Terme du glossaire
French touch
La French touch est la house filtrée inventée par de jeunes producteurs parisiens au milieu des années 1990 : une boucle de disco ou de funk échantillonnée, répétée pendant de longues minutes, qu’un filtre ouvre et referme lentement au-dessus d’une grosse caisse qui frappe chaque temps. Ses racines sont la house de Chicago et de New York, née du disco ; ses premiers lieux sont parisiens, du Palace au Rex Club de Laurent Garnier. Le genre explose entre 1996 et 2000 avec Super Discount d’Étienne de Crécy, Homework de Daft Punk, « Music Sounds Better with You » de Stardust et « Lady (Hear Me Tonight) » de Modjo, numéro un au Royaume-Uni. Le mot lui-même a une histoire : né dans une soirée parisienne de 1987, imprimé sur un blouson en 1991, il est popularisé par la presse anglaise à partir de 1996. Une deuxième vague arrive au milieu des années 2000 avec le label Ed Banger, Justice et son album †, puis Kavinsky et Breakbot ; une troisième, de Kungs à The Blaze, Polo & Pan et Myd, la prolonge aujourd’hui. Cette fiche raconte cette histoire, explique le filtre automatisé qui la résume et montre comment le refaire dans Logic Pro.
- PériodeDe 1995 à aujourd’hui, avec un âge d’or de 1996 à 2002 et une deuxième vague de 2005 à 2012
- FoyerParis et Versailles, puis le monde entier par la presse anglaise et les labels Virgin, Roulé et Ed Banger
- TempoDe 118 à 128 BPM environ ; le motif de cette fiche est à 124 BPM
- RythmeUne grosse caisse sur chaque temps, un clap sur les temps 2 et 4, un charleston ouvert entre les temps
- InstrumentsÉchantillonneur, boîte à rythmes Roland TR-909, filtre, compresseur, vocodeur et talk box, piano électrique Rhodes, basse de synthétiseur
La French touch en bref
- Origine : Paris, au milieu des années 1990, chez des producteurs nourris de house américaine, de disco et de funk, qui travaillent chez eux avec un échantillonneur et une boîte à rythmes.
- Son : une boucle de disco ou de funk qui tourne, un filtre passe-bas qu’on ouvre et qu’on referme, une compression qui fait « pomper » le morceau au rythme de la grosse caisse, et des voix passées au vocodeur ou à la talk box.
- Trois albums : Super Discount d’Étienne de Crécy (1996), Homework de Daft Punk (1997), † de Justice (2007).
- En home studio : Quick Sampler, AutoFilter, Compressor en side chain et EVOC 20 PolySynth, tous fournis avec Logic Pro, suffisent pour refaire chaque geste du genre.
- Le point à connaître : la French touch est une musique de samples, et presque tous ses grands succès ont dû régler la question des droits : un morceau bâti sur un extrait non autorisé ne peut pas être publié sans risque.
Trois albums pour entrer dans la French touch
- Super DiscountÉtienne de Crécy, 1996
D’abord une série de quatre maxis parus sur Disques Solid, le label qu’il a fondé en 1994 avec Alex Gopher et Pierre-Michel Levallois, puis un album de onze titres paru en 1996. Pressé par le calendrier, Étienne de Crécy demande des maquettes à Alex Gopher et à Air, et signe sous plusieurs pseudonymes pour « faire croire que nous sommes une armée ». « Le Patron est devenu fou ! » pose un échantillon d’Isaac Hayes sur une rythmique house ; avec Philippe Zdar, il signe aussi un titre sous le nom de La Chatte Rouge. C’est en critiquant ce disque dans Melody Maker que Martin James popularise l’expression « French touch ».
Écouter sur Apple Music - HomeworkDaft Punk, 1997
Enregistré de 1994 à 1996 au Daft House, le studio installé chez Thomas Bangalter, et publié par Virgin le 20 janvier 1997, le premier album de Daft Punk a été fait « à la maison, très peu cher, très vite et spontanément ». Seize titres pensés pour remplir les quatre faces d’un double vinyle, dont « Da Funk » et « Around the World », cinquième des ventes britanniques. Numéro trois en France, numéro huit au Royaume-Uni, il dépasse les deux millions d’exemplaires en 2001 selon Virgin, et fait connaître la house française au monde entier.
Écouter sur Apple Music - †Justice, 2007
Enregistré à Paris en 2005 et 2006 et publié le 11 juin 2007 par Ed Banger et Because Music, le premier album de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, que la presse appelle aussi Cross, se voulait un « opéra-disco ». Il est construit à partir d’échantillons tirés de quelque 400 albums, découpés, distordus et compressés. « D.A.N.C.E. » et l’album sont nommés aux Grammy Awards : c’est le disque qui ouvre la deuxième vague de la French touch.
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Qu’est-ce que la French touch ?
La French touch, qu’on appelle aussi French house ou filter house, la « house filtrée », est la version française de la house, née à Paris dans la première moitié des années 1990 et devenue un phénomène mondial à partir de 1997. Wikipédia en anglais la décrit comme une forme d’eurodisco, reconnaissable à ses effets de filtre et de phaser, appliqués à des échantillons de disco européen de la fin des années 1970 et du début des années 1980, sur une mesure à quatre temps. Le principe : quelques secondes d’un vieux disque tournent en boucle sur une grosse caisse régulière, et on transforme cette boucle pendant six ou sept minutes, sans en changer une note, avec un filtre, une compression et l’arrivée ou le départ des instruments. Le résultat est à la fois répétitif et chaleureux, plus mélodique que la techno, plus nostalgique que la house américaine.
Ce qui existait avant
La French touch descend d’abord du disco. À la fin des années 1970, la France en est l’un des grands foyers : Cerrone ou Sheila et B. Devotion font danser l’Europe avec un disco « spatial », chargé de synthétiseurs, que Wikipédia cite parmi les influences directes du genre. Daniel Vangarde, le père de Thomas Bangalter, en est l’un des auteurs et producteurs. Après la « Disco Demolition Night » de Chicago, en 1979, qui marque le rejet du disco par une partie du public américain, les discothèques françaises continuent de passer du disco et du funk, notamment celui de George Clinton et de Bootsy Collins. Ces disques deviendront, une quinzaine d’années plus tard, la matière première des producteurs.
L’autre source est américaine. À Chicago, le Warehouse, fondé en 1977 par Robert Williams, a pour premier directeur musical le DJ Frankie Knuckles ; selon les récits, c’est de ce club, ou des affiches de Williams qui annonçaient des soirées « house », que la house tient son nom. Au début des années 1980, les DJ de Chicago prolongent les disques de disco avec des boîtes à rythmes, et des producteurs comme Marshall Jefferson ou Larry Heard inventent une musique faite pour les clubs. À New York, le Paradise Garage, où mixe Larry Levan, donne son nom à une house plus soul, le garage. Ce sont ces deux écoles, détaillées dans la fiche deep house, que les Français vont reprendre.
Il faut encore quelqu’un pour faire passer cette musique en France. Le plus souvent cité est Laurent Garnier. Né en 1966 à Boulogne-Billancourt, il découvre en 1987 l’Haçienda, le club de Manchester, et y mixe sous le nom de DJ Pedro, avant de rentrer en France. Avec Erik Rug, il fait partie des premiers DJ à faire entendre la house de Chicago et la techno de Détroit à Paris, notamment dans les soirées H3O de la Locomotive, puis au début des années 1990 dans ses soirées « Wake Up » du Rex Club, qu’il anime pendant trois ans. Les clubs comme le Palace ou le Queen et le disquaire Rough Trade, ouvert à Paris en 1994, deviennent les lieux de rencontre d’une génération.
La naissance du genre
Les premiers labels apparaissent en 1994 et 1995. Bob Sinclar et DJ Yellow fondent Yellow Productions en 1994 ; la même année, Étienne de Crécy, Alex Gopher et Pierre-Michel Levallois créent Disques Solid ; en 1995, Thomas Bangalter, l’une des deux moitiés de Daft Punk, lance Roulé avec son propre maxi, Trax on da Rocks. La même année, l’album Boulevard de St Germain, entre jazz et deep house, ouvre le marché. En 1996, Motorbass, le duo de Philippe Zdar et d’Étienne de Crécy, publie Pansoul, salué dans le monde entier, et Étienne de Crécy rassemble sur Super Discount les maxis parus sur Solid, avec Alex Gopher et un remix d’Air.
Le basculement a lieu le 20 janvier 1997, quand Virgin publie Homework, le premier album de Daft Punk, enregistré dans la chambre de Thomas Bangalter. Le disque entre dans le top 10 britannique, « Around the World » atteint la cinquième place des ventes de singles au Royaume-Uni, et la presse du monde entier se tourne vers Paris. Virgin signe dans la foulée Cassius, le duo de Philippe Zdar et de Hubert Blanc-Francard, alias Boombass, et Air, dont Moon Safari paraît en 1998. Cette année-là, « Music Sounds Better with You » de Stardust, le trio de Thomas Bangalter, Alan Braxe et Benjamin Diamond, publié sur Roulé, dépasse les deux millions d’exemplaires vendus.
Les succès s’enchaînent. Cassius publie 1999 le 25 janvier 1999, Bob Sinclar son premier album, Paradise, en 1998. Le 10 septembre 2000, « Lady (Hear Me Tonight) » de Modjo entre directement à la première place des ventes britanniques. Et le 13 novembre 2000, Daft Punk publie « One More Time », numéro un en France, premier extrait de Discovery, qui paraît en 2001.
D’où vient le mot
« French touch » signifie « la touche française ». L’expression est plus ancienne que le genre. Selon Wikipédia, elle apparaît à Paris en 1987, au Palace, où le photographe Jean-Claude Lagrèze organise des soirées « French Touch » pour faire découvrir la house, avec aux platines Laurent Garnier, Guillaume la Tortue et un certain David Guetta. En 1991, Éric Morand, de la Fnac Music Dance Division, fait imprimer sur des blousons la formule « We Give a French Touch to House », « nous donnons une touche française à la house ».
C’est pourtant la presse anglaise qui popularise le mot. Avant 1996, les Européens parlent plutôt de « nu-disco », de « disco house » ou de « new disco ». En 1996, le journaliste Martin James emploie l’expression dans le magazine Melody Maker, en critiquant Super Discount d’Étienne de Crécy ; les médias français la reprennent, et en 1998 elle est partout dans la presse britannique. Une émission spéciale de MTV sur l’« explosion de la house française », avec Bob Sinclar, Air et Cassius, la diffuse ensuite dans le monde entier. Les intéressés ont pris leurs distances : le journaliste Olivier Cachin y voit un terme journalistique « fourre-tout », et le duo Justice estime que la French touch désigne surtout les groupes français qui s’exportent. En français, on dit « la French touch », au féminin.
Une mutation plutôt qu’une fin
Dès 1999, selon Wikipédia, l’étiquette devient synonyme de « ringardise » : trop de disques filtrés se ressemblent, et le public s’en lasse. Le genre ne disparaît pas, il se transforme. Au milieu des années 2000, une deuxième vague repart de Paris. En 2003, Pedro Winter, alias Busy P, manager de Daft Punk de 1996 à 2008, fonde le label Ed Banger, dont le premier disque est un maxi de Mr. Flash. Justice, SebastiAn, Uffie, DJ Mehdi, puis Breakbot y publient une musique plus saturée, plus proche du rock : le filtre est toujours là, mais la boucle de disco est désormais distordue, découpée et compressée jusqu’à la limite. Le 11 juin 2007, Justice publie †, nommé aux Grammy Awards ; en 2010, « Nightcall » de Kavinsky, coécrit et coproduit avec Guy-Manuel de Homem-Christo de Daft Punk, rapproche la French touch de la synthwave.
Au même moment, David Guetta, Bob Sinclar, Martin Solveig et Laurent Wolf font de la house française un produit de grande diffusion, qui mène tout droit à l’EDM. Puis vient une troisième génération, que Google Arts & Culture appelle « une toute nouvelle French touch » : Kungs, numéro un en France et en Allemagne en 2016 avec son remix de « This Girl », The Blaze, Polo & Pan, Fakear ou Myd, signé chez Ed Banger en 2017.
La French touch en sept dates
- 1987Le mot avant la musiqueJean-Claude Lagrèze organise au Palace, à Paris, des soirées « French Touch » pour faire découvrir la house, avec Laurent Garnier aux platines.
- 1996Super DiscountÉtienne de Crécy rassemble ses maxis du label Solid sur un album ; en le critiquant dans Melody Maker, Martin James popularise l’expression « French touch ».
- 1997HomeworkLe 20 janvier, Virgin publie le premier album de Daft Punk, enregistré à la maison ; il entre dans le top 10 britannique et fait connaître la house française au monde entier.
- 1998Le tube filtré« Music Sounds Better with You » de Stardust, bâti sur une boucle de Chaka Khan, monte à la deuxième place au Royaume-Uni et dépasse les deux millions d’exemplaires.
- 2003Ed BangerPedro Winter, alias Busy P, fonde le label qui portera la deuxième vague ; le premier disque, signé Mr. Flash, paraît le 7 mars.
- 2007La croix de JusticeLe 11 juin, Justice publie †, construit à partir d’échantillons tirés de quelque 400 albums, et nommé aux Grammy Awards.
- 2016La relèveLe remix de « This Girl » par Kungs, sorti le 19 février, est numéro un en France et en Allemagne : une nouvelle génération reprend la boucle funk et le filtre.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit de « Music Sounds Better with You », de Stardust, publié en 1998 sur Roulé, le label de Thomas Bangalter, puis chez Virgin. Stardust est un trio éphémère : Thomas Bangalter, de Daft Punk, aux claviers, le DJ Alan Braxe et le chanteur Benjamin Diamond. En préparant un concert, il leur manque un morceau. Alan Braxe raconte qu’ils voulaient écrire une chanson plutôt qu’un pur titre de club. Ils bâtissent une première version autour d’une boucle tirée de l’introduction instrumentale de « Fate », un titre de 1981 de Chaka Khan écrit par Dominic King et Frank Musker, échantillonnée sur un E-mu SP-1200, puis passent six jours à l’arranger au Daft House, le studio installé chez Bangalter. Le trio n’a jamais fait d’album. Le single, deuxième des ventes au Royaume-Uni derrière Boyzone et numéro un des clubs américains pendant deux semaines, a dépassé les deux millions d’exemplaires. Le clip, que vous voyez ici, est signé Michel Gondry : un petit garçon construit un planeur pendant que le groupe, masqué, passe à la télévision.
C’est le morceau qui résume le mieux la French touch, parce qu’on y entend chaque geste du genre, presque isolé. Écoutez d’abord la boucle qui ouvre le morceau : elle est filtrée, sourde, comme entendue à travers un mur, puis elle s’ouvre peu à peu, et c’est ce seul mouvement qui crée la tension. Écoutez ensuite la grosse caisse : elle frappe chaque temps, et toute la boucle semble respirer avec elle, s’écrasant à chaque coup puis revenant, l’effet de la compression. Écoutez enfin la voix de Benjamin Diamond : une seule phrase, répétée, que le chanteur décrit comme « un mantra, quelque chose que tout le monde pouvait comprendre ». Le matériel utilisé est documenté : le SP-1200 pour l’échantillon, un piano électrique Rhodes, une boîte à rythmes Roland TR-909, une basse jouée sur un synthétiseur Korg Trident, un échantillonneur Ensoniq ASR-10 pour déclencher les sections, et un compresseur Alesis 3630 sur la voix et sur le mixage final.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le rythme de la French touch est celui de la house : une mesure à quatre temps, notée 4/4, et une grosse caisse sur chacun des temps, ce que les anglophones appellent le four on the floor, « quatre au plancher ». Le tempo tourne autour de 120 à 128 BPM, battements par minute : Wikipédia mesure « Around the World » de Daft Punk à 121,3 BPM et « Lady (Hear Me Tonight) » de Modjo à 128 BPM. Ce qui distingue la French touch de la house américaine n’est pas le motif de batterie, à peu près le même, mais ce qu’on fait autour : la boucle échantillonnée porte le groove, et la batterie, souvent une Roland TR-909, la soutient sans la couvrir. La TR-909 figure dans la liste du matériel d’Homework comme dans celle de « Music Sounds Better with You ».
Le deuxième trait rythmique est le pompage. La boucle, ou le mixage entier, est fortement compressée : le volume baisse un bref instant à chaque coup de grosse caisse puis remonte, et tout le morceau semble respirer. On obtient aujourd’hui cet effet avec un compresseur déclenché par la grosse caisse, le sidechain, que la partie « home studio » explique pas à pas.
Voici un motif de French touch sur une mesure de quatre temps découpée en seize doubles-croches, à 124 BPM. Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe les quatre temps. Le clap, un claquement de mains synthétique, double la grosse caisse sur les deuxième et quatrième temps (pas 5 et 13). Le charleston ouvert, une cymbale qui sonne longtemps, tombe entre les temps, aux pas 3, 7, 11 et 15 : c’est lui qui donne le balancement de la house. Le charleston fermé, plus discret, remplit les doubles-croches paires. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; la boucle filtrée et le pompage de la compression ne sont pas reproduits.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : un clap anticipé au pas 8 et une caisse claire très légère au pas 16 suffisent à relancer la mesure suivante. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, et c’est le jeu le plus courant dans le genre, programmé à la boîte à rythmes. Dans Logic Pro, un réglage Q-Swing autour de 54 %, à peine au-dessus des 50 % du jeu droit, retarde légèrement les doubles-croches paires et donne au charleston fermé un peu de souplesse, sans toucher à la grosse caisse.
L’harmonie
L’harmonie de la French touch vient presque entièrement des disques qu’elle échantillonne. Une boucle de disco ou de funk dure une, deux ou quatre mesures, et elle contient un ou quelques accords, souvent enrichis : des accords de septième, des accords de neuvième, joués par une guitare, un piano électrique ou une section de cordes. Comme la boucle se répète pendant des minutes, l’harmonie ne raconte pas une histoire, elle installe une couleur. Trois couleurs reviennent sans cesse. La première est le mode dorien, un mineur à la sixte majeure, qui sonne funk et nocturne sans être triste ; la fiche Dorien le détaille. La deuxième est l’enchaînement d’accords de septième qui glissent l’un vers l’autre, hérité du disco. La troisième est l’emprunt, un accord pris à une gamme voisine, qui donne au genre sa nostalgie.
Le filtre joue ensuite un rôle presque harmonique. Quand il est fermé, on n’entend que la basse et le bas des accords ; à mesure qu’il s’ouvre, les septièmes, les neuvièmes et les aigus apparaissent. Un même accord change ainsi de couleur sans changer de notes.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « maj7 » une septième majeure, « 9 » une neuvième ajoutée, « 13 » une treizième, et « sus4 » un accord dont la tierce est remplacée par la quarte. La première grille est en la dorien, les quatre autres en do majeur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les seules, puis avec la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la dorien ou en do majeur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
La French touch est d’abord une musique de chambre à coucher : un ordinateur, quelques machines, des disques. La liste du matériel d’Homework, publiée en 1999 par un magazine japonais et reprise en 2021 par MusicTech, en donne une idée.
- L’échantillonneur, l’instrument central : E-mu SP-1200, Ensoniq ASR-10, Roland S-760, Akai S01.
- La boîte à rythmes : Roland TR-909 surtout, mais aussi TR-808, TR-707 et LinnDrum.
- Les synthétiseurs : Roland Juno-106, MC-202 et TB-303, le synthétiseur de basse dont le son « acide » a marqué la house de Chicago, et Sequential Prophet-VS.
- Le filtre : un Waldorf MiniWorks 4-pole, un filtre externe à quatre pôles, soit une pente de 24 dB par octave, dans lequel on fait passer la boucle.
- Le compresseur : un Alesis 3630, un modèle bon marché qu’on retrouve aussi dans la liste de « Music Sounds Better with You ».
- Le séquenceur : un Macintosh équipé de MicroLogic, un logiciel d’Emagic, la société dont est issu Logic Pro, et un Alesis MMT-8.
- Le piano électrique Rhodes, la guitare funk et les cuivres, le plus souvent échantillonnés sur de vieux disques.
La voix et la forme
La voix de la French touch est rarement celle d’un chanteur qui raconte une histoire. Elle prend trois formes. La première est la phrase répétée comme un slogan : dans « Around the World », les trois mots du titre reviennent 144 fois dans la version de l’album. La deuxième est la voix transformée par une machine. Le vocodeur analyse une voix et en impose le contour à un synthétiseur ; la talk box fait passer le son d’un instrument dans un tube que le chanteur tient en bouche, et ce sont ses lèvres qui le façonnent. Daft Punk disait avoir voulu faire avec « Around the World » comme « un disque de Chic avec une talk box » ; sur « One More Time », la voix du chanteur américain Romanthony est traitée à l’Auto-Tune jusqu’à devenir un instrument. La troisième est l’échantillon de voix : un fragment de chanson soul ou disco, découpé, filtré et répété.
La forme est celle d’un morceau de club. « Music Sounds Better with You » dure 6 minutes 48 dans sa version longue, et 4 minutes 20 dans sa version radio. Le morceau avance par blocs de huit ou seize mesures : un instrument entre, un autre sort, le filtre se ferme pendant un passage sans grosse caisse, le break, puis se rouvre quand la grosse caisse revient. La structure couplet-refrain n’apparaît que dans les titres pensés pour la radio, de Modjo à Kungs.
Exercice d’écoute
Écoutez « Music Sounds Better with You » de Stardust, puis « Around the World » de Daft Punk, puis « One More Time », et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : la boucle de « Music Sounds Better with You » a-t-elle été jouée par le trio ?
- Question 2 : dans « Around the World », combien de fois pensez-vous entendre la phrase du titre ?
- Question 3 : les cuivres de « One More Time » sont-ils joués par une section de cuivres engagée par Daft Punk ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. C’est une boucle tirée de l’introduction de « Fate », un titre de Chaka Khan paru en 1981, échantillonnée sur un E-mu SP-1200 ; Dominic King et Frank Musker, les auteurs de « Fate », figurent d’ailleurs parmi les auteurs crédités du morceau. Ce que vous apprenez : l’idée de départ est souvent le choix de deux secondes dans un disque, et tout le travail consiste ensuite à faire vivre cette boucle.
- Réponse 2 : 144 fois dans la version de l’album, 80 fois dans la version radio. Ce que vous apprenez : la répétition n’est pas un défaut dans ce genre, c’est le principe ; ce qui évite l’ennui, ce sont les instruments qui entrent et sortent autour de la phrase, comme la grosse caisse qui frappe les quatre temps sous la boucle.
- Réponse 3 : non. Les cuivres viennent de « More Spell on You », un titre du chanteur Eddie Johns, échantillonné puis réarrangé par le duo pour en faire le motif principal. Ce que vous apprenez : réarranger un échantillon ne le rend pas libre, et l’histoire de ce sample, racontée dans la partie « Labels, droits et samples », montre ce que coûte une autorisation mal suivie.
French touch, deep house et disco : ce qui les sépare
La French touch emprunte à tous ses voisins, et ses artistes passent d’une étiquette à l’autre au fil des disques ; quelques repères permettent pourtant de s’y retrouver.
French touch et house américaine : quelle différence ?
La house de Chicago et de New York est une musique de DJ et de club, faite pour tenir une piste de danse toute la nuit ; la deep house, sa branche la plus soul, mise sur les accords de piano électrique, les voix gospel et une grosse caisse feutrée. La French touch garde la même grosse caisse et le même tempo, mais elle déplace le centre de gravité vers la boucle échantillonnée et vers sa transformation : le filtre qui s’ouvre, la compression qui pompe, le son volontairement abîmé d’un vieux disque. Elle est aussi plus pop, plus tournée vers le single. Les influences vont dans les deux sens : l’Américain Romanthony a publié chez Roulé, comme Roy Davis Jr., et chante sur « One More Time », et « Teachers », sur Homework, reprend le principe d’un titre de 1995 du producteur de Chicago Parris Mitchell, paru sur le label Dance Mania.
French touch et disco
Le disco est la matière première de la French touch, pas son modèle. Un morceau de disco est une chanson arrangée pour un orchestre, avec une batterie, une basse, des cordes, des cuivres et une chanteuse ; un morceau de French touch prend deux secondes de ce disque et les fait tourner en boucle, sans chanteuse ou presque. La relation est parfois directe : « Lady (Hear Me Tonight) » repose sur une guitare de « Soup for One » de Chic, et ses auteurs, Nile Rodgers et Bernard Edwards, figurent parmi les auteurs crédités du tube de Modjo. Le funk joue le même rôle : les lignes de basse et les guitares en accords coupés de la fin des années 1970 sont parmi les sources les plus pillées du genre. Le retour du balancier a lieu en 2013, quand Daft Punk enregistre Random Access Memories avec Nile Rodgers et Giorgio Moroder, et remplace les samples par des musiciens.
French touch et synthwave : le cas Kavinsky
« Nightcall », publié par Kavinsky le 2 avril 2010 chez Record Makers, coécrit et coproduit avec Guy-Manuel de Homem-Christo et mixé par SebastiAn, est lent, sans grosse caisse sur chaque temps, chanté par Kavinsky et par Lovefoxxx, la chanteuse du groupe brésilien CSS. Il n’a presque rien d’un morceau de French house. Il en vient pourtant tout entier : de ses réseaux, Daft Punk et Ed Banger, de sa culture du personnage masqué, et de son goût pour les synthétiseurs des années 1980. Choisi pour le générique d’ouverture du film Drive de Nicolas Winding Refn en 2011, il est devenu l’un des hymnes de la synthwave, cette musique qui rejoue les bandes originales et les jeux vidéo des années 1980.
French touch et EDM : le cas David Guetta
David Guetta mixait déjà aux soirées French Touch du Palace, dès 1987, et Wikipédia le cite avec Bob Sinclar, Martin Solveig et Joachim Garraud parmi ceux qui ramènent la house française sur la scène internationale au milieu des années 2000. Mais sa musique des années 2010, des chansons pop chantées par des vedettes américaines sur des synthétiseurs saturés, relève de l’EDM, l’electronic dance music des grands festivals. La French touch repose sur une boucle qui se transforme lentement, l’EDM sur une montée de tension suivie d’une explosion, le drop.
Sous-genres et scènes
- Filter houseDe 1995 au début des années 2000La « house filtrée » au sens strict : une boucle de disco sous un filtre qui s’ouvre et se referme, de Roulé à Stardust, Alan Braxe et Fred Falke.Lire la fiche Deep house
- Disco houseDepuis le milieu des années 1990Une house plus chantante, qui assume ses emprunts au disco, de Bob Sinclar et Dimitri from Paris à Modjo et The Supermen Lovers.Lire la fiche Disco
- Jazz houseDepuis 1995Le jazz échantillonné sur une rythmique house de St Germain, dont Boulevard, en 1995, lance selon Wikipédia tout le mouvement French touch.Lire la fiche Jazz
- L’électro d’Ed BangerDe 2003 au début des années 2010Une house saturée, découpée et compressée jusqu’à la distorsion, venue du rock et du hip-hop : Justice, SebastiAn, Mr. Oizo, DJ Mehdi.
- Disco filtré et funk synthétiqueDepuis 2010Le funk des années 1980 rejoué aux synthétiseurs et à la talk box, de Breakbot et Lifelike à Dabeull.Lire la fiche Funk
- Synthwave et outrunDepuis la fin des années 2000Les synthétiseurs et les images des années 1980, autour de Kavinsky, College et de la bande originale de Drive.Lire la fiche Synthwave
- House de grande diffusionDepuis le milieu des années 2000La house française devenue musique de radio et de festival, de David Guetta à Martin Solveig et Laurent Wolf.Lire la fiche EDM
- Nouvelle French touchDepuis le milieu des années 2010Une génération qui reprend la boucle, le filtre et le goût de l’image : Kungs, The Blaze, Polo & Pan, Fakear, Myd, L’Impératrice.
La démarche artistique
La French touch est d’abord une musique faite à la maison. Le titre d’Homework, « devoirs à la maison », le dit : Daft Punk l’a enregistré « à la maison, très peu cher, très vite et spontanément », selon Thomas Bangalter. Le duo a financé lui-même son disque pour en garder le contrôle, « pour être libres, il fallait garder le contrôle », et c’est son label, Daft Trax, qui détient les bandes, Virgin n’ayant que la distribution exclusive. Pour un musicien en home studio, la leçon est double : un disque majeur peut sortir d’une chambre, et ce qu’on signe compte autant que ce qu’on enregistre.
C’est ensuite une musique de collectionneur. Tout part de l’écoute : fouiller les bacs de disques, trouver deux secondes qui feront un morceau. Justice a construit † à partir d’échantillons tirés de quelque 400 albums ; Xavier de Rosnay explique que le duo prend « de tout petits morceaux de choses que personne ne peut reconnaître ». Étienne de Crécy, pour « Le Patron est devenu fou ! », sur Super Discount, pose un échantillon de « Runnin’ Out of Fools » d’Isaac Hayes, écrit en 6/8, sur une rythmique house à quatre temps : le décalage devient le morceau.
C’est aussi une musique d’image et d’anonymat. Les producteurs se cachent : Daft Punk derrière ses casques, Stardust derrière les masques métalliques du clip de Michel Gondry, Kavinsky derrière un personnage de pilote mort au volant de sa Ferrari Testarossa en 1986 et revenu en zombie vingt ans plus tard. Étienne de Crécy multiplie les pseudonymes sur Super Discount pour « faire croire que nous sommes une armée ». Les clips de Michel Gondry et le graphisme du studio H5 ou de So Me, directeur artistique d’Ed Banger, ont fait autant que les disques pour exporter l’étiquette.
Sur scène, la French touch pose un problème particulier : c’est une musique conçue en studio, faite de boucles, de filtres et de compressions, que peu d’artistes peuvent reproduire à la main. Stardust ne l’a jamais vraiment tenté : le trio ne s’est produit qu’une fois. La dernière tournée de Daft Punk date de 2007. Une alternative consiste à jouer les parties en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse dans le grave et le piano électrique dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, affectez un bouton rotatif de votre clavier maître à la fréquence de coupure d’un AutoFilter placé sur la boucle : le geste signature de la French touch se joue alors à la main, en direct. Les parties impossibles à jouer, une boucle échantillonnée ou une voix au vocodeur préparée à l’avance, peuvent tourner à côté avec le plug-in Playback. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
La French touch aujourd’hui
En 2026, la French touch est à la fois un patrimoine et une scène vivante. Le patrimoine se célèbre : Homework a reçu le 22 février 2022 une édition du 25e anniversaire, suivie d’un album de remix ; « Music Sounds Better with You », longtemps absent des plateformes, y est arrivé pour ses vingt ans dans une version remastérisée ; Super Discount fête ses trente ans cette année. Le genre a aussi ses deuils. Philippe Zdar, de Cassius et de Motorbass, qui avait enregistré plusieurs albums de Phoenix, est mort à Paris le 19 juin 2019. Daft Punk s’est séparé le 22 février 2021. Et le 28 juillet 2026, Kavinsky a été retrouvé mort à son domicile parisien, à 50 ans ; le parquet de Paris a ouvert une enquête pour établir les causes du décès. Le 11 août 2024, il avait joué « Nightcall » avec Angèle et Phoenix à la clôture des Jeux olympiques de Paris.
Les pionniers, eux, continuent. Justice a publié Hyperdrama le 26 avril 2024, et « Neverender », avec Tame Impala, a reçu le Grammy du meilleur enregistrement électronique et dance en 2025. Ed Banger a fêté son centième disque en 2017 et révélé Myd et Vladimir Cauchemar.
La nouvelle génération ne se contente pas de copier. The Blaze, le duo des cousins Guillaume et Jonathan Alric, a fait du clip un art à part entière : celui de « Territory », réalisé par eux-mêmes en 2017, a reçu le Grand Prix Film Craft des Cannes Lions. Polo & Pan, formé en 2012 au bar parisien Le Baron, a publié Caravelle en 2017 et atteint la dixième place en France avec Cyclorama en 2021, porté par « Ani Kuni ». Myd, ancien membre de Club Cheval, a publié Born a Loser le 30 avril 2021 chez Ed Banger et Because.
Faire de la French touch en 2026 sans refaire 1998
- Échantillonnez d’abord vos propres enregistrements, une guitare, un piano électrique, une voix, plutôt qu’un disque célèbre : vous gardez le grain sans le problème des droits.
- Écrivez une vraie mélodie ou une vraie phrase chantée : c’est elle qui distingue « Music Sounds Better with You » des milliers de boucles filtrées de 1998.
- Faites du filtre un geste d’écriture, pas un effet automatique : décidez où il s’ouvre, combien de temps il reste fermé, et ce qu’il révèle.
- Pensez à l’image dès le départ, comme The Blaze ou Kavinsky : un personnage, un clip, une pochette.
- Si vous utilisez un échantillon d’un disque existant, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et samples » explique comment.
Douze artistes pour commencer
Laurent GarnierRex Club, né en 1966
Daft PunkHomework, 1997
Étienne de CrécySuper Discount, 1996
Cassius1999, Virgin
Alan BraxeStardust, Roulé
Bob SinclarYellow Productions
ModjoLady, 2000
JusticeEd Banger, 2007
KavinskyNightcall, 1975-2026
BreakbotEd Banger, By Your Side
KungsThis Girl, 2016
Polo & PanCaravelle, 2017
Faire de la French touch dans Logic Pro
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région, éditer des notes dans l’éditeur clavier et dessiner une automation dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les instruments et les effets fournis avec Logic Pro : aucun achat n’est nécessaire.
Prenez les étapes dans l’ordre : on part ici de la boucle, parce que dans ce genre tout le morceau naît de quelques secondes de musique. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « Le filtre, le geste signature » : une boucle bien choisie, une grosse caisse et un filtre automatisé sur seize mesures font déjà un morceau de French touch, et c’est en les écoutant longtemps qu’on apprend le genre.
Le tempo et la grille
- Réglez le tempo du projet sur 124 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; montez vers 128 pour une énergie plus club, descendez vers 118 pour une boucle plus disco.
- Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
- Pour la batterie, quantifiez en doubles-croches et laissez le Q-Swing à 50 %, le jeu droit ; essayez 54 % sur une région qui ne contient que le charleston fermé, en sachant que Q-Swing ne déplace que les doubles-croches de rang pair. La fiche quantification détaille ces réglages.
La boucle échantillonnée
- Fabriquez votre propre « vieux disque » plutôt que d’en échantillonner un : chargez Vintage Electric Piano sur une piste, Studio Bass ou Retro Synth sur une autre, et jouez la grille « La boucle dorienne », Am7 puis D9, sur deux mesures.
- Faites un bounce de ces deux mesures en un seul fichier audio, puis glissez-le sur une nouvelle piste Quick Sampler.
- Choisissez le mode Slice : Quick Sampler découpe la boucle en tranches jouables au clavier, comme le faisait un échantillonneur des années 1990. La fiche Quick Sampler en décrit les modes.
- Pour vieillir le son, insérez un Bitcrusher réglé avec modération, puis un Channel EQ qui coupe sous 80 Hz et au-dessus de 12 kHz.
- Si la boucle a été enregistrée à un autre tempo, adaptez-la avec Flex Time plutôt que de changer le tempo du projet.
La batterie
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit de boîte à rythmes électronique, au son proche d’une TR-909.
- Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 5, 9 et 13, le clap aux pas 5 et 13, le charleston ouvert aux pas 3, 7, 11 et 15, et le charleston fermé sur les pas pairs.
- En mode Velocity/Value, donnez au charleston fermé une vélocité faible, autour de 40, et au charleston ouvert une vélocité moyenne, autour de 75, comme dans le lecteur.
- Pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la quatrième mesure seulement, un clap au pas 8 et une caisse claire très légère au pas 16.
- Coupez la grosse caisse pendant huit mesures au milieu du morceau : ce break prépare la réouverture du filtre.
Le filtre, le geste signature
- Insérez un AutoFilter sur la piste de la boucle et cliquez sur le bouton 24 dB de la section 4-Pole Lowpass : c’est un filtre passe-bas à quatre pôles, le même principe que le Waldorf MiniWorks 4-pole de la liste d’Homework.
- Ramenez à zéro les réglages LFO et Envelope de la section filtre, pour que la coupure ne bouge que lorsque vous le décidez.
- Montez légèrement Resonance, vers 30 à 40 % : une petite bosse autour de la fréquence de coupure rend le balayage audible.
- Ouvrez l’automation de la piste, choisissez le paramètre Cutoff et dessinez une rampe lente sur seize mesures, du filtre presque fermé au filtre grand ouvert.
- Refermez le filtre pendant le break, puis rouvrez-le d’un coup au retour de la grosse caisse.
- Pour un balayage plus doux, automatisez plutôt la fréquence de la bande High Cut d’un Channel EQ.
- Placez un Compressor après le filtre : quand le filtre se referme, le volume chute, et le compresseur limite cette perte mieux que le fader.
- Pour la couleur « phaser » que Wikipédia associe au genre, insérez un Phaser après le filtre, synchronisez son LFO au tempo et gardez un mélange discret.
La compression qui pompe
- Envoyez la boucle, la basse et les nappes vers un même bus, puis insérez un Compressor sur ce bus.
- Dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, choisissez la piste de grosse caisse : le compresseur réagit désormais à chaque coup de grosse caisse. La fiche sidechain explique le principe.
- Réglez une attaque rapide, quelques millisecondes, et un rapport élevé, de 4:1 à 8:1.
- Réglez le relâchement à l’oreille, pour que le son remonte juste avant le temps suivant : à 124 BPM, une noire dure un peu moins d’une demi-seconde.
- Baissez le seuil jusqu’à entendre le morceau respirer, puis remontez-le un peu : le pompage doit se sentir, pas se remarquer.
- Pour pomper même sans grosse caisse audible, créez une piste de grosse caisse dédiée, réglez sa sortie sur No Output et choisissez-la comme source du side chain.
La voix au vocodeur
- Enregistrez votre voix sur une piste audio, en articulant bien, une phrase courte qui pourra se répéter.
- Créez une piste d’instrument logiciel et chargez EVOC 20 PolySynth, le vocodeur polyphonique de Logic Pro.
- Dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, choisissez la piste de voix : c’est elle qui donnera au synthétiseur ses voyelles et ses consonnes.
- Jouez les accords de la grille au clavier pendant que la voix défile : le synthétiseur « parle » sur vos accords.
- Logic Pro ne contient pas de talk box, qui exige un appareil réel ; le vocodeur et une voix passée dans un AutoFilter résonant s’en approchent.
- Pour une voix corrigée jusqu’à l’effet, comme celle de Romanthony sur « One More Time », insérez Pitch Correction et réglez une réponse très rapide : la fiche Auto-Tune explique ce détournement.
Le mixage et le master
- Gardez la grosse caisse et la basse au centre, et coupez avec un Channel EQ le grave de la boucle sous 100 à 150 Hz.
- Donnez de l’espace avec un seul ChromaVerb court, de type pièce, en auxiliaire : la French touch est une musique sèche et proche.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : un morceau destiné aux DJ est souvent mastérisé bien plus fort que les moins 14 LUFS intégrés que visent les plateformes, mais trop de limitation tue le pompage.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers n’avaient ni Quick Sampler ni automation dessinée à la souris : Daft Punk enregistrait ses machines sur une cassette DAT, puis rechargeait le résultat dans un échantillonneur Roland S-760 pour le découper.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur de French touch part presque toujours d’une écoute : il passe des heures à fouiller des disques, des enregistrements ou ses propres improvisations jusqu’à trouver deux secondes qui le font bouger. Stardust a trouvé sa boucle dans un disque de Chaka Khan, et Justice a pioché dans quelque 400 albums pour †. Le reste vient ensuite, souvent très vite.
La deuxième habitude est de jouer le filtre plutôt que de le programmer : affectez la fréquence de coupure d’AutoFilter à un bouton rotatif de votre clavier maître, passez l’automation de la piste en mode Latch, et enregistrez plusieurs passages en jouant. Les petites irrégularités de la main valent mieux qu’une rampe parfaite.
La troisième habitude est de finir vite : Stardust a mis six jours à arranger son morceau, et Étienne de Crécy a assemblé Super Discount dans l’urgence de maxis à livrer. Enfin, un point d’époque : les outils de Logic Pro cités ici n’existaient pas en 1997, et la simplicité des premiers disques était aussi une contrainte. Limitez-vous à une boucle, une batterie, une basse et un filtre.
Les cinq erreurs du débutant
- Faire bouger le filtre en permanence : sans moments où il reste fermé ou grand ouvert, le balayage perd tout effet.
- Pomper tout le mixage à fond : la compression doit faire respirer la boucle, pas l’étouffer à chaque temps.
- Garder la boucle telle quelle pendant sept minutes : sans instruments qui entrent et sortent, la répétition devient de l’ennui.
- Laisser le grave de la boucle se battre avec la basse et la grosse caisse : un filtre coupe-bas sur la boucle règle souvent tout le mixage.
- Publier un morceau bâti sur l’extrait d’un disque célèbre sans autorisation : les grands succès du genre ont tous dû régler la question, comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Poser une boucle, une grosse caisse et un filtre automatisé pour une première esquisse de French touch s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons French touch ?
Dans Logic Pro
- Quick Sampler, en mode Slice, pour découper et rejouer vos boucles, et Drum Machine Designer pour les kits de boîte à rythmes.
- AutoFilter, avec sa section 4-Pole Lowpass, Channel EQ et Phaser, pour le filtrage et ses variations.
- Compressor et son menu Side Chain, pour le pompage.
- EVOC 20 PolySynth, le vocodeur, pour les voix de machine.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, dont beaucoup de boucles house et disco, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Sample Magic : banques thématiques soignées, dont des boucles house et disco.
- Tracklib : un catalogue d’enregistrements originaux dont les droits d’échantillonnage peuvent être obtenus contre rémunération, à lire titre par titre.
Instruments virtuels
- Arturia : émulations de synthétiseurs et de pianos électriques anciens, utiles pour fabriquer des boucles au grain d’époque.
- Roland : les versions logicielles officielles de ses boîtes à rythmes et synthétiseurs.
Filtres et caractère
- Soundtoys : des effets de filtre, de saturation et d’écho à forte personnalité.
- ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 et les versions suivantes sur les Mac à puce Apple, pour une saturation qui donne du grain à une boucle trop propre. La fiche ChromaGlow le présente.
Pour choisir votre matériel d’écoute et vos périphériques avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique de la French touch
- French touch« Touche française » : house filtrée née à Paris au milieu des années 1990, et par extension toute la musique électronique française qui s’exporte.
- Filter house« House filtrée » : autre nom du genre, qui insiste sur le geste du filtre automatisé.
- Filtre passe-basEffet qui laisse passer les graves et atténue les aigus au-dessus d’une fréquence donnée ; fermé, il rend le son sourd, ouvert, il le rend brillant.
- Fréquence de coupureFréquence à partir de laquelle le filtre agit ; c’est elle qu’on automatise pour ouvrir ou fermer le son.
- RésonanceAccentuation des fréquences proches de la coupure, qui rend le balayage du filtre audible et donne son « miaulement » à la house filtrée.
- Four on the floor« Quatre au plancher » : grosse caisse frappée sur chacun des quatre temps de la mesure, la base de la house et du disco.
- SampleÉchantillon : fragment d’un enregistrement existant réutilisé dans un nouveau morceau, le plus souvent en boucle.
- PompageEffet de respiration obtenu avec un compresseur déclenché par la grosse caisse : le volume baisse à chaque coup puis remonte.
- VocodeurAppareil ou logiciel qui impose le contour d’une voix à un synthétiseur : la machine semble parler sur les accords qu’on joue.
- Talk boxDispositif qui envoie le son d’un instrument dans un tube placé dans la bouche du musicien, dont les lèvres façonnent les voyelles.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « Around the World »Daft Punk, 1997 | 121 BPM | Daft Punk | Une phrase répétée 144 fois, une basse jouée au synthétiseur et une voix de machine : le duo voulait faire « un disque de Chic avec une talk box ». |
| « Music Sounds Better with You »Stardust, 1998 | Club, modéré | Thomas Bangalter, Alan Braxe, Benjamin Diamond | Une boucle de Chaka Khan sur SP-1200, un filtre qui s’ouvre et une voix compressée par un Alesis 3630 : le manuel de la house filtrée en un morceau. |
| « Lady (Hear Me Tonight) »Modjo, 2000 | 128 BPM | Romain Tranchart, Yann Destagnol | Une guitare échantillonnée de « Soup for One » de Chic et une mélodie chantée : numéro un au Royaume-Uni, avec Nile Rodgers et Bernard Edwards crédités comme auteurs. |
| « One More Time »Daft Punk, 2000 | Club, modéré | Daft Punk | Des cuivres échantillonnés et réarrangés, une voix traitée à l’Auto-Tune et un long passage filtré au milieu : numéro un en France. |
| « D.A.N.C.E. »Justice, 2007 | Dansant | Justice | Un chœur de jeunes musiciens londoniens, des clins d’œil à Michael Jackson et un refrain qui reprend la fin d’un titre de Britney Spears : la deuxième vague garde la mélodie et durcit le son. |
| « This Girl »Kungs et Cookin’ on 3 Burners, 2016 | Dansant, posé | Kungs (remix) | Une chanson soul de 2009 remixée en house légère par un jeune producteur français : numéro un en France et en Allemagne, diamant en France. |
Les tempos de « Around the World » (121,3 BPM) et de « Lady (Hear Me Tonight) » (128 BPM) viennent de Wikipédia ; pour les quatre autres, aucune mesure publiée et fiable n’a été trouvée : les indications sont des repères d’écoute, à vérifier vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et samples
La French touch s’est construite sur de petits labels nés dans des appartements. En 1994, Bob Sinclar et DJ Yellow fondent Yellow Productions, et Étienne de Crécy, Alex Gopher et Pierre-Michel Levallois Disques Solid ; en 1995, Thomas Bangalter lance Roulé, qu’il liquidera en décembre 2018, et Guy-Manuel de Homem-Christo aura lui aussi le sien, Crydamoure. Puis les majors arrivent : Virgin signe Daft Punk, Cassius et Air, et reprend « Music Sounds Better with You » après son succès sur Roulé. Le cas de Daft Punk est instructif : le duo détient ses enregistrements par son propre label, Daft Trax, et Virgin n’a que le droit exclusif de les distribuer. La deuxième vague passe par Ed Banger, fondé en 2003 par Pedro Winter et associé à Because Music, et par Record Makers, le label de Kavinsky.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité, et retenez l’exemple de Daft Trax, où ce sont les artistes qui gardent la bande.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images dans une publicité, un film, une série ou un jeu vidéo, est un débouché important pour la French touch : « Nightcall » doit une grande partie de sa célébrité au générique de Drive. Elle exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem.
Samples, voix et interpolations : ce que dit le droit
- Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite, en la réinterprétant, ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Les auteurs de l’œuvre échantillonnée sont souvent crédités comme coauteurs du nouveau morceau. Dominic King et Frank Musker, qui ont écrit « Fate » pour Chaka Khan, figurent parmi les auteurs de « Music Sounds Better with You » ; Nile Rodgers et Bernard Edwards, auteurs de « Soup for One », sont crédités sur « Lady (Hear Me Tonight) » à cause de la guitare échantillonnée.
- Payer ne suffit pas, il faut payer la bonne personne et suivre le contrat. Pour « One More Time », Daft Punk a versé des redevances à GM Musipro, l’éditeur et label français propriétaire de « More Spell on You », chargé par contrat de reverser sa part à Eddie Johns. Le fondateur de GM Musipro dit n’avoir jamais pu le retrouver, et une enquête du Los Angeles Times a révélé en 2021 que le musicien, qui n’a reçu aucun crédit d’auteur, n’avait jamais été payé.
- Une voix est protégée, même quand elle ne chante pas. Vers 1998, Bob Sinclar et Thomas Bangalter produisent « Gym Tonic », bâti sur la voix de Jane Fonda tirée d’une cassette de gymnastique ; l’actrice refuse une sortie officielle, et c’est une version réenregistrée par le groupe Spacedust, « Gym and Tonic », qui devient numéro un au Royaume-Uni en octobre 1998.
- Aucune durée n’est libre. La règle des « deux secondes » ou des « quatre mesures » n’existe dans aucun texte, et l’exception de courte citation du Code de la propriété intellectuelle ne couvre pas, en pratique, l’échantillonnage musical.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, portant sur un extrait de deux secondes d’un titre de Kraftwerk, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : filtrer, ralentir ou découper une boucle ne suffit pas tant qu’on la reconnaît. Le filtre, geste signature du genre, ne rend donc pas un sample libre.
- Justice disait prendre « de tout petits morceaux de choses que personne ne peut reconnaître » pour †, construit à partir de quelque 400 albums. Plusieurs échantillons y sont pourtant crédités, comme le thème du film Tenebre, signé Simonetti, Morante et Pignatelli, sur « Phantom », et Wikipédia en signale au moins un qui ne l’est pas, « Sunny » de Boney M. sur « Phantom Pt. II ».
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer soi-même une mélodie, une ligne de basse ou un riff de guitare protégés au lieu de les échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- La procédure s’appelle la clearance : on écrit au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, en indiquant la durée de l’extrait et l’usage prévu, et la contrepartie prend la forme d’un forfait, d’un pourcentage sur les recettes, ou des deux. Comptez des semaines, parfois des mois, et prévoyez une version sans le sample si la réponse tarde.
- « Non commercial » ne change rien : mettre gratuitement en ligne un morceau contenant un sample non autorisé reste une contrefaçon, punie en France par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Le style lui-même n’est pas protégé : personne ne possède un filtre passe-bas, une grosse caisse sur chaque temps ou un vocodeur. Ce qui est protégé, c’est une mélodie, un texte ou un enregistrement précis.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip compte autant que le morceau, de Michel Gondry à The Blaze, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter la french touch
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- French touch, la découverte30 titres · 2 h 36
De Cerrone (1977) à Myd (2020) : le disco qui l’a nourrie, la house filtrée de Paris, la vague Ed Banger et ses héritiers.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes de la French touch
Les racines : disco, funk et house américaine
- Cerrone
- Sheila & B. Devotion
- Daniel Vangarde
- Giorgio Moroder
- Chic
- Chaka Khan
- George Duke
- Frankie Knuckles
- Larry Levan
- Marshall Jefferson
- Larry Heard
- Todd Terry
- Masters at Work
- DJ Sneak
- Armand Van Helden
- Romanthony
Paris avant l’explosion, de 1987 à 1996
- Laurent Garnier
- Erik Rug
- DJ Deep
- David Guetta
- St Germain
- Dimitri from Paris
- Shazz
- DJ Cam
- Kid Loco
- La Funk Mob
- Motorbass
- Pépé Bradock
- Le Tone
- Château Flight
L’âge d’or, de 1996 à 2002
- Daft Punk
- Thomas Bangalter
- Étienne de Crécy
- Alex Gopher
- Cassius
- Air
- Stardust
- Alan Braxe
- Benjamin Diamond
- Fred Falke
- DJ Falcon
- Le Knight Club
- Bob Sinclar
- Modjo
- Superfunk
- The Supermen Lovers
- Demon
- Mr. Oizo
- I:Cube
- Phoenix
- Joakim
- Martin Solveig
- DJ Gregory
- Roy Davis Jr.
Ed Banger et la deuxième vague, de 2003 à 2013
- Justice
- Busy P
- SebastiAn
- Uffie
- Breakbot
- DJ Mehdi
- Mr. Flash
- Feadz
- Krazy Baldhead
- Kavinsky
- Yuksek
- Danger
- Lifelike
- College
- Surkin
- Para One
- Brodinski
- Gesaffelstein
- Sébastien Tellier
- M83
- Laurent Wolf
- Joachim Garraud
La nouvelle French touch, depuis 2013
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la French touch ?
C’est la version française de la house, née à Paris au milieu des années 1990 et devenue un succès mondial avec Homework de Daft Punk en 1997. Elle se reconnaît à une boucle de disco ou de funk échantillonnée, à un filtre passe-bas qu’on ouvre et qu’on referme lentement, à une compression qui fait pomper le morceau au rythme de la grosse caisse, et à des voix passées au vocodeur ou à la talk box, autour de 120 à 128 BPM.
D’où vient l’expression « French touch » ?
L’expression apparaît à Paris en 1987, dans les soirées « French Touch » que Jean-Claude Lagrèze organise au Palace. En 1991, Éric Morand fait imprimer « We Give a French Touch to House » sur des blousons. Elle est popularisée en 1996 par le journaliste anglais Martin James, dans le magazine Melody Maker, à propos de Super Discount d’Étienne de Crécy, puis reprise par toute la presse britannique et par MTV.
Quels sont les artistes de la French touch ?
Les pionniers sont Laurent Garnier, St Germain, Daft Punk, Thomas Bangalter, Étienne de Crécy, Cassius, Alex Gopher, Air, Stardust, Alan Braxe, Bob Sinclar, Dimitri from Paris et Modjo. La deuxième vague, autour du label Ed Banger, compte Justice, Busy P, SebastiAn, Uffie, DJ Mehdi, Breakbot et, à côté, Kavinsky. Parmi les héritiers figurent Kungs, The Blaze, Polo & Pan, Fakear et Myd. La liste complète des 100 artistes de cette fiche est classée par époque.
Quelle est la différence entre la French touch et la house ?
La French touch est une forme de house : même tempo, même grosse caisse sur chaque temps. Elle s’en distingue par la place donnée à la boucle échantillonnée de disco ou de funk, par le filtre automatisé qui la transforme, par la compression qui pompe, et par un goût plus pop pour la mélodie et le single. La house de Chicago et de New York, plus brute ou plus soul, est sa source directe.
Comment faire de la French touch dans Logic Pro ?
Réglez le tempo sur 124 BPM, enregistrez deux mesures de piano électrique et de basse sur une grille comme Am7 puis D9, et chargez-les dans Quick Sampler. Programmez une grosse caisse sur chaque temps dans Drum Machine Designer, puis insérez un AutoFilter en passe-bas 24 dB sur la boucle et automatisez sa fréquence de coupure sur seize mesures. Ajoutez un Compressor en side chain sur la grosse caisse pour le pompage, et EVOC 20 PolySynth pour une voix de machine. La partie « Faire de la French touch dans Logic Pro » détaille chaque réglage.
Sources
- « French touch (musique) », Wikipédia en français, et « French house », Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux albums, titres, labels et artistes cités, notamment « Homework (Daft Punk album) », « Around the World (Daft Punk song) », « One More Time (Daft Punk song) », « Music Sounds Better with You », « Roulé », « Thomas Bangalter », « Super Discount », « Lady (Hear Me Tonight) », « Spacedust », « Laurent Garnier », « Pedro Winter », « Ed Banger Records discography », « Cross (Justice album) », « Kavinsky » et « Nightcall (song) », consultés en octobre 2026.
- MusicTech, « Daft Punk’s gear list for their 1997 album Homework has surfaced online », 25 février 2021 ; Billboard, repris par Stereogum, sur le 20e anniversaire de « Music Sounds Better with You », 14 juin 2018 ; DJ Mag, entretien vidéo avec Alan Braxe, 10 août 2023 ; Line Noise, « Le patron est devenu fou : Super Discount at 30 ».
- RTBF, « Le DJ français Kavinsky retrouvé mort à son domicile parisien, une enquête ouverte », 29 juillet 2026 ; Google Arts & Culture, « French Touch ».
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; articles L122-5 et L335-4 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works », et Logic Pro : Guide de l’utilisateur (AutoFilter, Phaser, EVOC 20 PolySynth), consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
