords
- Créez deux pistes séparées, une pour la basse, une pour les accords : ce sont deux instruments dans un vrai orchestre de polka, et il faut pouvoir les mixer à part.
- Sur la piste de basse, jouez une note par temps, la fondamentale sur le premier temps de la mesure et la quinte sur le second : en fa majeur, fa puis do, sur l’accord de do septième, do puis sol.
- Sur la piste d’accords, jouez un accord de trois notes serrées sur chaque contretemps, entre do3 et do4.
- Raccourcissez les accords à une double-croche, soit 240 ticks : Logic compte 960 ticks par noire, et un « pa » trop long étouffe la basse suivante.
- Donnez à la basse une vélocité autour de 100 sur le premier temps et de 85 sur le second, et aux accords une vélocité de 65 à 75.
- Si vous ne jouez pas du clavier, insérez sur la piste d’accords le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche.
- Quantifiez basse et accords à la croche, avec une force de quantification, le Q-Strength, à 100 % : la polka demande une mise en place nette.
- Laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit : Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair, et une polka ne se balance pas. La fiche quantification détaille ces réglages.
Le tuba ou la basse
- Cherchez « tuba » dans la bibliothèque de sons de Logic Pro : selon la bibliothèque installée, vous y trouverez un cuivre grave échantillonné.
- À défaut, chargez Studio Bass sur un modèle de contrebasse et jouez la même partie, plus courte : c’est le son des orchestres de polka à cordes.
- Pour fabriquer un tuba au synthétiseur, chargez ES2, choisissez une onde en dents de scie, fermez le filtre passe-bas vers 800 Hz et réglez une attaque de 20 à 30 ms : le cuivre « souffle » avant de sonner. La fiche ADSR explique ces réglages.
- Faites suivre l’ouverture du filtre à la vélocité, pour que les notes jouées fort soient plus brillantes, comme sur un vrai cuivre.
- Si vous essayez Bass Player, le Session Player de basse de Logic Pro 11, relisez sa partie mesure par mesure : il faut une note par temps, sans fioritures.
L’accordéon
Logic Pro ne compte pas d’accordéon parmi ses instruments vedettes, et la bibliothèque de sons varie selon ce que vous avez téléchargé. Commencez par chercher « accordion » ou « accordéon » dans la bibliothèque ; si rien n’apparaît, ou si le son ne vous convient pas, fabriquez-le.
- Chargez ES2 et réglez ses trois oscillateurs sur une onde en dents de scie, à la même octave.
- Laissez l’oscillateur 1 à zéro cent, montez le deuxième de 5 à 8 cents et descendez le troisième d’autant : c’est un accordage plus sec que celui du musette, plus proche des accordéons des orchestres de polka.
- Ouvrez le filtre passe-bas autour de 5 kHz, sans résonance.
- Réglez une attaque d’environ 8 ms, un maintien à fond et un relâchement de 60 ms, puis ramenez à zéro la sensibilité du volume à la vélocité.
- Pilotez le volume avec le contrôleur d’expression, le CC 11, dessiné dans la vue MIDI Draw de la région ou joué avec une pédale d’expression : sur un accordéon, c’est le soufflet qui fait les nuances, pas la force du doigt.
- Pour aller plus loin, la fiche Musette détaille la fabrication d’un timbre d’accordéon dans Logic Pro et le geste du soufflet.
Les cuivres et la clarinette
- Chargez Studio Horns pour la trompette et le trombone, et jouez la mélodie à la trompette, dans le médium.
- Doublez-la à la tierce inférieure sur une seconde piste, au trombone ou à une seconde trompette : c’est la couleur des fanfares de Bohême et des orchestres Oberkrainer.
- Pour la clarinette, cherchez « clarinet » dans la bibliothèque de sons ; selon votre installation, vous trouverez une clarinette échantillonnée parmi les bois d’orchestre.
- Faites jouer à la clarinette des traits rapides entre les phrases de la trompette, plutôt que la même mélodie : elle répond, elle orne, elle relance.
- Laissez respirer les cuivres : une phrase de quatre mesures, puis un temps de silence, comme un souffleur qui reprend son air.
La batterie de fanfare
- Créez une piste Drum Kit Designer et choisissez un kit acoustique sec, sans grande réverbération.
- Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et réglez-la sur seize pas en doubles-croches : dans un projet en 2/4, ces seize pas couvrent deux mesures, exactement comme le lecteur.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 5, 9 et 13, la caisse claire et la charleston fermée aux pas 3, 7, 11 et 15.
- En mode Velocity/Value, donnez à la grosse caisse une vélocité de 110 aux pas 1 et 9 et de 85 aux pas 5 et 13, et à la caisse claire une vélocité de 70 à 80.
- Pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la dernière mesure de chaque phrase, deux coups de caisse claire aux pas 14 et 16, le second très léger.
- Placez une cymbale crash au premier temps de chaque nouvelle partie, pas plus souvent : elle signale aux danseurs que la musique change.
- Ne cherchez pas de batteur de polka dans Drummer : aucun de ses styles n’est pensé pour l’oum-pa, et la batterie de polka, très simple, se programme plus vite à la main.
Le mixage et le master
- Placez la basse et la grosse caisse au centre, l’accordéon légèrement d’un côté et la trompette de l’autre, par exemple à moins 20 et à plus 20 sur un panoramique qui va de moins 64 à plus 63.
- Sur l’accordéon et les accords, insérez un Channel EQ avec un filtre passe-haut vers 150 Hz : le grave appartient au tuba.
- Pour que les accords s’effacent légèrement à chaque note de basse, insérez un Compressor sur la piste d’accords et choisissez la piste de basse dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec une réduction de 1 à 2 dB. La fiche sidechain explique le principe.
- Ajoutez une seule réverbération commune, Space Designer sur un préréglage de petite salle ou ChromaVerb sur une pièce de taille moyenne, avec une durée courte, autour d’une seconde : une polka noyée dans l’écho perd son mordant.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter et gardez le pic réel sous moins 1 dBTP : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage, mastering et LUFS détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les orchestres de polka des années 1940 et 1950 enregistraient ensemble, dans une même pièce, sur un ou deux micros : « Just Because » de Frankie Yankovic ou « Na Golici » d’Avsenik n’ont rien connu de la programmation pas à pas, et leur mise en place venait de centaines de soirées de bal.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un compositeur de polka part presque toujours d’une mélodie, chantée ou jouée à l’instrument, et la grille vient après. Chez les Avsenik, le partage des rôles était net : Slavko, accordéoniste autodidacte, inventait les mélodies, plus d’un millier au cours de sa vie, et son frère Vilko, musicien de formation, les arrangeait pour l’ensemble. Ce duo d’un mélodiste et d’un arrangeur est un bon modèle pour un home studio : trouvez la mélodie d’abord, sans vous soucier de l’orchestre, puis prenez votre casquette d’arrangeur.
La deuxième habitude est de jouer devant des danseurs, ou au moins de penser à eux. Un ensemble de polka teste ses morceaux au bal : si la piste se vide, le tempo ou la mélodie ne vont pas. Les frères Avsenik ont donné plus de 10 000 concerts. Chez vous, écoutez votre polka en tapant du pied : si elle ne vous pousse pas en avant, elle ne fera pas danser.
La troisième habitude est de tenir l’ensemble de la production. Jimmy Sturr, dix-huit fois récompensé aux Grammy, est crédité sur I Love to Polka comme clarinettiste, saxophoniste alto, arrangeur, producteur et mixeur. Dans la polka, le chef d’orchestre est souvent aussi celui qui écrit, arrange et produit : c’est exactement la position d’un musicien en home studio.
Les cinq erreurs du débutant
- Faire durer les accords : un « pa » trop long recouvre la basse suivante, et l’oum-pa devient une bouillie.
- Balancer la polka : un swing ou un shuffle la transforme en autre chose ; elle se joue droit.
- Charger le grave : tuba, main gauche de l’accordéon et grosse caisse sur la même note, sans filtre, font gronder tout le mixage.
- Oublier le contraste : seize mesures sur la même grille lassent vite, il faut une deuxième partie ou un trio, souvent à la sous-dominante.
- Confondre fête et caricature : bruitages, rires et cris ajoutés ne rendent pas une polka plus drôle, ils la rendent plus faible.
Programmer un oum-pa, un accordéon et deux trompettes pour une première polka s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons de polka ?
Dans Logic Pro
- Studio Horns, dans Logic Pro 11, pour les trompettes, les trombones et les saxophones.
- Studio Bass pour une contrebasse, et ES2 pour fabriquer un tuba ou un accordéon quand la bibliothèque n’en propose pas.
- Drum Kit Designer pour la grosse caisse, la caisse claire et les cymbales, et le Step Sequencer pour programmer la fanfare pas à pas.
- Le MIDI FX Chord Trigger pour jouer les accords du « pa » d’une seule touche.
- Space Designer et ChromaVerb pour une salle de bal courte, pas une cathédrale.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation ; cherchez « accordion » et « brass ».
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Freesound : enregistrements de terrain, ambiances de fête et sons d’instruments versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier.
Instruments virtuels
- Spitfire Audio : sa série LABS, gratuite, et ses banques d’orchestre, utiles pour les cuivres et les bois d’une polka de concert.
- Les banques d’accordéon échantillonné des éditeurs spécialisés : vérifiez avant d’acheter qu’elles proposent un accordage sec et des contrôles de soufflet, et pas seulement un son de musette.
Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique de la polka
- PolkaDanse de couple à deux temps, née en Bohême dans les années 1830, et musique écrite pour elle ; le nom viendrait du tchèque půlka, « la moitié ».
- 2/4Mesure à deux temps, chaque temps valant une noire : la mesure de la polka.
- Oum-paL’accompagnement typique de la polka : une note de basse sur le temps, un accord bref sur le contretemps.
- ContretempsLa partie du temps qui tombe entre deux battements, sur le « et » quand on compte « un et deux et ».
- PolkamaniaL’engouement de Paris pour la polka à partir de 1840, qui gagne ensuite toute l’Europe.
- Polka françaiseVariante viennoise des années 1850, plus lente et plus raffinée que la polka rapide, comme l’« Annen-Polka » de Johann Strauss fils.
- Schnellpolka« Polka rapide » : variante viennoise à tempo vif, influencée par le galop, parfois notée en 4/8.
- Polka-mazurkaDanse à trois temps, musicalement proche de la mazurka, mais dansée avec des pas de polka.
- Oberkrainer« De Haute-Carniole » : nom donné en Allemagne au style de l’ensemble slovène des frères Avsenik, accordéon, clarinette, trompette, baryton et guitare.
- TrioPartie centrale contrastée d’une polka de concert ou de fanfare, souvent dans la tonalité de la sous-dominante.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Annen-Polka »Johann Strauss fils, 1852 | Polka française | Partition d’orchestre | Créée le 26 juillet 1852 pour la fête de la Sainte-Anne à Vienne : la polka française, posée et élégante, montre qu’une polka peut être lente sans perdre son oum-pa. |
| « Tritsch-Tratsch-Polka »Johann Strauss fils, 1858 | Rapide | Partition d’orchestre | Un « bavardage » à toute vitesse : les cordes et les bois enchaînent les croches, et l’orchestre entier tient le contretemps comme une fanfare. |
| « Beer Barrel Polka »Andrews Sisters, 1939 | Modéré | Non précisée | La « Škoda lásky » de Jaromír Vejvoda devenue chanson à boire américaine : une mélodie tchèque, des paroles anglaises, et un succès chanté par les soldats des deux camps. |
| « Just Because »Frankie Yankovic, 1947 | Modéré | Columbia | Le disque que Columbia ne voulait pas faire : l’accordéon et l’oum-pa de Cleveland, et un disque de platine pour le futur « roi américain de la polka ». |
| « Na Golici »Slavko Avsenik, 1955 | Vif | Non précisée | Cinq instruments et pas de batterie : le baryton et la guitare font l’oum-pa, la trompette et la clarinette chantent, l’accordéon relie le tout. |
| « Polka Face »« Weird Al » Yankovic, 2011 | Très vif | Non précisée | Des tubes pop passés à la moulinette de l’oum-pa, avec un fragment de la « Tick Tock Polka » de Frankie Yankovic : la preuve que l’accompagnement fait la polka. |
Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et répertoire
La polka enregistrée s’est construite sur des maisons très différentes selon les pays. Aux États-Unis, les grandes compagnies ont d’abord hésité : Columbia n’a accepté d’enregistrer « Just Because » de Frankie Yankovic, en 1947, qu’après que le musicien eut proposé d’acheter les 10 000 premiers exemplaires. Les disques de Jimmy Sturr récompensés aux Grammy, de I Love to Polka à Polka! All Night Long, sont parus chez Rounder, un label indépendant ; Frankie Yankovic avait reçu en 1986 le premier Grammy du genre pour 70 Years of Hits. En Allemagne, c’est Telefunken qui publie au milieu des années 1950 l’enregistrement de « Na Golici » par Slavko Avsenik, après que l’animateur de radio Fred Rauch l’eut fait passer à la radio bavaroise et eut suggéré le nom d’« Oberkrainer » pour le marché allemand.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
La polka pose une question particulière : celle du domaine public. Dans l’Union européenne, une œuvre musicale reste protégée soixante-dix ans après la mort de son dernier auteur, à compter du 1er janvier suivant. Les polkas de Johann Strauss fils, mort en 1899, ou de Smetana, mort en 1884, sont donc libres : vous pouvez les jouer, les arranger et les enregistrer sans autorisation. « Škoda lásky », en revanche, ne l’est pas : Jaromír Vejvoda est mort en 1988, et sa musique reste protégée jusqu’à la fin de 2058, sans compter les droits de ses paroliers. Attention aussi aux arrangements : un arrangement récent d’une polka libre est lui-même une œuvre protégée, et un enregistrement du concert du Nouvel An appartient à son producteur, même si la partition de Strauss est libre.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou un jeu vidéo, est un débouché réel pour la polka. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.
Reprises, parodies, échantillons et sons d’usine
- Reprendre une polka telle qu’elle a été écrite ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Arranger une œuvre protégée, en changer les paroles ou la traduire, demande en revanche l’accord de ses ayants droit : les paroles anglaises de « Škoda lásky » ont été écrites après que l’éditeur américain Shapiro Bernstein en eut acquis les droits.
- La parodie est une exception prévue par le Code de la propriété intellectuelle, à côté du pastiche et de la caricature, mais elle suppose de faire rire en évoquant l’œuvre sans la confondre avec elle ; ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : une boucle d’accordéon tirée d’un vieux disque, même brève, reste un échantillon.
- Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine. La démarche qui consiste à obtenir ces accords avant la sortie s’appelle le clearance.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède l’oum-pa, la mesure à 2/4 ou l’enchaînement tonique-dominante. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Jouer des polkas en concert ou au bal en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre qui vit de la scène, du bal et de la fête, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter la polka
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Polka, la découverte30 titres · 1 h 31
De Johann Strauss fils (1858) à Sašo Avsenik (2023) : la polka de concert viennoise, la mélodie tchèque devenue Beer Barrel Polka, l’oum-pa de Cleveland, les Oberkrainer, le conjunto texan, la polca paraguayenne et le renouveau punk.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait la polka
Bohême, Vienne et Paris : les compositeurs, du XIXe siècle à Stravinsky
- Joseph Lanner
- Johann Strauss I
- Johann Strauss II
- Josef Strauss
- Eduard Strauss
- Carl Michael Ziehrer
- Hans Christian Lumbye
- Émile Waldteufel
- Jacques Offenbach
- Gioachino Rossini
- Georges Bizet
- Bedřich Smetana
- Antonín Dvořák
- Zdeněk Fibich
- Bohuslav Martinů
- Jaromír Weinberger
- Dmitri Chostakovitch
- Igor Stravinsky
Fanfares, Volksmusik et Oberkrainer : Bohême, Slovénie, Autriche, Allemagne
- Jaromír Vejvoda
- Karel Vacek
- Moravanka
- Budvarka
- Will Glahé
- Ernst Mosch
- Ernst Hutter
- Slavko Avsenik
- Vilko Ovsenik
- Lojze Slak
- Sašo Avsenik
- Viera Blech
- Kastelruther Spatzen
- Stefan Mross
- Original Naabtal Duo
- Die Jungen Zillertaler
- Zillertaler Schürzenjäger
- Hansi Hinterseer
- Mazowsze
- Dallapé
La polka américaine, de Cleveland à Chicago
- Arthur Pryor
- W. Paris Chambers
- Whoopee John Wilfahrt
- Six Fat Dutchmen
- Romy Gosz
- Lawrence Welk
- Myron Floren
- Frankie Yankovic
- Johnny Pecon
- Joey Miskulin
- The Andrews Sisters
- Liberace
- Li’l Wally Jagiello
- Marion Lush
- Frank Wojnarowski
- Eddie Blazonczyk
- Lenny Gomulka
- Walter Ostanek
- Jimmy Sturr
- Bobby Vinton
Texas et Mexique : conjunto et norteño
- Narciso Martínez
- Santiago Jiménez
- Valerio Longoria
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Paraguay et Argentine : polca, harpe et chamamé
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France : la polka des bals et de l’accordéon
Parodie, punk et renouveau
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la polka ?
C’est une danse de couple à deux temps, née en Bohême, dans l’actuelle République tchèque, dans les années 1830, et la musique écrite pour elle. Elle se reconnaît à son « oum-pa » : une basse sur chaque temps, un accord bref sur chaque contretemps, un tempo vif et des phrases de huit mesures. Elle a été jouée par l’orchestre des Strauss à Vienne, par les fanfares de Bohême, les accordéonistes de Slovénie et de Cleveland, et elle survit au Mexique dans le norteño.
Quelle est l’origine de la polka ?
Elle vient de Bohême. La légende, publiée en 1844, attribue l’invention du pas à une jeune femme, Anna Slezáková, en 1830, mais rien ne le prouve. Ce qui est sûr, c’est que la danse gagne les salles de bal de Prague vers 1835, Vienne en 1839 et Paris en 1840, où naît la « polkamania », puis Londres en 1844. Le nom viendrait du tchèque půlka, « la moitié », à cause du demi-pas de la danse ; une autre hypothèse y voit un hommage aux Polonais.
Comment danser la polka ?
Les deux partenaires se font face, la main gauche de l’un tenant la main droite de l’autre à hauteur d’épaule, l’autre main posée sur l’épaule ou l’omoplate. Le pas de base est un pas suivi de deux demi-pas chassés, un pied venant « chasser » l’autre, avec un petit sautillement : gauche, droite, gauche, puis droite, gauche, droite. Le couple tourne en avançant autour de la piste. Comptez « un et deux et » sur la musique, et laissez le premier temps de chaque mesure guider le grand pas.
Quelle est la différence entre la polka et la valse ?
La mesure. La valse est à trois temps, « oum-pa-pa », la polka à deux temps, « oum-pa ». Les deux ont triomphé dans les mêmes salles de bal viennoises, chez les mêmes compositeurs, mais la valse tourne de façon liée et ample, la polka sautille de façon courte et piquée. Attention à la polka-mazurka, qui malgré son nom est à trois temps.
Comment composer une polka dans Logic Pro ?
Réglez la signature sur 2/4 et le tempo autour de 120 BPM. Créez une piste de basse qui joue la fondamentale et la quinte sur les temps, et une piste d’accords courts sur les contretemps, sur une grille comme « La bascule tonique-dominante » : fa majeur, do septième, do septième, fa majeur. Ajoutez la mélodie à la trompette de Studio Horns ou à un accordéon trouvé dans la bibliothèque ou fabriqué avec ES2, puis une batterie de fanfare programmée dans le Step Sequencer, grosse caisse sur les temps et caisse claire sur les contretemps. La partie « Composer une polka en home studio » détaille chaque réglage.
Sources
- « Polka », « Polka in the United States », « Polka-mazurka », « Grammy Award for Best Polka Album », « Paraguayan polka » et « Music of Paraguay », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux œuvres et artistes cités, notamment « Bedřich Smetana », « Josef Strauss », « Beer Barrel Polka », « Jaromír Vejvoda », « Will Glahé », « Na Golici », « Slavko Avsenik », « Avsenik Brothers Ensemble », « Frankie Yankovic », « Félix Pérez Cardozo », « I Love to Polka », « Polka! All Night Long » et « Weird: The Al Yankovic Story (soundtrack) », consultés en octobre 2026.
- « Polka (danse) », « Polka paraguayenne », « La Reine Pomaré » et « Musique tchèque », Wikipédia en français ; « Pizzicato-Polka (1869) », « Schnellpolka », « Tritsch Tratsch », « Neujahrskonzert der Wiener Philharmoniker » et « Neujahrskonzert der Wiener Philharmoniker 2012 », Wikipédia en allemand, consultés en octobre 2026.
- RTV Slovenija, « The melody of an industrial loom inspired Slovenia’s most famous polka » ; agence STA et Slovenia Times, sur les obsèques de Slavko Avsenik, juillet 2015 ; Sinfo, magazine du gouvernement slovène, septembre-octobre 2015 ; culture.si, « Avsenik Ensemble ».
- Smithsonian Folkways, « Colorful Genres in Harp Music from Paraguay », fiche pédagogique sur la polca paraguaya ; ABC Color, « La polca sin dueño del guyrá campana », 13 mars 2022.
- All Classical Portland, notice sur l’« Annen-Polka », op. 117 ; Canton Symphony Orchestra, notice sur « Vergnügungszug », op. 281 ; MasterClass, « Polka Dance Guide » ; The New York Times, nécrologie de Flaco Jiménez, 1er août 2025.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019 ; articles L122-5 et L123-1 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
