Terme du glossaire
Grime
Le grime est un genre musical né dans l’est de Londres au tout début des années 2000, dans les cités de Bow, de Newham et de Tower Hamlets, et diffusé d’abord par les radios pirates. Il se reconnaît à un tempo rapide, autour de 140 BPM, à des instrumentales sèches et froides, faites de sons de synthétiseur aux ondes carrées, de basses très graves et de batteries syncopées, et surtout à ses MCs, qui rappent vite, chacun leur tour, sur des cycles de huit ou seize mesures. Il descend du UK garage, dont il garde le tempo et les soirées, de la jungle et du dancehall, dont il garde le culte de la basse et la figure du MC, et du hip-hop américain. Ses deux fondateurs les plus cités s’appellent Wiley, souvent surnommé le « parrain du grime », et Dizzee Rascal, qui remporte à dix-neuf ans le Mercury Prize 2003 avec Boy in da Corner. Le genre grandit grâce à Rinse FM, aux DVD de clashs Lord of the Mics et à la chaîne de télévision Channel U, s’essouffle à la fin des années 2000, puis revient en force dans les années 2010 avec Skepta, JME et Stormzy, dont Gang Signs & Prayer devient en 2017 le premier album de grime classé numéro un au Royaume-Uni. Il a ouvert la voie à la drill britannique, qui partage son tempo mais pas sa couleur. Cette fiche raconte son histoire, explique ce qui le sépare de la drill et du rap, et montre pas à pas comment construire une instrumentale grime dans Logic Pro.
- PériodeDepuis le début des années 2000, avec une première percée de 2003 à 2008 et un renouveau à partir de 2014
- FoyerL’est de Londres (Bow, Newham, Tower Hamlets), puis tout le Royaume-Uni
- TempoAutour de 140 BPM ; le motif de cette fiche est à 140 BPM
- RythmeBatterie sèche et syncopée, grosse caisse décalée, caisse claire franche, beaucoup de silence entre les frappes
- InstrumentsSynthétiseurs aux ondes carrées, sous-basses, cordes et cloches synthétiques, sons de jeux vidéo et de films d’arts martiaux, voix de MC
Le grime en bref
- Origine : l’est de Londres, entre 2000 et 2003, quand de jeunes MCs et producteurs issus du UK garage durcissent le son des radios pirates.
- Son : environ 140 BPM, des batteries sèches, des basses énormes, des synthétiseurs froids et carrés, et un MC qui débite vite et fort, seize mesures après seize mesures.
- Trois albums : Boy in da Corner de Dizzee Rascal (2003), Konnichiwa de Skepta (2016), Gang Signs & Prayer de Stormzy (2017).
- En home studio : une boîte à rythmes, un synthétiseur réglé en onde carrée, une sous-basse qui glisse et une bonne prise de voix suffisent, et Logic Pro fournit tout sans rien acheter.
- Le point à connaître : le grime n’est ni du rap américain avec un accent londonien ni de la drill ; c’est une musique de MCs et de radio, où une même instrumentale circule de voix en voix, ce qui pose de vraies questions de droits quand on publie.
Trois albums pour entrer dans le grime
- Boy in da CornerDizzee Rascal, 2003
Paru à l’été 2003 chez XL Recordings, le premier album de Dizzee Rascal est l’acte de naissance du grime pour le grand public. Dizzee y produit lui-même plusieurs titres, dont « I Luv U », avec des échantillons « alignés sur le clavier », sans MPC. On y trouve aussi « Fix Up, Look Sharp », son premier single classé dans le top 20, bâti sur un échantillon de « The Big Beat » de Billy Squier, et « Brand New Day », inspiré par les films de kung-fu. En septembre 2003, l’album remporte le Mercury Prize : son auteur a dix-neuf ans.
Écouter sur Apple Music - KonnichiwaSkepta, 2016
Publié le 6 mai 2016 sur Boy Better Know, le label que Skepta a fondé avec son frère JME, et lancé la veille par une soirée à Tokyo, l’album réunit les titres qui ont relancé le grime : « That’s Not Me », avec JME, prix du meilleur clip aux MOBO Awards 2014, et « Shutdown », meilleure chanson aux MOBO Awards 2015, à côté de « Man » et « It Ain’t Safe ». Deuxième des ventes britanniques, il devient le disque de grime le mieux classé de l’époque et remporte le Mercury Prize 2016, treize ans après celui de Dizzee Rascal.
Écouter sur Apple Music - Gang Signs & PrayerStormzy, 2017
Paru le 24 février 2017 sur #Merky Records, le label de Stormzy, le premier album du rappeur de Croydon est le premier album de grime à se classer numéro un des ventes au Royaume-Uni. Il alterne des morceaux frontaux, comme « Big For Your Boots » ou « Cold », et des titres chantés, plus apaisés, comme « Blinded By Your Grace, Pt. 2 », avec MNEK, ou « Cigarettes & Cush », avec Kehlani et Lily Allen. Il remporte en 2018 le Brit Award de l’album britannique de l’année.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que le grime ?
Le grime est un genre de musique électronique britannique apparu dans l’est de Londres au début des années 2000. Il est issu du UK garage et puise aussi dans la jungle, le dancehall et le hip-hop. On le décrit d’ordinaire par trois traits : un tempo voisin de 140 battements par minute, des rythmes rapides et syncopés, et des sons électroniques agressifs ou anguleux, sur lesquels des MCs racontent, souvent crûment, la vie des quartiers pauvres de la capitale. Wikipédia en anglais rappelle qu’il est en général considéré comme distinct du hip-hop : ses racines sont dans les soirées garage et la drum and bass, pas dans le Bronx. La sociologue Monique Charles le décrit comme une musique à quatre temps par mesure, organisée en cycles de huit ou seize mesures, au point qu’on l’a d’abord surnommé, entre initiés, « 8 bar » ou « 16 bar ».
Ce qui existait avant
À la fin des années 1990, Londres danse sur le UK garage, une musique de club rapide et chaloupée, avec ses rythmes en 2-step, où la grosse caisse saute un temps sur deux, ses voix de chanteuses soul et ses lignes de basse rondes. Dans les soirées, un MC, le maître de cérémonie, anime au micro pendant que le DJ enchaîne les disques : un héritage direct des sound systems jamaïcains et de la jungle, où les MCs encourageaient la foule en rimes rapides. Peu à peu, dans les crews les plus jeunes, le MC prend toute la place. So Solid Crew, Heartless Crew et Pay As U Go poussent le garage vers un son plus sombre, plus brutal, où la voix compte plus que le refrain ; Wikipédia les cite comme ceux qui ont préparé le terrain.
Le terrain, justement, ce sont les ondes. Le grime est né sur les radios pirates, ces stations sans licence qui émettent depuis des appartements et des toits d’immeubles. La plus célèbre, Rinse FM, est fondée en 1994 par deux DJs, Geeneus et Slimzee : sa première émission part en septembre 1994 d’Ingram House, un immeuble de Tower Hamlets. Jungle à ses débuts, garage à partir de 1998 ou 1999, elle déménage sans cesse de cuisine en chambre pour échapper aux saisies, et Slimzee reçoit même une ordonnance qui lui interdit l’accès aux toits de son arrondissement. Rinse FM ne sera autorisée qu’en juin 2010, et n’émettra légalement qu’à partir du 7 février 2011. Entre-temps, elle aura donné leur première exposition à Wiley et à Dizzee Rascal.
La naissance du genre
Il n’existe pas de premier disque de grime incontesté. Wikipédia cite plusieurs candidats parus en 2000, « Know We » de Pay As U Go, « Dilemma » de So Solid Crew, et des titres de Wiley et de Dizzee Rascal. Le plus célèbre de ces candidats est « Eskimo », une instrumentale de Wiley produite vers Noël 1999 ou 2000 et publiée en juillet 2002 sur un vinyle de 30 centimètres de son propre label, Wiley Kat Recordings. Ses sons glacés et son rythme bancal donnent son nom à tout un style, l’« eskibeat », et Wiley en publie ensuite des suites, « Eskimo 2 », « Eskimo 3 » et « Eskimo 4 ». La même année, « Pulse X » de Youngstar, du crew Musical Mob, fait apparaître le format « 8 bar », où l’instrumentale change de motif toutes les huit mesures pour relancer le MC.
Wiley, de son vrai nom Richard Kylea Cowie, est né le 19 janvier 1979 et a grandi à Bow. Membre de Pay As U Go, il fonde en 2001 Roll Deep, un crew de Bow dont le nom est trouvé vers 2002 par le MC Flowdan. On y croise Flowdan, Scratchy, Danny Weed, DJ Target, puis Riko Dan et Trim, et, de 2002 à 2003, un adolescent du quartier, Dylan Mills, alias Dizzee Rascal. Né le 18 septembre 1984, Dizzee a commencé la musique sur l’ordinateur de son collège, encouragé par son professeur de musique. Il produit lui-même, à seize ans, « I Luv U », qui tourne sur les radios pirates en 2002 avant de sortir chez XL Recordings le 26 mai 2003. Son album Boy in da Corner paraît à l’été 2003 et remporte en septembre le Mercury Prize, le grand prix de l’album britannique : à dix-neuf ans, Dizzee en devient le plus jeune lauréat, et le deuxième rappeur récompensé après Ms. Dynamite. Wiley publie à son tour chez XL, le 26 avril 2004, Treddin’ on Thin Ice, avec « Wot Do U Call It? », un morceau qui pose la question du nom de cette musique et la sépare clairement du garage.
Trois médias font circuler le genre. En 2003 naît Channel U, une chaîne de clips gratuite, où les vidéos tournées au pied des tours passent à côté de celles des majors. En 2004, Jammer et Chad « Ratty » Stennett lancent Lord of the Mics, des DVD de clashs, des joutes verbales filmées entre deux MCs ; le premier oppose Wiley et Kano, dans le sous-sol de Jammer. Et à la fin de 2004 sort « Pow! (Forward) » de Lethal Bizzle, produit par Dexplicit, où neuf MCs se succèdent aux côtés de Lethal Bizzle sur une instrumentale de huit mesures : le titre entre à la 11e place des ventes de singles, mais il déclenche de telles bousculades que des clubs l’interdisent, jusqu’à afficher dans les cabines de DJ qu’aucun morceau de Lethal Bizzle ne sera joué.
D’où vient le mot
« Grime » signifie en anglais « crasse », « saleté incrustée ». Selon Wikipédia, ce sont des journalistes qui ont d’abord qualifié de grimy, « crasseux », ce son chargé en sous-basses, et l’adjectif est devenu un nom. Des artistes ont ensuite trouvé que le mot collait aux « choses crasseuses » qui se passaient dans les quartiers déshérités. Avant de s’imposer, il a été contesté dans la scène elle-même, et la musique a porté d’autres noms : « grimey garage », « 8 bar », « nu shape », « sublow » ou « eskibeat ». En France, on dit « le grime », au masculin, et l’on garde le mot anglais.
Une mutation plutôt qu’une fin
À la fin des années 2000, le grime s’essouffle. En 2005, la police de Londres crée le formulaire 696, une évaluation des risques exigée pour les soirées après des violences par arme à feu dans des clubs ; en 2009, le député John Whittingdale le qualifie de « draconien ». Les soirées ferment, et plusieurs MCs passent au rap commercial et à la pop. Wiley ouvre la voie en mai 2008 avec « Wearing My Rolex », un tube du top 10 ; Dizzee Rascal sort le 7 juillet 2008 « Dance wiv Me », avec Calvin Harris, numéro un des ventes, puis en 2009 un album, Tongue n’ Cheek, qui en compte quatre. Tinchy Stryder devient l’artiste solo britannique le plus vendu de 2009. Au même moment, à Peckham et à Brixton, le road rap de Giggs, plus proche du rap de gangsters américain, se construit en réaction à ce virage commercial.
Le retour vient de la base. En 2011, Lord of the Mics revient avec un troisième volume. En 2014, « German Whip » de Meridian Dan, avec Big H et JME, monte à la 13e place des ventes, et deux mois plus tard « That’s Not Me » de Skepta et JME monte à la 21e place et remporte le prix du meilleur clip aux MOBO Awards. En 2015, Kanye West invite des MCs de grime sur la scène des Brit Awards, et un jeune rappeur de Croydon, Stormzy, publie sur YouTube un freestyle, « Shut Up ». Suivent trois consécrations : le Mercury Prize 2016 pour Konnichiwa de Skepta, la première place des ventes en 2017 pour Gang Signs & Prayer de Stormzy, et en 2019 la tête d’affiche de Glastonbury, où Stormzy devient le premier rappeur noir britannique à jouer en vedette sur la grande scène. Wikipédia note qu’en 2018 le grime ralentit à nouveau, au moment où montent l’afroswing et la drill britannique, deux genres auxquels il a, selon la même source, « ouvert la porte ».
Le grime en sept dates
- 1994Rinse FMGeeneus et Slimzee lancent en septembre une radio pirate depuis un immeuble de Tower Hamlets ; elle sera le berceau du grime.
- 2002EskimoWiley publie en juillet sur vinyle l’instrumentale « Eskimo », modèle de l’eskibeat ; Youngstar sort la même année « Pulse X ».
- 2003Le Mercury PrizeDizzee Rascal remporte en septembre le Mercury Prize avec Boy in da Corner, à dix-neuf ans.
- 2004Clashs et interdictionsPremier DVD Lord of the Mics, avec le clash Wiley contre Kano ; en fin d’année, « Pow! (Forward) » de Lethal Bizzle entre à la 11e place des ventes.
- 2011La légalitéRinse FM émet légalement à partir du 7 février, et Lord of the Mics revient avec un troisième volume.
- 2016KonnichiwaSkepta publie le 6 mai Konnichiwa, deuxième des ventes et Mercury Prize de l’année.
- 2017Le premier numéro unLe 24 février, Stormzy publie Gang Signs & Prayer, premier album de grime classé numéro un au Royaume-Uni.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit de « I Luv U », de Dizzee Rascal, premier single de l’album Boy in da Corner, sorti chez XL Recordings le 26 mai 2003. Dizzee l’a produit seul, à seize ans, et une version pressée à quelques exemplaires tournait sur les radios pirates dès 2002. Le titre monte à la 29e place des ventes britanniques ; le magazine The Wire a comparé son effet sur le grime à celui d’« Anarchy in the U.K. » des Sex Pistols sur le punk, et le livre The Pitchfork 500, en 2008, l’a rangé parmi les meilleures chansons des années 2000 à 2003. Une voix féminine lui donne la réplique : Jeanine Jacques, une fille du quartier que Dizzee est allé chercher parce qu’il ne connaissait aucune rappeuse.
Ce morceau contient presque tout le grime en quatre minutes. Écoutez d’abord l’ouverture : une voix qui bégaie le titre, puis un rythme lourd et nu. Dizzee a raconté qu’il commençait par la batterie, qu’il jouait « pendant trois minutes », et qu’il construisait le reste autour. Écoutez ensuite la basse, « sale » selon son propre mot, et la grosse caisse, un son qu’il disait n’avoir jamais entendu nulle part. Écoutez enfin l’espace : presque rien ne joue en même temps, et chaque son claque comme dans une pièce vide. Ce dépouillement n’est pas un manque de moyens, c’est un choix : il laisse toute la place à la voix. Dizzee ne se servait pas d’une MPC, la boîte à échantillons des producteurs de hip-hop : ses sons étaient « alignés sur le clavier », une touche par échantillon, et il reconnaissait ne pas vraiment savoir jouer d’un instrument.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le premier trait du grime est son tempo, autour de 140 BPM, le même que celui du UK garage le plus rapide et du dubstep. L’explication la plus prosaïque vient de Wiley : il a fait la plupart de ses premiers morceaux à 140 BPM parce que c’était le tempo réglé par défaut dans FL Studio, le logiciel qu’on appelait alors Fruity Loops et que beaucoup de jeunes producteurs utilisaient. Ce n’est pas une loi : Dizzee Rascal précisait que les morceaux de Boy in da Corner ne sont pas à 140 BPM.
À ce tempo, deux façons de placer la caisse claire coexistent. Sur les deuxième et quatrième temps, elle donne une sensation de grande vitesse, et le MC peut débiter très vite. Sur le seul troisième temps, elle fait entendre un demi-tempo, autour de 70, plus lourd, proche du dubstep. Autour, la batterie est sèche, peu chargée, avec une grosse caisse décalée hors des temps et beaucoup de silence : Wikipédia parle de rythmes « rapides et syncopés ». Les rythmes en 2-step du garage, qui sautillent, laissent place à des frappes isolées, presque militaires. Le grime se joue droit, sans le balancement du garage.
Voici un motif de grime sur une mesure de quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 140 BPM (battements par minute). Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps, puis deux fois hors des temps, aux pas 8 et 11 : c’est elle qui crée la syncope. La caisse claire claque sur les deuxième et quatrième temps, aux pas 5 et 13. Le charleston fermé ne joue pas toutes les croches : il tombe sur les contretemps, aux pas 3, 7, 11 et 15, avec une double-croche de plus au pas 14. Un rimshot, le coup sec porté à la fois sur la peau et sur le cercle de la caisse claire, glisse un accent au pas 10. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit, comme le grime ; le grain des machines des années 2000 et la sous-basse ne sont pas reproduits.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : une grosse caisse au pas 14 et une caisse claire très faible au pas 16 suffisent à relancer la mesure suivante, comme un MC qui reprend son souffle. Baissez le tempo à 130 puis montez-le à 150 : la même grille passe d’une marche lourde à une course. Dans Logic Pro, laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit : le grime ne balance pas, et c’est ce qui le distingue d’abord du garage dont il vient.
L’harmonie
L’harmonie du grime est minimale et sombre. Beaucoup d’instrumentales tiennent sur une ou deux notes de basse et un motif de synthétiseur répété, sans vraie suite d’accords ; quand il y a des accords, ils sont presque toujours mineurs. Trois couleurs reviennent. La première est la seconde bémolisée, une note un demi-ton au-dessus de la tonique, qui fait la couleur du mode phrygien et donne une impression de menace. La deuxième est le triton, l’intervalle de trois tons qui sépare par exemple mi et si bémol, longtemps surnommé « le diable en musique ». La troisième est la gamme pentatonique, cinq notes sans demi-ton, qui sonne « asiatique » à l’oreille occidentale et fait le sel du sinogrime, le grime aux motifs d’Extrême-Orient.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; le bémol devant un chiffre signale un accord construit sur une note abaissée. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « 6 » une sixte ajoutée, « sus2 » un accord dont la tierce est remplacée par la seconde, et « (maj7) » une septième majeure. Les cinq grilles sont en mi mineur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Jouez-les en notes courtes et répétées plutôt qu’en nappes : c’est le rythme du motif, plus que l’accord, qui fait le grime.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en mi mineur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
Le grime est né dans des chambres, sur des ordinateurs de famille ou de collège, avec des logiciels bon marché ou piratés. Son instrumentation est celle de ces machines.
- Les synthétiseurs aux ondes carrées, ce signal qui alterne brutalement entre deux valeurs et sonne creux, nasillard, comme une vieille console de jeu : le magazine Fact entendait dans la musique du jeu vidéo Wolverine: Adamantium Rage, en 1994, « les cordes staccato, les bips eski et la basse en onde carrée » des premières instrumentales de grime.
- Les sons « chiptune », en dents de scie, empruntés aux jeux vidéo et aux sonneries de téléphone. JME a commencé par composer des sonneries de portable, puis a bricolé avec Mario Paint et la Game Boy Camera.
- La sous-basse, une basse si grave qu’on la sent plus qu’on ne l’entend. Un courant entier, le « sublow » de Jon E Cash, Dread D et The Black Ops, tirait son nom de ces fréquences, souvent autour de 40 Hz.
- Les cordes synthétiques jouées en staccato, des notes courtes et détachées, et les accords d’orchestre frappés d’un coup, qui donnent aux instrumentales leur dramaturgie de film d’action.
- Les échantillons de films d’arts martiaux, de cithares et de flûtes d’Asie, ceux du sinogrime : Wiley disait en 2003 qu’il avait « beaucoup regardé de films de kung-fu ».
- Les logiciels, enfin : FruityLoops, aujourd’hui FL Studio, avec lequel les membres des premiers crews ont fait leurs essais, et Cubase, découvert par Dizzee Rascal au collège.
La voix et la forme
Le grime est d’abord une musique de MCs. À la radio, ils se passent le micro, chacun lâchant ses bars, ses mesures rimées, sur seize mesures en général, parfois huit ou trente-deux. Le débit est rapide, souvent calé sur les doubles-croches, l’accent est londonien, mêlé d’expressions venues du patois jamaïcain, et les textes parlent de la rue, de la rivalité, de l’argent et du quartier. Quand un couplet ou une instrumentale enflamme la salle, le DJ ramène le disque au début : c’est le reload, qu’on appelle aussi rewind, la plus haute récompense d’une soirée.
La forme suit cet usage. Les instrumentales sont construites en blocs de huit ou seize mesures qui changent de motif pour relancer chaque MC ; le format « 8 bar » de « Pulse X » en est l’exemple pur, et « Pow! (Forward) » enchaîne ainsi dix voix. Le clash a ses propres règles : dans Lord of the Mics, deux MCs s’affrontent sur trois instrumentales, une par manche, sans public et sans jury ; c’est à l’auditeur de désigner le vainqueur. Les morceaux pensés pour les disques reviennent au format couplet et refrain, avec un refrain court, parfois une simple phrase scandée.
Exercice d’écoute
Écoutez « I Luv U » de Dizzee Rascal, puis « Pow! (Forward) » de Lethal Bizzle, puis « Shut Up » de Stormzy, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : dans « I Luv U », les sons de batterie et de basse vous semblent-ils joués par des musiciens, ou déclenchés un à un ?
- Question 2 : combien de voix différentes entendez-vous dans « Pow! (Forward) » ?
- Question 3 : l’instrumentale de « Shut Up » a-t-elle été produite pour Stormzy ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : déclenchés. Dizzee Rascal n’utilisait pas de MPC : ses échantillons étaient répartis sur les touches d’un clavier, une touche par son, et il jouait d’abord la batterie pendant trois minutes avant d’empiler le reste. Ce que vous apprenez : un Drum Machine Designer ou un Quick Sampler dans Logic Pro suffit, et l’on n’a pas besoin d’être pianiste pour produire du grime.
- Réponse 2 : dix. Neuf MCs, Fumin, D Double E, Napper, Jamakabi, Neeko, Flowdan, Forcer, Demon et Ozzie B, se succèdent, et Lethal Bizzle porte le refrain. Ce que vous apprenez : une instrumentale de grime est conçue pour accueillir des couplets courts et nombreux, d’où ses blocs de huit mesures qui relancent l’énergie.
- Réponse 3 : non. C’est « Functions on the Low », produite par XTC et publiée par le crew Ruff Sqwad en 2004, onze ans avant que Stormzy ne pose son freestyle dessus. Ce que vous apprenez : dans le grime, une instrumentale circule de MC en MC pendant des années, et c’est aussi ce qui oblige à régler les droits avant de publier, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Grime, UK garage et drill : ce qui les sépare
Ces musiques sont nées dans la même ville, à quelques années d’écart, souvent sur les mêmes radios, et elles partagent des artistes ; quelques repères permettent pourtant de les distinguer à l’oreille.
Grime et UK garage : la rupture
Le UK garage est une musique de club, faite pour danser et séduire : rythmes en 2-step qui balancent, voix soul, basses rondes, ambiance de soirée habillée. Le grime en garde le tempo, les radios et les MCs, mais il en retire tout le reste. Le balancement disparaît au profit d’une batterie droite et sèche, les voix chantées laissent la place au MC, et la douceur devient menace. Wiley a mis un titre sur cette rupture avec « Wot Do U Call It? », en 2004 : selon Wikipédia, le morceau sépare clairement le grime du garage. Pour l’oreille, le test le plus simple est le swing : si le charleston sautille, c’est du garage ; s’il tombe droit et rare, c’est du grime.
Grime et drill : quelle différence ?
La drill britannique naît à Brixton, dans le sud de Londres, à partir de 2012. Elle adapte la drill de Chicago, mais elle s’appuie aussi sur le road rap et sur le grime : « sans le grime, il n’y aurait pas de drill britannique », résume Jammer. Les deux genres partagent un tempo, entre 138 et 151 BPM selon Wikipédia, et le producteur AXL Beats estime que les basses 808 et les caisses claires rapides de la drill viennent du grime. Mais ils ne sonnent pas pareil. La drill fait glisser ses basses d’une note à l’autre, place ses charlestons en groupes de trois, trois et deux doubles-croches et espace ses caisses claires, sur des mélodies sombres et lentes ; le grime garde des synthétiseurs carrés et nerveux, une batterie plus sèche et une énergie de soirée. Le MC de grime débite vite pour enflammer une salle ; le rappeur de drill pose plus lentement un récit souvent violent, qui lui a valu des poursuites et, en 2018, la suppression par YouTube de nombreux clips signalés par la police. La drill a ensuite conquis les classements que le grime avait ouverts : « Homerton B » d’Unknown T est le premier single de drill britannique classé, en 2018, Edna de Headie One le premier album numéro un, en 2020, et « Body » de Tion Wayne et Russ Millions le premier single numéro un, en 2021.
Grime et rap : cousins, pas jumeaux
On range souvent le grime dans le rap, et Apple Music le classe d’ailleurs en hip-hop. Les critiques Sasha Frere-Jones et Hattie Collins ont pourtant insisté sur ce qui l’en sépare : ses racines sont dans le UK garage et la drum and bass, pas dans le hip-hop américain, son tempo est bien plus rapide et sa culture est celle du sound system et de la radio, où le MC anime avant de raconter. Le rap britannique le plus proche des États-Unis est le road rap de Giggs, apparu vers 2007 à Peckham, justement en réaction au virage commercial du grime. Les passerelles existent pourtant : Stormzy, qui se dit « enfant du grime », cite aussi Frank Ocean et Lauryn Hill parmi ses influences. Du côté du rap français, le grime n’a guère pris : en 2022, le site The Quietus ne relevait que quelques exceptions, et notait que c’est l’arrivée de la drill qui a appris aux rappeurs français à sortir des rythmes de la trap.
Grime et dubstep : les frères de Rinse FM
Le dubstep naît au même moment, dans le même Londres et souvent sur la même antenne : Rinse FM a accueilli aussi bien Wiley et Dizzee Rascal que les DJs de dubstep Skream et Kode9. Les deux genres partagent le tempo de 140 BPM et le goût de la sous-basse. Mais le dubstep est une musique d’abord instrumentale, faite pour le corps et le sound system, presque toujours en demi-tempo, avec la caisse claire sur le troisième temps et de grands espaces vides ; le grime est une musique de voix, plus rapide à l’oreille, plus dense en paroles. Les deux se croisent souvent : c’est Kode9, producteur de dubstep et fondateur du label Hyperdub, qui invente en 2005 le mot « sinogrime », et des MCs de grime comme Flowdan posent régulièrement leur voix sur des instrumentales de dubstep ou de bass music.
Sous-genres et scènes
- EskibeatDébut des années 2000Le nom que Wiley donnait à son style, tiré de son instrumentale « Eskimo » : des synthétiseurs glacés et des rythmes bancals, que Wikipédia relie à la colère de l’époque.
- 8 bar et nu shapeDébut des années 2000Des instrumentales découpées pour les MCs : un changement de motif toutes les huit mesures depuis « Pulse X » de Youngstar, des couplets de seize à trente-deux mesures pour le nu shape.
- SublowDébut des années 2000Un grime instrumental construit sur des basses extrêmes, souvent autour de 40 Hz, mené par Jon E Cash, Dread D et The Black Ops.Lire la fiche Dubstep
- SinogrimeNommé en 2005Le grime aux motifs d’Extrême-Orient, mélodies pentatoniques et extraits de films d’arts martiaux, de « Chinaman » de Jammer en 2003 à « Shanghai » de Wiley.
- Road rapDepuis 2007 environLe rap de rue du sud de Londres, autour de Giggs à Peckham, plus proche du rap de gangsters américain que du grime, auquel il réagit.Lire la fiche Hip-hop
- Drill britanniqueDepuis 2012Née à Brixton, héritière de la drill de Chicago, du road rap et du grime, dont elle garde le tempo : basses qui glissent, charlestons en triolets, récits sombres.Lire la fiche Drill
- AfroswingDepuis 2014 environUn mélange londonien d’afrobeats, de grime, de dancehall, de hip-hop et de R&B, chanté autant que rappé.Lire la fiche Afrobeats
- Mellow grimeAnnées 2020Des reprises adoucies d’anciens classiques, popularisées sur TikTok par les producteurs BexBlu, oakland et wilfred.
- Grime hors du Royaume-UniDepuis les années 2000En Australie, avec Fraksha et les Smash Brothers, au Brésil, mêlé de baile funk, en Chine, surtout instrumental, au Japon et au Canada, avec Tre Mission.
La démarche artistique
Le grime est d’abord une musique de crew et de quartier. On y entre par un groupe d’amis, Roll Deep à Bow, Nasty Crew, Ruff Sqwad, Boy Better Know, et l’on y représente un code postal, une cité, une rue. Les morceaux circulent dans ce cercle avant d’en sortir : un MC pose sur l’instrumentale d’un autre, un producteur prête ses sons, et un titre peut tourner des mois à la radio avant d’être publié, s’il l’est un jour.
C’est ensuite une musique de compétition. Le clash, la joute verbale entre deux MCs, en est le sommet : dans Lord of the Mics, chacun publie avant l’affrontement une hype session, un morceau d’attaque contre son adversaire, puis les deux s’opposent sur trois instrumentales. Le clash de 2006 entre Skepta et le MC de Birmingham Devilman est resté l’un des plus célèbres, et Wikipédia le tient pour décisif dans la carrière de Skepta. Cette culture du duel pousse à l’invention verbale, au débit, à la répartie.
C’est aussi une musique de l’indépendance. Wiley publie « Eskimo » en vinyle, sur son propre label, dans une série de disques à étiquette blanche. Les DVD de Jammer, les clips de Channel U, puis les freestyles postés sur YouTube contournent les maisons de disques. Les grands disques des années 2010 suivent le même chemin : Konnichiwa paraît sur le label Boy Better Know, celui de Skepta et de JME, et Gang Signs & Prayer sur #Merky Records, celui de Stormzy. Stormzy a prolongé ce modèle hors de la musique, avec une maison d’édition, #Merky Books, lancée en 2018 avec Penguin Random House, et des bourses qui financent les études d’étudiants noirs à l’université de Cambridge.
C’est enfin une musique sous surveillance. Le formulaire 696, les interdictions de soirées et les coupures d’émetteurs ont longtemps compliqué la vie des MCs et des radios. Le grime en a fait un sujet : la ville, la police, la pauvreté et la réussite traversent les textes, de « Sittin’ Here », où Dizzee Rascal décrit l’attente devant les magasins de sa cité, à Gang Signs & Prayer, qui juxtapose dès son titre la rue et la prière.
Sur scène, le grime pose un problème particulier : c’est une musique de MC, née à la radio, où une voix doit pouvoir se lancer sur n’importe quelle instrumentale à n’importe quel moment, et où le public réclame le reload. Traditionnellement, c’est un DJ qui fait tourner les disques derrière les MCs. Une alternative consiste à jouer les instrumentales en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches ou de pads, la batterie sur les pads d’un contrôleur, la sous-basse dans le grave du clavier et les accords d’orchestre dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, préparez dans chaque patch une version de l’instrumentale prête à repartir du début, afin de pouvoir offrir un reload au public sans silence ni hésitation. Les motifs se jouent alors à la main, et les parties impossibles à jouer, une boucle de basse ou un échantillon long, peuvent tourner à côté. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
Le grime aujourd’hui
En 2026, le grime est devenu une institution britannique. En 2019, Stormzy a été la tête d’affiche de la grande scène de Glastonbury, une première pour un rappeur noir britannique. En 2024, Flowdan, l’un des fondateurs de Roll Deep, est devenu le premier MC de grime récompensé par un Grammy, celui du meilleur enregistrement dance et électronique, pour « Rumble », un titre de Skrillex et Fred again.. sur lequel il rappe. D Double E a prêté sa voix en 2019 à une publicité de Noël d’Ikea, et Ghetts a obtenu en 2021 la deuxième place des ventes avec Conflict of Interest. Skepta, lui, passe désormais aussi derrière les platines, et Apple Music recense en 2025 un single partagé avec Fred again.., « Back 2 Back ».
Le genre n’occupe plus pourtant le centre de la scène. Selon Wikipédia, il ralentit dès 2018, au moment où l’afroswing et la drill britannique prennent la place qu’il avait ouverte. Il se renouvelle par les marges : au début des années 2020, des producteurs comme BexBlu, oakland et wilfred se font connaître sur TikTok avec des reprises adoucies de vieux classiques, le « mellow grime », et des DJs comme DJ AG et Mak10 y diffusent des sessions en direct. Lord of the Mics a publié un huitième volume en 2019.
Son histoire a aussi ses zones d’ombre. Wiley, le « parrain » du genre, a publié en juillet 2020 des messages largement condamnés comme antisémites ; son label Big Dada s’en est désolidarisé, Twitter a suspendu définitivement son compte, et en février 2024 la commission britannique compétente lui a retiré la distinction de membre de l’ordre de l’Empire britannique qu’il avait reçue en 2018. Raconter le grime oblige à tenir les deux faits ensemble : son rôle fondateur et ces propos.
En France, le grime est resté une influence plutôt qu’une scène. En 2022, The Quietus constatait que la participation française se limitait à quelques collaborations avec Dizzee Rascal, à des échantillons de Wiley et à quelques exceptions, comme DJ Absurd ou Grime Sin. Le son britannique est arrivé par d’autres portes : « 9 Milli » de Kekra, en 2017, est considéré comme le premier croisement français entre le rap et le 2-step, et Ziak a mêlé drill et UK garage dans « Badman Trip ». Le rappeur et producteur Roseboy666 le résumait ainsi : « il a fallu que la drill arrive en France pour que les gens comprennent qu’on n’était pas obligés de rester coincés sur des rythmes de trap ».
Faire du grime en 2026 sans rejouer 2003
- Écoutez les classiques pour leur énergie, pas pour leurs sons : une onde carrée de 2002 copiée telle quelle sonne comme un hommage, pas comme un morceau.
- Trouvez votre son signature, un timbre de synthétiseur, une cloche, un échantillon enregistré par vous, que l’on reconnaît dès la première mesure.
- Écrivez pour une voix : une instrumentale de grime réussie laisse de la place au MC, et c’est en l’essayant sous un vrai couplet qu’on sait si elle marche.
- Racontez votre ville et votre quotidien plutôt que ceux de Bow : le grime est né d’un lieu précis, et il ne vit que s’il en raconte un.
- Si vous reprenez une instrumentale existante ou un échantillon, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et instrumentales partagées » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
WileyBow, né en 1979
Dizzee RascalMercury Prize 2003
Ruff SqwadFunctions on the Low
Lethal BizzleWalthamstow, né en 1984
KanoEast Ham, né en 1985
SkeptaMercury Prize 2016
JMEBoy Better Know
Meridian DanGerman Whip, 2014
StormzyCroydon, né en 1993
NovelistNovelist Guy
FlowdanGrammy 2024
GiggsPeckham, road rap
Faire une instru grime en home studio
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro : Retro Synth et ES2, deux synthétiseurs, Drum Machine Designer, la boîte à rythmes à pads, Quick Sampler, un échantillonneur simple, et le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas.
Prenez les étapes dans l’ordre : on part ici de la batterie, comme Dizzee Rascal, parce que dans ce genre c’est le rythme qui porte tout. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La sous-basse qui glisse » : une batterie sèche, un motif carré et une basse bien réglée font déjà une instrumentale sur laquelle un MC peut poser.
Le tempo et la grille
- Réglez le tempo du projet sur 140 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; descendez vers 136 pour un grime plus lourd, montez vers 144 pour un morceau plus nerveux.
- Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur huit mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 9 : c’est l’unité de base du grime.
- Créez un marqueur toutes les huit mesures, nommé « A », « B », « A », « B », pour visualiser les changements de motif destinés au MC.
- Quantifiez la batterie en doubles-croches et laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire droit : Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair, et le grime ne balance pas. La fiche quantification détaille ces réglages.
La batterie sèche
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique sec, sans réverbération.
- Remplacez les sons qui traînent par des sons plus courts : glisser un fichier audio sur un pad suffit, et chaque pad s’ouvre dans Quick Sampler, où vous raccourcissez le relâchement.
- Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, la caisse claire aux pas 5 et 13, le charleston fermé aux pas 3, 7, 11, 14 et 15, et le rimshot au pas 10.
- En mode Velocity/Value, laissez la grosse caisse du pas 1 et la caisse claire à pleine vélocité, et descendez le charleston du pas 14 autour de 50 pour qu’il reste une ombre.
- Bouclez la région sur huit mesures, puis, pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la huitième mesure seulement, une grosse caisse au pas 14 et une caisse claire très faible au pas 16.
- Pour un grime en demi-tempo, déplacez la caisse claire sur le seul pas 9 et gardez le reste : la même grille sonne deux fois plus lourde.
Le synthé carré
- Chargez Retro Synth, en mode Analog, sur une nouvelle piste et choisissez l’onde carrée pour l’oscillateur.
- Réglez une attaque nulle, une chute courte et un maintien bas : chaque note doit claquer et s’éteindre aussitôt. La fiche ADSR explique ces réglages.
- Passez l’instrument en jeu monophonique, une seule note à la fois, pour retrouver la raideur des vieilles consoles.
- Jouez la grille « La seconde bémolisée » en notes courtes et répétées, mi puis fa, sur un rythme de doubles-croches qui laisse des trous.
- Pour un son plus « 8 bits », insérez un Bitcrusher et baissez légèrement la résolution : le grain des jeux vidéo des années 1990 réapparaît.
- Si vous ne jouez pas du clavier, insérez le MIDI FX Arpeggiator, réglé en doubles-croches, et tenez simplement l’accord.
- Gardez ce synthétiseur sec : une réverbération longue lui ferait perdre toute son agressivité.
La sous-basse qui glisse
- Chargez ES2 sur une piste d’instrument logiciel et choisissez une onde sinusoïdale pour l’oscillateur : c’est le son le plus pur et le plus grave ; Retro Synth n’a pas d’onde sinusoïdale.
- Réglez ES2 en mode Legato et montez le Glide : quand deux notes se chevauchent, la seconde glisse depuis la première au lieu de l’attaquer.
- Jouez la basse dans l’octave la plus grave, autour du mi à 41 Hz, celui du sublow, et faites-la glisser vers le fa ou le si bémol de la grille choisie.
- Placez la basse avec la grosse caisse, aux mêmes pas, ou juste après, jamais en même temps qu’une note tenue de l’autre : les deux occupent la même zone.
- Insérez un Channel EQ et coupez sous 30 Hz, là où l’oreille n’entend plus rien mais où l’énergie s’accumule.
- Vérifiez la basse au casque et sur de petites enceintes : si elle disparaît sur ces dernières, ajoutez une légère saturation pour faire apparaître ses harmoniques.
Cordes, cloches et sinogrime
- Chargez Studio Strings et jouez des notes courtes et détachées, en staccato, sur les temps forts : elles donnent la tension d’une scène d’action.
- Pour l’accord d’orchestre frappé d’un coup, enregistrez ou importez un accord d’orchestre entier dans Quick Sampler, en mode Classic, et jouez-le d’une seule touche.
- Pour une couleur sinogrime, jouez la grille « La pentatonique sinogrime » avec un son pincé : cherchez dans la bibliothèque de Logic Pro un instrument du monde, comme un koto, selon le contenu installé, ou composez un son de cloche dans Alchemy.
- Pour faire de votre propre son un instrument, une note de flûte, un bol, une voix, glissez l’enregistrement dans Sample Alchemy, apparu avec Logic Pro 10.8.
- Limitez-vous à deux ou trois éléments mélodiques par section : dans le grime, ce qui manque compte autant que ce qui joue.
La voix du MC
- Enregistrez de près, dans une pièce peu réverbérante, avec un micro placé à une main de la bouche et un filtre anti-pop.
- Rappez par blocs de huit mesures plutôt que d’enchaîner les seize d’un coup : le débit rapide demande du souffle, et chaque bloc peut être repris.
- Enregistrez trois ou quatre prises de chaque bloc dans un dossier de prises, puis choisissez les meilleurs passages avec Quick Swipe Comping, en glissant sur les prises.
- Doublez seulement les mots de fin de phrase et les accroches, sur une seconde piste, en panoramique à moins 30 et plus 30 par exemple, le panoramique allant de moins 64 à plus 63.
- Insérez sur la voix principale un Channel EQ qui coupe sous 100 Hz, un DeEsser 2 pour les sifflantes, puis un Compressor assez ferme pour que chaque syllabe reste lisible.
- Gardez la voix sèche et devant : un écho court avec Stereo Delay, sur les fins de phrase seulement, suffit.
Le mixage et le master
- Pour que la basse laisse passer la grosse caisse, insérez un Compressor sur la basse et choisissez la piste de batterie dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec une réduction de 2 à 4 dB. La fiche sidechain explique le principe.
- Gardez la grosse caisse, la basse et la voix au centre, et réservez les côtés au charleston, aux cordes et aux doublages.
- Faites un mixage instrumental sans la voix, en plus du mixage complet : dans le grime, l’instrumentale seule est un produit à part entière, que d’autres MCs voudront utiliser.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : autour de moins 9 à moins 7 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, le morceau tient la comparaison en club sans écraser l’attaque de la batterie.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Drum Machine Designer ni Sample Alchemy : Wiley et beaucoup de producteurs de sa génération travaillaient sur FruityLoops, d’où le tempo par défaut de 140 BPM, et Dizzee Rascal a découvert Cubase au collège, avant d’aligner ses échantillons sur les touches d’un clavier.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur de grime travaille vite et pour des voix : il construit une batterie et un motif en une soirée, l’envoie à des MCs ou à un DJ de radio, et juge l’instrumentale à ce qu’elle déclenche. Dizzee Rascal jouait d’abord la batterie pendant trois minutes, puis empilait le reste dessus. « Fix Up, Look Sharp » a commencé sa vie comme un dubplate, une version exclusive gravée pour le DJ Tim Westwood, avant de devenir un single.
La deuxième habitude est de penser en versions. Une même instrumentale existe en version « 8 bar » pour les MCs, en version chantée, en remix, et les meilleures vivent des années : « Eskimo » a connu trois suites et de nombreux remix, et Skepta l’a mélangée avec « Pulse X » pour créer un nouvel hymne. Rangez vos sons, vos pistes séparées et vos versions instrumentales avec soin : c’est votre catalogue.
La troisième habitude est de faire beaucoup avec peu. Enfin, un point d’époque : aucun des outils de Logic Pro cités ici n’était entre les mains des pionniers, et la sécheresse du grime de 2003 était aussi celle de leurs logiciels. Pour retrouver leur esprit, limitez-vous à quatre ou cinq pistes.
Les cinq erreurs du débutant
- Faire balancer la batterie : un Q-Swing au-dessus de 50 % vous ramène au UK garage.
- Remplir l’espace : une instrumentale sans trous ne laisse pas de place au MC.
- Laisser la grosse caisse et la sous-basse se marcher dessus : sans compression en sidechain ni placement réfléchi, le grave devient une bouillie.
- Noyer les synthétiseurs et la voix dans la réverbération : le grime vit de sons secs et proches.
- Poser un couplet sur l’instrumentale d’un autre et le publier sans autorisation : c’est la règle à la radio, pas sur les plateformes, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Programmer une batterie sèche, un synthé carré et une sous-basse pour une instrumentale grime s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, enregistrer un MC, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons grime ?
Dans Logic Pro
- Retro Synth pour les ondes carrées et en dents de scie, ES2 pour les sous-basses en sinus avec Glide, Alchemy pour les cloches et les sons pincés.
- Drum Machine Designer et le Step Sequencer pour les batteries, Quick Sampler pour les accords d’orchestre et les échantillons joués d’une touche.
- Studio Strings pour les cordes en staccato, Sample Alchemy pour faire un instrument de vos propres sons.
- Bitcrusher pour le grain des consoles, Channel EQ et Compressor pour sculpter le grave.
- Les MIDI FX Arpeggiator et Chord Trigger, pour jouer motifs et accords sans être pianiste.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Sample Magic : banques thématiques soignées, dont des batteries électroniques et des basses.
- Freesound : bruitages et enregistrements versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier avant tout usage commercial.
Instruments virtuels
- Spitfire Audio : sa série LABS, gratuite, avec des cordes et des textures utiles pour les accents dramatiques.
- Arturia : émulations de synthétiseurs anciens, pour des ondes carrées et des basses au caractère marqué.
- Image-Line : l’éditeur de FL Studio, l’ancien FruityLoops, le logiciel des pionniers, si vous voulez comparer les méthodes.
Espace et caractère
- Valhalla DSP : réverbérations et échos à prix modeste, dont un modèle gratuit, Supermassive, à utiliser avec parcimonie sur un accord d’orchestre.
- ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour saturer une basse ou une batterie. La fiche ChromaGlow le présente.
Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique du grime
- Grime« Crasse » : musique électronique née dans l’est de Londres au début des années 2000, issue du UK garage, autour de 140 BPM, portée par des MCs.
- EskibeatNom donné par Wiley à son style, d’après son instrumentale « Eskimo » : synthétiseurs glacés et rythmes bancals.
- SinogrimeGrime aux motifs d’Extrême-Orient, mélodies pentatoniques et extraits de films d’arts martiaux ; le mot est inventé par Kode9 en 2005.
- MC« Maître de cérémonie » : celui qui rappe ou anime au micro, héritier des sound systems jamaïcains et de la jungle.
- BarsLes mesures rimées d’un MC ; on parle d’un couplet de seize bars.
- ClashJoute verbale entre deux MCs, à la radio, en soirée ou filmée, comme dans les DVD Lord of the Mics.
- ReloadLe moment où le DJ ramène le morceau au début parce que la salle l’exige ; on dit aussi rewind.
- RiddimMot jamaïcain pour une instrumentale réutilisée par plusieurs voix ; le grime en a hérité la pratique.
- DubplateDisque gravé à un seul ou à quelques exemplaires pour un DJ, souvent avec une version exclusive d’un morceau.
- Onde carréeForme d’onde qui passe brutalement d’une valeur à l’autre, au son creux et nasillard, typique des consoles de jeu et du grime.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Eskimo »Wiley, 2002 | Rapide, droit | Wiley | Une instrumentale sans voix, pressée sur vinyle par son auteur : des sons glacés et un rythme bancal qui donnent son nom à l’eskibeat. |
| « I Luv U »Dizzee Rascal, 2003 | Rapide, lourd | Dizzee Rascal | Une batterie jouée d’abord, une basse « sale » et des sons déclenchés au clavier : le dépouillement au service de la voix. |
| « Wot Do U Call It? »Wiley, 2004 | Rapide, droit | Non précisée | Un morceau qui parle du genre lui-même et le sépare du garage : la question du nom posée en musique. |
| « Pow! (Forward) »Lethal Bizzle, 2004 | Rapide | Dexplicit | Une instrumentale de huit mesures, des claps, une fanfare et dix voix : le morceau collectif qui a fait trembler les clubs. |
| « That’s Not Me »Skepta et JME, 2014 | Rapide, droit | Non précisée | Le retour aux sons et à l’énergie des débuts, dix ans après : le titre qui relance le grime et remporte le prix du meilleur clip aux MOBO Awards. |
| « Shut Up »Stormzy, 2015 | Rapide | XTC | Un freestyle posté sur YouTube sur une instrumentale de 2004, « Functions on the Low » : la culture du riddim à l’ère des plateformes. |
Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Le grime tourne en général autour de 140 BPM, mais Dizzee Rascal précisait que les morceaux de Boy in da Corner n’y sont pas. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et instrumentales partagées
Le grime s’est construit à côté de l’industrie avant d’y entrer. Les premières instrumentales sortent sur des vinyles à étiquette blanche, autoproduits, comme ceux de Wiley Kat Recordings, le label de Wiley. Le label indépendant londonien XL Recordings signe ensuite les deux pionniers : « I Luv U » et Boy in da Corner en 2003, Treddin’ on Thin Ice en 2004. Relentless Records publie « Pow! (Forward) », et Rinse FM lance en 2003 son propre label, Rinse Recordings. Dizzee Rascal sort « Dance wiv Me » en 2008 sur le label Dirtee Stank. La génération suivante garde la main sur ses enregistrements : Konnichiwa paraît sur Boy Better Know, le label de Skepta et JME, et Gang Signs & Prayer sur #Merky Records, celui de Stormzy.
Depuis les années 2010, les rééditions font vivre le répertoire : Ruff Sqwad a rassemblé ses premiers disques dans White Label Classics, et l’on trouve aujourd’hui sur les plateformes une édition du vingtième anniversaire de Boy in da Corner ainsi qu’un disque de ses instrumentales.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; dans le grime, le producteur de l’instrumentale est presque toujours coauteur, et les parts entre lui et le MC se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série, un jeu vidéo ou une vidéo de sport, est un débouché réel du grime, dont l’énergie plaît aux annonceurs : D Double E a ainsi prêté sa voix à une publicité d’Ikea. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui vous demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire : lisez ce que vous cédez, pour combien de temps et sur quels supports.
Riddims, dubplates, freestyles et échantillons
- Reprendre une œuvre telle qu’elle a été écrite ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Poser un couplet sur l’instrumentale d’un autre, c’est utiliser à la fois son œuvre, la musique, et son enregistrement. À la radio ou dans un clash, l’usage est toléré par la scène ; sur une plateforme de streaming, il faut l’accord écrit du producteur de l’instrumentale, qui détient en général les deux. « Shut Up » de Stormzy, freestyle de 2015 sur « Functions on the Low », une instrumentale de XTC publiée par Ruff Sqwad en 2004, crédite XTC comme producteur.
- Un dubplate, une version exclusive gravée pour un DJ, n’est pas une licence de publication : il autorise un usage en soirée, pas une sortie commerciale.
- Une instrumentale achetée en ligne sous une licence non exclusive, ce qu’on appelle souvent un lease, est encadrée par un contrat : lisez le nombre d’écoutes autorisé, la mention obligatoire du producteur, la durée et ce qui se passe si quelqu’un achète ensuite l’exclusivité.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes. « Fix Up, Look Sharp » de Dizzee Rascal est construit sur un échantillon de « The Big Beat » de Billy Squier.
- Les sons de jeux vidéo, les sonneries et les dialogues de films sont des enregistrements protégés comme les autres. « Chinaman » de Jammer, en 2003, échantillonnait le film Twin Warriors : un extrait de film d’arts martiaux, aussi court soit-il, se règle avec le titulaire des droits du film.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : accélérer, filtrer ou découper un échantillon ne suffit pas tant qu’on le reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Faire « effacer » un échantillon, ce que les anglophones appellent la clearance, se négocie avant la sortie : une fois le morceau publié, le titulaire des droits est en position de force.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède le tempo de 140 BPM, l’onde carrée ou le format 8 bar. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Un clash reste soumis au droit commun : en France, l’injure et la diffamation visant une personne réelle peuvent être poursuivies, même en rimes.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre né sur Channel U et relancé par des freestyles postés sur YouTube, le clip compte presque autant que le morceau. Notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter le grime
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Grime, la découverte30 titres · 1 h 52
De So Solid Crew (2000) à Flowdan (2023) : les radios pirates de l’est de Londres, l’eskibeat, les clashs, le renouveau des années 2010 et les cousins de la drill.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le grime
Les racines : garage, radios pirates et premiers crews
- So Solid Crew
- Pay As U Go
- Heartless Crew
- More Fire Crew
- Oxide & Neutrino
- Ms. Dynamite
- Sticky
- Wookie
- Slimzee
- Geeneus
- DJ Target
- Youngstar
La première vague de l’est de Londres, de 2002 à 2006
- Wiley
- Dizzee Rascal
- Roll Deep
- Flowdan
- Riko Dan
- Trim
- Scratchy
- Danny Weed
- Kano
- Ghetts
- D Double E
- Footsie
- Newham Generals
- Nasty Crew
- Jammer
- Lethal Bizzle
- Crazy Titch
- Durrty Goodz
- Bruza
- Napper
- Demon
- Jamakabi
- Tinchy Stryder
- Ruff Sqwad
- Lady Sovereign
- Shystie
Les producteurs et le son
- Terror Danjah
- DJ Wonder
- DaVinChe
- Dexplicit
- Mr. Mitch
- Logos
- Slackk
- Spooky
- Rude Kid
- Swindle
- Preditah
- Faze Miyake
- Sir Spyro
- Teddy Music
- Kode9
- The Bug
Boy Better Know et le renouveau des années 2010
- Skepta
- JME
- Boy Better Know
- Frisco
- Shorty
- Meridian Dan
- Big H
- Stormzy
- Novelist
- AJ Tracey
- Jammz
- Elf Kid
- P Money
- Big Narstie
- Devilman
- Bugzy Malone
- Lady Leshurr
- Little Simz
- Chip
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Voisins, héritiers et scènes d’ailleurs
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le grime ?
C’est un genre de musique électronique né dans l’est de Londres au début des années 2000, issu du UK garage et nourri de jungle, de dancehall et de hip-hop. Il se reconnaît à son tempo d’environ 140 BPM, à ses batteries sèches et syncopées, à ses synthétiseurs froids aux ondes carrées, à ses sous-basses et surtout à ses MCs, qui rappent vite sur des cycles de huit ou seize mesures. Ses pionniers sont Wiley et Dizzee Rascal, ses figures récentes Skepta, JME et Stormzy.
Quelle est la différence entre le grime et la drill ?
Les deux sont nés à Londres et partagent un tempo voisin de 140 BPM, et la drill britannique, apparue à Brixton à partir de 2012, doit beaucoup au grime. Mais la drill fait glisser ses basses 808, place ses charlestons en groupes de trois, trois et deux doubles-croches et pose des récits sombres sur des mélodies lentes ; le grime garde des synthétiseurs carrés et nerveux, une batterie plus sèche et un MC qui débite vite pour enflammer une salle.
Quels sont les artistes de grime les plus importants ?
Wiley, surnommé le « parrain du grime », et Dizzee Rascal, Mercury Prize 2003 avec Boy in da Corner, en sont les fondateurs, avec Roll Deep, Kano, Lethal Bizzle, D Double E, Ghetts et Jammer. Skepta, Mercury Prize 2016 avec Konnichiwa, son frère JME et Stormzy, premier numéro un des ventes d’albums en 2017 avec Gang Signs & Prayer, ont mené le renouveau des années 2010.
Pourquoi le grime est-il à 140 BPM ?
D’abord par héritage : le grime vient d’un UK garage déjà rapide et partage ce tempo avec le dubstep, né sur les mêmes radios. Ensuite par hasard technique : Wiley a expliqué avoir fait la plupart de ses premiers morceaux à 140 BPM parce que c’était le tempo par défaut de FL Studio, alors appelé FruityLoops. Ce n’est pas une règle absolue : Dizzee Rascal précisait que les morceaux de Boy in da Corner ne sont pas à 140 BPM.
Comment faire une instru grime dans Logic Pro ?
Réglez le projet à 140 BPM, en 4/4 et sans swing. Programmez dans le Step Sequencer, sur une piste Drum Machine Designer, une grosse caisse aux pas 1, 8 et 11 et une caisse claire aux pas 5 et 13. Ajoutez un motif court en onde carrée avec Retro Synth sur la grille « La seconde bémolisée », mi puis fa, et une sous-basse en sinus dans ES2, en mode Legato avec Glide. Laissez de la place à la voix, et organisez le morceau en blocs de huit mesures. La partie « Faire une instru grime en home studio » détaille chaque réglage.
Sources
- « Grime music », « Eskimo (grime beat) », « Lord of the Mics », « Rinse FM », « Roll Deep », « UK drill » et « UK rap », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux artistes et titres cités, notamment « Wiley (musician) », « Dizzee Rascal », « I Luv U (Dizzee Rascal song) », « Lethal Bizzle », « Skepta », « Jme », « Kano (British musician) », « Ghetts », « Flowdan », « Stormzy » et « Shut Up (Stormzy song) », consultés en octobre 2026.
- Dan Hancox, « Track By Track: Dizzee Rascal’s Boy in Da Corner », Red Bull Music Academy Daily, 5 mai 2016 ; Yemi Abiade, sur « I Luv U », TRENCH, 25 mai 2018 ; Christian Adofo, « Rewind: Lethal Bizzle, Pow! (Forward) », Resident Advisor, 2 novembre 2024.
- David McKenna, « Organic Intelligence IX: French Rap Meets 2-Step », The Quietus, 17 mai 2022.
- Apple Music, pages des albums Boy in da Corner, Konnichiwa et Gang Signs & Prayer (dates de sortie et mentions de label).
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur, consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
