Terme du glossaire
Raï
Le raï est une musique populaire algérienne née à Oran dans les années 1920, chantée en arabe dialectal et faite pour danser. Elle est passée des chants des cheikhs et des cheikhates de l’Oranais, accompagnés d’une flûte de roseau, la gasba, et d’un tambour, le guellal, au « pop raï » des années 1980, fait de synthétiseurs, de boîtes à rythmes et de cassettes vendues par centaines de milliers. Son nom veut dire « opinion » ou « avis » : les chanteurs glissaient le mot dans leurs improvisations. Cheikha Rimitti en est la grande voix ancienne ; Khaled, Cheb Mami, Cheb Hasni, Chaba Fadela et Cheb Sahraoui en ont fait une musique de masse, chantée par des « chebs », des jeunes. Combattu par le pouvoir algérien, puis accepté en 1985, le raï est frappé par la violence des années 1990 : Cheb Hasni est assassiné à Oran le 29 septembre 1994, le producteur Rachid Baba Ahmed le 15 février 1995. Beaucoup d’artistes s’installent alors en France, d’où le raï gagne le monde, de « Didi » en 1992 à « Aïcha » en 1996, du concert 1, 2, 3 Soleils au duo de Cheb Mami avec Sting. Il vit aujourd’hui dans le rap français, chez Soolking ou DJ Snake, et dans un raï algérien qui a adopté l’Auto-Tune. Cette fiche raconte cette histoire, puis montre comment en retrouver les rythmes, les grilles et le son dans Logic Pro.
- PériodeDes années 1920 à aujourd’hui, avec un âge d’or du pop raï dans les années 1980 et 1990
- FoyerOran et l’Ouest algérien (Aïn Témouchent, Mascara, Relizane, Saïda, Sidi Bel Abbès, Tlemcen), Oujda au Maroc, puis la France
- TempoModéré à vif ; le motif de cette fiche est à 100 BPM, compté au temps
- RythmeSouvent un balancement ternaire, trois croches par temps, porté par la derbouka, les mains et la boîte à rythmes ; beaucoup de tubes récents passent au binaire
- InstrumentsVoix, gasba, guellal, derbouka, violon, accordéon, trompette, synthétiseurs, boîte à rythmes, guitare électrique
Le raï en bref
- Origine : les cabarets et les fêtes d’Oran dans les années 1920, où les cheikhs et les cheikhates chantent la vie difficile de la ville, sur une poésie populaire héritée du melhoun et du bedoui des campagnes.
- Son : une voix ornée qui plane au-dessus d’un balancement de derbouka et de mains, une mélodie en mineur aux couleurs orientales, et depuis les années 1970 des trompettes, des synthétiseurs et une boîte à rythmes.
- Trois albums : N’sel Fik de Cheb Sahraoui et Chaba Fadela (1983), Kutché de Khaled et Safy Boutella (1988), 1, 2, 3 Soleils de Rachid Taha, Khaled et Faudel (1998).
- En home studio : un motif ternaire de derbouka, une basse, un synthétiseur joué au pitch bend et une voix bien traitée suffisent, et Logic Pro sait même accorder un quart de ton.
- Le point à connaître : le raï est une musique de la marge, longtemps censurée pour ses textes sur l’amour, l’alcool et la vie nocturne, et ses artistes l’ont payé cher ; c’est aussi l’une des rares musiques du Maghreb devenues des succès mondiaux.
Trois albums pour entrer dans le raï
- N’sel FikCheb Sahraoui et Chaba Fadela, 1983
Le duo le plus célèbre du pop raï oranais, celui des cassettes : Chaba Fadela et Cheb Sahraoui, qu’elle épouse. Leur premier disque, « N’sel fik », enregistré en 1983, est selon Wikipédia l’un des premiers succès internationaux du raï ; l’édition de six titres disponible sur Apple Music y est datée de 1986, l’année où le couple chante à Bobigny avec Cheb Khaled et Cheb Mami. Écoutez le dialogue des deux voix sur les claviers et la rythmique de studio, puis comparez avec Walli, enregistré à New York en 1993 avec le producteur Bill Laswell.
Écouter sur Apple Music - KutchéKhaled et Safy Boutella, 1988
Huit titres enregistrés par Khaled, qui se fait encore appeler Cheb Khaled, avec Safy Boutella, un musicien venu du jazz. Selon Wikipédia, c’est son premier grand succès international, l’année même où, en octobre, les manifestants d’Algérie reprennent sa chanson « El Harba Wayn ». Le disque montre ce que le raï peut gagner à un arrangeur : une voix d’Oran au milieu d’un son qui n’a plus rien d’une formation de mariage.
Écouter sur Apple Music - 1, 2, 3 SoleilsRachid Taha, Khaled et Faudel, 1998
Le disque du concert donné le 26 septembre 1998 à Bercy, produit par Steve Hillage et certifié double disque d’or : trois chanteurs et trois générations du raï en France sur la même scène. Rachid Taha, l’ancien chanteur du groupe Carte de Séjour, Khaled, la vedette de « Didi » et d’« Aïcha », et Faudel, le plus jeune, qui a publié Baïda en 1997, partagent leurs répertoires. La version longue compte vingt-trois titres. C’est la photographie d’un moment où le raï est devenu une musique populaire française.
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Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que le raï ?
Le raï est une forme de musique populaire algérienne apparue dans les années 1920 à Oran, grand port de l’Ouest du pays. On le chante en arabe algérien, la langue de tous les jours, souvent mêlée de mots français, et on le danse. Ses chanteurs s’appellent aujourd’hui cheb, « jeune », et chaba au féminin, pour se distinguer des aînés, les cheikhs et les cheikhates, les « maîtres » qui chantaient avant eux. Wikipédia en anglais résume son originalité : alors que les autres musiques algériennes de l’époque ne se dansaient guère, le raï, lui, faisait danser, et les femmes y ont joué dès le début un rôle central. Ses textes parlent de ce que la bonne société préférait taire : la misère, la maladie, le harcèlement policier, le vin, l’amour et le désir. C’est ce qui lui a valu un siècle de censures et de succès.
Ce qui existait avant
Le raï descend d’une poésie et d’une musique rurales. Dans les campagnes et les petites villes de l’Ouest algérien, des chanteurs interprètent le melhoun, une poésie populaire écrite en arabe dialectal et non en arabe classique, dont les grands poètes, comme Mestfa ben Brahim au XIXe siècle, sont encore chantés aujourd’hui. La musique qui l’accompagne s’appelle le bedoui, la musique « bédouine » : une ou deux flûtes de roseau, les gasba, et un tambour, le guellal, soutiennent une voix qui déclame plus qu’elle ne chante. Selon Wikipédia, le premier enregistrement de bedoui est réalisé en 1906 par Cheikh Mohammed Senoussi.
Oran, de son côté, est une ville cosmopolite, que l’on surnomme « le petit Paris ». Ses quartiers juif, français, espagnol et arabe ont chacun leur vie musicale, des cafés aux cabarets. On y écoute la musique arabo-andalouse, la chanson égyptienne, le flamenco, le cabaret français. Dans les années 1930, le chanteur Blaoui Houari popularise le wahrani, la chanson « oranaise », qui mêle tout cela à l’orchestre. Plus tard, Mohammed Belarbi et Djelloul Bendaoud font entrer le piano et l’accordéon dans les styles de la région : c’est le bedoui citadinisé, la musique des campagnes installée en ville.
La naissance du genre
Après la Première Guerre mondiale, les cabarets d’Oran accueillent une nouvelle génération de chanteurs. Ces cheikhs et ces cheikhates, souvent des marginaux, tournent le dos à la poésie savante et chantent la dureté de la vie urbaine, sur des tambours de terre cuite et des flûtes de roseau. Les femmes y tiennent une place de premier plan : elles chantent pour les hommes comme pour les femmes, dans les fêtes et les mariages, et beaucoup sont mises au ban de la société. La plus célèbre, Cheikha Rimitti el Reliziana, « de Relizane », s’impose au début des années 1940 ; elle enregistre jusqu’à la fin de sa vie, et son album N’ta Goudami paraît en 2005, un an avant sa mort, en mai 2006, à 83 ans. Cette musique emprunte au flamenco, au gnawa, au cabaret français, et ses textes parlent de la maladie, du typhus, de la pauvreté, de la police, du vin et de l’amour.
Après l’indépendance de l’Algérie, en 1962, le pouvoir se méfie de cette culture oranaise jugée immorale. Les femmes se font plus rares sur scène, les hommes prennent le dessus, et la gasba et la derbouka cèdent la place au violon et à l’accordéon. Dans les années 1960, une nouvelle génération change le son : le trompettiste Bellemou Messaoud, que Wikipédia compte parmi les pères du genre et à qui l’on doit l’arrivée du saxophone, du violon et de l’accordéon dans le raï, Belkacem Bouteldja, et le chanteur Boutaïba Sghir, ancien violoniste de l’orchestre de la radio d’Oran, dont le premier succès, « El Caoucaou », date de 1968. Khaled dira de ce dernier qu’il lui a tout appris. Le raï se modernise et touche un public plus large. Dans les années 1970, la trompette, la guitare électrique, puis les synthétiseurs et les boîtes à rythmes entrent dans les orchestres : c’est la naissance du pop raï, et en 1976 le producteur Rachid Baba Ahmed commence à lui ouvrir les portes de l’étranger.
Les années 1980 sont celles des chebs. Le support est la cassette, bon marché, copiée et échangée partout, et presque rien ne sort en disque. L’élection de Chadli Bendjedid à la présidence, en 1979, desserre l’étau moral et économique, mais le pouvoir tente encore d’étouffer le raï, en limitant l’importation de cassettes vierges ou en confisquant les passeports des musiciens. En vain : en 1985, le colonel Snoussi et le ministre français de la Culture Jack Lang convainquent les autorités algériennes de reconnaître le raï, et le premier festival officiel de raï se tient la même année à Oran, où Khaled est sacré « roi du raï ». Le 23 janvier 1986, à Bobigny, la maison de la culture, la MC93, réunit notamment Cheb Khaled, Cheb Mami, Chaba Fadela et Cheb Sahraoui : le raï a désormais un public en France.
D’où vient le mot
En arabe algérien, raï signifie « opinion », « avis » ou « conseil ». Selon Wikipédia, les chanteurs glissaient le mot dans leurs improvisations, comme une interjection, pour gagner du temps pendant qu’ils cherchaient le vers suivant : « ya raï », « ah raï ». Le mot a fini par désigner toute la musique. Il dit aussi quelque chose de l’esprit du genre : chanter son raï, c’est dire ce que l’on pense, même quand cela dérange.
Les titres des chanteurs racontent son histoire. Le cheikh et la cheikha sont les maîtres respectés de la génération ancienne ; le cheb et la chaba, les « jeunes » qui, à partir des années 1970, reprennent le répertoire avec des instruments électriques. Le nom de scène se compose souvent du titre et d’un prénom, Cheb Hasni, Chaba Fadela, et certains l’abandonnent une fois célèbres : Cheb Khaled est devenu Khaled. En France, on dit « le raï », au masculin, et l’on écrit le mot avec un tréma.
Une mutation plutôt qu’une fin
En octobre 1988, des émeutes secouent l’Algérie et la répression fait des centaines de morts. Le président Chadli en rend le raï en partie responsable, les manifestants reprennent une chanson de Khaled, « El Harba Wayn », et le raï gagne une réputation de musique de révolte. La même année, Khaled publie Kutché avec le musicien de jazz Safy Boutella, son premier grand succès international. Les années 1990 sont celles de la guerre civile : les islamistes armés menacent les chanteurs, Cheb Hasni est tué en 1994, Rachid Baba Ahmed en 1995, et beaucoup d’artistes s’installent en France, comme Chaba Fadela et Cheb Sahraoui en 1994, où Khaled et Cheb Mami vivent déjà. Le raï y devient une musique française autant qu’algérienne, des tubes de Khaled au rock de Rachid Taha.
Dans les années 2000, il se mêle au R&B et au rap : en juin 2004, les producteurs Kore et Skalp publient la compilation Raï’n’B Fever, disque d’or en France, dont le tube « Un gaou à Oran » réunit le groupe de rap 113, les Ivoiriens de Magic System et le chanteur Mohamed Lamine. Aujourd’hui, le raï irrigue le rap français, inspire les producteurs de musique électronique, de DJ Snake à Acid Arab, et continue de vivre en Algérie, dans les mariages, les cabarets et sur YouTube, avec une nouvelle génération de chebs.
Le raï en sept dates
- 1976Le raï passe la frontièreLe producteur Rachid Baba Ahmed commence à faire connaître hors d’Algérie le pop raï, celui des trompettes, des guitares électriques et des premiers synthétiseurs.
- 1986BobignyLe 23 janvier, la maison de la culture de Bobigny, la MC93, accueille notamment Cheb Khaled, Cheb Mami, Chaba Fadela et Cheb Sahraoui, un an après le premier festival officiel de raï, à Oran.
- 1988Kutché et octobreKhaled publie Kutché avec Safy Boutella ; en octobre, les émeutiers d’Algérie reprennent sa chanson « El Harba Wayn ».
- 1992DidiKhaled publie l’album Khaled, produit par Don Was et Michael Brook, et son tube « Didi », chanté en arabe, qui reste vingt semaines au Top 50 français.
- 1994La décennie noireLe 29 septembre, Cheb Hasni, 26 ans, est assassiné devant la maison de ses parents, à Oran ; le 15 février 1995, le producteur Rachid Baba Ahmed est tué à son tour.
- 19981, 2, 3 SoleilsLe 26 septembre, Rachid Taha, Khaled et Faudel chantent ensemble à Bercy, trois générations du raï en France sur une même scène ; le disque du concert, produit par Steve Hillage, est certifié double disque d’or.
- 2022Disco MaghrebDJ Snake sort « Disco Maghreb », du nom d’une boutique de cassettes de raï d’Oran ; le 1er décembre, le raï, « chant populaire d’Algérie », est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit d’« Aïcha », de Khaled, parue en 1996 sur l’album Sahra. Jean-Jacques Goldman l’a écrite et produite, et Khaled y chante un couplet en arabe qu’il a écrit lui-même. La chanson est numéro un des ventes en France et reçoit en 1997 la Victoire de la musique de la chanson de l’année. Quatre ans après « Didi », chanté en arabe, elle porte la voix du raï auprès du grand public français, et elle reste sans doute la chanson de raï la plus connue en France.
Ce qu’il faut écouter. D’abord la voix : même en français, Khaled ne tient presque jamais une note droite, il glisse, vibre et orne chaque fin de phrase, et ces ornements reviennent en force dans le couplet en arabe. Ensuite l’arrangement, une ballade de variété, lente et binaire, où rien ne couvre le chant. Comparez enfin avec « N’sel fik » de Cheb Sahraoui et Chaba Fadela, enregistré en 1983 et devenu, selon Wikipédia, l’un des premiers succès internationaux du raï : deux voix qui se répondent, des claviers électroniques entre les couplets et une rythmique de machine et de percussions. C’est exactement ce que le mot « pop raï » désigne : le chant, ses ornements et ses thèmes viennent de la tradition, l’habillage vient du studio. Dans les deux cas, la voix est la première chose à travailler si vous voulez produire du raï.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le raï est d’abord une musique de danse, et son rythme vient des percussions de l’Ouest algérien : le guellal et la derbouka des cheikhs, la derbouka étant un tambour en forme de calice dont la peau donne deux sons principaux, un son grave et rond frappé au centre, que les percussionnistes appellent dum, et un son sec frappé au bord, le tek. À partir des années 1970, la boîte à rythmes et les claquements de mains s’y ajoutent, et les deux mondes se mélangent : une machine marque les temps, une derbouka ou un bendir, un tambour sur cadre, joue par-dessus.
Beaucoup de morceaux de raï se jouent sur un balancement ternaire : chaque temps se divise en trois croches au lieu de deux, ce que l’on écrit en 6/8 ou en 12/8. Pour l’écrire simplement, prenons une mesure de quatre temps, chacun divisé en trois : douze pas, numérotés de 1 à 12, avec les temps sur les pas 1, 4, 7 et 10. Le BPM, le nombre de battements par minute, se compte au temps, c’est-à-dire un battement tous les trois pas. Dans le motif ci-dessous, à 100 BPM, la grosse caisse de la boîte à rythmes double le dum de la derbouka sur les pas 1 et 7, et le dum reçoit une petite anticipation au pas 6. Le tek répond sur les deuxième et quatrième temps (pas 4 et 10), précédé d’un coup léger (pas 3 et 9), et relance la mesure au pas 12. Les mains claquent avec lui sur les pas 4 et 10, et un shaker, ou les cymbalettes d’un bendir, tient toutes les croches, un peu plus fort sur les temps. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis : chaque percussionniste a ses formules, et une partie des tubes, des ballades comme les titres pensés pour les clubs, passe au binaire, à deux croches par temps.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Aucune derbouka n’existe telle quelle dans le lecteur : le dum est joué par un tom grave, le tek par un coup de bord de caisse claire, et les cymbalettes du bendir par un shaker. Jeu droit, chaque croche exactement au tiers du temps.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : deux coups de derbouka aux pas 11 et 12 et une grosse caisse au pas 9 suffisent à relancer la mesure suivante, comme le ferait un percussionniste avant un refrain. Dans un vrai groupe, la derbouka joue légèrement autour de la grille, et la croche du milieu de chaque temps n’est pas toujours exactement au tiers : c’est ce qui donne au raï sa souplesse. Dans Logic Pro, ce jeu se règle à la main, en déplaçant quelques notes de quelques ticks, plutôt qu’avec le réglage Q-Swing, qui ne déplace que les doubles-croches ou les croches paires d’un motif binaire.
L’harmonie
Le raï des cheikhs n’a pratiquement pas d’harmonie au sens d’accords qui s’enchaînent : une voix et une flûte déroulent une mélodie sur un bourdon et une percussion. L’harmonie arrive avec l’accordéon, le piano, la guitare électrique et les synthétiseurs, et elle reste au service de la mélodie. Trois traits reviennent souvent. Le premier est le mineur, avec une prédilection pour les accords qui descendent vers la dominante, comme dans la cadence dite andalouse, la, sol, fa, mi, que le raï partage avec le flamenco. Le deuxième est la couleur orientale, que les musiciens arabes rangent dans des maqâms, des modes qui définissent une gamme, des notes importantes et des façons d’ornementer ; le plus reconnaissable à l’oreille occidentale est le hijaz, avec son intervalle d’un ton et demi entre la deuxième et la troisième note, proche du mode phrygien à tierce majeure. Le troisième, c’est la simplicité : beaucoup de chansons de fête tiennent sur deux ou trois accords, et toute la variation passe par la voix.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; le signe ♭ indique un degré abaissé d’un demi-ton par rapport à la gamme majeure, comme le ♭VII, l’accord bâti un ton sous la tonique. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » ajoute une septième et « maj7 » une septième majeure. Les grilles sont en la mineur, sauf la troisième, en mi hijaz, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les seules, puis avec la percussion du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur ou en mi hijaz, une boucle de quatre mesures, sans les glissements de la voix ni les quarts de ton.
Ces grilles ne disent rien des notes qui font l’essentiel de la couleur du raï : celles de la voix, du violon ou du synthétiseur, qui glissent entre les touches du piano. Certains maqâms utilisent des intervalles d’environ trois quarts de ton, qu’un clavier ordinaire ne sait pas jouer. La fiche musique microtonale explique ces écarts plus petits qu’un demi-ton, et la partie consacrée au home studio montre comment Logic Pro les approche, par l’accordage du projet ou par le pitch bend.
L’instrumentation
L’orchestre du raï a changé à chaque génération, et les disques mêlent souvent les instruments de plusieurs époques.
- La gasba, une longue flûte de roseau soufflée par le bout, au son voilé et plein de souffle : c’est l’instrument du bedoui et des premiers cheikhs, souvent par deux.
- Le guellal, un tambour à une peau, et les tambours de terre cuite des cabarets d’Oran, qui tiennent le rythme des fêtes avec la derbouka.
- La derbouka, tambour en forme de calice tenu sous le bras, avec ses deux sons, le dum grave et le tek sec, et le bendir, tambour sur cadre souvent muni d’un timbre qui grésille.
- Le violon et l’accordéon, qui remplacent la gasba après l’indépendance et jouent les phrases mélodiques entre les couplets ; l’accordéon tient aussi les accords.
- La trompette, que Bellemou Messaoud et sa génération font entrer dans le raï, et dont les phrases ornées répondent à la voix.
- La guitare électrique et la basse, à partir des années 1970.
- Les synthétiseurs et la boîte à rythmes, qui deviennent dans les années 1980 le cœur du pop raï : un seul claviériste peut alors jouer les nappes, la basse, les mélodies et la rythmique, et un enregistrement coûte beaucoup moins cher.
- La voix, enfin, qui reste l’instrument principal, et que tout le reste accompagne.
La voix et la forme
La voix du raï est ornée. Elle commence souvent seule, hors tempo, sur une introduction libre où le chanteur pose la couleur du mode, avant que la percussion n’entre. Elle glisse d’une note à l’autre au lieu de sauter, vibre sur les notes longues, enroule plusieurs notes sur une même syllabe, ce qu’on appelle un mélisme, et ponctue les phrases d’interjections, dont le « raï » qui a donné son nom au genre. Elle chante en arabe algérien, souvent mêlé de mots français, et parle d’amour, d’exil, de fête et de chagrin. Les textes se transmettent et se reprennent : les chebs ont chanté le répertoire des cheikhs, et les mêmes refrains passent d’une cassette à l’autre.
La forme vient de la fête. Dans un mariage ou un cabaret, un morceau peut durer longtemps, enchaîner couplets, refrains et phrases instrumentales, et s’adapter à la danse. Le disque et la radio ont raccourci ce format : un tube de raï des années 1990 dure trois à cinq minutes, avec couplets et refrain, comme une chanson de variété. Le duo homme et femme, enfin, est une tradition du raï des années 1980, de Cheb Sahraoui et Chaba Fadela à Cheb Hasni et Chaba Zahouania, qui enregistrent ensemble « Beraka » en 1987.
Exercice d’écoute
Écoutez « N’sel fik » de Cheb Sahraoui et Chaba Fadela, puis « Aïcha » de Khaled, puis « Desert Rose » de Sting et Cheb Mami, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : dans « N’sel fik », combien de chanteurs entendez-vous, et comment se partagent-ils le morceau ?
- Question 2 : dans quelle langue Khaled chante-t-il l’essentiel d’« Aïcha » ?
- Question 3 : dans « Desert Rose », qui chante les parties en arabe, et comment sont-elles placées par rapport au chant de Sting ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : deux, un homme et une femme, qui se répondent avant de chanter ensemble. Ce que vous apprenez : le duo est une forme à part entière du raï, et il se prépare dès l’écriture : deux tessitures, deux couleurs de voix, des phrases qui laissent de la place à l’autre.
- Réponse 2 : en français, avec un couplet en arabe que Khaled a écrit lui-même. Ce que vous apprenez : le raï de l’exil a conquis le public français en changeant de langue, sans perdre ce qui le rend reconnaissable, la voix, ses ornements et sa couleur mélodique.
- Réponse 3 : Cheb Mami, qui a improvisé ses paroles en arabe sur la mélodie de Sting ; le morceau s’ouvre en arabe, et sa voix répond ensuite à celle de Sting, qui chante en anglais. Ce que vous apprenez : une voix de raï peut porter un morceau pop à elle seule, à condition de lui laisser de l’espace dans l’arrangement, plutôt que de la noyer sous la production.
Raï, chaâbi et gnawa : ce qui les sépare
Ces musiques du Maghreb se croisent dans les mêmes fêtes, sur les mêmes scènes de France et parfois dans les mêmes groupes ; quelques repères permettent pourtant de les distinguer, ainsi que les styles français avec lesquels le raï s’est marié.
Raï et chaâbi algérien : deux villes, deux publics
Le chaâbi, « populaire », est la grande musique d’Alger, née au début du XXe siècle dans la Casbah, dont Hadj El Anka est considéré comme l’un des créateurs : un orchestre de mandole, de violons, de banjo et de percussions, une poésie longue et souvent morale, un chanteur assis qui déroule son récit. Le raï est la musique d’Oran et de l’Ouest : plus court, plus dansant, plus cru dans ses textes, et beaucoup plus tôt électrifié. Les deux se rencontrent pourtant. « Ya Rayah », écrite et chantée en 1973 par Dahmane El Harrachi, l’un des grands noms du chaâbi, a été reprise par Rachid Taha en 1993 : un classique d’Alger chanté par un enfant du raï installé en France. Pour l’oreille, la règle est simple : une mandole et un récit, c’est plutôt du chaâbi ; une derbouka, un synthétiseur et un refrain que l’on danse, c’est plutôt du raï.
Raï et gnawa : la fête et le rite
Le gnawa est d’abord un rituel : une nuit de musique dirigée par un maître, le maâlem, autour d’un luth-basse, le guembri, et de castagnettes de fer, les qraqeb, pour apaiser les esprits. Le raï est une musique profane, de cabaret et de mariage, qui a toujours cherché le public plutôt que la transe. Wikipédia compte pourtant le gnawa parmi les influences du raï des origines, et les deux partagent un goût pour les cycles rythmiques qui hésitent entre binaire et ternaire. Ils se sont retrouvés en France : le groupe Gnawa Diffusion, fondé en 1992 à Grenoble autour d’Amazigh Kateb, croise la transe gnawa, le chaâbi, le raï et le rock.
Raï et rap français : du sample au refrain
Le rap français et le raï ont grandi dans les mêmes quartiers. Les rappeurs ont d’abord échantillonné le raï ou invité ses chanteurs, puis ils ont appris à chanter comme eux. Aujourd’hui, les frontières s’effacent : Soolking, chanteur algérien installé en France, mêle le raï au rap, et beaucoup de refrains de rap empruntent les ornements de la voix raï, Auto-Tune à l’appui. La différence tient à la place du texte : le rap pose des couplets parlés et rythmés sur une instru, le raï chante une mélodie ornée sur une danse. Quand un rappeur chante un refrain mélismatique en arabe sur un rythme de derbouka, il est déjà à mi-chemin.
Raï et R&B : le raï’n’b
Le R&B est né de la musique afro-américaine, avec ses voix soul, ses accords de septième et ses rythmiques lentes et lourdes. Au milieu des années 2000, les producteurs Kore et Skalp en font la matière d’un mélange, le raï’n’b : des chanteurs de raï et de R&B se partagent des morceaux construits comme des tubes de R&B, avec une basse ronde, des claviers et une boîte à rythmes, sur lesquels la voix raï pose ses ornements. La compilation Raï’n’B Fever paraît en juin 2004, avec « Un gaou à Oran » et « Sobri », de Leslie et Amine ; un deuxième volume, Raï’n’B Fever 2, paraît en 2006 avec Cheb Mami, et un troisième en 2008, avec Chaba Zahouania, Reda Taliani ou Kenza Farah. C’est moins un genre qu’un moment, mais il a installé durablement le raï dans la pop urbaine française.
Sous-genres et scènes
- BedouiRacines anciennes, enregistré dès 1906La musique « bédouine » des campagnes de l’Ouest algérien : la poésie du melhoun déclamée sur deux gasba et un guellal. C’est la racine rurale du raï.
- Raï des cheikhs et des cheikhatesOran, depuis les années 1920Le raï des cabarets et des fêtes, de Cheikha Rimitti à Cheikh Hamada et Cheikha Djenia, chanté sur des percussions et des flûtes, avec des textes sur la vie dure de la ville.
- WahraniOran, depuis les années 1930La chanson oranaise de Blaoui Houari et d’Ahmed Wahby, nourrie de musique arabo-andalouse et de chanson égyptienne, jouée par un orchestre.
- Raï moderniséAnnées 1960 et 1970Les violons, l’accordéon, le saxophone et la trompette de Bellemou Messaoud, avec Belkacem Bouteldja et Boutaïba Sghir, puis les premières guitares électriques.
- Pop raïDepuis la fin des années 1970Le raï des chebs et des chabas, des synthétiseurs, de la boîte à rythmes et de la cassette, de Khaled et Cheb Mami à Chaba Fadela et Cheb Sahraoui.
- Raï sentimentalFin des années 1980 et années 1990Le « raï love » des ballades amoureuses, dont Cheb Hasni a été la grande voix, avec Cheb Nasro et Cheb Tahar.
- Raï de l’exil et fusionsDepuis les années 1990Le raï installé en France, mêlé au funk, au hip-hop, au rock et à la chanson, de Rachid Taha à Faudel et à l’Orchestre National de Barbès.Lire la fiche Chanson française
- Raï’n’bDepuis 2004La rencontre du raï, du R&B et du rap français autour du projet Raï’n’B Fever des producteurs Kore et Skalp.Lire la fiche R&B
- Raï électronique et raï urbainDepuis les années 2010Le raï des producteurs de musique électronique, d’Acid Arab à DJ Snake, et celui des rappeurs, de Soolking à L’Algérino.Lire la fiche Rap français
La démarche artistique
Le raï est d’abord une musique de fête. Avant les studios, il se joue dans les mariages, les cabarets et les fêtes de famille, et c’est là que les chanteurs se forment. Cheb Hasni fait sa première grande apparition à un mariage, avant de monter sur la scène d’un cabaret d’Oran, La Guinguette ; Cheb Mami, finaliste à 16 ans, en 1982, du concours télévisé Alhane wa chabab, chante ensuite dans les mariages et enregistre des cassettes. Pour un compositeur, cela veut dire une chose : le morceau doit faire danser et laisser à la voix le premier rôle.
C’est ensuite une musique qui dit ce qui dérange. Les cheikhates des années 1920 chantent la misère et le désir, les chebs des années 1980 l’amour, l’alcool, l’exil et la nuit. Le pouvoir algérien a tenté plusieurs fois de faire taire cette parole, et les pochettes ont longtemps évité de montrer les chanteuses : Wikipédia rappelle que la famille de Chaba Zahouania lui interdisait de se produire en public. En 1987, « Beraka », que chantent Cheb Hasni et Chaba Zahouania, fait scandale pour ses paroles sur une nuit d’ivresse.
C’est aussi une musique d’une productivité inouïe. Le marché de la cassette pousse les chanteurs à enregistrer sans cesse : Cheb Hasni a laissé plus d’une centaine d’enregistrements et vendu 400 000 cassettes, selon Wikipédia, avant d’être tué à 26 ans. Les producteurs deviennent des figures aussi importantes que les chanteurs : Rachid Baba Ahmed fonde avec son frère Fethi, qu’on écrit aussi Fathi, les éditions Rachid et Fethi au début des années 1970 et installe un studio à Tlemcen, et les boutiques de cassettes, comme Disco Maghreb à Oran, publient et vendent leurs propres enregistrements.
C’est enfin une musique qui a payé sa liberté. Dans les années 1990, les chanteurs reçoivent des menaces de mort de groupes islamistes armés. Cheb Hasni est assassiné devant la maison de ses parents, dans le quartier Gambetta d’Oran, le 29 septembre 1994, et son meurtrier n’a jamais été identifié ; Rachid Baba Ahmed est tué à Oran le 15 février 1995, à la sortie de son magasin de disques. Beaucoup d’artistes partent alors pour la France.
Sur scène, le raï pose une question pratique : comment jouer à quelques musiciens un son de studio fait de synthétiseurs, de boîte à rythmes et de percussions superposées ? Dans les mariages, il arrive qu’un claviériste seul tienne tout l’orchestre. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse dans le grave et le synthétiseur mélodique dans l’aigu, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, affectez la molette de pitch bend et la molette de modulation à votre synthétiseur principal, et gardez une boucle de percussions prête à démarrer sur chaque patch : c’est elle qui fait danser. Les parties impossibles à jouer à deux mains peuvent tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
Le raï aujourd’hui
En 2026, le raï vit sur plusieurs scènes à la fois. En Algérie et au Maroc, il reste la musique des mariages, des cabarets et des fêtes d’été, portée par une génération de chebs qui publient d’abord sur YouTube et les plateformes, comme Bilal Sghir, Faycel Sghir ou Cheb Momo, et dont les voix passent volontiers par l’Auto-Tune. En France, il irrigue le rap et la pop urbaine : Soolking, chanteur algérien installé en France, mêle le raï au rap, enchaîne les duos, comme « Meleğim » avec Dadju en 2020, et publie en 2022 l’album Sans visa.
Le raï est aussi devenu une matière pour les producteurs de musique électronique. Le collectif français Acid Arab mélange depuis les années 2010 les musiques arabes et la techno, et des chanteurs comme Sofiane Saidi rajeunissent le raï des cabarets. En 2022, DJ Snake publie « Disco Maghreb », dont le titre est celui d’une boutique de cassettes de raï d’Oran, tenue dans les années 1980 par le producteur Boualem Benhaoua, qui apparaît dans le clip, tourné à Oran et à Alger. Les vieilles cassettes, elles, sont rééditées et remixées : des producteurs d’aujourd’hui retravaillent les voix anciennes, comme celle de Cheikha Rimitti, dont « Nouar » a été remixé en 2022 puis en 2025.
Le 1er décembre 2022, le raï, « chant populaire d’Algérie », est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, au titre de l’Algérie, trois ans après l’art des Gnaoua du Maroc, inscrit en 2019. C’est une reconnaissance tardive pour une musique longtemps combattue dans son propre pays, et elle consacre surtout la tradition, celle des cheikhs, des cheikhates et de la poésie chantée.
Faire du raï en 2026 sans tomber dans la carte postale
- Écoutez les cheikhs et les cheikhates avant les tubes : Cheikha Rimitti, Cheikh Hamada et Bellemou Messaoud vous apprendront plus sur les ornements et le phrasé qu’un preset « oriental ».
- Travaillez avec une vraie voix, et si possible une voix qui connaît le répertoire : c’est elle qui fait le raï, pas le synthétiseur.
- Gardez le balancement des percussions : un 4/4 de club avec une flûte orientale par-dessus n’est pas du raï.
- Utilisez l’Auto-Tune comme un choix, pas comme un réflexe : il gomme une partie des glissements qui font la couleur du chant.
- Si vous reprenez une chanson ou échantillonnez une cassette, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
Cheikha RimittiRelizane, morte en 2006
Bellemou MessaoudLa trompette du raï
Boutaïba SghirEl Caoucaou, 1968
KhaledOran, Kutché 1988
Cheb MamiSaïda, né en 1966
Cheb HasniOran, 1968-1994
Chaba FadelaN’sel fik, 1983
Chaba ZahouaniaBeraka, 1987
Rachid TahaCarte de Séjour, Diwan
FaudelBaïda, 1997
SoolkingRap et raï, Sans visa
DJ SnakeDisco Maghreb, 2022
Faire une instru raï dans Logic Pro
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro ; aucun ne s’appelle derbouka ou gasba, et vous travaillerez donc avec vos propres échantillons pour les percussions. Les noms des réglages sont ceux du guide de l’utilisateur d’Apple ; selon la langue de votre Logic Pro, certains apparaissent traduits.
Prenez les étapes dans l’ordre : dans le raï, tout part du balancement des percussions et de la voix, et l’harmonie vient après. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « Le synthé qui chante » : un motif de derbouka qui balance, une basse et une mélodie de synthétiseur bien ornée valent mieux qu’un arrangement de trente pistes.
Le tempo et la mesure
- Réglez le tempo du projet sur 100 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; montez vers 110 ou 120 pour un raï de fête, descendez vers 80 pour une ballade sentimentale.
- Gardez la signature en 4/4 et pensez en triolets : chaque temps se divise en trois croches, et une mesure compte douze pas, comme dans le lecteur.
- Activez le mode Cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
- Dans l’inspecteur de la région, réglez la quantification sur la croche de triolet, notée 1/12 dans le menu de Logic Pro.
- Descendez le Q-Strength, la force de la quantification, autour de 80 % : les notes se rapprochent de la grille sans s’y coller.
- Laissez le Q-Swing à 50 %, la valeur d’un jeu droit : il ne déplace que les pas pairs d’un motif binaire et n’a rien à faire sur un motif déjà ternaire.
- Pour retarder une note à la main, comptez que Logic Pro divise la noire en 960 ticks, soit 320 ticks par croche de triolet : 10 à 20 ticks de retard sur un tek suffisent à le rendre plus souple. La fiche quantification détaille ces réglages.
La derbouka, les mains et la boîte à rythmes
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique pour la grosse caisse.
- Remplacez les sons de quelques pads par vos échantillons de derbouka, un dum et un tek, par des claquements de mains et par un shaker ou un bendir : glisser un fichier audio sur un pad suffit.
- Cherchez aussi « darbuka » ou « derbouka » dans le navigateur de boucles : si votre bibliothèque en contient, vous pourrez en extraire des coups isolés.
- Retenez que Drum Machine Designer joue par défaut les notes 36 à 51, une note par pad, pour savoir où écrire chaque son dans l’éditeur clavier.
- Réglez la grille de l’éditeur clavier en triolets, puis écrivez la grosse caisse aux pas 1 et 7, le dum aux pas 1, 6 et 7, le tek aux pas 3, 4, 9, 10 et 12, les mains aux pas 4 et 10, et le shaker sur les douze pas.
- Donnez au dum une vélocité autour de 105, au tek fort autour de 90, au tek léger des pas 3 et 9 autour de 50, et au shaker 70 sur les temps et 45 ailleurs.
- Bouclez la région sur quatre mesures, puis ajoutez sur la quatrième seulement deux dum aux pas 11 et 12 et une grosse caisse au pas 9, pour la relance.
- Si vous préférez l’éditeur pas à pas, le Step Sequencer, vérifiez dans les réglages du motif que vous pouvez choisir douze pas et une résolution en triolets ; sinon, restez dans l’éditeur clavier.
- Appliquez enfin une légère humanisation des vélocités, avec la transformation MIDI Humanize, pour que la derbouka ne sonne pas comme une machine.
La basse et les claviers
- Chargez Retro Synth ou ES2 sur une piste d’instrument logiciel et réglez une basse en dents de scie ou en carré, filtrée, à attaque et relâchement courts.
- Jouez la fondamentale de l’accord sur le dum des pas 1 et 7, et la quinte ou l’octave sur le pas 6 : la basse doit danser avec la derbouka, pas contre elle.
- Pour une sous-basse ronde sous la boîte à rythmes, chargez ES2 sur une onde sinusoïdale : Retro Synth n’en propose pas.
- Pour l’accordéon, tapez « accordion » ou « accordéon » dans le champ de recherche de la bibliothèque ; si rien ne sort, enregistrez ou achetez un échantillon et jouez-le dans Quick Sampler, en mode Classic.
- Pour les phrases de violon, chargez Studio Strings et jouez la mélodie en notes liées ; pour la trompette à la Bellemou Messaoud, chargez Studio Horns.
- Jouez la grille « La cadence andalouse » en accords tenus, un par mesure, avec un son d’orgue ou de nappe très discret.
- Si vous ne jouez pas du clavier, insérez le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche.
Le synthé qui chante : pitch bend, vibrato et quarts de ton
- Chargez ES2 sur une nouvelle piste et partez d’un son de lead simple, une dent de scie ou un carré, légèrement filtré.
- Réglez la plage de pitch bend d’ES2, les deux champs Bend Range, sur deux demi-tons vers le haut et vers le bas.
- Ajoutez un peu de Glide, le portamento, qui fait glisser la hauteur d’une note à la suivante, pour que la mélodie coule comme une voix.
- Passez le mode du clavier d’ES2 sur Legato si vous voulez que ce glissement ne se produise que lorsque vous liez les notes.
- Dans le routeur d’ES2, envoyez le LFO 1 vers la hauteur des oscillateurs, avec la molette de modulation comme commande : vous dosez le vibrato à la main, comme un chanteur sur une note longue.
- Jouez la mélodie en glissant vers chaque note importante avec la molette de pitch bend, plutôt qu’en attaquant la note directement.
- Pour un quart de ton, retenez qu’avec une plage de deux demi-tons, soit 200 cents, 50 cents correspondent au quart de la course de la molette vers le haut.
- Corrigez ou dessinez ensuite ces glissements dans la zone d’automatisation de l’éditeur clavier, sur le paramètre Pitch Bend.
- Pour qu’une touche joue en permanence un quart de ton, ouvrez Fichier > Réglages du projet > Accordage et choisissez l’option User, l’accordage défini par l’utilisateur.
- Choisissez la dans le menu Root Key, puis donnez à la case du si bémol la valeur plus 50 : cette touche joue désormais un si demi-bémol, la deuxième note du maqâm bayati sur la, et la touche du si reste un si naturel.
- Ajustez cette valeur à l’oreille, de quelques cents : les quarts de ton de la notation arabe sont une convention, et l’intonation réelle varie selon les musiciens.
- Retenez que cet accordage vaut pour tout le projet, toutes les octaves et tous les instruments fournis avec Logic Pro : la basse et les accords seront réaccordés eux aussi. La fiche musique microtonale détaille ces réglages et leurs limites.
La voix et ses ornements
- Enregistrez la voix sur une piste audio, dans une pièce peu réverbérante, en plusieurs prises complètes plutôt qu’en morceaux.
- Montez la meilleure prise avec le montage rapide par balayage, le Quick Swipe Comping, en gardant les phrases entières pour ne pas casser les ornements.
- Activez Flex Pitch sur la piste pour voir chaque note dans l’éditeur de piste audio, mais laissez la correction de hauteur à zéro sur les mélismes : à 100 %, elle ramène chaque note au demi-ton le plus proche et efface les glissements.
- Corrigez seulement les notes vraiment fausses, une par une, avec le réglage fin de hauteur.
- Pour la voix moderne, très corrigée, du raï des années 2010, insérez le plug-in Pitch Correction, réglez Root et Scale sur la tonalité du morceau, et descendez le réglage Response : plus il est bas, plus la voix saute d’une note à l’autre. La fiche Auto-Tune explique l’effet.
- Retirez de la gamme de Pitch Correction les notes que la mélodie n’utilise pas, pour éviter que la voix ne soit attirée vers elles.
- Insérez un DeEsser 2, qui atténue les sifflantes, puis un Compressor au réglage modéré.
- Envoyez la voix vers un auxiliaire Stereo Delay synchronisé au tempo, et vers un auxiliaire ChromaVerb réglé sur une salle, de 1,5 à 2,5 secondes.
Le mixage et le master
- Placez la voix au centre et devant tout le reste : dans le raï, elle passe avant les instruments.
- Répartissez les percussions dans l’image stéréo avec le panoramique, qui va de moins 64 à plus 63 : le tek vers plus 15, le shaker vers moins 20, la grosse caisse et le dum au centre.
- Sur la basse, insérez un Compressor et choisissez la piste de grosse caisse dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec 2 à 3 dB de réduction, pour que les deux ne se masquent pas. La fiche sidechain explique le principe.
- Sur le tek et le shaker, insérez un Channel EQ et coupez sous 200 Hz, pour laisser le grave au dum et à la basse.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : autour de moins 10 à moins 8 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, pour un raï de fête, un peu moins pour une ballade.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les producteurs des années 1980 n’avaient ni Flex Pitch ni réaccordage au cent près : les musiciens jouaient les ornements eux-mêmes, et le pitch bend faisait déjà « chanter » les claviers.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur de raï part presque toujours d’une voix et d’un rythme : un chanteur qui a une mélodie, souvent un air connu du répertoire, et un motif de percussions qui fait danser. Il cale le tempo sur le chanteur, et non l’inverse, puis construit autour de la voix une basse, un clavier qui répond aux phrases et quelques relances de derbouka. L’harmonie vient en dernier, et reste simple.
La deuxième habitude est la vitesse. Le raï des cassettes s’enregistrait en quelques heures, et les chanteurs enregistraient sans relâche. Construisez-vous donc des patchs et des kits à vous, enregistrez-les sous un nom explicite, et réutilisez-les d’un morceau à l’autre : c’est ainsi qu’un son devient une signature.
La troisième habitude est de laisser respirer la voix. Les meilleurs disques du genre gardent de l’espace autour du chant : les instruments jouent entre les phrases, pas pendant. Pour retrouver l’esprit des années 1980, limitez-vous à une boîte à rythmes, une derbouka, une basse et deux claviers.
Les cinq erreurs du débutant
- Écrire le rythme en binaire droit : un 4/4 en doubles-croches avec une derbouka par-dessus perd le balancement ternaire de beaucoup de raï.
- Quantifier la voix à 100 % : Flex Pitch ou Pitch Correction trop forts effacent les glissements et les ornements qui font le style.
- Empiler les claviers : une nappe, un orgue et un accordéon dans le même registre masquent la voix, qui doit rester au premier plan.
- Confondre raï et « son oriental » : une gamme hijaz sur une boucle de club ne suffit pas, il faut une danse, une voix et une langue.
- Échantillonner une cassette ou reprendre une chanson sans vérifier les droits : un air ancien peut être libre, son enregistrement et son arrangement ne le sont pas, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Programmer un motif ternaire de derbouka et faire chanter un synthétiseur au pitch bend s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons de raï ?
Dans Logic Pro
- ES2 pour les leads au pitch bend, le vibrato à la molette et les sous-basses en sinus, Retro Synth pour les basses et les claviers analogiques, Alchemy pour les nappes.
- Drum Machine Designer et Quick Sampler, en mode Classic ou Slice, pour construire un kit de derbouka, de bendir et de mains à partir de vos enregistrements.
- Studio Strings et Studio Horns pour les phrases de violon et de trompette.
- Les réglages Accordage du projet, pour les quarts de ton, et le plug-in Pitch Correction, pour la voix corrigée du raï récent.
- Stereo Delay, Tape Delay et ChromaVerb, qui couvrent les échos et les salles du genre.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation ; cherchez « darbuka » et « arabic percussion ».
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Freesound : coups de derbouka et de bendir enregistrés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier avant tout usage commercial.
- Le mieux reste d’enregistrer un percussionniste : une demi-heure de dum, de tek et de roulements vous fournit un kit qui n’appartient qu’à vous.
Instruments virtuels
- Spitfire Audio : sa série LABS, gratuite, pour des cordes et des textures.
- Arturia : émulations de synthétiseurs anciens, utiles pour retrouver le grain des claviers des années 1980.
- MTS-ESP Mini : le plug-in gratuit d’ODDSound, qui transmet une échelle microtonale aux instruments compatibles, si l’accordage du projet ne vous suffit pas.
Écouter avant de produire
- Les rééditions de Cheikha Rimitti, comme Aux sources du raï ou Sidi Mansour, pour la voix et les percussions des origines.
- Les compilations de pop raï des années 1980, comme Rai Rebels, rééditée en 2002, pour le son des synthétiseurs et des boîtes à rythmes de l’époque.
Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique du raï
- Raï« Opinion », « avis » en arabe algérien : musique populaire née à Oran dans les années 1920, nommée d’après l’interjection que les chanteurs glissaient dans leurs improvisations.
- Cheikh, cheikha« Maître » : titre des chanteurs et des chanteuses de la génération ancienne, au pluriel cheikhs et cheikhates.
- Cheb, chaba« Jeune » : titre adopté à partir des années 1970 par les chanteurs du pop raï, comme Cheb Hasni ou Chaba Fadela.
- MelhounPoésie populaire chantée, écrite en arabe dialectal et non en arabe classique, dont le bedoui et le raï ont hérité les textes.
- Bedoui« Bédouin » : musique rurale de l’Ouest algérien, la poésie du melhoun déclamée sur des gasba et un guellal.
- Wahrani« Oranais » : chanson d’Oran apparue dans les années 1930 autour de Blaoui Houari, nourrie de musique arabo-andalouse et de chanson égyptienne.
- GasbaLongue flûte de roseau soufflée par le bout, au son voilé, instrument du bedoui et des premiers cheikhs.
- GuellalTambour de l’Ouest algérien qui accompagne la gasba dans le bedoui et le raï ancien.
- DerboukaTambour en forme de calice tenu sous le bras ; on y frappe un son grave au centre, le dum, et un son sec au bord, le tek.
- MaqâmMode de la musique arabe, qui définit une gamme, ses notes importantes et ses ornements, parfois avec des intervalles d’environ trois quarts de ton ; le hijaz et le bayati en sont deux exemples.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « N’sel fik »Cheb Sahraoui et Chaba Fadela, 1983 | Modéré | Non précisée | Un duo d’amour sur des claviers et une rythmique de studio : le pop raï oranais de l’époque des cassettes, l’un des premiers succès internationaux du genre. |
| « Beraka »Cheb Hasni et Chaba Zahouania, 1987 | Modéré | Non précisée | Un duo qui fait scandale pour ses paroles sur une nuit d’ivresse : le raï comme musique de ce qu’on ne dit pas. |
| « Didi »Khaled, 1992 | Vif | Don Was | Un tube chanté en arabe, vingt semaines au Top 50 français : la preuve qu’une chanson de raï peut voyager sans traduction. |
| « Aïcha »Khaled, 1996 | Lent, binaire | Jean-Jacques Goldman | Une ballade chantée surtout en français, numéro un en France : le raï de l’exil devenu chanson populaire en France, sans perdre la voix ornée de son interprète. |
| « Desert Rose »Sting et Cheb Mami, 2000 | Modéré | Sting et Kipper | Une voix de raï au cœur d’un morceau pop anglais : deuxième au Canada, quinzième au Royaume-Uni et dix-septième aux États-Unis. |
| « Disco Maghreb »DJ Snake, 2022 | Vif, binaire | Non précisée | Un hommage, par son titre, à une boutique de cassettes de raï d’Oran : le raï devenu matière de la musique électronique et des clubs. |
Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). « Beraka » renvoie à la page Apple Music de Cheb Hasni, faute d’avoir trouvé le titre au catalogue, et « Didi » à une compilation de Khaled, faute d’avoir trouvé l’album de 1992 au catalogue.
Labels, droits et échantillons
Le raï des années 1980 s’est construit hors des grandes maisons de disques. Selon Wikipédia, la cassette en est alors le support principal, et presque rien ne sort en vinyle ou en CD. Les producteurs, comme Rachid Baba Ahmed, et les disquaires-éditeurs d’Oran, comme Disco Maghreb, publient et vendent eux-mêmes, et les copies circulent bien au-delà des boutiques. Ce système a fait la vitalité du genre, et il a laissé un héritage juridique compliqué : contrats oraux, crédits incomplets, enregistrements dont on ne sait plus toujours qui détient les droits. À partir de la fin des années 1980, plusieurs vedettes installées en France signent avec de grandes maisons de disques, et leurs disques, de Kutché à Sahra, sont distribués dans le monde entier. Les années 2000 voient naître des projets de producteurs, comme Raï’n’B Fever, et les années 2010 l’autoédition sur YouTube et les plateformes.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou une vidéo, est un débouché important pour un genre aussi reconnaissable que le raï. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.
Reprises, cassettes et échantillons
- Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Le raï reprend sans cesse son propre répertoire, et un air connu n’est pas forcément libre. Un poème du melhoun écrit au XIXe siècle appartient sans doute au domaine public, mais pas l’arrangement d’un cheb des années 1980 ni le nouveau texte qu’il y a ajouté : identifiez l’auteur et la version avant de publier.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Une cassette introuvable n’est pas une cassette libre. Si le producteur a disparu ou si le label a fermé, les droits existent toujours, et leurs titulaires, ou leurs héritiers, peuvent se manifester après la sortie de votre morceau.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir, filtrer ou passer une voix de cheikha à l’Auto-Tune ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Obtenir ces autorisations avant la sortie s’appelle le clearance, ou dégagement des droits : contactez l’éditeur et le producteur, décrivez précisément l’extrait, sa durée et l’usage prévu, et gardez une trace écrite de l’accord.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède le balancement ternaire, la cadence andalouse ou le maqâm hijaz. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre qui vit autant sur YouTube et dans les fêtes que sur les plateformes, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter le raï
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Raï, la découverte30 titres · 2 h 41
De Cheikh Hamada (1961) à Gnawa Diffusion (2025) : les cheikhs de l’Oranais, le pop raï des cassettes, l’exil en France, le raï’n’b et le raï d’aujourd’hui.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le raï
Les racines : bedoui, cheikhs et cheikhates de l’Oranais
- Mestfa ben Brahim
- Zenagui Bouhafs
- Cheikh Mohammed Senoussi
- Cheikh Hamada
- Abdelkader Khaldi
- Cheikh Madani
- Cheikh Djilali Aïn Tedles
- Cheikha Rimitti
- Cheikha Djenia
- Cheikha Rabia
- Larbi Bensari
- Reinette l’Oranaise
- Saoud l’Oranais
- Blaoui Houari
- Ahmed Saber
- Ahmed Wahby
- Mohammed Belarbi
- Djelloul Bendaoud
La modernisation : violons, trompettes et premiers producteurs
- Bellemou Messaoud
- Belkacem Bouteldja
- Boutaïba Sghir
- Houari Benchenet
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L’âge d’or des chebs et des chabas, années 1980 et 1990
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Le raï aujourd’hui, de l’Algérie au rap français
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le raï ?
C’est une musique populaire algérienne née à Oran dans les années 1920, chantée en arabe algérien et faite pour danser. Elle se reconnaît à une voix très ornée, à un balancement de percussions souvent ternaire, à des mélodies en mineur aux couleurs orientales et, depuis les années 1970, à des trompettes, des synthétiseurs et une boîte à rythmes. Ses textes parlent d’amour, de fête, d’exil et de la vie difficile, ce qui lui a valu de longues périodes de censure.
Quelle est l’origine du raï ?
Le raï vient de l’Ouest algérien. Il hérite du bedoui des campagnes, une poésie populaire, le melhoun, déclamée sur des flûtes de roseau, les gasba, et un tambour, le guellal. Dans les cabarets d’Oran des années 1920, des chanteurs et des chanteuses, les cheikhs et les cheikhates, en font une musique urbaine, nourrie aussi de musique arabo-andalouse, de flamenco et de cabaret français. Cheikha Rimitti en devient la grande figure dans les années 1940, avant le pop raï des chebs.
Que veut dire le mot raï ?
En arabe algérien, raï signifie « opinion », « avis » ou « conseil ». Les chanteurs glissaient le mot dans leurs improvisations, comme une interjection, pour gagner du temps entre deux vers, et il a fini par désigner toute la musique. Les jeunes chanteurs des années 1970 et 1980 ont pris le titre de cheb ou chaba, « jeune », pour se distinguer des cheikhs.
Qui sont les chanteurs de raï les plus connus ?
Parmi les anciens, Cheikha Rimitti, Cheikh Hamada et le trompettiste Bellemou Messaoud. Parmi les chebs des années 1980 et 1990, Khaled, de « Didi » à « Aïcha », Cheb Mami, la voix de « Desert Rose » avec Sting, Cheb Hasni, assassiné en 1994, Chaba Fadela et Cheb Sahraoui, Chaba Zahouania, Cheb Nasro. En France, Rachid Taha et Faudel, puis la génération du raï’n’b, et aujourd’hui Soolking ou DJ Snake.
Comment faire une instru raï dans Logic Pro ?
Réglez le tempo autour de 100 BPM et travaillez en triolets, douze pas par mesure. Dans Drum Machine Designer, chargez vos échantillons de derbouka et de mains, et écrivez la grosse caisse aux pas 1 et 7, le dum aux pas 1, 6 et 7, le tek et les mains aux pas 4 et 10. Ajoutez une basse de Retro Synth sur « La cadence andalouse », la mineur, sol, fa, mi, puis un lead d’ES2 joué au pitch bend, et un quart de ton grâce aux réglages d’accordage du projet si la mélodie l’exige. La partie « Faire une instru raï dans Logic Pro » détaille chaque réglage.
Sources
- Wikipédia en anglais, articles Raï, Cheb Hasni, Cheb Mami, Khaled, Rachid Baba Ahmed, Chaba Fadela, Messaoud Bellemou, Boutaiba Sghir, Faudel, Khaled (album), Didi, Aïcha, Desert Rose, 1,2,3 Soleils, Ya Rayah, Raï’n’B Fever et Kore & Skalp, consultés en octobre 2026.
- Wikipédia en français, articles Khaled, Musique algérienne, Raïna Raï et Disco Maghreb, consultés en octobre 2026.
- UNESCO, « Le raï, chant populaire d’Algérie », liste représentative du patrimoine culturel immatériel, décision 17.COM 7.b.38, 2022 ; TelQuel, « Le raï algérien inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO », 2 décembre 2022.
- Le Courrier de l’Atlas, « À Bobigny, le raï n’a pas dit son dernier mot », sur le festival du 23 janvier 1986 ; Zoom Algérie, « Rachid Baba Ahmed » ; JazzTimes, critique de Meli Meli de Cheb Mami.
- Wikidata, élément raï (Q839029) et éléments liés aux artistes, disques et labels cités, consultés en octobre 2026.
- The New York Times, « Cheikha Rimitti, 83, Rebel of Algerian Music, Is Dead », 28 mai 2006, tel que référencé par Wikidata.
- Catalogue d’Apple Music, pour les titres, les dates de parution et les crédits des disques cités, consulté en octobre 2026.
- YouTips, fiches « Gnawa », « Musique microtonale », « Rap français » et « Auto-Tune ».
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, dont les pages sur la plage de pitch bend et le Glide d’ES2 et sur les valeurs de quantification en triolets, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
