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Kompa

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Le kompa, que l’on écrit aussi konpa en créole haïtien et compas en français, est la grande musique de danse d’Haïti. Né à Port-au-Prince au milieu des années 1950, il se danse en couple, collé, sur une pulsation régulière qui balance d’une hanche à l’autre. On le reconnaît à sa batterie qui tient le temps sans jamais s’emballer, à la cloche que les musiciens haïtiens appellent « gong » et au coup grave du tom basse, à deux guitares électriques qui se répondent, à une basse ronde et continue, et à des voix en créole souvent doublées par un chœur. Son inventeur reconnu est le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste, qui forme son orchestre dans la nuit du 25 au 26 juillet 1955 et donne au style le nom de « compas direct ». Son rival, Wébert Sicot, lui répond avec la cadence rampa, et c’est sous ces deux noms que la musique haïtienne conquiert les Antilles françaises dans les années 1960. Viennent ensuite les mini-jazz de Pétion-Ville, Tabou Combo, Skah Shah ou Bossa Combo, l’exil à New York et à Miami, la « nouvelle génération » des synthétiseurs, de Top Vice à T-Vice et Carimi, puis Harmonik, Klass ou Nu-Look. Le zouk antillais en est le proche parent, la kizomba angolaise une cousine éloignée. Le 10 décembre 2025, l’UNESCO a inscrit le compas haïtien sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

  • PériodeDepuis 1955, après un siècle de méringue haïtienne
  • FoyerPort-au-Prince et Pétion-Ville, puis New York, Miami, les Antilles françaises, Paris et le Canada
  • TempoModéré, le plus souvent entre 100 et 125 BPM environ ; le motif de cette fiche est à 112 BPM
  • RythmeMesure à quatre temps, pulsation régulière, cloche et cymbale continues, tom basse en appui
  • InstrumentsBatterie, cloche, congas, deux guitares électriques, basse, claviers, saxophone et cuivres, voix et chœurs

Le kompa en bref

  • Origine : Port-au-Prince, en 1955, quand Nemours Jean-Baptiste modernise la méringue haïtienne avec une guitare électrique, une basse, un tom basse et des cuivres, sous l’influence du merengue dominicain, du son cubain et des big bands américains.
  • Son : une pulsation régulière à quatre temps, une cloche et une cymbale qui ne s’arrêtent jamais, deux guitares qui tissent des motifs serrés, une basse ronde, et souvent une grille de deux accords.
  • Trois albums : Haitian Music of the 50’s (Nemours Jean-Baptiste et l’Ensemble aux Callebasses), Guêpe pangnole de Skah Shah (1974), Bang Bang de Carimi (2001).
  • En home studio : un motif de batterie bien placé, une basse jouée avec soin, deux parties de guitare complémentaires et un piano électrique suffisent pour une première instru, et Logic Pro fournit tout le nécessaire.
  • Le point à connaître : « kompa », « konpa » et « compas » désignent la même musique ; le zouk en est le parent le plus proche, mais ce n’est pas la même chose.

Trois albums pour entrer dans le kompa

  • Haitian Music of the 50’sNemours Jean-Baptiste, années 1950

    Le compas direct à sa source. L’orchestre que Nemours Jean-Baptiste fait jouer dans la nuit du 25 au 26 juillet 1955, place Sainte-Anne, devient quelques semaines plus tard l’Ensemble aux Callebasses, puis l’Ensemble Nemours Jean-Baptiste en 1957. Cette compilation de vingt-deux titres réunit des enregistrements crédités à l’Ensemble aux Callebasses, à Nemours et au chanteur Louis Lahens : on y entend la méringue haïtienne devenir une musique d’orchestre électrique, avec ses cuivres, ses guitares et une basse qui marche sur deux accords.

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  • Guêpe pangnoleSkah Shah, 1974

    En 1970, Shleu-Shleu, l’un des premiers mini-jazz, est engagé au Casa Borinquen de New York et décide d’y rester. Quelques années plus tard, une partie de ses musiciens fonde Skah Shah, qui donne son premier concert le 29 juin 1974 au Malibu Night Club. Guêpe pangnole, sous-titré « L’ex Shleu Shleu d’Haïti », est son premier album : le kompa de Port-au-Prince joué par la diaspora new-yorkaise. Selon Le Nouvelliste, Skah Shah a dominé la scène du compas jusqu’au début des années 2000.

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  • Bang BangCarimi, 2001

    Carimi est un trio new-yorkais dont le nom réunit les premières lettres des prénoms de ses fondateurs, Carlo Vieux, Richard Cavé et Mickaël Guirand. Son premier album, paru à l’été 2001, en fait un nom familier de toute la diaspora : le groupe se classe en tête des ventes en Haïti, en Guadeloupe, à Paris, en Guyane et au Canada. C’est le kompa de la nouvelle génération, nourri de RnB et produit pour les clubs. Séparé en 2016, Carimi s’est reformé pour remplir l’UBS Arena de New York le 27 décembre 2024.

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Qu’est-ce que le kompa ?

Le kompa est un genre musical haïtien apparu à Port-au-Prince au milieu des années 1950, une forme modernisée de la méringue, la danse nationale d’Haïti, jouée par un orchestre électrique et dansée en couple. Wikipédia en anglais le décrit comme une musique de danse portée par un battement régulier et pulsé, commun à beaucoup de styles caribéens. Le musicien Fabrice Rouzier, cofondateur du groupe Mizik Mizik en 1984, le résume comme un merengue ralenti, mêlé aux rythmes percussifs que les Haïtiens tiennent de leur héritage africain, et il ajoute que le kompa a été influencé « par chaque changement musical survenu dans le monde » tout en restant « indissociablement haïtien ». C’est la musique des bals, des fêtes de quartier, des mariages et des radios ; on l’entend, selon l’AFP, dans les restaurants qui ont une piste de danse, dans les bus, sur les places publiques. Et c’est, pour le journaliste haïtien Frantz Duval, « la principale représentation artistique et musicale d’Haïti à l’étranger ».

Ce qui existait avant

Avant le kompa, il y a la méringue haïtienne, née au milieu du XIXe siècle et devenue un symbole national. Elle descend de la contredanse européenne, transformée sur l’île par des influences afro-caribéennes, et peut-être d’une danse plus ancienne, le carabinier, que la tradition fait remonter à la Révolution haïtienne. Son rythme repose sur une cellule de cinq notes inégales, longue, brève, longue, brève, longue, que les Haïtiens appellent quintolet et les Cubains cinquillo. Deux méringues coexistent : la méringue lente, ou méringue de salon, écrite par des compositeurs de l’élite pour le piano ou de petits ensembles à vent, comme Occide Jeanty, chef de la Musique du Palais, et la méringue de carnaval, populaire et souvent moqueuse envers les puissants. À la différence du merengue dominicain, mené par l’accordéon, la méringue haïtienne se joue surtout aux cordes.

Dans les années 1940 et 1950, Port-au-Prince danse au son des grands orchestres. Le plus puissant est le Jazz des Jeunes, fondé en 1942, qui « règne » alors sur la capitale selon Le Nouvelliste, le quotidien de Port-au-Prince ; l’orchestre d’Issa El Saieh en est un autre. Ces orchestres enregistrent beaucoup de méringues chantées en français, et leurs musiciens écoutent la radio : Yves « Fanfan » Joseph, de Tabou Combo, rappelle que les Haïtiens entendaient sur les ondes courtes les chansons cubaines et dominicaines, qui ont nourri leur son. Le merengue de la République dominicaine voisine, rapide et dansant, est particulièrement populaire. Dans les campagnes et les bars, les twoubadou, des chanteurs ambulants accompagnés à la guitare acoustique, prolongent une tradition proche du son cubain.

La naissance du compas direct

Nemours Jean-Baptiste naît à Port-au-Prince le 2 février 1918. Saxophoniste et guitariste, il commence comme guitariste dans le trio d’Anilus Cadet, à la radio HH2S, puis fonde le Trio Anacaona. En 1955, il monte un orchestre avec un autre saxophoniste, Wébert Sicot. Le Nouvelliste date sa naissance de la nuit du 25 au 26 juillet 1955, place Sainte-Anne, devant le club Chez Maggy, où Nemours joue avec Julien Paul, Wébert Sicot, Monfort Jean-Baptiste, Mozart et Kreutzer Duroseau. Ce premier ensemble s’appelle le Conjunto International, et c’est le 26 juillet que l’on fête aujourd’hui l’anniversaire du kompa.

Le rythme, pourtant, n’est pas encore défini cette nuit-là : il faudra des années pour le fixer, souligne Frantz Duval dans Le Nouvelliste. Sicot quitte le groupe quelques semaines plus tard, l’orchestre devient l’Ensemble aux Callebasses, puis l’Ensemble Nemours Jean-Baptiste en 1957. Avec les frères Duroseau et d’autres musiciens, Nemours met peu à peu au point ce qu’il appelle le compas direct. Il puise dans la méringue, le quadrille et la musique des twoubadou, emprunte au merengue dominicain, au son et à la charanga cubains, et à l’idée du big band américain. Surtout, il électrifie la musique : il ajoute la guitare électrique, la basse et le tom basse, et à la fin des années 1960 l’orgue ou le piano. Son orchestre aligne deux guitares électriques, une batterie dynamique, une grande section de cuivres et beaucoup de percussions.

Le principe est simple, et Nemours l’a expliqué lui-même dans son dernier entretien à la Télévision nationale d’Haïti : ses morceaux reposaient sur deux accords, la dominante et la tonique, au-dessus d’une ligne de basse qui marche sans s’arrêter. Le succès est immense. Composé en 1967, « Ti Carole » reste plus d’un an parmi les dix titres les plus populaires d’Haïti, avec un solo d’accordéon qui cite la chanson russe « Les Yeux noirs ». Le kompa grandit sous la présidence de François Duvalier, dit Papa Doc, à partir de la fin des années 1950, un régime qui fait de la culture haïtienne un outil de propagande : Nemours joue lors de réceptions officielles, et le kompa devient un symbole de l’Haïti moderne, adopté par l’élite comme par les quartiers populaires.

Nemours contre Sicot : compas direct et cadence rampa

Au début des années 1960, Wébert Sicot lance sa propre version de la méringue modernisée et l’appelle cadence rampa, pour la distinguer du compas, surtout à l’étranger. Selon Wikipédia en français, la cadence rampa reprend le rythme du compas en lui ajoutant un second tambour qui marque chaque quatrième temps, et elle est née « dans un esprit de compétition ». Le critique de la revue Afropop Worldwide la décrit comme plus proche du son cubain et du jazz américain. La rivalité entre les deux saxophonistes passionne Port-au-Prince : ils se lancent des piques dans leurs chansons, et la querelle se règle, raconte-t-on, par un match de football entre les deux orchestres, terminé sur un match nul, un but partout. Les deux hommes restent pourtant amis.

Cette rivalité fait voyager la musique. Nemours et Sicot tournent dans toute la Caraïbe, à Curaçao, à Aruba, à Sainte-Lucie, à la Dominique, en Martinique et en Guadeloupe. Vers 1962, les frères Wébert et Raymond Sicot font découvrir la méringue-cadence aux Antilles françaises, d’où elle gagne la Dominique, et à la fin des années 1960 presque tous les grands orchestres haïtiens se sont produits dans les îles françaises. Des groupes antillais apprennent à jouer le compas et la cadence, comme Les Aiglons, La Perfecta, Selecta ou Les Vikings de la Guadeloupe.

D’où vient le mot

« Compas » viendrait de l’espagnol compás, la mesure ou la pulsation en musique, et « compas direct » signifie à peu près « pulsation directe ». Selon Wikipédia en français, « compas » et « compas direct » sont les premiers termes employés, à la fin des années 1950 et dans les années 1960, et « konpa » ne s’impose qu’à partir de la fin des années 1980. « Konpa » est l’orthographe officielle du créole haïtien : l’orthographe standardisée de 1979 n’écrit jamais de « m » devant un « b » ou un « p ». « Kompa » est pourtant la graphie la plus répandue en France et sur les plateformes, et c’est celle que retient cette fiche. Détail juridique : aux États-Unis, « Compas Direct » est une marque déposée par les héritiers de Nemours Jean-Baptiste.

Une mutation plutôt qu’une fin

Le kompa n’a jamais cessé de changer de forme. Au milieu des années 1960, des groupes de jeunes de Pétion-Ville et des quartiers aisés de la capitale réduisent l’orchestre à quelques musiciens : ce sont les mini-jazz, dont Shleu-Shleu, Tabou Combo, Les Difficiles de Pétion-Ville ou Bossa Combo. Dans les années 1970, fuyant la dictature ou cherchant du travail, beaucoup de musiciens partent à New York, à Miami, à Paris ou aux Antilles, et les grands groupes et labels haïtiens s’installent à l’étranger. Tabou Combo devient, selon Wikipédia, le premier groupe caribéen numéro un au hit-parade français, avec « New York City ».

En 1986, à Miami, le groupe Top Vice lance ce qu’on appelle bientôt le « compas digital » ou la « nouvelle génération » : une boîte à rythmes remplace les percussionnistes, un synthétiseur remplace les cuivres. Sweet Micky, T-Vice, Carimi ou Djakout Mizik en font la musique des années 1990 et 2000, ouverte au rap, au RnB et au reggae. Et en 2025, soixante-dix ans après la nuit de la place Sainte-Anne, l’UNESCO le reconnaît comme un patrimoine de l’humanité.

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Le kompa en sept dates

  1. 1955La nuit de la place Sainte-AnneDans la nuit du 25 au 26 juillet, Nemours Jean-Baptiste et Wébert Sicot jouent devant Chez Maggy, à Port-au-Prince : c’est la date retenue pour la naissance du compas direct.
  2. 1962La cadence gagne les AntillesVers 1962, Wébert et Raymond Sicot font découvrir la méringue-cadence en Martinique et en Guadeloupe, d’où elle passe à la Dominique.
  3. 1965Les premiers mini-jazzShleu-Shleu naît le 22 décembre à Port-au-Prince ; Nemours surnomme « mini-jazz » ces orchestres réduits, et le mot désigne bientôt toute une génération.
  4. 1974Le kompa à New YorkLe 29 juin, d’anciens membres de Shleu-Shleu installés à New York donnent au Malibu Night Club le premier concert de Skah Shah.
  5. 1986Le compas digitalÀ Miami, Top Vice remplace les percussions par une boîte à rythmes et les cuivres par un synthétiseur : c’est le début de la « nouvelle génération ».
  6. 2001CarimiLe trio new-yorkais publie l’été son premier album, Bang Bang, qui le fait connaître d’Haïti à la Guadeloupe, de Paris au Canada.
  7. 2025Patrimoine de l’humanitéLe 10 décembre, l’UNESCO inscrit le compas haïtien sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

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Le morceau pour comprendre

https://www.youtube.com/watch?v=3a_M7gUfZcY

Il s’agit d’« Et Alors », de Tabou Combo, le groupe qui se présente lui-même comme l’ambassadeur du kompa. L’orchestre naît à la fin des années 1960 à Pétion-Ville, sur les hauteurs de Port-au-Prince, d’une idée de deux camarades du lycée, le trompettiste Herman Nau et Albert Chancy ; il s’appelle d’abord Los Incognitos. Le percussionniste Yvon André, dit Kapi, le rejoint à seize ans. Dans les années 1970, les musiciens se retrouvent à New York, où ils voient sur scène James Brown, les Commodores et Earth, Wind & Fire : ils intègrent alors le funk à leur musique. Interrogé en 2019 par la radio WLRN, Kapi cite justement l’introduction d’« Et Alors » comme du « funk pur ».

C’est ce qui en fait une bonne porte d’entrée : le morceau montre en quelques minutes ce que le kompa de la diaspora a absorbé sans perdre son identité. Écoutez d’abord l’introduction et demandez-vous ce qui vient de Brooklyn plutôt que de Port-au-Prince. Guettez ensuite le moment où le balancement du kompa s’installe : la batterie cesse de pousser, la cloche et la cymbale prennent le relais, et la basse se met à tourner. Écoutez enfin comment les guitares se partagent le travail, l’une en accords courts, l’autre en petits motifs, et comment la voix et le chœur se répondent. Tabou Combo chante en créole, mais aussi en anglais, en espagnol ou en portugais : au Panama, où le groupe est une institution, on a longtemps appelé le kompa le « reggae haïtien ».

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le kompa se joue sur une mesure à quatre temps, à un tempo modéré, et toute sa force tient dans la régularité : Wikipédia parle d’un battement « constant et pulsé », un journaliste du Miami New Times d’une basse « régulière et propulsive ». Le tempo varie selon les époques et les orchestres ; sur ce site, la fiche Zouk le situe entre 100 et 125 BPM environ, ce qui correspond à ce qu’on entend sur la plupart des disques. Les morceaux lents, qu’on appelle kompa gouyad, un mot créole qui évoque le balancement des hanches, descendent plus bas. Le danseur, lui, marche presque : le compas est une méringue, dansée en couple, avec un pas à deux temps, le carré, et un mouvement qui passe surtout par les hanches.

La batterie du kompa ne ressemble ni à celle du rock ni à celle de la salsa. Dans les mini-jazz des années 1960 et 1970, Wikipédia décrit un ensemble fait d’une batterie, de congas, de timbales et de deux cloches, l’une jouée avec les timbales, l’autre avec le tom basse. La cloche s’appelle en créole le « gong », et le percussionniste qui la tient frappe aussi le tom basse, étouffé, en fin de mesure. Au-dessus, la cymbale, une charleston ou une cymbale ride, joue en continu ; un percussionniste estime même que c’est elle qui porte l’essentiel du groove, les congas ajoutant surtout du balancement. La grosse caisse, elle, reste discrète, loin du martèlement de la musique électronique.

Voici un motif de kompa sur une mesure de quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 112 BPM (battements par minute). Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse marque les premier et troisième temps (pas 1 et 9). Le tom basse tombe sur le quatrième temps (pas 13), c’est le « boum » grave qui relance chaque mesure. La cloche, le gong, joue une figure syncopée aux pas 1, 4, 5, 9, 11 et 13, transcrite par un percussionniste sur un forum de congas. La charleston tient la double-croche, fermée aux pas 1, 3, 4, 6, 9, 11, 12 et 14, et s’ouvre aux pas 7 et 15, juste avant le temps. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse pédagogique, pas la transcription d’un morceau précis : chaque batteur de kompa a sa propre façon de répartir ces éléments.

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Grosse caisse
Tom basse
Cloche (gong)
Charleston
FrappeVarianteChaque ligne est un instrument, chaque colonne un instant, la lecture va de gauche à droite sur une mesure. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps ; la grosse caisse tombe sur les pas 1 et 9, le tom basse sur le pas 13, la cloche joue aux pas 1, 4, 5, 9, 11 et 13, et la charleston tient les doubles-croches, ouverte aux pas 7 et 15.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La cloche est rendue par une voix de percussion et le tom basse par un tom grave : ce sont les timbres les plus proches disponibles. Jeu droit ; le léger retard des batteurs de kompa n’est pas reproduit.

Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : une grosse caisse au pas 7 et un coup de tom au pas 16 suffisent à faire avancer la mesure vers la suivante. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, alors que les batteurs de kompa jouent légèrement en arrière du temps, comme le note la fiche Zouk. Dans Logic Pro, ce placement se reproduit à la main, en retardant de quelques millisecondes la cloche ou la charleston, ou avec un léger Q-Swing ; la partie consacrée au home studio détaille les deux méthodes.

L’harmonie

L’harmonie du kompa est d’abord une harmonie de danse : elle doit tourner sans fatiguer. Nemours Jean-Baptiste l’a dit lui-même, ses morceaux alternaient deux accords, la dominante et la tonique, l’accord de tension et l’accord de repos, au-dessus d’une basse qui marche. Le Miami New Times décrit encore, au début des années 2000, une « structure à deux accords alternés ». Cette économie laisse toute la place au placement, aux guitares, au chant et à la danse. Les orchestres ont ensuite enrichi le vocabulaire : grilles à trois accords héritées des bals, passages en mineur, accords de septième et de neuvième venus du jazz, que les arrangeurs de big band aimaient, puis, avec la nouvelle génération, des boucles de quatre accords proches de la pop et du zouk love.

Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; « V7 » est l’accord de septième construit sur le cinquième degré, celui qui appelle le retour à la tonique. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « maj7 » une septième majeure, « m9 » un accord mineur avec septième et neuvième. Les cinq grilles sont sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les seules, puis avec la batterie du motif.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en do, fa ou sol majeur, en la ou mi mineur, une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

L’orchestre de kompa a beaucoup changé de taille, du big band de Nemours au trio de Carimi, mais ses fonctions restent les mêmes.

  • La batterie et les percussions : grosse caisse, cymbale, tom basse et cloche, auxquels s’ajoutent les congas, les timbales et parfois le tanbou, le tambour haïtien, dans les orchestres complets. Dans la nouvelle génération, la boîte à rythmes les remplace en partie.
  • Les deux guitares électriques, signature des mini-jazz : l’une joue des accords courts et percussifs, l’autre des arpèges et des petits motifs mélodiques, et toutes deux s’emboîtent comme des engrenages.
  • La basse, ronde, régulière et chantante, qui reprend la fonction de la basse qui marche de Nemours et que le groupe D-Zine, à Miami, décrivait comme son « moteur ».
  • Les claviers : l’orgue et le piano à partir de la fin des années 1960, puis les synthétiseurs, qui prennent dans les années 1980 la place des cuivres.
  • Les cuivres, menés par un saxophone alto, et la trompette ou le trombone : ils dominent le kompa des grands orchestres et reviennent dans les formations les plus ambitieuses.
  • L’accordéon, présent chez Nemours et dans certains mini-jazz, comme dans le solo de « Ti Carole ».
  • Les effets de guitare, enfin, devenus une couleur à part entière : selon Wikipédia en français, le guitariste Henry Célestin, arrivé dans Top Vice peu après ses débuts, y introduit un jeu chargé d’écho et de chorus.

La voix et la forme

Le kompa se chante surtout en créole haïtien, parfois en français, et la diaspora y a ajouté l’anglais et l’espagnol. Les textes parlent d’amour, de femmes, de fête, de religion et de politique ; dans les années 1960, les chansons de Nemours célèbrent volontiers les femmes et les couples heureux, celles de Coupé Cloué jouent l’humour. La voix principale est presque toujours soutenue par un chœur, qui reprend le refrain ou répond au chanteur.

La forme est longue : selon Fabrice Rouzier, un kompa traditionnel dure souvent six à sept minutes, ce qui le rendait difficile à programmer à la radio. Les morceaux instrumentaux des grands orchestres laissent une large place à l’improvisation, autour d’un saxophone soliste ; les chansons alternent couplets et refrains, puis s’ouvrent souvent à des solos de guitare, de cuivres ou de synthétiseur sur une boucle d’accords. Les versions de studio de la nouvelle génération sont plus courtes, plus proches du format de la chanson.

Exercice d’écoute

Écoutez « Ti Carole » de Nemours Jean-Baptiste, puis « Et Alors » de Tabou Combo, puis un titre de T-Vice, le groupe de Miami formé en 1991, et répondez avant de lire la suite.

  • Question 1 : au milieu de « Ti Carole », quel instrument prend le solo, et quelle mélodie connue cite-t-il ?
  • Question 2 : dans « Et Alors », l’introduction sonne-t-elle comme du kompa ?
  • Question 3 : chez T-Vice, où sont passés les cuivres et les percussionnistes des grands orchestres ?

Les réponses, à ne lire qu’après.

  • Réponse 1 : l’accordéon, qui cite la chanson russe « Les Yeux noirs » au milieu d’une section de cuivres de big band. Ce que vous apprenez : le kompa des origines est une musique d’orchestre savante, qui mêle sans complexe les traditions, et une citation bien choisie peut rester dans les mémoires pendant des décennies.
  • Réponse 2 : non, et c’est voulu. Kapi, le percussionniste du groupe, la décrit lui-même comme du « funk pur », héritée des concerts de James Brown ou d’Earth, Wind & Fire vus à New York. Ce que vous apprenez : le kompa absorbe ce qu’il entend, mais il revient toujours à son balancement, la cymbale et la cloche continues, le coup de tom basse qui relance la mesure, comme dans le motif ci-dessus.
  • Réponse 3 : dans les machines. Depuis le compas digital lancé en 1986 par Top Vice, le groupe où jouait le père des fondateurs de T-Vice, la boîte à rythmes remplace les percussionnistes et le synthétiseur remplace les cuivres. Ce que vous apprenez : c’est exactement la situation du home studio, où l’on programme la batterie et où l’on joue les nappes au clavier ; la difficulté consiste à garder le balancement d’un orchestre avec des machines.

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Kompa, zouk et merengue : ce qui les sépare

Le kompa partage les pistes de danse de toute la Caraïbe avec des musiques qui lui ressemblent, et la parenté est réelle : elles s’empruntent des rythmes, des musiciens et des publics depuis soixante-dix ans. Quelques repères permettent pourtant de les distinguer à l’oreille.

Kompa et zouk : quelle différence ?

Le kompa est l’aîné : il naît à Port-au-Prince en 1955, le zouk en Guadeloupe et en Martinique à la fin des années 1970, avec Kassav’, fondé en 1979 par Pierre-Édouard Décimus et Jacob Desvarieux. Entre les deux, il y a vingt ans pendant lesquels le compas et la cadence haïtienne dominent les bals antillais. Selon Wikipédia, les fondateurs de Kassav’ avaient pour modèles des orchestres de cadence et de compas dominiquais, haïtiens et guadeloupéens, dont Tabou Combo, Exile One, Les Aiglons ou les Grammacks, et l’évolution du groupe se lit comme une synthèse de la cadence-lypso et du compas. D’autres sources insistent au contraire sur les racines antillaises du zouk, la biguine et la mazurka martiniquaises, le gwoka guadeloupéen : la filiation existe, mais le zouk n’est pas un simple kompa des Antilles.

À l’oreille, la différence tient au son et au placement. Le premier zouk, le zouk béton de Kassav’, est une musique de carnaval rapide, qui a fini par céder du terrain au compas, plus lent. Le zouk s’est aussi construit dans les studios, autour des synthétiseurs et des boîtes à rythmes des années 1980, alors que le kompa est resté longtemps une musique d’orchestre, avec une batterie, une cloche et des guitares jouées par des musiciens. Le zouk love et le kompa lent de la nouvelle génération sont, eux, très difficiles à distinguer : même tempo, mêmes nappes, même romantisme. Le meilleur indice reste souvent la langue, le créole haïtien d’un côté, les créoles guadeloupéen et martiniquais de l’autre, et le jeu des deux guitares, plus présent dans le kompa.

Kompa et merengue : deux cousins de la même île

Haïti et la République dominicaine partagent l’île d’Hispaniola, et leurs musiques de danse se sont influencées dans les deux sens. Nemours Jean-Baptiste puise dans le merengue dominicain pour inventer le compas direct, et Wikipédia note en retour que le merengue a été influencé par le kompa. La différence s’entend tout de suite : le merengue est rapide, entre 120 et 160 BPM selon la fiche Merengue, mené par la güira, un racloir métallique qui remplit chaque double-croche, et par la tambora ; le kompa est plus lent, et c’est la cymbale et la cloche qui tiennent la pulsation. Fabrice Rouzier résume la relation en une formule : le kompa est un merengue ralenti. Le merengue a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2016, le kompa en 2025.

Kompa et kizomba

Le lien entre Haïti et l’Angola passe par les Antilles et par le Cap-Vert. Kassav’ a tourné au Cap-Vert, et les musiciens capverdiens jouent le zouk comme le compas ; Wikipédia range d’ailleurs la kizomba parmi les musiques nées du croisement avec le kompa. La fiche Kizomba détaille cette histoire : dans la diaspora capverdienne, la coladeira mêlée au kompa a donné le cola-zouk, puis le cabo love, pendant qu’à Luanda le semba rencontrait le zouk pour donner la kizomba. Ces musiques ont en commun une danse de couple collée et un tempo modéré ; elles diffèrent d’abord par la langue, créole haïtien pour le kompa, portugais pour la kizomba.

Kompa et afrobeats

On les retrouve aujourd’hui sur les mêmes playlists et dans les mêmes soirées, mais ce sont deux histoires différentes. L’afrobeats est né au Nigeria et au Ghana au début du XXIe siècle ; le kompa est une musique haïtienne vieille de soixante-dix ans, qui a trouvé tôt un public en Afrique de l’Ouest : Coupé Cloué y a été sacré « roi » lors de ses tournées, et Tabou Combo a joué jusqu’au Sénégal. Ce qui les rapproche en 2026, ce sont les playlists de musiques de danse, où le kompa côtoie l’afrobeats et les productions latines de Beéle, Ryan Castro ou Rawayana, qui mêlent elles aussi le compas à d’autres sons. Pour un producteur, la frontière se tient dans la batterie : le kompa garde sa cloche et son coup de tom basse, l’afrobeats ses percussions syncopées et son grave de boîte à rythmes.

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Sous-genres et scènes

  • Méringue haïtienneDepuis le milieu du XIXe siècleLa danse nationale d’Haïti, de salon ou de carnaval, sur la cellule de cinq notes du quintolet : l’ancêtre direct du kompa.Lire la fiche Merengue
  • Compas directDepuis 1955Le style de Nemours Jean-Baptiste : grand orchestre, deux guitares, cuivres et percussions, deux accords et une basse qui marche.
  • Cadence rampaDepuis le début des années 1960La réponse de Wébert Sicot, plus proche du son cubain et du jazz, qui a appris aux Antilles françaises à danser la musique haïtienne.
  • Mini-jazzDe 1965 au début des années 1980Des orchestres réduits de jeunes de Pétion-Ville et de Port-au-Prince, deux guitares électriques, basse, batterie, congas et cloches : Shleu-Shleu, Tabou Combo, Les Difficiles, Bossa Combo.
  • Kompa de la diasporaDepuis les années 1970Les orchestres installés à New York, à Boston ou à Miami, de Skah Shah à D.P. Express, qui intègrent le funk et la soul.Lire la fiche Funk
  • Cadence-lypsoDominique, années 1970La cadence haïtienne mêlée au calypso par Exile One et Gordon Henderson, l’un des modèles des fondateurs de Kassav’.Lire la fiche Zouk
  • Kompa gouyadDepuis les années 1980Une variante plus lente et plus sensuelle, faite pour danser collé : le nom vient du balancement des hanches.
  • Compas digital, ou nouvelle générationDepuis 1986La boîte à rythmes à la place des percussionnistes, le synthétiseur à la place des cuivres, de Top Vice à Sweet Micky, T-Vice, Djakout Mizik et Carimi, avec des emprunts au rap, au RnB et au reggae.Lire la fiche R&B
  • Cola-zouk et cabo loveDiaspora capverdienne, depuis la fin des années 1970La coladeira du Cap-Vert mêlée au kompa et au zouk, puis sa version lente, chantée en créole capverdien.Lire la fiche Kizomba
  • Kompa latinoDepuis le milieu des années 2020Le compas repris par des artistes colombiens et vénézuéliens, Beéle, Ryan Castro ou Rawayana, sur des productions latines.Lire la fiche Reggaeton

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La démarche artistique

Le kompa est d’abord une musique de bal. Tout y est pensé pour que le couple danse longtemps sans se fatiguer : un tempo modéré, une pulsation qui ne varie pas, une harmonie qui tourne, des morceaux de six ou sept minutes. Le compositeur de kompa n’écrit pas pour surprendre, mais pour installer un balancement et le tenir, et c’est dans ce cadre étroit que se joue tout son art : le choix d’une phrase de guitare, d’une réponse du chœur, d’une couleur de clavier.

C’est ensuite une musique de l’orchestre et de la rivalité. Nemours et Sicot se répondent par chansons interposées, puis les mini-jazz de Pétion-Ville et des quartiers de la capitale se disputent les bals et les concours de radio : en 1967, Tabou Combo, qui s’appelle encore Los Incognitos, remporte un concours organisé par Radio Haïti. Le public choisit son camp, et les groupes se scindent et se recomposent sans cesse, de Shleu-Shleu à Skah Shah, de Djakout Mizik à Djakout #1, de Carimi à Kai, Vayb et 5lan. Chaque orchestre cherche un son reconnaissable dès la première mesure.

C’est aussi une musique de l’exil, qui en a fait une musique du monde. Les dictatures de François et de Jean-Claude Duvalier promeuvent la musique haïtienne comme un outil de nationalisme culturel, mais persécutent les musiciens qui ne les célèbrent pas ; selon les notes de la compilation Haiti Direct, ceux-ci partent vers New York, Miami, Paris, Cuba, les Antilles ou le Zaïre, et dans les années 1970 les principaux groupes et labels haïtiens sont installés à l’étranger. Le kompa devient la musique qui relie la diaspora au pays : quand on ne peut pas jouer à Port-au-Prince, rappelle l’AFP, les concerts partent en province ou dans les communautés haïtiennes de l’étranger.

C’est enfin une musique qui absorbe tout sans se dissoudre. Les orchestres de Nemours empruntent au merengue et au son cubain, les mini-jazz au rock et au funk, la nouvelle génération au rap, au RnB et au reggae, et les artistes des années 2020 aux musiques latines. Pourtant, chacun reconnaît un kompa dès les premières secondes, à cette façon de laisser la cymbale et la cloche tourner pendant que la basse chante. Leçon pour un compositeur : on peut tout changer, sauf le balancement.

Sur scène, le kompa pose un problème particulier : les grands orchestres comptaient une dizaine de musiciens, cuivres et percussions compris, et les productions de la nouvelle génération superposent boîtes à rythmes, nappes et voix doublées. Peu de formations réduites peuvent reproduire tout cela à la main. Une alternative consiste à jouer les parties de clavier en direct avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse synthétique dans le grave, le piano électrique dans le médium et une nappe ou des cuivres dans l’aigu, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, réglez avec soin les enchaînements, car les danseurs ne s’arrêtent pas entre deux titres, et gardez les sons de cuivres sous la main pour les ponctuations. Les parties de clavier se jouent alors en direct, et ce qu’on ne peut pas jouer, une boucle de percussions ou des chœurs, peut tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.

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Le kompa aujourd’hui

Le 10 décembre 2025, le comité intergouvernemental de l’UNESCO a inscrit le compas haïtien sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le même jour que le son cubain. Le dossier haïtien le décrit comme « une création déterminante du peuple haïtien », et l’ancienne ministre de la Culture Emmelie Prophète, qui a travaillé sur la candidature, comme « la mémoire collective de la nation ». L’UNESCO souligne que cette musique « rassemble des personnes de tous âges, de tous genres et de tous horizons » et qu’elle parle souvent d’amour, de liberté, de paix et de résistance. La reconnaissance tombe quelques semaines après la qualification d’Haïti pour la Coupe du monde de football 2026, le 18 novembre 2025, la première depuis 1974, dans un pays frappé par la pauvreté et la violence des gangs.

Le kompa vit d’abord sur scène et dans la diaspora. Le 27 décembre 2024, Carimi, réuni pour l’occasion, remplit l’UBS Arena de New York, son premier concert dans une salle de cette taille aux États-Unis. À Miami, une école de danse forme des professeurs de kompa jusqu’au Kenya. Sur TikTok, les vidéos marquées #kompa touchent des centaines de milliers de personnes. Frantz Duval, directeur du magazine Ticket, remarque qu’il « résiste aux crises parce que tout le monde l’écoute et le danse, même dans les moments de crise ».

Une nouvelle génération a pris le relais des orchestres historiques. Harmonik, Klass, Kreyòl La, Nu-Look, fondé en Floride en 2000 autour d’Arly Larivière, ou Disip, le groupe du chanteur Gazzman Couleur, font vivre le genre. Après la séparation de Carimi en 2016, ses trois membres ont fondé Kai, Vayb et 5lan. Des chanteurs comme Joé Dwèt Filé, Roody Roodboy, Rutshelle Guillaume ou Mikaben incarnent la relève. Et Tabou Combo, plus de cinquante ans après sa fondation, tourne toujours.

Le genre gagne enfin les musiques latines. Au milieu des années 2020, des artistes colombiens et vénézuéliens, Beéle, Ryan Castro ou le groupe Rawayana, mêlent le compas à leurs productions. Selon Wikipédia, les Latin Grammy ont rendu le compas éligible en 2026 dans la catégorie du meilleur album tropical contemporain, mais cette catégorie exige des paroles majoritairement en espagnol ou dans une autre langue hispano-américaine, ce qui en exclut le créole haïtien.

Faire du kompa en 2026 sans copier une recette

  • Écoutez les orchestres avant les productions récentes : Nemours, Tabou Combo, Skah Shah ou Magnum Band vous apprendront le balancement mieux qu’un pack de boucles.
  • Faites jouer, ou jouez, au moins un instrument pour de vrai, une guitare, une basse ou une cloche : c’est ce qui distingue un kompa d’une boucle programmée.
  • Soignez le dialogue des deux guitares : une partie en accords courts, une partie en motifs, jamais dans le même registre.
  • Écrivez en créole si c’est votre langue, ou travaillez avec un auteur qui la parle : le kompa est aussi une langue, et les auditeurs l’entendent.
  • Si vous empruntez une mélodie, un refrain ou un enregistrement d’un classique, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.

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Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

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Faire une instru kompa en home studio

Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro. Studio Bass et les Session Players, des musiciens virtuels qui jouent la basse ou le clavier à partir d’une grille d’accords, sont apparus avec Logic Pro 11.

Prenez les étapes dans l’ordre : dans le kompa, tout part de la batterie et de la basse, et le reste vient s’y emboîter. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La basse ronde » : une batterie et une basse qui balancent valent mieux qu’un projet de quarante pistes qui ne danse pas.

Le tempo et la grille

  • Réglez le tempo du projet sur 112 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; descendez vers 100 pour un kompa lent, montez vers 124 pour un morceau plus enlevé.
  • Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
  • Notez la grille dans la piste d’accords de Logic Pro 11, la Chord Track : les Session Players la suivront automatiquement.
  • Pour commencer, prenez la grille « Les deux accords de Nemours » : do majeur, sol septième, sol septième, do majeur.

La batterie et la cloche

  • Créez une piste Drum Machine Designer, qui répartit un son par pad, sur les notes 36 à 51 par défaut.
  • Remplacez les sons des pads par une grosse caisse, un tom basse, une charleston fermée, une charleston ouverte et une cloche, pris dans la bibliothèque de Logic Pro ou enregistrés par vous : glisser un fichier audio sur un pad suffit.
  • Choisissez une grosse caisse ronde et courte, et un tom basse grave et mat : un percussionniste décrit un tom étouffé avec une serviette.
  • Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
  • Allumez la grosse caisse aux pas 1 et 9, le tom basse au pas 13, la cloche aux pas 1, 4, 5, 9, 11 et 13, la charleston fermée aux pas 1, 3, 4, 6, 9, 11, 12 et 14, la charleston ouverte aux pas 7 et 15.
  • En mode Velocity/Value, accentuez la cloche sur les temps, autour de 100, et baissez-la sur les pas 4 et 11, autour de 75 ; laissez la charleston plus douce que la cloche.
  • Bouclez la région sur quatre mesures, puis, pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la quatrième mesure seulement, une grosse caisse au pas 7 et un tom au pas 16.
  • Si vous préférez une batterie acoustique, chargez Drum Kit Designer pour la grosse caisse, le tom basse et la charleston, et gardez la cloche sur une piste Quick Sampler à part, en mode Classic.

Le placement

  • Ne laissez pas tout sur la grille : un kompa joué par des musiciens respire légèrement en arrière du temps.
  • Dans l’inspecteur de la région de cloche, réglez le paramètre Delay sur quelques ticks positifs, par exemple 10 à 20 ticks, sachant qu’une noire en compte 960 : la cloche se pose un peu après la grosse caisse.
  • Pour un léger balancement, appliquez à la charleston un Q-Swing de 52 à 55 % : 50 % correspond à un jeu droit, et Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair. La fiche quantification détaille ces réglages.

La basse ronde

  • Chargez Studio Bass sur une nouvelle piste et choisissez une basse électrique au son rond, jouée aux doigts.
  • Ou créez une piste Session Player, choisissez Bass Player et laissez-le suivre la piste d’accords ; réglez sa complexité assez bas pour une première écoute.
  • Jouez la fondamentale sur le premier temps, puis faites « marcher » la basse vers l’accord suivant par la quinte, l’octave ou une note de passage, comme le faisait la basse de Nemours.
  • Calez les attaques principales de la basse sur la grosse caisse, et laissez les notes de passage respirer entre les coups de cloche.
  • Tenez les notes presque jusqu’à la suivante : la basse du kompa est liée et chantante, pas sèche.
  • Ajoutez un Compressor doux, avec 2 à 4 dB de réduction, pour égaliser le jeu sans écraser les nuances.

Les deux guitares

  • Enregistrez votre guitare électrique sur une piste audio, en direct dans l’interface, et chargez Amp Designer avec un son clair.
  • Sur la première guitare, jouez des accords courts et étouffés, deux ou trois cordes à la fois, sur les contretemps : c’est la guitare rythmique.
  • Sur la seconde guitare, jouez un motif d’arpèges ou une petite phrase qui se répète d’une mesure à l’autre, dans un registre plus aigu : c’est elle qui donne au morceau sa signature.
  • Faites en sorte que les deux parties ne jouent jamais les mêmes notes au même moment : elles doivent s’emboîter.
  • Placez la guitare rythmique un peu à gauche et la guitare en arpèges un peu à droite avec le panoramique, qui va de moins 64 à plus 63, par exemple à moins 25 et à plus 25.
  • Pour le son de la nouvelle génération, insérez sur la guitare en arpèges un Chorus, puis un Stereo Delay synchronisé au tempo, en croche pointée, avec un Feedback bas.
  • Si vous ne jouez pas de la guitare, jouez ces parties au clavier avec un instrument de guitare électrique de la bibliothèque de Logic Pro, et gardez des notes courtes.

Les claviers et les cuivres

  • Chargez Vintage Electric Piano et jouez les accords de la grille en rythme court, sur les contretemps, en évitant le registre des guitares.
  • Ou créez une piste Session Player avec Keyboard Player, et réglez-la sur un jeu simple pour qu’elle accompagne sans encombrer.
  • Pour la couleur des années 1970, essayez Vintage B3, un orgue, avec un peu d’effet rotatif.
  • Pour la nouvelle génération, créez une nappe dans Retro Synth ou ES2, avec une attaque douce, et une phrase de synthétiseur qui répond au chant. La fiche ADSR explique ces réglages d’attaque et de relâchement.
  • Pour le kompa d’orchestre, chargez Studio Horns et écrivez de courtes ponctuations de cuivres à la fin des phrases, plutôt qu’une nappe continue.

La voix et les chœurs

  • Enregistrez la voix principale au plus près de la phrase parlée : en créole, le rythme des mots porte une partie du balancement.
  • Enregistrez le refrain deux ou trois fois, en doublant la voix principale, puis ajoutez une ou deux voix en tierce au-dessus.
  • Insérez sur la voix un Channel EQ pour couper sous 100 Hz, un Compressor, puis un DeEsser 2, qui atténue les sifflantes.
  • Corrigez les notes trop fausses avec Flex Pitch, sans aplatir les glissés du chant.
  • Créez un auxiliaire de réverbération avec ChromaVerb, sur une pièce moyenne, et un auxiliaire d’écho avec Stereo Delay, en croche ou en noire, très bas dans le mixage.

Le mixage et le master

  • Montez d’abord la grosse caisse, la basse et la cloche ensemble : si ces trois éléments balancent, le morceau balance.
  • Sur la basse, coupez avec un Channel EQ ce qui se trouve sous 40 Hz, et creusez légèrement la basse là où la grosse caisse frappe le plus fort, pour qu’elles ne se masquent pas.
  • Laissez la cloche bien audible, sans la rendre agressive : retirez un peu d’aigu si elle siffle.
  • Gardez la grosse caisse, le tom basse, la basse et la voix au centre, et répartissez guitares, claviers et cuivres sur les côtés.
  • Mesurez le volume avec Loudness Meter, en LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, et comparez-le à celui d’un morceau de référence du même style, écouté au même niveau.
  • Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.

Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Step Sequencer ni Session Players : l’orchestre de Nemours jouait en direct, avec ses cuivres, ses guitares et ses percussionnistes, et ce n’est qu’en 1986 que Top Vice confie la batterie à une boîte à rythmes et les cuivres à un synthétiseur.

Ce qu’un praticien fait vraiment

L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un musicien de kompa part presque toujours d’un groove joué ensemble : la batterie, la basse et les deux guitares tournent sur deux accords jusqu’à ce que ça balance, et le chant vient ensuite. Le kompa s’apprend dans les orchestres, de génération en génération : les fondateurs de T-Vice, Roberto et Reynaldo Martino, sont les fils de Robert Martino, guitariste de Top Vice et, avant cela, chef de Scorpio Universel. Écoutez beaucoup, jouez avec d’autres, et enregistrez de longues prises dont vous garderez les meilleurs moments.

La deuxième habitude est de tester sur la piste. Un kompa est réussi quand les gens dansent, et la meilleure vérification consiste à écouter le morceau fort, dans une pièce, en marchant au tempo : si le corps suit, le mixage est sur la bonne voie. Enfin, un point d’époque : aucun des outils de Logic Pro cités ici n’existait en 1955, et l’énergie des grands orchestres venait de musiciens qui jouaient ensemble chaque semaine. Pour retrouver cet esprit, jouez au moins une partie vous-même, la basse, une guitare ou la cloche.

Les cinq erreurs du débutant

  • Taper trop fort sur la grosse caisse : le kompa n’est pas de la musique électronique, et une grosse caisse envahissante écrase la cloche et la basse.
  • Oublier la cloche : sans elle, ou noyée dans le mixage, le motif perd ce qui le rend reconnaissable.
  • Faire jouer les deux guitares de la même façon : elles doivent se compléter, l’une en accords, l’autre en motifs.
  • Tout quantifier à la double-croche : le balancement du kompa vient de petits décalages, en arrière du temps.
  • Confondre kompa et zouk : un tempo trop rapide, une batterie trop électronique et l’absence de guitares vous éloignent du kompa sans vous rapprocher d’un vrai zouk.
Apprendre à produire pour de bon

Programmer une batterie de kompa avec sa cloche et poser une basse qui balance s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.

  • Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
  • Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
  • Progression du projet vide au morceau masterisé
  • Petits groupes et suivi individuel

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Où trouver des sons kompa ?

Dans Logic Pro

  • Drum Machine Designer et le Step Sequencer pour programmer la batterie et la cloche, Drum Kit Designer pour une batterie acoustique, Quick Sampler pour jouer un son de cloche ou de percussion que vous avez enregistré.
  • Studio Bass et le Session Player Bass Player pour la basse, Keyboard Player pour l’accompagnement au clavier.
  • Vintage Electric Piano, Vintage B3 et Studio Piano pour les claviers, Studio Horns pour les cuivres.
  • Retro Synth, ES2 et Alchemy pour les nappes et les phrases de synthétiseur de la nouvelle génération.
  • Amp Designer, Pedalboard, Chorus et Stereo Delay pour les guitares, ChromaVerb et Space Designer pour l’espace.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation ; cherchez les percussions caribéennes et les sons de cloche.
  • Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
  • Freesound : sons isolés versés par une communauté, dont des cloches et des congas, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier avant tout usage commercial.
  • Votre propre enregistrement, enfin : une cloche à vache achetée dans un magasin de musique et enregistrée avec un micro donne un son que personne d’autre n’aura.

Instruments virtuels

  • Spectrasonics : Trilian pour les basses électriques, Omnisphere pour les nappes.
  • Arturia : émulations de pianos électriques, d’orgues et de synthétiseurs anciens, utiles pour le kompa des années 1970 et 1980.

Espace et caractère

  • Valhalla DSP : réverbérations et échos à prix modeste, dont un modèle gratuit, Supermassive, pour les guitares et les nappes.
  • ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour une saturation douce sur la basse ou le piano électrique. La fiche ChromaGlow le présente.

Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.

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Lexique du kompa

  • Kompa, konpa, compasTrois graphies pour la même musique : « konpa » est l’orthographe officielle du créole haïtien, « compas » la graphie française, « kompa » la plus répandue.
  • Compas directKonpa dirèk en créole : le nom donné par Nemours Jean-Baptiste à son style, né en 1955, de l’espagnol compás, la mesure.
  • MéringueDanse nationale d’Haïti depuis le XIXe siècle, de salon ou de carnaval, ancêtre directe du kompa ; à ne pas confondre avec le merengue dominicain.
  • Cadence rampaLa méringue modernisée de Wébert Sicot, rivale du compas direct au début des années 1960, aussi appelée kadans.
  • Mini-jazzOrchestre réduit de jeunes musiciens, à partir de 1965 : deux guitares électriques, basse, batterie, congas et cloches.
  • GongNom créole de la cloche du kompa, qui joue une figure syncopée ; son joueur frappe aussi le tom basse.
  • TanbouTambour haïtien en forme de tonneau, présent dans les orchestres de kompa et dans la musique traditionnelle.
  • Kompa gouyadVariante lente et sensuelle du kompa, apparue dans les années 1980, dont le nom évoque le balancement des hanches.
  • Nouvelle générationLe kompa des boîtes à rythmes et des synthétiseurs, aussi appelé compas digital, lancé en 1986 à Miami par Top Vice.
  • TwoubadouChanteur ambulant accompagné à la guitare acoustique, dont le répertoire a nourri le compas direct.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
« Ti Carole »Nemours Jean-Baptiste, 1967ModéréGrand orchestreUne section de cuivres de big band, deux guitares et un solo d’accordéon qui cite « Les Yeux noirs » : le compas direct à son sommet, resté plus d’un an parmi les dix titres les plus populaires d’Haïti.
« New York City »Tabou Combo, 1974ModéréMini-jazzLe titre qui fait de Tabou Combo le premier groupe caribéen numéro un au hit-parade français : le kompa de Pétion-Ville adopté par la diaspora.
« Adoration »Magnum Band, 1982ModéréOrchestre électriqueLe groupe de Dadou Pasquet, figure du kompa des années 1980 : un bon terrain pour apprendre à séparer à l’oreille la batterie, la cloche et les guitares.
« Se Pa Pou Dat »Alan Cavé, 2000ModéréNouvelle générationLe chanteur de Zin, auteur aussi pour le groupe martiniquais Malavoi : un titre assez marquant pour être repris en 2022 par Dof’.
« La Familia »Djakout Mizik, 2001ModéréNouvelle générationLe titre de l’album La Familia, par l’un des groupes qui ont popularisé le kompa électronique : écoutez ce que les machines ont remplacé.
« Li pa normal »Carimi, 2006ModéréTrio, synthésLe trio new-yorkais au moment de Are U Ready ? : le kompa de la diaspora des années 2000, à comparer avec « Ti Carole » pour mesurer le chemin parcouru.

Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.

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Labels, droits et échantillons

Le kompa s’est longtemps vendu en disques vinyles et en cassettes, édités par de petits labels de la diaspora, à New York, à Miami ou à Paris. Dès les années 1970, explique la revue Afropop Worldwide, les principaux labels haïtiens sont installés à l’étranger, comme Marc Records, le label du producteur Marc Duverger à Brooklyn. Les albums de Djakout Mizik paraissent ensuite chez Geronimo Records, Antilles Mizik, Nouvel Jenerasyon ou Tropikal Records. Les rééditions font aujourd’hui découvrir le répertoire ancien : en 2014, le label Strut publie Haiti Direct, compilation de vingt-huit titres enregistrés entre 1960 et 1978, réunis par Hugo Mendez, du collectif Sofrito.

Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité. Dans un genre où les groupes se séparent souvent, précisez aussi par écrit qui possède le nom du groupe et les enregistrements.

Le nom d’un style peut lui-même devenir une marque : aux États-Unis, « Compas Direct » a été déposé par les héritiers de Nemours Jean-Baptiste, Yves Nemours Jean-Baptiste et Yvrose Jean-Baptiste. Une marque protège un nom utilisé dans le commerce, pour des produits ou des services précis ; elle ne donne aucun droit sur la musique elle-même, que tout le monde peut jouer.

La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou une vidéo, exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.

Reprises, échantillons et sons d’usine

  • Reprendre un classique du kompa tel qu’il a été écrit ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem. Une adaptation, avec de nouvelles paroles ou une traduction, demande en revanche leur accord.
  • Échantillonner un enregistrement, une phrase de cuivres ou un refrain d’un disque de Tabou Combo par exemple, demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
  • Un vieux disque n’est pas un enregistrement libre. Même si les musiciens sont morts ou les labels disparus, les droits existent et appartiennent à quelqu’un ; dans la musique haïtienne, retrouver les ayants droit demande souvent du temps.
  • Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir ou filtrer une phrase de guitare ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
  • Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
  • L’opération qui consiste à obtenir ces autorisations s’appelle en anglais la clearance : faites-la avant la sortie, jamais après.
  • Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
  • Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède le motif de la cloche, une grille de deux accords ou le jeu croisé de deux guitares. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
  • Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.

Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre qui vit de la scène, des vidéos et des réseaux de la diaspora, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

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Une playlist pour écouter le kompa

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Kompa, la découverte30 titres · 3 h 11

    De Wébert Sicot (1960) à Joé Dwèt Filé (2021) : la cadence rampa et le compas direct, les mini-jazz, la diaspora new-yorkaise, la nouvelle génération et le kompa d’aujourd’hui.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait le kompa

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que le kompa ?

C’est la grande musique de danse d’Haïti, née à Port-au-Prince en 1955 sous le nom de compas direct. Héritier de la méringue haïtienne, il se danse en couple sur une pulsation régulière et modérée, portée par une batterie, une cloche, deux guitares électriques et une basse ronde, avec des voix en créole. Il a été inscrit en 2025 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Quelle est l’origine du kompa ?

Le kompa est né de la méringue, la danse nationale d’Haïti depuis le XIXe siècle, modernisée par le saxophoniste Nemours Jean-Baptiste. Dans la nuit du 25 au 26 juillet 1955, place Sainte-Anne, à Port-au-Prince, il joue avec son nouvel orchestre, dont fait partie Wébert Sicot ; il électrifie ensuite la musique avec une guitare, une basse et un tom basse, et emprunte au merengue dominicain, au son cubain et aux big bands américains. Sicot lance de son côté la cadence rampa, et leur rivalité fait connaître la musique haïtienne dans toute la Caraïbe.

Quelle est la différence entre le kompa et le zouk ?

Le kompa est haïtien et date de 1955 ; le zouk naît en Guadeloupe et en Martinique à la fin des années 1970, avec Kassav’, dont les fondateurs avaient pour modèles des orchestres de compas et de cadence. Le kompa s’est construit autour d’un orchestre, une cymbale, une cloche, deux guitares et une basse jouées par des musiciens ; le zouk autour du studio, des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. Le zouk love et le kompa lent actuel sont très proches, et la langue, créole haïtien ou créole antillais, reste souvent le meilleur indice.

Faut-il écrire kompa, konpa ou compas ?

Les trois désignent la même musique. « Konpa » est l’orthographe officielle du créole haïtien, qui n’écrit jamais de « m » devant un « p » ; « compas » est la graphie française, celle des premiers disques ; « kompa » est la plus répandue sur les plateformes et dans les recherches. Les premières pochettes parlaient de « compas direct », le nom choisi par Nemours Jean-Baptiste.

Comment faire une instru kompa dans Logic Pro ?

Réglez le projet autour de 112 BPM en 4/4. Programmez dans le Step Sequencer, sur une piste Drum Machine Designer, une grosse caisse aux pas 1 et 9, un tom basse au pas 13, une cloche aux pas 1, 4, 5, 9, 11 et 13 et une charleston en doubles-croches. Ajoutez une basse ronde avec Studio Bass ou le Session Player Bass Player, sur une grille de deux accords comme do et sol septième, puis deux guitares complémentaires, l’une en accords courts, l’autre en arpèges, et un Vintage Electric Piano. La partie « Faire une instru kompa en home studio » détaille chaque réglage.

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Sources

  • « Compas », « Music of Haiti », « Méringue », « Nemours Jean-Baptiste », « Tabou Combo », « Shleu-Shleu », « Carimi », « Djakout Mizik » et « Kassav’ », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • « Compas (genre musical) », « Kadans » et « Musique haïtienne », Wikipédia en français, consultés en octobre 2026.
  • Le Nouvelliste (Port-au-Prince) : Frantz Duval, « Pour les 70 ans du compas direct, 40 groupes qui ont marqué l’évolution de ce genre musical », 21 juillet 2025, et « Compas Direct’s Spread Was Slow and Steady, Like a Drip » (version anglaise), 23 juillet 2025 ; Claudel Victor, « 70 ans du compas direct : Nemours Jean-Baptiste, le précurseur », 22 juillet 2025, et « Tabou Combo, un phénomène depuis près de 60 ans », 24 juillet 2025 ; « Skah Shah, incontournable malgré ses divisions », 2025.
  • AFP, « Haiti’s beloved compas music set for UNESCO intangible cultural heritage status », 10 décembre 2025 ; WLRN, « UN recognizes compas, a Haitian music and dance genre », 11 décembre 2025, et « For more than 50 years, Tabou Combo has taken Haitian konpa across the world », 14 mai 2019 ; Riches Karayib, sur l’inscription du konpa à l’UNESCO, décembre 2025.
  • WXPN, « Happy Birthday, Konpa », 26 juillet 2021, et « The birth of konpa », avec Fabrice Rouzier ; Afropop Worldwide, « Haiti 101, Part Two : Compas ! Compas ! Compas ! », 16 août 2016, et critique de Haiti Direct (Strut), 17 février 2014 ; Miami New Times, « Konpa Direk » et article sur Kassav’ ; MasterClass, « Kompa Music Guide » ; Last.fm, page de T-Vice.
  • Forum Congaplace, fils « Haitian compa, any patterns » (2006-2007), pour la figure de cloche et le rôle du tom basse.
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
  • Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, consultés en 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?