Terme du glossaire

Lo-fi

1 category

Mis à jour le

Le lo-fi, de l’anglais low fidelity, basse fidélité, désigne d’abord une manière d’enregistrer qui garde volontairement les imperfections du son : souffle de cassette, craquements de vinyle, saturation, aigus étouffés. Mais quand on tape « lofi » aujourd’hui, on cherche surtout le lofi hip-hop, ces instrumentaux lents et feutrés diffusés en continu sur YouTube sous des titres comme « beats to relax/study to ». Trois éléments le définissent. D’abord une boucle venue du jazz, de la soul ou de la bossa nova, échantillonnée sur un vieux disque ou jouée au piano électrique, avec des accords de septième et de neuvième. Ensuite une batterie de hip-hop ralentie, autour de 60 à 80 BPM, dont la caisse claire traîne légèrement derrière le temps, à la manière de J Dilla. Enfin un grain, ce voile de bande et de disque usé qui donne au tout l’air d’un souvenir. Ses racines sont doubles : l’enregistrement fait maison des musiciens indépendants, dont une émission de la radio new-yorkaise WFMU a popularisé le nom en 1986, et la scène des beatmakers des années 2000, de Nujabes à Tokyo à J Dilla et Madlib en Californie. La chaîne française ChilledCow, devenue Lofi Girl, en a fait à partir de 2017 l’une des bandes sonores les plus écoutées d’Internet.

  • PériodeLe mot popularisé en 1986, le lofi hip-hop depuis les années 2000, en vogue sur YouTube depuis 2015
  • FoyerÉtats-Unis et Japon, puis YouTube, SoundCloud et Bandcamp, avec des producteurs du monde entier
  • TempoLent, le plus souvent entre 60 et 80 BPM
  • RythmeBatterie de hip-hop dépouillée : caisse claire sur les temps 2 et 4, swing léger, caisse claire posée un peu après le temps
  • InstrumentsBoucles de jazz et de soul, piano électrique, guitare, basse ronde, batterie échantillonnée, craquements de vinyle et souffle de cassette

Le lo-fi en bref

  • Origine : l’enregistrement maison des musiciens indépendants à partir des années 1960, puis la scène des beatmakers des années 2000, entre Tokyo, Detroit et Los Angeles, avant l’explosion sur YouTube à partir de 2015.
  • Son : une boucle jazz ou soul aux accords enrichis, une batterie hip-hop lente et décalée, une basse ronde et un grain de vieux disque.
  • Trois albums : Metaphorical Music de Nujabes (2003), Donuts de J Dilla (2006), Chillhop Essentials Summer 2016 (2016).
  • En home studio : tout se joue sur une boucle de quatre accords, sur le placement de la caisse claire et sur le grain, que Logic Pro permet d’obtenir sans rien acheter.
  • Le point à connaître : le mot désigne deux musiques. Le lo-fi des années 1990, c’est du rock indépendant enregistré à la maison ; le lofi d’aujourd’hui, c’est du hip-hop instrumental. Cette fiche parle surtout du second, sans oublier le premier.

Trois albums pour entrer dans le lo-fi

  • Metaphorical MusicNujabes, 2003

    Le premier album du producteur japonais, paru le 21 août 2003 sur son propre label, Hydeout Productions. « Lady Brown », avec le rappeur Cise Starr, tourne autour d’un extrait de « The Shade of the Mango Tree » du guitariste brésilien Luiz Bonfá, et « Horn in the Middle » autour de « Joshua » de Miles Davis : du jazz et de la bossa nova découpés en boucles, posés sur une batterie hip-hop sans hâte. Discret à sa sortie, il est devenu un disque culte.

    Écouter sur Apple Music
  • DonutsJ Dilla, 2006

    Paru chez Stones Throw le 7 février 2006, jour des 32 ans de J Dilla, trois jours avant sa mort. Trente et une pièces en 43 minutes, tirées de 34 extraits de soul, de rock et de jazz, et construites comme une boucle sans fin : le disque s’ouvre sur une conclusion et se termine sur une introduction. « Time : The Donut of the Heart » ralentit un titre des Jackson 5. Le magazine Rolling Stone le classe en 2020 parmi les 500 meilleurs albums de tous les temps.

    Écouter sur Apple Music
  • Chillhop Essentials Summer 2016Chillhop Music, 2016

    Une compilation de la série saisonnière du label Chillhop Music, fondé à Rotterdam par Bas van Leeuwen. Chaque volume réunit jusqu’à vingt et un producteurs, et celui de l’été 2016 était, d’après Bandcamp Daily, la meilleure vente du label fin 2017. C’est le son des radios en continu de YouTube : accords de jazz, batterie qui traîne, textures douces, et des artistes souvent plus connus par leur pseudonyme que par leur visage.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music.

Retour au sommaire

Qu’est-ce que le lo-fi ?

Le lo-fi est à la fois une esthétique de production et, depuis les années 2010, un genre musical. Le genre, que l’on appelle lofi hip-hop ou chillhop, associe des rythmes de hip-hop à l’esprit de la musique d’ambiance : des instrumentaux lents, doux, construits sur des boucles de jazz et de soul, et pensés pour accompagner une autre activité plutôt que pour être écoutés au premier plan. Les deux partagent la même idée : une musique faite à la maison, qui ne le cache pas.

Ce qui existait avant

L’enregistrement maison est presque aussi ancien que le rock. En 1967, les Beach Boys enregistrent Smiley Smile et Wild Honey en grande partie dans le studio personnel de Brian Wilson. L’Américain R. Stevie Moore, surnommé le parrain de l’enregistrement à domicile, enregistre chez lui sur bande dès 1968. En 1979, le Portastudio de Tascam, un enregistreur multipiste à cassette, permet d’enregistrer plusieurs pistes dans sa chambre. Au début des années 1990, des groupes comme Pavement, Sebadoh ou Guided by Voices font de ce son brut une signature, et en 1994, « Loser » de Beck, enregistré dans une cuisine, entre dans le top 10 américain.

Du côté du hip-hop, l’autre racine est l’échantillonnage, c’est-à-dire l’art de prélever un fragment de disque pour en faire une boucle. Des producteurs comme Pete Rock ou DJ Shadow sont souvent cités parmi ceux qui ont installé ce son chaud et poussiéreux. Au début des années 2000, deux machines changent la donne : le Boss SP-303, sorti en 2001, puis le Roland SP-404, en 2005, deux échantillonneurs compacts dotés d’effets intégrés et d’un réglage lo-fi qui dégrade volontairement le son. À Los Angeles, la soirée Low End Theory, fondée en 2006, réunit chaque semaine des beatmakers comme Flying Lotus ou Samiyam : c’est la « beat scene », le vivier d’où sortira une bonne part de l’esthétique lo-fi.

La naissance du genre

Trois producteurs reviennent dans toutes les généalogies du genre. Le premier est japonais. Jun Seba, né à Tokyo en 1974, disquaire à Shibuya, fonde en 1998 son label, Hydeout Productions, et signe ses productions sous le nom de Nujabes, son nom à l’envers. Son premier album, Metaphorical Music, paraît en août 2003. L’année suivante, le réalisateur Shinichirō Watanabe lui confie, avec Fat Jon, Force of Nature et Tsutchie, la musique de Samurai Champloo, une série d’animation diffusée au Japon à partir du 20 mai 2004 sur Fuji TV. Le générique, « Battlecry », est composé par Nujabes et rappé par Shing02, et « Aruarian Dance » devient l’un de ses titres les plus connus. La série fait connaître hors du Japon ce mélange de hip-hop et de jazz, et Nujabes est aujourd’hui souvent présenté comme le parrain du lofi hip-hop.

Les deux autres sont américains et publient chez le même label californien, Stones Throw. En novembre 2002, lors d’un voyage au Brésil, Madlib fabrique dans sa chambre d’hôtel de São Paulo l’essentiel des instrumentaux de Madvillainy, son album avec le rappeur MF DOOM, avec un tourne-disque portable, une platine cassette et un Boss SP-303. Le disque paraît le 23 mars 2004 sous le nom de Madvillain, et le magazine Vice le décrit comme une pierre de touche commune de tout le lofi hip-hop. Deux ans plus tard, le 7 février 2006, sort Donuts de J Dilla, producteur de Detroit atteint d’une maladie du sang et d’un lupus, qui meurt trois jours plus tard, le 10 février, à 32 ans. Son placement rythmique, une caisse claire qui traîne et des instruments qui ne tombent pas tous au même endroit, devient la référence du genre. Nujabes, lui, meurt le 26 février 2010, à 36 ans, dans un accident de la route à Tokyo.

Le genre proprement dit prend forme dans les années 2010, sur Internet. En 2013, YouTube commence à accueillir largement les diffusions en direct, et des chaînes lancent des « radios » qui tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour des micro-genres comme la vaporwave. Vers 2015, le chillhop et le lofi hip-hop deviennent les favoris de ces chaînes, qui puisent l’essentiel de leur musique sur SoundCloud. Le 18 mars 2015, Dimitri Somoguy crée la chaîne française ChilledCow ; le 25 février 2017, elle commence à diffuser du lo-fi en continu. Le label néerlandais Chillhop Music et la chaîne anglaise College Music font bientôt tourner leurs propres radios.

D’où vient le mot

« Lo-fi » est l’abréviation de low fidelity, basse fidélité, par opposition à hi-fi, haute fidélité. L’expression existe dès les années 1950, le plus souvent orthographiée « low-fi » jusqu’aux années 1990. C’est un animateur de la radio indépendante new-yorkaise WFMU, William Berger, qui est généralement crédité de l’avoir popularisée en 1986 avec son émission hebdomadaire Low-Fi. Le dictionnaire d’Oxford l’a enregistré en 1976, puis lui a ajouté un sens musical en 2003.

Le mot « chillhop », contraction de chill, détendu, et de hip-hop, aurait été forgé par Bas van Leeuwen, le fondateur de Chillhop Music, et l’un de ses amis. En français, on dit le plus souvent « le lo-fi », au masculin, et cette fiche suit cet usage. Sur Internet, l’orthographe sans tiret l’emporte largement : d’après l’outil d’analyse Ahrefs, « lofi » est recherché en France une trentaine de fois plus souvent que « lo-fi ».

Une mutation plutôt qu’une fin

Le lo-fi change de forme à chaque décennie. Le rock lo-fi des années 1990 a nourri, à la fin des années 2000, la chillwave et la pop dite hypnagogique, ces chansons brumeuses de Washed Out, Toro y Moi ou Ariel Pink qui semblent sortir d’une vieille cassette. Vers le milieu des années 2010, une version dansante est apparue, la lo-fi house, des morceaux de deep house qui sonnent comme s’ils avaient été enregistrés sur cassette. Et en 2020, « Death Bed » de Powfu, un morceau de lofi hip-hop chanté, a montré que le genre pouvait produire un tube mondial. En 2026, le lofi est à la fois un genre, une ambiance, un format de diffusion et un réglage d’effet : une famille plutôt qu’un style figé.

Retour au sommaire

Le lo-fi en sept dates

  1. 1986Le mot à la radioWilliam Berger, animateur de la radio new-yorkaise WFMU, lance Low-Fi, une émission consacrée aux enregistrements faits maison. Elle dure jusqu’en 1987 et popularise le terme.
  2. 2004Madvillainy et Samurai ChamplooMadvillainy, de Madlib et MF DOOM, paraît le 23 mars ; le 20 mai, la série Samurai Champloo commence sur Fuji TV, avec la musique de Nujabes, Fat Jon, Force of Nature et Tsutchie.
  3. 2006DonutsJ Dilla publie Donuts le 7 février, jour de ses 32 ans, et meurt le 10 février à Los Angeles.
  4. 2010Mort de NujabesLe producteur meurt le 26 février à Tokyo, à 36 ans.
  5. 2017La radio en continuLe 25 février, la chaîne française ChilledCow commence à diffuser du lofi hip-hop vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; la jeune fille dessinée qui étudie à son bureau, apparue peu après, deviendra l’image du genre.
  6. 2020Un tube mondial« Death Bed » de Powfu, avec beabadoobee, ressort chez Columbia en février, atteint la 23e place du classement américain et la 4e au Royaume-Uni ; la pandémie fait grimper l’audience des radios lo-fi.
  7. 2022La radio coupée, puis rétablieLe 10 juillet, deux diffusions de Lofi Girl, en ligne depuis environ 21 000 heures chacune, sont retirées après une réclamation de droits que YouTube qualifiera d’abusive ; elles reprennent le 12 juillet.

Retour au sommaire

Le morceau pour comprendre

Il s’agit de « Death Bed (Coffee for Your Head) », de Powfu, un jeune musicien de la région de Vancouver, avec la chanteuse beabadoobee. Le beat est signé d’un producteur qui se fait appeler Otterpop, et il est construit sur un extrait de « Coffee », une chanson de beabadoobee parue en 2017. Powfu publie le morceau en février 2019 sur SoundCloud et YouTube ; il est retiré parce que l’extrait n’a pas été autorisé. Une fois l’autorisation obtenue, ce qui retarde la sortie commerciale d’environ un an, Columbia le ressort au début de février 2020. Porté par TikTok, il atteint la 23e place aux États-Unis, la 4e au Royaume-Uni, et il est certifié diamant en France. Le clip officiel a été mis en ligne le 1er avril 2020 sur la chaîne de Powfu. Il est chanté, alors que l’essentiel du genre est instrumental, mais il montre ce que le lo-fi garde quand il devient une chanson, et le problème juridique qui guette ceux qui échantillonnent.

Ce qu’il faut écouter. D’abord le refrain : la voix aiguë qui le chante n’a pas été enregistrée pour ce morceau, c’est un extrait de la chanson de beabadoobee, remonté dans l’aigu. C’est le geste de base du genre : prendre un fragment d’un autre disque et le transformer en boucle. Ensuite la batterie : grosse caisse, caisse claire, quelques charlestons, sans roulements ni effets spectaculaires, ce que le site Stereogum décrit comme une batterie boom bap élémentaire. Écoutez enfin ce qui manque : aucune montée, aucun refrain qui explose, aucun changement de décor. Le même critique remarque d’ailleurs que ces enregistrements ne sont pas spécialement mal enregistrés. C’est le paradoxe du lofi d’aujourd’hui : une musique parfaitement produite, qui emprunte le vocabulaire et l’humeur de la basse fidélité plutôt que ses défauts réels.

Retour au sommaire

Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le lofi hip-hop se compte en mesures de quatre temps, que l’on note 4/4, et il est lent. Le magazine en ligne de la marque de sons Mode Audio le situe le plus souvent entre 60 et 80 BPM (battements par minute), contre 90 à 100 pour le hip-hop traditionnel, et le critique de Pitchfork Philip Sherburne parle de tempos « nonchalants ». La batterie est réduite à deux ou trois éléments : une grosse caisse sur le premier temps et sur une ou deux syncopes, ces frappes placées volontairement à côté du temps ; une caisse claire ou un coup de baguette sur le cercle de la caisse, qu’on appelle un rim, sur les deuxième et quatrième temps ; un charleston, un shaker ou une percussion légère pour remplir. Ce squelette est celui du boom bap, ralenti et adouci.

Ce qui fait le style tient moins au dessin du motif qu’à son placement. À Detroit, J Dilla programmait ses batteries sur un échantillonneur Akai MPC3000 en désactivant la quantification, c’est-à-dire le recalage automatique des frappes sur la grille rythmique. Le journaliste Dan Charnas, qui lui a consacré un livre en 2022, appelle le résultat le Dilla Time : dans un même morceau, certaines parties sont droites, d’autres balancées, certaines en avance, d’autres en retard. Le lofi hip-hop a retenu de cette leçon une version plus simple et plus douce : un léger swing sur les doubles-croches, c’est-à-dire une inégalité qui fait que la seconde de chaque paire arrive un peu tard, et une caisse claire posée quelques millisecondes après le temps, qui donne l’impression que le beat traîne les pieds.

Voici un motif type, écrit sur une mesure de 4/4 découpée en seize doubles-croches, à 75 BPM. Chaque case de la grille est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les quatre temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps, la dernière double-croche du deuxième temps (pas 8) et le « et » du troisième, la croche située à mi-chemin entre le troisième et le quatrième temps (pas 11). La caisse claire marque les temps 2 et 4 (pas 5 et 13), avec une note fantôme, une frappe très faible qui se sent plus qu’elle ne s’entend, au pas 16, juste avant le retour du motif. Le charleston joue des croches, deux frappes par temps, plus fortes sur les temps. La case en pointillés signale une variante facultative, une grosse caisse au pas 15. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Caisse claire
Charleston
FrappeNote fantômeVarianteChaque ligne est un instrument, chaque colonne un instant, la lecture va de gauche à droite sur une mesure. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps ; la caisse claire tombe sur les pas 5 et 13, le charleston est accentué sur les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon ni craquement de vinyle.

Décochez les cases Q-Swing et Caisse claire en retard, puis recochez-les une à une : vous passez d’une boîte à rythmes raide à un beat qui se balance. Voici ce que fait le lecteur. La case Q-Swing 58 % retarde légèrement les doubles-croches de rang pair, les pas 2, 4, 6 et suivants, comme le réglage du même nom dans Logic Pro, où 50 % correspond à un jeu parfaitement droit : ici, la grosse caisse du pas 8 et la note fantôme du pas 16 arrivent un peu plus tard. La case de retard décale toute la caisse claire de 20 ticks, le tick étant la plus petite unité de la grille de Logic Pro, qui en compte 960 par noire : à 75 BPM, cela représente environ 17 millisecondes, assez pour que l’oreille sente la traîne sans entendre un décalage. Le lecteur ne reproduit ni le grain d’un disque ni l’irrégularité d’un batteur : la partie home studio montre comment aller plus loin.

L’harmonie

L’harmonie du lo-fi vient du jazz et de la soul, d’abord parce que les premiers producteurs échantillonnaient des disques de jazz et de soul, ensuite parce que leurs héritiers ont gardé ces couleurs en les jouant eux-mêmes. Les accords sont presque toujours enrichis : on ajoute à l’accord de trois sons une septième, voire une neuvième, une onzième ou une treizième, ces notes qui rendent le son plus flou, plus tendre et moins affirmatif. Les grilles restent courtes, de deux à quatre accords selon Mode Audio, et la boucle tourne pendant tout le morceau. Pour aller plus loin, la fiche Harmonie jazz explique d’où viennent ces accords.

Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur et en majuscules quand il est majeur ; « III7 » ou « VI7 » désignent un accord de septième de dominante emprunté, qui fait entendre une note étrangère à la tonalité. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; un « m » signifie mineur, « maj7 » une septième majeure, « 7 » une septième de dominante, « 9 » ou « 13 » une neuvième ou une treizième ajoutée, « b9 » une neuvième abaissée d’un demi-ton et « 6 » une sixte ajoutée. Les cinq grilles sont en do majeur ou en la mineur, sur quatre mesures, avec un accord par mesure, et elles sont jouées sans leur fondamentale à la main droite, comme le ferait un pianiste de jazz : la basse s’en charge. Écoutez-les avec puis sans la batterie.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en do majeur ou en la mineur, une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

Un beat lo-fi tient en peu d’éléments, et c’est le traitement de chacun qui fait le style.

  • La boucle : un extrait de disque de jazz, de soul ou de bossa nova, ou une partie jouée au piano, au piano électrique de type Rhodes ou à la guitare, presque toujours avec des accords enrichis.
  • La batterie : des sons de boîte à rythmes ou des frappes prélevées sur de vieux disques, souvent filtrées pour en retirer les aigus. Mode Audio cite une fréquence de coupure autour de 2 kHz, ce qui donne une batterie étouffée, comme entendue à travers un mur.
  • La basse : une ligne simple qui suit la fondamentale des accords, jouée à la basse électrique ou par un synthétiseur de sous-basse, filtrée elle aussi pour ne garder que le grave.
  • Les textures : craquements de vinyle, souffle de bande, bruit de pluie ou d’ambiance urbaine enregistré sur le vif, ce qu’on appelle un field recording.
  • Les voix parlées : des répliques de films, de dessins animés, de jeux vidéo anciens ou de cassettes de développement personnel, placées en début ou en fin de morceau.

Ce qui frappe à l’analyse, c’est que tout est adouci. Les attaques sont arrondies, les aigus coupés, la dynamique resserrée par la compression : rien ne doit faire sursauter l’auditeur. Là où la trap mise sur le grave, le lofi cherche un médium chaud et enveloppant.

La voix et la forme

La plupart des morceaux de lofi hip-hop sont instrumentaux. Les versions rappées existent depuis le début : Nujabes a travaillé avec des rappeurs comme Shing02, Cise Starr ou Substantial, et sa série de morceaux « Luv(sic) », six titres écrits avec Shing02 entre 2001 et 2013, est l’un des grands repères du genre. La version chantée, elle, s’est développée à la fin des années 2010, à la frontière de la pop dite de chambre : des voix douces, enregistrées de près, presque murmurées, comme celle de Powfu sur « Death Bed ».

La forme est celle de la boucle. Les morceaux de lo-fi sont souvent courts, et ils ne cherchent ni couplet, ni refrain, ni pont : ils installent une boucle de deux ou quatre mesures, la font tourner, retirent et rendent un élément, puis s’arrêtent, parfois brusquement, parfois en fondu. Donuts en est le modèle extrême : trente et une pièces en 43 minutes, soit en moyenne moins d’une minute et demie chacune. Les morceaux sont faits pour s’enchaîner, dans une beat tape, une compilation ou une radio en continu.

Exercice d’écoute

Écoutez « Death Bed (Coffee for Your Head) » de Powfu, puis « Coffee » de beabadoobee, puis « Time : The Donut of the Heart » de J Dilla, et répondez avant de lire la suite.

  • Question 1 : dans « Death Bed », la voix aiguë du refrain sonne-t-elle à la même hauteur que dans « Coffee », ou plus haut ?
  • Question 2 : dans « Death Bed », la batterie est-elle chargée de roulements et de charlestons rapides, comme dans la trap, ou réduite à quelques frappes ?
  • Question 3 : dans « Time : The Donut of the Heart », le disque échantillonné vous paraît-il joué à sa vitesse normale, plus vite ou plus lentement ?

Les réponses, à ne lire qu’après.

  • Réponse 1 : plus haut. L’extrait a été remonté dans l’aigu, ce qui rend la voix plus fine et plus enfantine. Ce que vous apprenez : changer la hauteur d’un échantillon, en le transposant ou en l’accélérant, change aussi son timbre, et c’est l’une des premières façons de s’approprier un extrait.
  • Réponse 2 : réduite à quelques frappes, grosse caisse, caisse claire et charleston. Ce que vous apprenez : le lo-fi descend du boom bap, pas de la trap, et sa batterie cherche le balancement plutôt que la démonstration.
  • Réponse 3 : plus lentement. J Dilla y ralentit « All I Do Is Think of You » des Jackson 5. Ce que vous apprenez : ralentir un disque l’assombrit et l’épaissit, et ce geste, hérité de J Dilla, est au cœur de la couleur lo-fi.

Retour au sommaire

Lo-fi, boom bap et chillhop : ce qui les sépare

Ces étiquettes se recouvrent en partie ; quelques repères permettent de s’y retrouver.

Lo-fi et boom bap : quelle différence ?

Le boom bap est le rap new-yorkais des années 1990 : une boucle de soul ou de jazz, une batterie lourde et claquante qui passe devant la boucle, et un rappeur qui occupe tout l’espace, entre 85 et 100 BPM environ. Le lofi hip-hop en garde le squelette, la grosse caisse et la caisse claire sur les temps 2 et 4, mais il en inverse les priorités. Il ralentit, souvent sous les 80 BPM ; il recule la batterie, filtrée et adoucie, derrière la boucle ; il se passe le plus souvent de rappeur ; et il ajoute un grain délibéré que le boom bap ne recherchait pas, puisque sa poussière venait réellement des disques échantillonnés. Le producteur irlandais j a r j a r résumait d’ailleurs la parenté en 2018 : « le lo-fi, c’est juste du hip-hop ».

Lo-fi et chillhop

Les deux mots désignent presque la même musique, et l’article de Wikipédia en anglais les traite d’ailleurs comme des synonymes. L’usage leur prête pourtant une nuance. « Chillhop », le mot lancé par le label Chillhop Music, insiste sur le côté jazz, propre et lumineux : des accords riches, des instruments souvent joués, une production nette. « Lofi » insiste sur le grain : les craquements, le souffle, la saturation et les aigus étouffés. Ce sont des étiquettes d’ambiance plus que des genres étanches.

Lo-fi indie et lofi hip-hop : un mot, deux musiques

Le lo-fi des années 1990 est une affaire de rock indépendant : des chansons à guitares enregistrées sur des magnétophones à cassette, dans des chambres ou des cuisines, par des groupes comme Pavement, Sebadoh ou Guided by Voices, ou par Beck à ses débuts. Le critique Simon Reynolds y voyait une réaction au grunge. Le lofi hip-hop, lui, est une musique instrumentale électronique, fabriquée sur ordinateur, qui reproduit ce grain avec des effets. Les deux partagent une éthique, faire soi-même, chez soi. Les lecteurs qui viennent du rock trouveront plus de repères dans la fiche Indie rock.

Lo-fi et vaporwave

La vaporwave et le lofi hip-hop sont deux enfants d’Internet des années 2010, et ils ont partagé les mêmes radios en continu sur YouTube. Mais la vaporwave est ironique et étrange : elle ralentit et découpe des tubes commerciaux, des musiques d’ascenseur ou de publicité des années 1980 et 1990, pour en tirer un malaise rêveur. Le lofi hip-hop, lui, veut apaiser. La lo-fi house, qui mêle la rugosité du son et la mélancolie ironique de la vaporwave, se tient précisément entre les deux.

Retour au sommaire

Sous-genres et scènes

  • Lo-fi indieAnnées 1960 à 1990, mouvement entre 1992 et 1994Le rock enregistré à la maison, des bandes de R. Stevie Moore aux cassettes de Daniel Johnston, jusqu’à Pavement, Sebadoh, Guided by Voices et Beck.Lire la fiche Indie rock
  • Hip-hop instrumental et beat sceneAnnées 1990 et 2000Les beatmakers qui publient des albums sans rappeur, de DJ Shadow à J Dilla et Madlib, puis la scène de Los Angeles autour de la soirée Low End Theory.Lire la fiche Boom bap
  • Jazz hip-hop japonaisFin des années 1990 et années 2000Autour de Nujabes et de son label Hydeout Productions, fondé en 1998, avec Uyama Hiroto ou Shing02, puis chez d’autres producteurs japonais comme DJ Okawari : des boucles de jazz et de bossa nova, du piano, des cordes, une mélancolie lumineuse qui inspire tout le lofi des années 2010.Lire la fiche Jazz
  • Lofi hip-hop et chillhopDepuis le milieu des années 2010Le genre proprement dit, né sur SoundCloud et Bandcamp et diffusé par les radios en continu de YouTube, de ChilledCow, devenue Lofi Girl, à Chillhop Music et College Music.Lire la fiche Hip-hop
  • Chillwave et pop hypnagogiqueFin des années 2000Des chansons brumeuses qui semblent sortir d’une cassette oubliée. Le critique David Keenan a forgé l’expression « pop hypnagogique » en 2009 dans le magazine The Wire, et Ariel Pink en est souvent présenté comme le parrain.Lire la fiche Vaporwave
  • Lo-fi houseMilieu des années 2010Issue de l’outsider house, elle sonne comme de la deep house des années 1990 enregistrée sur cassette. DJ Seinfeld, DJ Boring et Ross From Friends en sont les noms les plus cités, sur des labels comme 1080p ou Lobster Theremin.Lire la fiche Deep house
  • Lofi chanté et pop de chambreFin des années 2010 et années 2020Des chansons douces sur des beats lo-fi, entre rap murmuré et pop enregistrée à la maison, que les plateformes ont rangées dans des playlists comme « Bedroom Pop ». « Death Bed » de Powfu en est le plus grand succès.

Retour au sommaire

La démarche artistique

Le lo-fi est d’abord une musique d’usage. Elle n’est pas faite pour être écoutée au premier plan, comme une chanson qu’on attend, mais pour accompagner autre chose : réviser, travailler, lire, s’endormir. Le chercheur Adam Scott Neal, dans un article publié en 2022 par la revue Organised Sound, explique que le genre s’appuie sur le hip-hop et sur la musique d’ambiance, deux traditions capables de créer un climat calme propice à l’étude, et que son public est majoritairement étudiant.

C’est aussi une musique de la nostalgie. Ses images, animation japonaise et dessins animés en boucle, renvoient à l’enfance d’une génération née autour de l’an 2000. Le DJ Ryan Celsius y voit le souvenir des intermèdes musicaux des blocs Toonami et Adult Swim des années 2000. L’image la plus célèbre du genre est d’ailleurs née de cet imaginaire : à ses débuts, ChilledCow illustrait sa radio avec Shizuku Tsukishima, l’héroïne du film d’animation Si tu tends l’oreille du studio Ghibli, jusqu’à ce qu’une réclamation de droits fasse retirer la diffusion en 2017. La chaîne a alors fait appel, pour un personnage original, à Juan Pablo Machado, un illustrateur franco-colombien formé à l’école Émile-Cohl de Lyon : une jeune fille au casque qui étudie à son bureau, devant une fenêtre ouverte sur la colline de la Croix-Rousse.

C’est enfin une musique de communauté presque anonyme. Le magazine Dazed décrivait en 2018 des radios dont le fil de discussion fonctionne comme un salon, modéré par des filtres automatiques, où les auditeurs parlent souvent de leurs difficultés personnelles, et où l’on demande à un robot le nom du morceau qui passe, parce que les artistes ne sont pas toujours crédités à l’écran. Bas van Leeuwen, le fondateur de Chillhop Music, s’inquiétait dès 2017 que les auditeurs « ne s’attachent pas du tout aux artistes ».

Côté fabrication, le lo-fi a prolongé un modèle né avec la beat scene : le producteur seul dans sa chambre, avec un ordinateur, un échantillonneur et quelques disques, qui publie des beat tapes sur SoundCloud ou Bandcamp et se fait repérer par une chaîne ou un label. Le revers est la saturation du marché, et depuis 2025, la question de la musique générée par intelligence artificielle s’ajoute au tableau : dans un article de juillet 2025, Pitchfork rapportait que des musiciens du genre se plaignent de pertes de revenus et d’un sentiment de dépossession face à ces productions.

Sur scène, le lo-fi pose un problème particulier : c’est une musique faite pour l’écoute de fond, qui tient sur des boucles enregistrées, et que personne ne joue vraiment en direct. Une alternative consiste à jouer les parties en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse dans le grave et le piano électrique dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Les accords enrichis du lo-fi se jouent alors à la main, avec leurs petits décalages, ce qui rend au genre une part d’humanité. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.

Retour au sommaire

Le lo-fi aujourd’hui

En 2026, le lo-fi n’est plus une niche, c’est un paysage sonore. La chaîne Lofi Girl, qui a pris ce nom le 18 mars 2021 en remplacement de ChilledCow, a franchi les dix millions d’abonnés le 2 février 2022 et en compte près de seize millions selon Wikipédia, consultée en octobre 2026. Elle réunissait en moyenne environ 40 000 auditeurs simultanés en 2023. Elle s’est diversifiée en label et en partenariats, avec Lego, Renault ou Ubisoft, et un café à son image était annoncé à Paris pour 2026. Le 29 juillet 2025, une vidéo montrant sa jeune fille recevoir son diplôme a ému ses abonnés.

Le genre s’est aussi installé sur les plateformes. Spotify l’a mis en avant dès la fin des années 2010 par des playlists d’ambiance ; la chercheuse Ann Werner relève qu’en 2018, la playlist « Chill Hits » comptait 5,4 millions d’auditeurs. Apple Music a ses propres playlists de beats instrumentaux. La pandémie de 2020 a fait grimper l’audience des radios en continu, et le lofi est devenu un réflexe pour des millions de personnes qui travaillent ou étudient chez elles.

La France occupe dans cette histoire une place singulière. La chaîne la plus célèbre du genre y est née, sa jeune fille regarde par une fenêtre lyonnaise, et la scène française compte des producteurs reconnus, comme L’Indécis, que le magazine France Today présentait en 2020 comme l’un des artistes chillhop les plus influents, ou Onra, dont la série Chinoiseries, lancée en 2007, est construite sur des disques chinois trouvés au Vietnam, pays de ses parents.

Faire du lo-fi en 2026 sans refaire 2017

  • Jouez vos accords vous-même, au clavier, plutôt que de prendre une boucle de banque que des milliers d’autres utilisent déjà : c’est votre main qui donnera son identité au beat.
  • Enregistrez votre propre matière, une guitare, un piano d’appartement, un bruit de rue, la pluie sur votre fenêtre, et traitez-la ensuite pour lui donner du grain.
  • Dosez le grain comme une épice : un craquement de vinyle permanent sur un morceau de trois minutes fatigue plus qu’il ne charme.
  • Variez le placement rythmique d’un instrument à l’autre, une caisse claire en retard et une grosse caisse droite par exemple, plutôt que d’appliquer le même swing partout.
  • Si vous échantillonnez un disque, réglez la question des droits avant de publier, pas après : « Death Bed » a été retiré une première fois pour cette raison, et la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.
  • Publiez sous votre nom, avec une image et une histoire : dans un genre où les auditeurs ne retiennent pas les artistes, c’est ce qui vous distinguera.

Retour au sommaire

Douze artistes pour commencer

Voir les 100 artistes

Retour au sommaire

Produire un beat lo-fi en home studio

Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro, à une exception près, signalée, pour les craquements de vinyle. Studio Bass, une basse électrique virtuelle, et ChromaGlow, un effet de saturation, sont apparus avec Logic Pro 11, et ChromaGlow exige un Mac équipé d’une puce Apple silicon.

Prenez les étapes dans l’ordre : c’est celui que suivent beaucoup de producteurs du genre, qui partent des accords avant de poser la batterie. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « La batterie qui traîne » : quatre accords de piano électrique bien joués et une batterie bien placée valent mieux qu’un projet de trente pistes couvert de craquements.

Le tempo et la grille

  • Réglez le tempo du projet entre 70 et 80 BPM ; choisissez 75 BPM pour retrouver le motif du lecteur plus haut.
  • Laissez la signature en 4/4.
  • Activez le mode cycle de la mesure 1 au début de la mesure 5, soit quatre mesures : c’est la longueur de la boucle d’accords, et vous devez l’entendre tourner pendant que vous construisez le reste.
  • Retenez que Logic Pro compte 960 ticks par noire, soit 240 par double-croche : à 75 BPM, 20 ticks valent environ 17 millisecondes.
  • Retenez aussi que le réglage Q-Swing de l’inspecteur de région ne déplace que les doubles-croches de rang pair, que 50 % correspond à un jeu droit, et qu’il n’agit que si une valeur de quantification est choisie.

La boucle d’accords

  • Créez une piste d’instrument logiciel et chargez Vintage Electric Piano, avec un modèle de type Rhodes au son rond.
  • Jouez la grille « Deux-cinq-un » du lecteur d’harmonie, un accord par mesure : Dm9, G13, Cmaj9, A7b9.
  • Jouez ces accords sans leur fondamentale, autour du do central : fa, la, do, mi pour Dm9 ; fa, si, mi, la pour G13 ; mi, sol, si, ré pour Cmaj9 ; sol, si bémol, do dièse, mi pour A7b9.
  • Ne quantifiez pas les accords : un léger décalage entre les notes d’un même accord, comme un pianiste qui pose ses doigts, fait partie du son.
  • Insérez un Channel EQ et activez son filtre coupe-bas vers 150 Hz : un coupe-bas supprime tout ce qui se trouve sous la fréquence choisie, et le grave reste libre pour la basse.
  • Dans le même Channel EQ, activez le filtre coupe-haut et descendez-le entre 4 et 6 kHz : les aigus s’éteignent, et le piano semble venir d’un vieux disque.

Échantillonner et transformer une boucle

  • Enregistrez sur une piste audio une courte phrase de votre propre instrument, une guitare, un piano, une voix, de deux ou quatre mesures.
  • Faites glisser la région audio dans Quick Sampler, en mode Classic.
  • Vérifiez que le bouton Key Tracking de la sous-fenêtre Pitch est activé, puis jouez l’échantillon sur des touches plus graves que sa note d’origine : il ralentit et descend en même temps, comme un disque passé trop lentement.
  • Pour figer cette transposition, réglez le paramètre Coarse de la sous-fenêtre Pitch entre moins 2 et moins 5 demi-tons, et réglez Fine si l’échantillon ne s’accorde plus avec vos accords.
  • Passez en mode Slice pour découper la phrase en morceaux, répartis sur les touches du clavier, puis rejouez ces morceaux dans un autre ordre : c’est le principe du chop, la découpe.
  • Pour entendre tout le projet ralenti comme une bande, essayez Varispeed, que l’on ajoute à la barre de commandes en la personnalisant, dans son mode qui change à la fois la vitesse et la hauteur.
  • Pour un ralentissement de fin de boucle, comme une bande qui s’arrête, activez Flex Time sur la piste audio en mode Speed (FX), puis étirez la dernière portion de la région : elle ralentit et descend en hauteur. La fiche Flex Time détaille les différents modes.
  • Pour une texture méconnaissable, chargez votre enregistrement dans Sample Alchemy, disponible depuis Logic Pro 10.8, et étirez-le jusqu’à obtenir une nappe.

La batterie qui traîne

  • Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique aux sons courts et ronds, plutôt qu’un kit brillant.
  • Dessinez le motif du lecteur dans l’éditeur clavier, sur quatre mesures : grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, caisse claire aux pas 5 et 13, charleston sur les croches.
  • Ajoutez une note fantôme de caisse claire au pas 16, avec une vélocité entre 15 et 25.
  • Donnez au charleston une vélocité autour de 70 sur les temps et autour de 45 sur les autres croches.
  • Répartissez grosse caisse, caisse claire et charleston sur trois pistes séparées, en dupliquant la piste et en effaçant dans chaque copie les instruments en trop : c’est ce qui permet de régler chaque instrument à part.
  • Choisissez, dans l’inspecteur des régions de grosse caisse et de caisse claire, une valeur de quantification de 1/16 et un Q-Swing de 58 % : seules les frappes des pas pairs bougent, la grosse caisse du pas 8 et la note fantôme du pas 16, exactement comme dans le lecteur.
  • Pour faire balancer le charleston, qui joue des croches, choisissez dans l’inspecteur de sa région une quantification de 1/8 et un Q-Swing entre 55 et 60 % : ce sont alors les croches de contretemps, les pas 3, 7, 11 et 15, qui reculent légèrement.
  • Réglez le paramètre Retard de la région de caisse claire, dans l’inspecteur, entre +15 et +25 ticks : la caisse claire traîne derrière le temps, comme celle du lecteur.
  • Variez légèrement une ou deux frappes toutes les quatre mesures, à la main, pour que la boucle ne soit pas identique au tick près.
  • Regroupez les trois pistes de batterie sur un bus, un chemin commun par lequel elles passent toutes, et insérez-y un Channel EQ dont vous descendez le coupe-haut vers 2 kHz, la fréquence que cite le magazine de Mode Audio, puis remontez-le à l’oreille si la batterie disparaît.

La basse

  • Chargez Studio Bass avec un modèle de basse électrique au son rond, ou ES2 avec une forme d’onde sinusoïdale pour une sous-basse pure : Retro Synth ne propose pas de sinusoïde.
  • Jouez la fondamentale de chaque accord, ré, sol, do et la pour la grille « Deux-cinq-un », en notes longues, sans doubler chaque coup de grosse caisse.
  • Insérez un Channel EQ et descendez le coupe-haut entre 150 et 400 Hz : Mode Audio filtre ses basses sous 150 Hz, ce qui donne une basse très sourde.
  • Réglez le paramètre Retard de la région de basse entre +5 et +15 ticks si vous voulez qu’elle accompagne la traîne de la caisse claire.

Le grain

  • Regroupez le piano électrique et les échantillons mélodiques sur un même bus.
  • Insérez sur ce bus un Bitcrusher, réglez Resolution entre 10 et 12 bits et Downsampling entre 2x et 4x, puis baissez Mix entre 20 et 40 % : le son se dégrade sans disparaître.
  • Ajoutez sur le même bus un ChromaGlow, choisissez le modèle Magnetic, qui évoque la saturation de bande magnétique, et commencez avec un Drive faible.
  • Créez un départ vers un auxiliaire, une piste qui ne porte que l’effet, et chargez-y un Tape Delay synchronisé sur la noire pointée, avec un Feedback bas.
  • Descendez son High Cut et montez légèrement Flutter Rate et Flutter Intensity : les échos tanguent comme sur une vieille bande.
  • Pour les craquements de vinyle, installez le plug-in gratuit Vinyl d’iZotope, la seule extension de cette partie, sur une piste ou sur le bus principal, et gardez son niveau très bas.
  • Insérez un Compressor sur le bus des claviers, activez son entrée Side Chain dans l’en-tête du plug-in en la pointant sur la piste de grosse caisse, puis réglez un rapport de 2 ou 3 pour 1 et 2 à 3 dB de réduction : le side-chain fait commander un effet par une autre piste, et le piano s’efface légèrement à chaque coup de grosse caisse, ce léger pompage que Mode Audio recommande. La fiche Sidechain détaille le principe.
  • N’utilisez pas le Ducker (Legacy) pour cela : il ne s’insère que sur un auxiliaire ou sur une sortie.

Le mixage et le master

  • Placez la basse, la grosse caisse et la caisse claire au centre.
  • Écartez légèrement le piano électrique et le charleston avec le bouton de panoramique de chaque piste, qui va de moins 64 à plus 63 : une vingtaine de crans de chaque côté suffit.
  • Insérez un Direction Mixer sur la sortie générale, activez son bouton Split, réglez Crossover sur 120 Hz et ramenez Spread Low à zéro : le grave reste au centre, les textures gardent leur largeur.
  • Adoucissez le haut du spectre sur la sortie générale avec un Channel EQ : une baisse en plateau de 2 à 3 dB à partir de 8 kHz arrondit l’ensemble sans le noyer.
  • Comprimez légèrement le bus de batterie, 2 à 3 dB de réduction au plus, ou en compression parallèle.
  • Mesurez le volume avec le plug-in Loudness Meter et visez entre moins 14 et moins 16 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu, sachant que les plateformes normalisent de toute façon à la lecture.
  • Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel dit true peak, qui mesure le niveau de crête réel entre les échantillons : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. La fiche mastering explique la marche à suivre.

Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les beats de Madlib ou de J Dilla au milieu des années 2000 ne passaient ni par ChromaGlow ni par un Bitcrusher : leur grain venait des disques eux-mêmes, de l’échantillonneur et des machines à cassette.

Ce qu’un praticien fait vraiment

L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur de lo-fi part presque toujours d’une boucle : quatre accords joués au piano électrique, une phrase de guitare, ou un extrait de disque qu’il a trouvé en fouillant. La batterie vient ensuite, souvent tirée d’un modèle de projet déjà réglé, puis la basse, et le grain se règle sur le bus.

La deuxième habitude, c’est la série. Un producteur de lo-fi fabrique des beat tapes, des séries de pièces courtes qui partagent la même couleur. Il travaille vite, laisse les imperfections et passe au suivant, comme Madlib, qui a fabriqué l’essentiel des instrumentaux de Madvillainy lors d’un voyage au Brésil, avec un tourne-disque portable, une platine cassette et un SP-303. Créez donc une fois pour toutes votre modèle de projet, avec ses bus, son grain et sa batterie, et mettez votre énergie dans les boucles.

La troisième habitude, c’est le rééchantillonnage. Beaucoup de producteurs ne gardent pas leurs pistes séparées jusqu’au bout : ils exportent la boucle de piano avec ses effets en un seul fichier audio, la rechargent dans un échantillonneur et la retravaillent encore, parfois plusieurs fois. Dans Logic Pro, exportez la région, puis glissez-la dans Quick Sampler. Enfin, un point d’époque : Quick Sampler, ChromaGlow ou Sample Alchemy n’existaient pas quand Nujabes ou J Dilla travaillaient. Pour leur couleur, partez d’un vrai jeu de piano et laissez la boucle respirer.

Les cinq erreurs du débutant

  • Tout quantifier à 100 % puis compter sur le craquement de vinyle pour faire « lofi » : sans caisse claire qui traîne ni swing, le beat reste raide, quel que soit le grain.
  • Charger le grain jusqu’à la bouillie : Bitcrusher, saturation, craquement et filtre réglés trop fort sur toutes les pistes rendent le morceau sourd et fatigant.
  • Jouer des accords plaqués de trois sons : sans septièmes ni neuvièmes, la boucle sonne comme de la variété, pas comme du lo-fi.
  • Mettre la batterie au premier plan, comme dans le boom bap : le lofi demande une batterie en retrait, qui accompagne la boucle au lieu de la couvrir.
  • Publier un beat construit sur l’extrait d’un disque existant sans autorisation : « Death Bed » a été retiré une première fois pour cette raison, et un morceau qui marche attire aussitôt les ayants droit.
Apprendre à produire pour de bon

Faire traîner une caisse claire et salir un piano électrique s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.

  • Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
  • Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
  • Progression du projet vide au morceau masterisé
  • Petits groupes et suivi individuel

Retour au sommaire

Où trouver des sons lo-fi ?

Dans Logic Pro

  • Vintage Electric Piano, pour les pianos électriques de type Rhodes et Wurlitzer qui portent la plupart des boucles du genre.
  • Quick Sampler, pour ralentir, transposer et découper vos propres enregistrements, et Sampler pour un jeu plus fin à plusieurs échantillons.
  • Drum Machine Designer et ses kits électroniques.
  • Alchemy, dont la banque compte de nombreuses nappes et textures douces, et Sample Alchemy pour transformer un enregistrement en nappe.
  • Bitcrusher, Tape Delay, Channel EQ et, sur les Mac à puce Apple, ChromaGlow, qui couvrent l’essentiel du grain sans rien installer. La fiche ChromaGlow présente ce dernier.
  • Les boucles Apple Loops fournies, qui suivent le tempo et la tonalité du projet.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation.
  • Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
  • Sample Magic : banques thématiques soignées, utiles pour les batteries et les textures.
  • Black Octopus Sound : catalogue orienté rap et musique électronique, avec des banques de boucles et d’ambiances.
  • The Drum Broker : spécialiste des batteries de rap, dont des kits au son poussiéreux.
  • Freesound : sons versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire avant tout usage commercial.
  • Looperman : boucles gratuites, mais la licence impose généralement de créditer l’auteur et interdit la revente de la boucle seule.

Instruments virtuels

  • Spitfire LABS : instruments gratuits, dont des pianos feutrés et des cordes très utilisés dans le genre.
  • Native Instruments : la plateforme Kontakt, ses pianos et ses banques de textures, et une sélection gratuite, Komplete Start.
  • Arturia : émulations de pianos électriques et de synthétiseurs anciens.
  • Spectrasonics Omnisphere : synthétiseur à très large banque de nappes et d’ambiances.

Grain et caractère

  • XLN Audio RC-20 : bruit, instabilité de hauteur et saturation de bande réunis dans un seul plug-in, très employé dans le genre.
  • iZotope Vinyl : simulation de disque usé, gratuite, pour ajouter craquements et poussière.
  • Caelum Audio Tape Cassette : émulation de cassette, pour salir une nappe ou une boucle de piano.
  • ChromaGlow, déjà présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, dont le modèle Magnetic suffit souvent à donner une couleur de bande.

Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.

Retour au sommaire

Lexique du lo-fi

  • Lo-fiAbréviation de low fidelity, basse fidélité : un son dont on garde, ou dont on imite, les défauts d’enregistrement. Par extension, le rock enregistré à la maison des années 1990, puis le lofi hip-hop.
  • ChillhopContraction de chill, détendu, et de hip-hop : synonyme courant du lofi hip-hop, avec une nuance plus jazz et plus propre.
  • Beat tapeAlbum ou cassette de beats instrumentaux enchaînés, souvent courts, qui sert de carte de visite à un producteur.
  • ÉchantillonFragment d’un enregistrement existant, prélevé pour être rejoué en boucle ou découpé ; on dit aussi sample.
  • ChopDécoupe d’un échantillon en petits morceaux que l’on rejoue dans un autre ordre, au clavier ou sur des pads.
  • CraquementPetits bruits secs d’un disque vinyle usé ou poussiéreux, ajoutés volontairement pour vieillir un morceau.
  • Pleurage et scintillementVariations de hauteur dues à une vitesse de défilement irrégulière, lentes pour le pleurage, rapides pour le scintillement ; en anglais wow et flutter.
  • Dilla TimeExpression du journaliste Dan Charnas pour le placement rythmique de J Dilla, qui mêle dans un même beat des parties droites et balancées, en avance et en retard.
  • SP-404Échantillonneur compact de Roland sorti en 2005, successeur du Boss SP-303, très présent dans la beat scene.
  • Radio en continuDiffusion en direct sur YouTube qui tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec une image animée en boucle, comme celle de Lofi Girl.

Retour au sommaire

Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
« Lady Brown »Nujabes et Cise Starr, 2003Lent, non mesuré iciNujabesUne boucle tirée de « The Shade of the Mango Tree » du guitariste Luiz Bonfá : la bossa nova et le jazz deviennent la matière d’un beat de hip-hop.
« Accordion »Madvillain, 2004Lent, non mesuré iciMadlibUn album né en grande partie dans une chambre d’hôtel, avec un tourne-disque, une platine cassette et un SP-303 : le matériel compte moins que l’oreille.
« Aruarian Dance »Nujabes, 2004Lent, non mesuré iciNujabesLe titre le plus connu de Nujabes, tiré de la musique de Samurai Champloo : une guitare et un violon, sans un mot, et la porte d’entrée de toute une génération par l’animation.
« Time : The Donut of the Heart »J Dilla, 2006Lent, non mesuré iciJ DillaUn titre des Jackson 5 ralenti jusqu’à devenir une autre chanson : la leçon de base sur la vitesse d’un échantillon.
« Luv(sic) Grand Finale »Nujabes et Shing02, 2013Lent, non mesuré iciNujabesConstruit sur un instrumental retrouvé dans le téléphone de Nujabes et publié le 26 février 2013, trois ans après sa mort : une esquisse peut suffire.
« Death Bed (Coffee for Your Head) »Powfu et beabadoobee, 2020Lent, non mesuré iciOtterpopUn extrait de « Coffee » remonté dans l’aigu, une batterie élémentaire, une voix murmurée : le lofi devenu tube mondial, après un an d’attente pour l’autorisation de l’extrait.

Aucune mesure de tempo publiée et fiable n’a été trouvée pour ces six titres : comptez vous-même les caisses claires sur trente secondes, multipliez par deux, puis encore par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.

Retour au sommaire

Labels, droits et échantillons

Le lo-fi s’est construit sur de petites structures. Les pionniers ont publié chez des indépendants : Stones Throw, en Californie, pour J Dilla et Madlib, ou Hydeout Productions, le label fondé par Nujabes en 1998. La génération YouTube a vu naître des labels d’un genre nouveau, adossés à des chaînes : Chillhop Music à Rotterdam, College Music en Angleterre ou Lofi Girl, dont la musique, selon Wikipédia, sort sur son propre label ou est diffusée avec l’accord des artistes.

Sur un morceau, deux droits coexistent et ne se confondent jamais. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte : le producteur d’un beat lo-fi en est le compositeur, et les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. En France, ces droits sont le plus souvent gérés par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré. Les droits voisins portent sur l’enregistrement lui-même et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Quand un label de lo-fi vous propose un contrat, c’est d’abord sur ce second droit qu’il porte : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus, l’exclusivité et la possibilité pour le label de diffuser le morceau sur ses radios en continu.

La synchronisation, c’est-à-dire l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou un jeu, exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur, ou des auteurs s’ils n’en ont pas, pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Elle se négocie au forfait. Un beat lo-fi qui contient un échantillon non autorisé est, de fait, impossible à synchroniser : aucun diffuseur sérieux ne prendra le risque.

Échantillons, radios en continu et sons de vinyle

  • Construire un beat sur l’extrait d’un disque existant demande deux autorisations : celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement. Il n’existe pas de durée en dessous de laquelle un extrait serait libre : la Cour de justice de l’Union européenne a jugé le 29 juillet 2019, dans l’affaire Pelham, que même un fragment très court reproduit un enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • Ralentir, filtrer, découper ou couvrir de craquements un extrait ne suffit donc pas à le libérer tant qu’on le reconnaît, et l’exception de courte citation prévue par le Code de la propriété intellectuelle est très difficilement applicable à un échantillon musical.
  • Aux États-Unis, d’où viennent beaucoup des disques échantillonnés, les tribunaux ne sont pas d’accord entre eux : en 2005, la cour d’appel du sixième circuit a jugé dans l’affaire Bridgeport Music contre Dimension Films que tout prélèvement d’enregistrement exigeait une licence, alors qu’en 2016, celle du neuvième circuit a admis dans l’affaire VMG Salsoul contre Ciccone qu’un emprunt minime pouvait échapper à la contrefaçon.
  • « Death Bed » de Powfu en donne l’exemple : publié en 2019 avec un extrait non autorisé de « Coffee », le morceau a été retiré, puis n’est ressorti qu’après l’accord des ayants droit, avec un an de retard, et beabadoobee figure parmi ses auteurs.
  • Rejouer soi-même une mélodie ou un passage reconnaissable au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, ne dispense pas d’obtenir l’autorisation des titulaires des droits sur l’œuvre : elle dispense seulement de l’autorisation du producteur de l’enregistrement d’origine.
  • Les boucles des banques sous licence, comme celles de Splice ou de Loopmasters, sont utilisables dans vos morceaux, mais pas revendables seules, et elles ne sont pas exclusives : des milliers d’autres producteurs ont pu utiliser la même boucle.
  • C’est ce qui pose problème avec Content ID, le système de YouTube qui reconnaît automatiquement les enregistrements déposés par leurs ayants droit : si quelqu’un déclare comme sien un morceau qui contient une boucle de banque, d’autres vidéos qui utilisent la même boucle peuvent être réclamées. Ne déclarez donc jamais dans Content ID un morceau construit sur des boucles non exclusives, et contestez une réclamation infondée par la procédure de YouTube.
  • Les réclamations abusives existent : en juillet 2022, les deux diffusions principales de Lofi Girl ont été coupées après une demande de retrait déposée par un label malaisien, que YouTube a ensuite qualifiée d’abusive, et les diffusions ont repris deux jours plus tard.
  • Lancer sa propre radio en continu avec la musique des autres suppose l’accord de chaque ayant droit : les chaînes sérieuses passent la musique de leur label ou celle d’artistes qui ont donné leur autorisation. Les images aussi sont protégées : ChilledCow l’a appris en 2017 avec son image tirée d’un film du studio Ghibli.
  • Pour les craquements de vinyle et le souffle de cassette, préférez un générateur, comme iZotope Vinyl ou RC-20, vos propres enregistrements ou une banque sous licence : un craquement prélevé sur un disque du commerce peut contenir, en dessous, un fragment de musique protégée.
  • Pour une production originale « dans le style de », le style lui-même n’est pas protégé : un tempo lent, une caisse claire qui traîne, un accord de neuvième ou un craquement appartiennent à tout le monde. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
  • Interpréter vos morceaux en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire joué et règle les droits d’exécution publique à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.

Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où l’image compte autant que le son et où les auditeurs retiennent rarement les noms, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

Retour au sommaire

Une playlist pour écouter le lo-fi

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Lo-fi, la découverte30 titres · 1 h 40

    De Daniel Johnston (1983) à Powfu (2020) : les cassettes faites maison, le jazz rap, Nujabes et J Dilla, la beat scene, la génération SoundCloud et YouTube, puis la pop de chambre.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

Retour au sommaire

Les 100 artistes qui ont fait le lo-fi

Retour au sommaire

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la musique lofi ?

C’est une musique qui garde ou imite les défauts d’un enregistrement fait avec peu de moyens : souffle de cassette, craquements de vinyle, aigus étouffés. Aujourd’hui, le mot désigne surtout le lofi hip-hop, des instrumentaux lents, le plus souvent entre 60 et 80 BPM, construits sur des accords de jazz, une batterie de hip-hop qui traîne légèrement et un grain de vieux disque. Popularisé sur YouTube par des radios en continu comme celle de Lofi Girl, il est très écouté pour étudier ou se détendre.

Quelle est la différence entre le lofi et le chillhop ?

Il n’y en a presque pas : les deux mots désignent la même famille de beats instrumentaux, et ils sont souvent employés comme synonymes. L’usage prête au chillhop, mot lancé par le label néerlandais Chillhop Music, une couleur plus jazz et plus propre, et au lofi un grain plus marqué, avec davantage de craquements et de saturation. Le lo-fi des années 1990, lui, est tout autre chose : du rock indépendant enregistré à la maison.

Pourquoi écoute-t-on du lofi pour étudier ?

Parce que le genre a été pensé pour cet usage : pas de paroles, ou très peu, des boucles qui ne réclament pas d’attention, des timbres doux, aucune surprise, et des radios qui tournent sans fin. Son public, selon le chercheur Adam Scott Neal, est d’abord étudiant. Cette fiche ne prétend pas pour autant que le lofi améliore la concentration de tout le monde : c’est un usage très répandu, pas une recette garantie.

Qui est la Lofi Girl ?

C’est le personnage dessiné de la chaîne YouTube française Lofi Girl, anciennement ChilledCow, créée par Dimitri Somoguy en 2015 : une jeune fille au casque qui étudie à son bureau, devant une fenêtre ouverte sur la Croix-Rousse, à Lyon. Elle a été dessinée par l’illustrateur franco-colombien Juan Pablo Machado. Elle est devenue l’image du genre, et la chaîne compte près de seize millions d’abonnés.

Comment faire du lofi ?

Réglez votre logiciel autour de 75 BPM. Jouez une boucle de quatre accords enrichis, de septième ou de neuvième, au piano électrique, sans quantifier. Ajoutez une batterie simple, caisse claire sur les temps 2 et 4, avec un léger swing et une caisse claire décalée de quelques ticks. Posez une basse ronde, puis donnez du grain avec un filtre qui coupe les aigus et quelques craquements. La partie « Produire un beat lo-fi en home studio » de cette fiche détaille chaque réglage dans Logic Pro.

Retour au sommaire

Sources

  • « Lofi hip-hop », « Lo-fi music », « Lofi Girl », « Outsider house » et « Roland SP-404 », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • « Nujabes », « Metaphorical Music », « Samurai Champloo », « Donuts (album) », « Madvillainy » et « Death Bed (Coffee for Your Head) », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
  • Christina Lee, « Chillhop Records Could Be The Soundtrack To Your Life », Bandcamp Daily, 8 décembre 2017.
  • Kemi Alemoru, « Inside YouTube’s calming “Lofi Hip Hop Radio to Relax/Study to” community », Dazed, 14 juin 2018.
  • « LoFi Hip Hop : 5 Production Essentials », Mode Audio Magazine.
  • Chronique « The Week In Pop » consacrée à Powfu, Stereogum, avril 2020, et fiche « Death Bed » de Songfacts.
  • « On Écoute : L’Indécis », France Today, 20 mai 2020 ; notice de la réédition de Chinoiseries d’Onra, Bleep.
  • The Cornell Daily Sun, mars 2025, sur Nujabes ; Stereofox, août 2020, sur l’histoire du lofi hip-hop.
  • Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
  • Apple, Logic Pro : Guide de l’utilisateur et guide des effets (Bitcrusher, Tape Delay), édition en ligne, consultés en 2026 ; « ChromaGlow in Logic Pro : 5 Models, 10 Styles Explained », Logic Studio Training.
  • Volumes de recherche de « lofi » et « lo-fi » en France, Ahrefs, octobre 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?