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Blues
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Le blues est un style vocal et instrumental né dans les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis : les musicologues situent ses racines entre les années 1860 et 1890, et sa forme reconnaissable, celle des douze mesures, entre 1890 et 1910, avec pour foyers le delta du Mississippi, le Texas et le Piedmont des Carolines et de Géorgie. Il tient sur trois piliers : une grille de douze mesures bâtie sur trois accords de septième, des blue notes qui abaissent la tierce, la quinte et la septième, et un phrasé en question-réponse hérité des chants de travail. Les tempos se répartissent en trois familles, du blues lent entre 50 et 80 BPM au shuffle médium entre 90 et 130 BPM, puis au boogie entre 130 et 170 BPM. De Charley Patton et Bessie Smith à Muddy Waters, B.B. King et Christone « Kingfish » Ingram, c’est la matrice dont sortiront le rhythm and blues, le rock’n’roll, le rock et une grande partie de la pop.
- PériodeRacines entre 1860 et 1890, forme fixée entre 1890 et 1910
- FoyerDelta du Mississippi, Texas, Piedmont, puis Chicago
- Tempo50 à 80 BPM (lent), 90 à 130 (shuffle), 130 à 170 (boogie)
- Rythme4/4 joué en ternaire, caisse claire sur 2 et 4
- InstrumentsVoix, guitare, harmonica, piano, basse, batterie
Le blues en bref
- Origine : les communautés afro-américaines du Sud des États-Unis, à partir des chants de travail, des field hollers, des ballades et des chants religieux ; une période et un foyer, pas une date.
- Son : trois accords de septième qui ne résolvent rien, une tierce flottante entre majeur et mineur, une voix qui pose une question et un instrument qui répond.
- Trois albums : King of the Delta Blues Singers de Robert Johnson, Live at the Regal de B.B. King, Born Under a Bad Sign d’Albert King.
- En home studio : le ternaire se règle au Q-Swing dans Logic Pro, la guitare passe par Amp Designer poussé juste au point de rupture, et l’harmonica reste le maillon faible de la bibliothèque native.
- Instrument clé : l’harmonica diatonique joué en deuxième position (cross harp), soufflé dans un micro tenu au creux de la main : c’est lui qui donne au blues de Chicago sa voix saturée.
Trois albums cultes pour entrer dans le blues
- King of the Delta Blues SingersRobert Johnson, 1961
Seize faces gravées en 1936 et 1937, réunies par Columbia en 1961, plus de vingt ans après la mort du guitariste : une voix, une guitare, et une pulsation qui respire au lieu de battre droit. Écoutez « Cross Road Blues » pour le jeu au goulot de bouteille et « Hellhound on My Trail » pour les couplets qui refusent de tenir douze mesures.
Écouter sur Apple Music - Live at the RegalB.B. King, 1965
Trente-quatre minutes captées au Regal Theater de Chicago le 21 novembre 1964, avec une section de cuivres et une salle qui répond à chaque phrase. « Every Day I Have the Blues » ouvre sur un shuffle rapide ; « Sweet Little Angel » est le manuel du blues lent en question-réponse.
Écouter sur Apple Music - Born Under a Bad SignAlbert King, 1967
Onze titres enregistrés au studio Stax de Memphis entre mars 1966 et juin 1967, avec Booker T. & the M.G.’s et les Memphis Horns : le blues rencontre la soul, sans rien perdre de sa grille. « Crosscut Saw » pour le groove, « Personal Manager » pour l’un des rares solos développés du disque.
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Qu’est-ce que le blues ?
Avant le blues, il y a un répertoire. Les work songs (chants de travail scandés en groupe), les field hollers (appels lancés d’un champ à l’autre, à voix nue, sans pulsation régulière), les ballades narratives, les spirituals et les chants d’église afro-américains fournissent tout ce qui fera le genre : la voix qui glisse entre les notes, la structure d’appel et de réponse, la liberté rythmique. Le sociologue Howard W. Odum en collecte les premiers témoignages écrits au Mississippi et en Géorgie entre 1905 et 1908. Ce qui manque encore, c’est une forme fixe.
Le blues n’a donc pas d’acte de naissance. Il se forme dans le Sud, et l’on peut lui donner une période, entre les années 1860 et 1890 pour la sédimentation de ses matériaux, entre 1890 et 1910 pour la forme reconnaissable de douze mesures, avec trois foyers principaux : le delta du Mississippi, le Texas et le Piedmont des Carolines et de Géorgie. Aucun de ces trois n’est « le » berceau : ils produisent des dialectes différents, que les disques feront ensuite dialoguer.
Le mot, lui, est plus ancien que la musique. Il vient de l’expression anglaise blue devils, les diables bleus, qui désigne la mélancolie ; on la trouve déjà en 1798 dans une farce de George Colman intitulée Blue Devils. Le mot ne devient un nom de genre qu’avec l’édition de partitions : en mars 1912, le violoniste Hart Wand fait paraître une partition intitulée Dallas Blues, et en septembre de la même année W. C. Handy édite à son compte « The Memphis Blues ». On présente souvent ce dernier comme le premier blues publié : la formule est trop tranchée. D’autres partitions circulent la même année, et la pièce de Handy alterne plusieurs sections dont une seule suit le schéma de douze mesures, l’autre s’étendant sur seize. Handy a transcrit et diffusé une musique qu’il avait entendue autour de lui, sa mélodie s’inspirant d’un orchestre à cordes écouté vers 1903 à Cleveland, dans le Mississippi ; son surnom de « père du blues » relève de la popularisation, pas de l’invention.
Le disque prend ensuite le relais. Le 10 août 1920, Mamie Smith enregistre « Crazy Blues » pour OKeh : souvent considéré comme le premier blues gravé par une chanteuse afro-américaine, le disque s’écoule à 75 000 exemplaires en deux mois et ouvre le marché des race records, ces catalogues que les maisons de disques destinent explicitement au public noir. Trois ans plus tard, Bessie Smith vend 780 000 exemplaires de « Down Hearted Blues », signé Alberta Hunter et Lovie Austin, en six mois pour Columbia. Les labels envoient alors des équipes dans le Sud : Paramount enregistre Blind Lemon Jefferson à partir de 1926 et Charley Patton en 1929, et Robert Johnson grave ses faces à San Antonio en novembre 1936, chambre 414 du Gunter Hotel, puis à Dallas en juin 1937.
La Grande Migration déplace le centre de gravité vers le Nord. Muddy Waters arrive à Chicago en 1943 ; le blues s’y électrifie, se met en groupe et se joue assez fort pour couvrir le bruit des clubs du South Side et du West Side. Il enregistre « I Can’t Be Satisfied » en 1948, puis « Rollin’ Stone » en février 1950 pour Chess ; Howlin’ Wolf grave « Smokestack Lightning » en janvier 1956. Le blues ne meurt pas ensuite : il se transforme. Le rhythm and blues des années 1940, le rock’n’roll des années 1950 et le blues rock britannique des années 1960 en sortent tous, et le genre continue d’exister en parallèle, comme répertoire vivant plutôt que comme mode.
Le blues en sept dates
- 1912Le blues entre dans les partitionsHart Wand fait paraître la partition de Dallas Blues en mars, W. C. Handy celle de The Memphis Blues en septembre : le mot devient un nom de genre.
- 1920Mamie Smith ouvre le marché« Crazy Blues », enregistré le 10 août pour OKeh, s’écoule à 75 000 exemplaires en deux mois et crée le catalogue des race records.
- 1936Robert Johnson à San AntonioLes sessions de novembre, chambre 414 du Gunter Hotel, fixent le blues du Delta sur disque ; « Cross Road Blues » est gravé le 27.
- 1948Detroit et Chicago passent à l’électriqueJohn Lee Hooker enregistre « Boogie Chillen’ » en septembre à Detroit, numéro un des race records en février 1949 ; Muddy Waters grave « I Can’t Be Satisfied ».
- 1952L’harmonica devient un instrument solisteLittle Walter enregistre « Juke » le 12 mai ; le morceau reste huit semaines numéro un du classement rhythm and blues.
- 1962L’Europe découvre le blues sur scèneLe premier American Folk Blues Festival, monté par Horst Lippmann et Fritz Rau, emmène T-Bone Walker, John Lee Hooker, Memphis Slim, Willie Dixon, Sonny Terry et Brownie McGhee en Allemagne, en France et en Angleterre ; à Manchester, à l’automne, Mick Jagger, Keith Richards, Brian Jones et Jimmy Page sont dans la salle.
- 1969Le blues entre dans les hit-parades popB.B. King enregistre « The Thrill Is Gone » en juin ; le single, sorti en décembre, atteint la quinzième place du Billboard Hot 100 et vaut à son interprète un Grammy en 1970.
Le morceau pour comprendre
« Sweet Little Angel », capté au Regal Theater le 21 novembre 1964, contient à peu près tout ce qu’il faut savoir. Les vingt à trente premières secondes sont une introduction à la guitare seule : une phrase courte, très peu de notes, un vibrato produit par la main gauche qui tire la corde latéralement. Passé cette introduction, autour d’une demi-minute, la voix entre et le mécanisme se met en place : B.B. King chante une phrase, s’arrête, et la guitare répond dans le silence laissé par le chant. Il ne joue jamais en même temps qu’il chante, et cette discipline est le cœur du morceau. Comptez ensuite les mesures : chaque cycle en fait douze, et l’accord monte au cinquième degré à la neuvième ; c’est le point de tension du cycle, et la salle y réagit. Dans la dernière minute, le solo prend la place du chant et garde exactement la même logique de question-réponse, cette fois entre la guitare et les cuivres. Écoutez enfin la batterie : elle joue en ternaire, sans jamais accélérer, et la caisse claire tombe un cheveu après le temps.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le blues se note en 4/4 mais se joue le plus souvent en ternaire : chaque temps se divise en trois au lieu de deux, et c’est ce déséquilibre qui produit le balancement du shuffle (littéralement le traînement du pied). Les partitions de blues lent adoptent souvent une notation en 12/8, c’est-à-dire quatre temps de trois croches chacun, plus fidèle à ce qu’on entend. Les tempos forment trois familles : blues lent entre 50 et 80 BPM, shuffle médium entre 90 et 130 BPM, boogie et blues rock entre 130 et 170 BPM.
- La caisse claire marque les temps 2 et 4 : le backbeat, installé par le rhythm and blues des années 1940.
- La ride ou le charleston jouent la première et la troisième croche de chaque triolet : c’est le « ta-ta, ta-ta » caractéristique.
- La grosse caisse se contente des temps 1 et 3, avec parfois une note supplémentaire à la fin de la mesure pour relancer.
- La basse alterne walking bass (une note par temps, en marchant le long de l’accord) et riff de boogie sur les degrés 1, 3, 5 et 6 de l’accord.
- Le stop-time, où tout s’arrête sauf le chanteur ou le soliste, sert de ponctuation et revient à intervalles réguliers.
Voici le motif de référence, dessiné sur une mesure de 4/4 découpée en douze croches de triolet, à 100 BPM. Les pas 1, 4, 7 et 10 sont les quatre temps ; les deux pas qui suivent chacun d’eux sont les deuxième et troisième croches du triolet.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La ride n’a pas d’équivalent exact dans le lecteur : elle est jouée par la voix de charleston fermé, plus sèche que le métal d’une vraie cymbale.
L’harmonie
La grille de douze mesures est le squelette du genre. En la, elle donne A7 sur quatre mesures, puis D7 sur deux mesures et A7 sur deux, puis E7, D7, A7 et E7 pour terminer. La dernière mesure, le turnaround (la relance), ramène l’oreille au premier degré. Une variante très répandue, la quick change, place le quatrième degré dès la deuxième mesure pour éviter quatre mesures immobiles.
La particularité harmonique du blues est que les trois degrés, I, IV et V, sont joués en accords de septième de dominante, y compris le premier. En harmonie classique, un tel accord appelle une résolution ; ici il ne résout rien, il sonne comme une couleur stable. D’où l’usage du mode mixolydien sur chaque accord pris séparément, et l’intérêt qu’il y a à ne pas traiter la grille comme une cadence ordinaire.
Par-dessus, les blue notes abaissent la tierce, la quinte et la septième. La gamme pentatonique mineure augmentée de la quinte bémol forme la gamme blues : en la, on obtient la, do, ré, mi bémol, mi, sol. Le frottement entre cette tierce mineure et la tierce majeure de l’accord n’est pas une erreur, c’est le son du genre : les meilleurs solistes jouent la tierce mineure puis la tierce majeure dans la même phrase, en glissant d’un demi-ton. Entre ces deux tierces, chanteurs et guitaristes visent souvent des hauteurs intermédiaires, à moins d’un demi-ton de l’une et de l’autre : c’est l’une des portes d’entrée de la musique microtonale. Il existe aussi des grilles de huit et de seize mesures, des blues mineurs, et des versions enrichies de substitutions que le jazz a fait siennes.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la, une boucle de quatre mesures. La forme complète fait douze mesures : les trois premières grilles en sont les trois cellules successives.
L’instrumentation
Le blues rural, dit country blues, tient en une voix et une guitare acoustique, souvent accordée en open G ou open D (accordages ouverts, où les cordes à vide forment déjà un accord) et jouée au bottleneck, un goulot de bouteille ou un tube de métal passé au doigt pour glisser sur les cordes. Écoutez « Pony Blues » de Charley Patton, gravé pour Paramount en 1929, ou « Death Letter » de Son House, capté en 1965 : la guitare y tient à la fois la basse, l’accompagnement et la réponse au chant.
Le blues de Chicago élargit la formation : guitare électrique, harmonica amplifié, piano, basse, batterie. Les amplis à lampes saturés à faible volume, la réverbération à ressort et le trémolo font partie du son autant que les instruments. L’harmonica y devient un instrument soliste à part entière : Little Walter le joue en deuxième position, dite cross harp (on prend un harmonica en do pour jouer un blues en sol, ce qui met les notes aspirées, plus expressives, sur les degrés utiles), et le souffle dans un petit micro tenu au creux de la main, ce qui écrase le signal et le sature. « Juke », enregistré le 12 mai 1952, en est la démonstration.
À partir des années 1950, la guitare électrique prend la première place. T-Bone Walker avait montré la voie dès les années 1940 en jouant des lignes solistes plutôt que des accords : son album T-Bone Blues reste le meilleur résumé de cette invention. Freddie King en tire des instrumentaux comme « Hide Away » en 1961. Dans les années 1960, cuivres et orgue Hammond entrent dans le jeu : Born Under a Bad Sign d’Albert King est accompagné par Booker T. & the M.G.’s et les Memphis Horns.
La voix et la forme
Le texte du blues suit le plus souvent un schéma AAB : une phrase chantée sur quatre mesures, répétée presque à l’identique sur les quatre suivantes, puis une phrase de conclusion qui rime avec les deux premières sur les quatre dernières. La répétition n’est pas une faiblesse d’écriture : elle laisse à l’instrument le temps de répondre deux fois avant la chute, et elle laisse au chanteur la dernière ligne à improviser. La voix glisse, dérape volontairement, se casse ; le vibrato arrive en fin de note.
La forme d’ensemble s’organise en chorus, un chorus valant un tour de grille. Un morceau typique enchaîne une introduction de quatre mesures bâtie sur le turnaround, deux ou trois chorus chantés, un ou deux chorus de solo, puis un dernier chorus chanté et une coda. Les chanteuses du classic blues des années 1920, Ma Rainey, Bessie Smith, Ida Cox, Alberta Hunter, chantaient cela devant un orchestre de vaudeville ; les hommes du Delta le chantaient seuls, en s’autorisant des couplets de treize, quatorze ou quinze mesures quand la phrase l’exigeait. C’est pour cela qu’on ne peut pas compter Robert Johnson au métronome.
Exercice d’écoute
Trois questions, à faire dans l’ordre, chacune sur un morceau différent. Comptez à voix haute, cela aide.
1. Sur « Sweet Little Angel » (B.B. King, 1965), combien de mesures s’écoulent entre deux retours de la même phrase chantée ?
Réponse : douze. La voix revient au même endroit à chaque tour de grille.
Ce que vous apprenez : à entendre le cycle plutôt que les accords. Une fois que vous sentez les douze mesures, vous savez toujours où vous êtes dans un blues, même sans reconnaître les accords.
2. Sur « Smokestack Lightning » (Howlin’ Wolf, 1956), combien d’accords différents entendez-vous ?
Réponse : un seul. Le morceau est un vamp (une boucle tenue) sur un seul accord, nominalement en mi majeur, dont les notes bleues font parfois entendre du mineur.
Ce que vous apprenez : la grille de douze mesures n’est pas obligatoire. Une partie du blues, celle qui vient du Delta et qui ira jusqu’au hill country, fonctionne sur la répétition d’un seul accord.
3. Sur « Pride and Joy » (Stevie Ray Vaughan, 1983), la division du temps est-elle binaire ou ternaire ?
Réponse : ternaire. C’est un shuffle texan, avec un balancement marqué à la guitare comme à la batterie.
Ce que vous apprenez : à distinguer le shuffle du rock en croches droites. Si vous pouvez chanter « ta-ta, ta-ta » sur chaque temps, c’est ternaire ; si vous ne pouvez chanter que « ta, ta », c’est binaire.
Blues, rock’n’roll et jazz blues : ce qui les sépare
Le blues et le rock’n’roll partagent la même grille et presque le même vocabulaire ; ce qui les sépare tient à la période, au tempo et à la division du temps. Le blues se forme entre 1890 et 1910 et garde le shuffle ternaire, un tempo souple et une dynamique de jeu qui va du murmure au cri. Le rock’n’roll naît au milieu des années 1950, joue le même schéma en croches droites, plus vite, et martèle le backbeat au lieu de le suggérer ; la production y cherche l’énergie plutôt que le grain. Le blues rock britannique des années 1960 est le pont entre les deux, et c’est par lui que le hard rock héritera de la gamme blues.
La confusion la plus fréquente est ailleurs. La fiche Jazz blues ne décrit pas un sous-genre du blues : elle décrit une grille d’accords enrichie de substitutions, de II-V et de dominantes secondaires, utilisée en jazz depuis le bebop. La différence est de nature, pas de degré : le blues est un genre complet, avec un répertoire, une instrumentation, une histoire et un public ; le jazz blues est un objet théorique, une manière de harmoniser douze mesures. On peut jouer un jazz blues sans faire de blues, et un blues sur trois accords sans la moindre substitution. Les deux se croisent sur la grille, et s’arrêtent là.
Troisième voisin, plus lointain : le bluegrass emprunte lui aussi la grille de douze mesures et une partie du phrasé, mais il la joue droite, en majeur, sur des instruments entièrement acoustiques et à des tempos qui montent jusqu’à 160 BPM. Là où le blues cherche le frottement entre la tierce mineure et la tierce majeure, le bluegrass reste franchement majeur et déplace l’expressivité vers la virtuosité instrumentale.
Sous-genres et styles voisins
- Delta bluesMississippi, années 1920 et 1930Une voix, une guitare, souvent une slide et un accordage ouvert. La pulsation suit la phrase chantée plutôt que l’inverse, et les couplets débordent régulièrement les douze mesures.
- Blues de ChicagoChicago, à partir de 1948Le Delta transporté au Nord par la Grande Migration, amplifié pour couvrir le bruit des clubs. Guitare électrique, harmonica au micro, piano, basse, batterie, et une grille tenue de bout en bout.
- Texas bluesTexas, années 1920 puis années 1970Un jeu de guitare plus soliste et plus fluide, hérité de Blind Lemon Jefferson puis de T-Bone Walker. La relance texane des années 1970 et 1980 y ajoute la puissance du rock.
- Piedmont bluesGéorgie et Carolines, à partir des années 1920Un jeu aux doigts très syncopé, proche du ragtime, où le pouce tient une basse alternée pendant que les autres doigts jouent la mélodie. Blind Blake et Blind Boy Fuller en sont les références.
- Jump bluesAnnées 1940, tempos vifsLe blues joué par une petite formation de swing, avec saxophones et chant énergique. C’est le maillon direct entre le blues, le rhythm and blues et le rock’n’roll.
- Hill country bluesNord du Mississippi, documenté à partir des années 1960Une transe bâtie sur un seul accord, un riff répété et une pulsation qui ne relâche jamais. Junior Kimbrough et R.L. Burnside l’ont fait connaître, Cedric Burnside le prolonge.
- Rock’n’rollÉtats-Unis, milieu des années 1950La même grille, jouée en croches droites et plus vite, avec un backbeat martelé. Le blues y perd sa souplesse rythmique et y gagne un public mondial.Lire la fiche
- Jazz bluesGrille, pas genreLes douze mesures enrichies de substitutions et de II-V, telles que le bebop les a reharmonisées. À lire pour comprendre ce que le jazz a fait de la forme.Lire la fiche
La démarche artistique
Le blues est d’abord un métier de scène. Avant les disques, il se joue dans les juke joints, ces baraques où l’on danse et où l’on boit le samedi soir ; à Chicago, le marché en plein air de Maxwell Street a servi de conservatoire à ciel ouvert. Les tournées se font sur un circuit de salles qui accueillent un public noir, que les artistes appelaient le Chitlin’ Circuit ; c’est là que B.B. King a joué plusieurs centaines de concerts par an pendant des décennies, et c’est ce rodage qui explique la précision de Live at the Regal.
Le répertoire, ensuite, est commun. Un bluesman ne signe pas des chansons : il reprend des couplets qui circulent, les recombine, leur ajoute les siens. « Dust My Broom » existe chez Robert Johnson avant de devenir la signature d’Elmore James ; « Rollin’ Stone » reprend la matière d’un thème que le Delta chantait depuis les années 1920 sous le nom de Catfish Blues. Cette circulation n’est pas du plagiat, c’est le fonctionnement d’une tradition orale ; elle a produit, au moment où l’industrie s’en est emparée, une série de conflits de paternité dont certains durent encore.
Le rôle de l’auteur maison est le troisième pilier. Chez Chess, Willie Dixon écrit, arrange, joue de la contrebasse et dirige les séances ; une bonne part du répertoire de Muddy Waters et de Howlin’ Wolf sort de sa plume. À Memphis, chez Stax, la maison fournit à Albert King une section rythmique et des cuivres qui ne jouent pas le blues comme des bluesmen : c’est de cette greffe que naît le blues soul.
Sur scène, aujourd’hui, le clavier tient souvent trois rôles à lui seul. MainStage permet d’empiler plusieurs instruments dans un même patch en leur attribuant des plages de touches : orgue sur les deux octaves du bas, piano électrique au-dessus, cuivres sur les dernières touches pour les ponctuations. Une pédale d’expression pilote la vitesse du rotor, et le module Playback lance les boucles d’accompagnement quand la formation est réduite. Attention toutefois : les Session Players, Drummer compris, n’existent pas dans MainStage ; ce qui doit tourner en concert doit être préparé en amont dans Logic Pro et exporté.
Le blues aujourd’hui
Le blues n’est plus une musique de hit-parade, mais il n’a jamais cessé d’être enregistré. Aux Grammy Awards 2026, le prix du meilleur album de blues traditionnel est allé à Ain’t Done with the Blues de Buddy Guy, né en 1936, et celui du meilleur album de blues contemporain à Preacher Kids de Robert Randolph. Entre 2019 et 2026, la même catégorie a distingué Fantastic Negrito, Gary Clark Jr., Larkin Poe, Ruthie Foster et Christone « Kingfish » Ingram : un éventail qui va du blues de guitare le plus classique au croisement avec la soul et le rock indépendant.
Deux lignées se distinguent nettement. La première est celle du hill country du nord du Mississippi, transmise dans les familles : Cedric Burnside, petit-fils de R.L. Burnside, a remporté le Grammy du blues traditionnel en 2022 pour I Be Trying, un disque de guitare et de batterie où la grille de douze mesures tient peu de place. La seconde est celle des guitaristes formés dans le Delta puis propulsés sur les scènes internationales, dont Christone « Kingfish » Ingram, originaire de Clarksdale, est aujourd’hui la figure la plus visible : son album 662, paru en juillet 2021 chez Alligator, tient son titre de l’indicatif téléphonique de sa région. Du côté des voix, Shemekia Copeland trace depuis la fin des années 1990 une ligne qui assume le propos social, comme sur Blame It on Eve en 2024.
En France, le blues vit par les festivals. Le Cahors Blues Festival, créé en 1982 et programmé chaque année autour du 14 juillet, a reçu en 2016 un Keeping the Blues Alive Award de la Blues Foundation ; Blues sur Seine, dans les Yvelines, occupe l’automne. Côté musiciens, Jean-Jacques Milteau pour l’harmonica, Fred Chapellier et Manu Lanvin pour la guitare, Nina Attal pour le chant et le groupe toulousain Awek pour le format club tiennent le répertoire avec sérieux.
Faire du blues en 2026 sans refaire 1965 demande de trancher une question simple : qu’est-ce que vous gardez ? Les trois éléments qui portent encore sont le dialogue question-réponse, la dynamique de jeu et la tierce flottante. Ce qui a vieilli, ce sont les tics : le solo de douze mesures systématique, la grille jouée sans variation pendant six minutes, le texte au premier degré sur la femme partie et le train qui siffle. Les disques qui fonctionnent aujourd’hui empruntent au blues sa grammaire et la placent ailleurs : sur un seul accord et une batterie lourde chez Cedric Burnside, dans un cadre soul et hip-hop chez Gary Clark Jr., avec des textes d’aujourd’hui chez Shemekia Copeland. Autrement dit : gardez la façon de phraser, changez le décor.
Douze artistes pour commencer
Robert JohnsonDelta du Mississippi, 1936-1937
Bessie SmithChattanooga et New York, années 1920
Memphis MinnieMemphis et Chicago, années 1930 et 1940
T-Bone WalkerTexas et Los Angeles, années 1940
Muddy WatersChicago, 1943-1983
Howlin’ WolfMemphis puis Chicago, 1951-1976
Little WalterChicago, années 1950
John Lee HookerDetroit, 1948-2001
B.B. KingMemphis, 1949-2015
Koko TaylorChicago, des années 1960 à 2009
Stevie Ray VaughanAustin, 1983-1990
Christone « Kingfish » IngramClarksdale, depuis 2019
Reproduire le blues en home studio
Ce qui suit suppose que vous savez créer un projet, armer une piste et ouvrir l’inspecteur de région dans Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, le cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro couvre ces bases en quelques heures. Le reste tient en une idée : dans le blues, ce sont les écarts qui font le style, et un projet trop propre sonne faux.
Le tempo et le groove
- Choisissez la famille de tempo avant tout le reste : 65 BPM pour un blues lent, 100 BPM pour un shuffle médium, 150 BPM pour un boogie.
- Écrivez le ternaire de l’une des deux manières : soit directement sur une grille de triolets de croches dans l’éditeur de piano-roll, soit en croches droites que vous ferez balancer ensuite.
- Pour la seconde méthode, sélectionnez d’abord une valeur de quantification dans l’inspecteur de région, par exemple 1/8-Note : sans cela, le paramètre Q-Swing reste sans effet.
- Réglez Q-Swing entre 62 et 66 % : 50 % donne un rendu binaire, 66 % un triolet strict, et 54 à 58 % un léger balancement. Le paramètre ne déplace que les pas pairs, c’est-à-dire les croches faibles.
- Baissez la force de quantification, le paramètre Q-Force, vers 70 à 80 % pour conserver les micro-décalages du jeu.
- Pour retarder une piste entière de quelques millièmes, utilisez le paramètre Delay de l’inspecteur de piste : Logic compte 960 ticks par noire, donc 240 par double-croche, ce qui permet de raisonner en fractions de temps plutôt qu’en millisecondes.
La batterie
Premier point à savoir : Drummer ne propose pas de genre « Blues ». Les genres disponibles sont Rock, Alternative, Songwriter, R&B, Electronic, Hip Hop et Percussion, et le module reste en 4/4. Deux chemins s’ouvrent donc : partir d’un batteur des genres Songwriter ou Rock puis changer les pièces du kit dans Drum Kit Designer, ou programmer vous-même, ce qui reste de loin le plus précis pour un shuffle.
- Placez la grosse caisse sur les temps 1 et 3, la caisse claire sur 2 et 4.
- Jouez la ride sur la première et la troisième croche de chaque triolet ; en blues lent noté en 12/8, jouez les trois croches.
- Réglez les vélocités de la caisse claire entre 70 et 110 pour les frappes, et entre 30 et 50 pour les notes fantômes (frappes très légères qui remplissent l’espace sans s’entendre comme des coups).
- Placez ces notes fantômes sur la troisième croche du triolet, juste avant chaque frappe de caisse claire.
- Retardez la caisse claire de 15 à 25 ticks par rapport à la grille pour obtenir ce placement légèrement en arrière que l’on entend sur Live at the Regal.
- Ajoutez une grosse caisse sur le dernier triolet de la mesure pour relancer, un réflexe courant dans le shuffle texan, comme sur « Pride and Joy » (Stevie Ray Vaughan, 1983).
La basse
- Pour une walking bass, jouez une note par temps en suivant les degrés 1, 3, 5 et 6 de l’accord, puis redescendez : c’est la formule du boogie.
- Pour un blues lent, tenez la fondamentale sur les deux premiers temps et n’ajoutez qu’une note de liaison avant le changement d’accord.
- Si vous utilisez Bass Player, le Session Player apparu avec Logic Pro 11, renseignez d’abord la piste d’accords : c’est elle qui lui dit quoi jouer. Il s’appuie sur l’instrument Studio Bass.
- Vérifiez la bibliothèque installée si vous cherchez une contrebasse acoustique pour un blues d’avant 1950 ; la basse électrique de Studio Bass convient en revanche à tout ce qui vient après 1955.
- Réduisez la complexité et l’intensité de Bass Player : dans le blues, une ligne simple et répétée vaut mieux qu’une ligne inventive.
- Rappelez-vous que Bass Player, comme Drummer, n’existe pas dans MainStage : préparez la piste dans Logic Pro puis exportez-la si vous devez la jouer sur scène.
L’harmonie et les instruments
Pour la guitare, Amp Designer contient exactement ce qu’il faut : les modèles Small Tweed Combo, Mini Tweed Combo, Blues Blaster Combo et British Blues Combo couvrent l’essentiel, du petit combo américain des années 1950 au combo britannique des années 1960.
- Montez le gain jusqu’au point exact où l’ampli casse quand vous attaquez fort et redevient clair quand vous jouez doux, comme sur « Sweet Little Angel » (B.B. King, 1965) : c’est cette dynamique qui fait le son, pas la quantité de saturation.
- Activez le trémolo depuis la section d’effets d’Amp Designer, à une vitesse lente et une profondeur modérée, comme sur les enregistrements Chess du milieu des années 1950.
- Choisissez un type Vintage Spring ou Bright Spring dans la section de réverbération d’Amp Designer : ChromaVerb ne propose aucun type à ressort, ses modèles allant de Room à Reflective Hall.
- Ajoutez au besoin une pédale de wah ou un booster depuis Pedalboard, placé avant Amp Designer dans la chaîne.
- Pour la slide, accordez la guitare en open G ou open D et jouez au-dessus de la douzième case : c’est là que le goulot sonne juste, comme sur « Cross Road Blues » (Robert Johnson, 1936).
Pour l’orgue, Vintage B3 fait tout le travail. Tirez les trois premières tirettes harmoniques à fond et laissez les autres rentrées, activez la percussion sur la troisième harmonique, gardez le rotor en vitesse lente et basculez en vitesse rapide sur les fins de chorus ; le tube overdrive intégré donne le grain de l’ampli Leslie sans plug-in supplémentaire. Pour le piano, Studio Piano suffit ; pour un piano électrique, Vintage Electric Piano. Pour les cuivres, Studio Horns permet d’écrire de vraies ponctuations à deux ou trois voix, à la manière des Memphis Horns sur Born Under a Bad Sign (Albert King, 1967).
La voix et l’harmonica
L’harmonica est le point faible de la bibliothèque native : Logic Pro n’en contient pas d’instrument convaincant, les anciens échantillons relevant du contenu hérité. Cinq réflexes, par ordre de préférence.
- Enregistrez un vrai harmonica diatonique, joué en deuxième position, et passez-le dans un Small Tweed Combo pour imiter le micro de Chicago.
- Ajoutez un filtre passe-bande entre 300 Hz et 3 kHz sur cette piste : c’est cette bande étroite qui produit le son du micro tenu dans la main.
- Compressez fort, 8 à 12 dB de réduction de gain avec un Compressor en Vintage FET, ratio 4:1 : l’harmonica de blues est un instrument écrasé, pas un instrument nuancé.
- À défaut d’instrumentiste, achetez une banque d’harmonica tierce plutôt que de bricoler un son de synthèse : aucun réglage ne remplace le souffle.
- Dernier recours : confiez la partie à une guitare slide ou à l’orgue, qui tiennent le même rôle de réponse au chant.
Pour la voix, restez sobre : un Compressor en Vintage Opto, ratio 3:1, 4 à 6 dB de réduction de gain, et une réverbération courte, de 1 à 1,4 seconde, à plaque ou à ressort. Évitez la correction de hauteur : les dérapages volontaires sur la tierce sont précisément ce que vous cherchez à garder.
Le mixage
- Gardez une image stéréo étroite : batterie et basse au centre, guitare et harmonica légèrement écartés, voix au centre.
- Coupez les graves de la guitare et de l’harmonica sous 120 Hz pour laisser la place à la basse et à la grosse caisse.
- Appliquez la compression instrument par instrument plutôt qu’un traitement global : le blues vit de différences de niveau entre les phrases.
- Réservez la compression parallèle à la batterie, et n’en mettez pas sur la voix : c’est un procédé moderne, inconnu des séances Chess.
- Ajoutez une saturation légère sur le bus général, par exemple avec ChromaGlow, apparu dans Logic Pro 11 et réservé aux Mac Apple silicon : c’est une technique moderne, pas une pratique des années 1950, où le grain venait des machines elles-mêmes.
- Visez un niveau de LUFS plus bas que pour de la pop, autour de -12 à -10 LUFS intégrés, pour préserver la dynamique.
Ce qu’un praticien fait vraiment
Dans la pratique, un bluesman qui enregistre chez lui ne construit pas son morceau piste par piste. Il enregistre d’abord une prise complète voix et guitare, en une fois, à la bonne dynamique, puis ajoute le reste autour. Cet ordre n’est pas une coquetterie : c’est le seul moyen d’obtenir une pulsation qui respire, parce que la voix et la guitare se répondent en temps réel et que le tempo bouge de quelques BPM entre les chorus. Si vous tenez à corriger ensuite le placement d’une phrase, Flex Time le permet, mais il ne fonctionne que sur l’audio, et la région ne suivra les changements de tempo du projet que si vous activez Flex & Follow ; évitez le mode Speed (FX), qui modifie aussi la hauteur.
Ensuite, il garde les défauts. Une note qui frise, un doigt qui glisse sur la corde, un souffle avant le couplet : tout cela reste au mixage. La règle de travail que l’on retrouve chez la plupart des praticiens tient en une phrase : si une prise est parfaite mais ne vous fait rien, gardez la précédente.
Les cinq erreurs du débutant
- Quantifier à 100 % : la grille devient mécanique et le shuffle disparaît ; descendez le Q-Force à 70 ou 80 %.
- Confondre saturation et dynamique : réglez le gain de l’ampli pour qu’il casse à l’attaque forte, au lieu de le pousser au maximum en permanence.
- Jouer et chanter en même temps : laissez un silence après chaque phrase chantée et répondez dedans.
- Empiler les notes : enlevez la moitié de votre solo, puis la moitié de ce qui reste.
- Jouer la tierce majeure ou la tierce mineure : jouez les deux, en glissant de l’une à l’autre dans la même phrase.
Le shuffle, la dynamique d’ampli et le placement de la caisse claire se règlent en quelques minutes quand on vous les montre, et en quelques semaines quand on les cherche seul. Nos formations se déroulent à Grenoble ou à distance, en petit groupe ou en individuel.
- Le réglage du ternaire, du Q-Swing et du Q-Force sur un projet réel
- Amp Designer et Pedalboard, du combo tweed au combo britannique
- Les Session Players, la piste d’accords et leurs limites
- Un mixage sobre qui préserve la dynamique de jeu
Où trouver des sons blues ?
Dans Logic Pro
La bibliothèque native couvre déjà la moitié du travail. Amp Designer pour la guitare, Bass Amp Designer pour la basse, Vintage B3 pour l’orgue, Vintage Electric Piano et Studio Piano pour les claviers, Studio Horns pour les cuivres, Drum Kit Designer pour le kit. Les boucles Apple fournies avec le logiciel contiennent peu de blues à proprement parler, mais leurs boucles de batterie acoustique à tempo lent servent de point de départ acceptable, à condition d’en retoucher le placement. Pensez à télécharger les bibliothèques de sons complémentaires depuis les réglages de Logic Pro : une partie du contenu n’est pas installée par défaut.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à crédits, catalogue de boucles de batterie shuffle et de riffs de guitare ; la licence couvre un usage commercial sans partage de droits.
- Loopmasters : packs vendus à l’unité, avec des collections de blues rock et de boogie ; licence libre de droits, revente du son brut interdite.
- Black Octopus Sound : plutôt orienté production moderne, utile pour les batteries et les textures si vous croisez le blues avec autre chose.
- The Drum Broker : banques de batterie acoustique enregistrées à l’ancienne, précieuses pour retrouver un grain de studio des années 1960.
- Freesound : sons versés par des contributeurs, sous licences Creative Commons variables ; vérifiez la licence fichier par fichier, certaines imposent la mention de l’auteur.
- Looperman : boucles gratuites déposées par des membres, gratuites pour un usage non commercial et soumises à l’accord de l’auteur au-delà.
Instruments virtuels
- Arturia : émulations d’orgue Hammond, de piano électrique et d’amplis, utiles si le Vintage B3 de Logic Pro ne vous suffit plus.
- Native Instruments : bibliothèques de batterie acoustique et de claviers vintage détaillées, avec micros et pièces au choix.
- IK Multimedia : modélisation d’amplis et de pédales, pour compléter Amp Designer sur les combos très spécifiques.
- Spitfire LABS : instruments gratuits, dont des cordes et des cuivres légers pour les arrangements à la manière de 1969.
Grain et caractère
- iZotope Vinyl : simulation de disque, gratuite, pour poser un bruit de surface léger sur une piste ; à utiliser avec parcimonie, un souffle permanent fatigue vite.
- XLN Audio RC-20 : pleurage, souffle et saturation réglables séparément, pratique pour vieillir une prise numérique.
- ChromaGlow, dans Logic Pro 11 sur Mac Apple silicon : saturation à lampes et à bande, à préférer aux plug-ins tiers quand vous voulez rester dans la maison.
- Pour équiper le reste de votre installation, le cours Équipez votre home studio détaille micros, interfaces et écoute.
Lexique du blues
- ShuffleDivision ternaire du temps, où l’on joue la première et la troisième croche de chaque triolet, ce qui produit le balancement caractéristique du genre.
- Blue noteNote abaissée d’un demi-ton par rapport à la gamme majeure, sur la tierce, la quinte ou la septième, et souvent jouée entre les deux hauteurs.
- TurnaroundMotif joué sur les deux dernières mesures de la grille, qui ramène l’oreille au premier degré et relance le chorus suivant.
- Gamme pentatoniqueGamme de cinq notes ; sa forme mineure, augmentée de la quinte bémol, constitue la gamme blues.
- DominanteAccord de septième bâti sur le cinquième degré ; dans le blues, cette couleur est appliquée aux trois degrés de la grille, y compris le premier.
- Cross harpDeuxième position à l’harmonica diatonique : on joue un blues en sol avec un harmonica en do, ce qui met les notes aspirées sur les degrés expressifs.
- Stop-timePassage où l’accompagnement s’interrompt sur une partie de la mesure, laissant le chanteur ou le soliste seul, puis reprend.
- QuantificationAlignement automatique des notes sur une grille rythmique ; dans le blues, on l’applique partiellement pour conserver les écarts de jeu.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| Cross Road BluesRobert Johnson, 1936 | ≈ 106 BPM | Une prise, une voix, une guitare, un micro, dans une chambre d’hôtel de San Antonio | La pulsation élastique : les couplets font quatorze ou quinze mesures selon la phrase |
| Boogie Chillen’John Lee Hooker, 1948 | ≈ 110-120 BPM | Guitare électrique amplifiée, voix, pied frappé au sol, à Detroit | Qu’un seul accord et un pied suffisent à faire un disque numéro un |
| JukeLittle Walter, 1952 | ≈ 145-155 BPM | Harmonica au micro de main, groupe électrique, studio Universal à Chicago | L’harmonica comme instrument soliste, et ce que la saturation fait au souffle |
| Smokestack LightningHowlin’ Wolf, 1956 | ≈ 105-110 BPM | Groupe Chess au complet, guitare de Hubert Sumlin, prise très directe | La transe sur un seul accord, nominalement en mi, que les notes bleues font basculer |
| Sweet Little AngelB.B. King, 1965 | ≈ 60-65 BPM | Concert capté au Regal Theater de Chicago, avec section de cuivres | Le dialogue strict entre le chant et la guitare, qui ne jouent jamais ensemble |
| Pride and JoyStevie Ray Vaughan, 1983 | ≈ 125-130 BPM | Trio guitare, basse, batterie, enregistré en quelques jours, peu de retouches | Le shuffle texan : la guitare tient le riff, l’accompagnement et la réponse |
Tempos approximatifs ; seul celui de « Cross Road Blues » est documenté, et il diffère d’une prise à l’autre. Pas de tonalité indiquée : les détections automatiques ne sont pas fiables.
Labels, droits et synchronisation
L’histoire du blues est aussi une histoire de catalogues. Paramount enregistre Blind Lemon Jefferson et Charley Patton dans les années 1920 ; OKeh lance le marché avec Mamie Smith ; Columbia grave Bessie Smith puis Robert Johnson. Après la guerre, Chess à Chicago, Modern à Los Angeles, Sun puis Stax à Memphis, Trumpet au Mississippi, Cobra à Chicago encore : chaque maison impose un son, parce que c’est le même studio et souvent le même auteur maison qui fabriquent les disques. Aujourd’hui, Alligator, fondé à Chicago en 1971, reste le label de référence du blues américain, aux côtés de Fat Possum pour le hill country ; en France, quelques structures indépendantes et l’association France Blues tiennent le réseau des festivals.
Côté revenus, la synchronisation compte souvent davantage que le disque : un shuffle lent ou une slide sur un seul accord installent une ambiance en quatre mesures, ce que la publicité, les séries et les jeux vidéo achètent régulièrement. Deux conseils pratiques : enregistrez et déposez une version instrumentale de chaque titre, et conservez des stems séparés, c’est-à-dire des sous-mixages par famille d’instruments, car les demandes de synchronisation arrivent presque toujours avec une contrainte de durée et de mixage. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.
Domaine public, arrangement et licence mécanique
Le blues est un répertoire de tradition orale entré pour partie dans le domaine public, ce qui produit trois questions distinctes qu’il ne faut pas mélanger.
- Vérifiez d’abord l’œuvre, c’est-à-dire la composition : en France, elle tombe dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de l’auteur. Robert Johnson étant mort en 1938, ses compositions y sont entrées ; la durée se calcule auteur par auteur, et un morceau signé par deux auteurs suit la date du dernier survivant.
- Vérifiez ensuite l’enregistrement, qui est un droit distinct : en France, la protection du phonogramme court soixante-dix ans à compter de sa publication, avec une règle transitoire pour les phonogrammes publiés avant 1963, dont une partie était déjà tombée sous l’ancienne durée de cinquante ans.
- Ne confondez pas les deux : une composition libre peut exister dans un enregistrement protégé, et réutiliser la bande d’un disque de 1970 reste soumis à autorisation même si la chanson est du domaine public.
- Sachez qu’un arrangement est protégé pour lui-même : la transcription et l’harmonisation que vous trouvez dans un recueil ou sur un disque récent appartiennent à leur auteur, même si l’œuvre d’origine est libre.
- Déclarez votre propre arrangement d’une œuvre du domaine public à la Sacem si vous en êtes membre : vous êtes rémunéré sur l’arrangement, pas sur l’œuvre.
- Obtenez une licence mécanique auprès de la SDRM, la structure de la Sacem qui gère la reproduction, avant de presser ou de mettre en ligne une reprise d’une œuvre encore protégée.
- Retenez qu’il n’existe aucune durée libre : quelques secondes d’un enregistrement protégé ne sont pas plus autorisées que la totalité.
- Notez que l’exception de courte citation ne s’applique pas à la musique en droit français, contrairement à ce que l’on lit souvent.
- Si vous prélevez un extrait d’un vieux 78 tours pour le traiter, obtenez une autorisation : la Cour de justice de l’Union européenne l’a rappelé dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, qui portait sur deux secondes d’un morceau de Kraftwerk, et n’écarte la protection que si l’extrait est modifié au point d’être méconnaissable à l’oreille.
- Comprenez enfin qu’on n’obtient pas une autorisation en la déclarant : il faut demander au producteur pour la bande et à l’éditeur pour l’œuvre, et négocier un montant fixe ou un pourcentage. Faute de quoi il s’agit d’une contrefaçon, punie par l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.
Ces règles sont celles du droit français et européen. Aux États-Unis, la jurisprudence est plus contrastée : l’arrêt Bridgeport de 2005 n’admettait aucune tolérance pour le prélèvement d’un extrait sonore, quand l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 a retenu un seuil de minimis pour les emprunts très courts. Pour un projet destiné aux deux marchés, traitez la question sous le régime le plus strict.
Une playlist pour écouter le blues
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- Blues, la découverte30 titres · 1 h 40
De Mamie Smith (1920) à Christone « Kingfish » Ingram (2019) : le blues du Delta, Chicago électrique, le Texas, le revival britannique et la relève.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le blues
Cent noms, classés par génération et par foyer. Les liens mènent vers la page de l’artiste sur Apple Music.
Les fondateurs et le blues rural
- Charley Patton
- Son House
- Robert Johnson
- Blind Lemon Jefferson
- Blind Willie Johnson
- Blind Willie McTell
- Blind Blake
- Skip James
- Mississippi John Hurt
- Tommy Johnson
- Bukka White
- Big Bill Broonzy
- Lonnie Johnson
- Memphis Minnie
- Lead Belly
- Sleepy John Estes
- Blind Boy Fuller
- Reverend Gary Davis
- Mississippi Fred McDowell
- Sonny Boy Williamson I
Les voix du classic blues
- Ma Rainey
- Bessie Smith
- Mamie Smith
- Alberta Hunter
- Ida Cox
- Victoria Spivey
- Sippie Wallace
- Lucille Bogan
- Clara Smith
- Trixie Smith
Chicago et l’électrification
- Muddy Waters
- Howlin’ Wolf
- Little Walter
- Willie Dixon
- Sonny Boy Williamson II
- Elmore James
- Jimmy Reed
- Otis Spann
- Hubert Sumlin
- Buddy Guy
- Junior Wells
- Magic Sam
- Otis Rush
- Big Walter Horton
- James Cotton
- Koko Taylor
- Earl Hooker
- Luther Allison
- Jimmy Rogers
- Memphis Slim
Texas, Memphis, La Nouvelle-Orléans et la côte Ouest
- B.B. King
- Albert King
- Freddie King
- T-Bone Walker
- Lightnin’ Hopkins
- Albert Collins
- Clarence « Gatemouth » Brown
- Big Mama Thornton
- Bobby « Blue » Bland
- Junior Parker
- Little Milton
- Big Joe Turner
- Louis Jordan
- John Lee Hooker
- Slim Harpo
- Professor Longhair
Du revival britannique aux héritiers d’aujourd’hui
- Alexis Korner
- John Mayall
- Eric Clapton
- Peter Green
- Paul Butterfield
- Mike Bloomfield
- Canned Heat
- Taj Mahal
- Bonnie Raitt
- Rory Gallagher
- Roy Buchanan
- The Allman Brothers Band
- ZZ Top
- Gary Moore
- Johnny Winter
- Stevie Ray Vaughan
- Robert Cray
- Joe Bonamassa
- Junior Kimbrough
- R.L. Burnside
- Cedric Burnside
- Bobby Rush
- Keb’ Mo’
- Shemekia Copeland
- Christone « Kingfish » Ingram
- Gary Clark Jr.
La scène française
Questions fréquentes
Quel est le tempo du blues ?
Il n’y a pas un tempo mais trois familles : le blues lent entre 50 et 80 BPM, souvent noté en 12/8 ; le shuffle médium entre 90 et 130 BPM ; le boogie et le blues rock entre 130 et 170 BPM. Dans les trois cas, le temps se divise le plus souvent en trois et non en deux, ce qui change davantage la sensation que le chiffre lui-même.
Quelle est la différence entre le blues et le jazz blues ?
Ce sont deux objets de nature différente. Le blues est un genre musical complet : un répertoire, une instrumentation, une histoire, un public. Le jazz blues désigne une grille d’accords, celle des douze mesures enrichie de II-V et de substitutions, telle que le bebop l’a reharmonisée à partir des années 1940. On peut jouer un jazz blues sans faire de blues, et un blues sur trois accords sans la moindre substitution.
Quels sont les meilleurs artistes de blues pour commencer ?
Trois écoutes suffisent à couvrir l’essentiel : Robert Johnson pour le blues rural du Delta, Muddy Waters ou Howlin’ Wolf pour le passage à l’électrique à Chicago, B.B. King pour la guitare soliste et le dialogue avec le chant. Ensuite, Bessie Smith pour les voix des années 1920, Little Walter pour l’harmonica, et Christone « Kingfish » Ingram pour entendre où en est le genre aujourd’hui.
Faut-il toujours jouer le blues en ternaire ?
Non. Le shuffle ternaire domine, mais une grande partie du blues rock et du boogie se joue en croches droites. Beaucoup de morceaux vivent d’ailleurs dans un entre-deux : la batterie balance légèrement, la guitare joue plus droit. C’est pour cela qu’un réglage de Q-Swing autour de 62 à 64 % sonne souvent mieux dans Logic Pro qu’un triolet exact à 66 %.
Quelle gamme utiliser pour improviser sur un blues ?
La pentatonique mineure de la tonalité, enrichie de la quinte bémol, couvre toute la grille et donne immédiatement la couleur. Pour aller plus loin, jouez le mode mixolydien de chaque accord au moment où il passe : cela souligne les changements au lieu de les traverser. Les meilleurs solistes alternent les deux approches et ajoutent la tierce majeure juste après la tierce mineure ; ce glissement d’un demi-ton est l’un des gestes les plus reconnaissables du genre. Ces gammes se travaillent au clavier dans notre formation Piano et harmonie en home studio ou, pour commencer seul, avec le cours en ligne Bien démarrer au piano et en harmonie.
Sources
- Samuel Charters, The Country Blues, Rinehart, 1959.
- Paul Oliver, The Story of the Blues, Barrie & Rockliff, 1969.
- Giles Oakley, The Devil’s Music : A History of the Blues, BBC, 1976.
- Robert Palmer, Deep Blues, Viking Press, 1981.
- Alan Lomax, The Land Where the Blues Began, Pantheon Books, 1993.
- Gérard Herzhaft, La Grande Encyclopédie du blues, Fayard, 1997.
- Elijah Wald, Escaping the Delta : Robert Johnson and the Invention of the Blues, Amistad, 2004.
- Ted Gioia, Delta Blues, W. W. Norton, 2008.
- Apple, Guide d’utilisation de Logic Pro et Guide d’utilisation de MainStage, documentation en ligne consultée en septembre 2026.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêt Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, affaire C-476/17, 29 juillet 2019.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?