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Reggaeton

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Le reggaeton est un style urbain hispanophone né au tournant des années 1990 d’un aller-retour entre le Panama, la Jamaïque et Porto Rico. Il est entièrement bâti sur une boucle rythmique, le dembow, jouée le plus souvent entre 85 et 100 BPM, et sur une harmonie mineure de quatre accords qui tourne sans jamais moduler. Deux traits le distinguent de tout ce qui l’entoure : une basse sinusoïdale courte, calée frappe pour frappe sur la grosse caisse, et une voix qui passe sans transition du couplet rappé au refrain chanté. El General et Nando Boom au Panama, DJ Playero, Ivy Queen, Daddy Yankee et Tego Calderón à Porto Rico, puis Don Omar, le duo de producteurs Luny Tunes, J Balvin et Bad Bunny en sont les figures majeures.

  • PériodeFin des années 1980 à aujourd’hui
  • FoyerPanama, Jamaïque, Porto Rico
  • Tempo85 à 100 BPM
  • RythmeLe dembow, une découpe 3+3+2 en 4/4
  • InstrumentsBoîte à rythmes, basse sinus, une couche mélodique, voix

Le reggaeton en bref

  • Origine : le reggae en español panaméen de la fin des années 1980, greffé sur un riddim jamaïcain de 1989 et recomposé dans les garages de San Juan au début des années 1990.
  • Son : un motif de percussions syncopé et invariable, une basse sinus doublée sur la grosse caisse, une seule couche mélodique, beaucoup de voix et d’interjections.
  • Trois albums : Diva d’Ivy Queen (2003), Barrio Fino de Daddy Yankee (2004), Vibras de J Balvin (2018).
  • En home studio : tout est programmable ; un tempo autour de 92 BPM, trois pistes de percussions et une basse sinus suffisent à poser le genre.
  • Un point propre au style : le rythme lui-même a fait l’objet d’un procès géant aux États-Unis, visant environ 1 800 morceaux.

Trois albums cultes pour entrer dans le reggaeton

  • DivaIvy Queen, 2003

    Une voix de femme au milieu d’un genre écrit par et pour des hommes, sur des productions sèches où le dembow reste au premier plan. On y entend « Quiero Bailar », un refrain qui pose une limite au lieu d’une invitation, et un phrasé rauque que personne n’a imité depuis.

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  • Barrio FinoDaddy Yankee, 2004

    L’album qui fait passer le genre de la cassette de quartier au marché mondial, avec une production signée en grande partie par Luny Tunes. « Gasolina » y tient lieu de manifeste rythmique, et « Lo Que Pasó, Pasó » montre le versant mélodique du même moule.

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  • VibrasJ Balvin, 2018

    Le reggaeton colombien de la fin des années 2010 : mêmes degrés, même motif, mais des timbres clairs, beaucoup d’air et des arrangements réduits à trois ou quatre éléments. C’est le disque à écouter pour comprendre ce que le genre devient quand il cesse d’être agressif.

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Qu’est-ce que le reggaeton ?

Le reggaeton n’a pas de date de naissance. Il a une préhistoire, trois foyers et une quinzaine d’années de maturation avant de porter son nom. Le point de départ est la présence, au Panama, d’une population d’ascendance antillaise anglophone descendant des ouvriers venus de Jamaïque et de la Barbade pour le canal. À la fin des années 1980, de jeunes chanteurs panaméens adaptent en espagnol le dancehall jamaïcain qu’ils entendent depuis l’enfance : c’est le reggae en español. El General, de son vrai nom Edgardo Armando Franco, né en 1969 à Panama, en devient la figure la plus exportée avec « Tu Pum Pum » en 1990. Nando Boom, né l’année suivante, publie en 1991 un album entièrement bâti sur ce principe.

Le deuxième foyer est la Jamaïque, et il est purement rythmique. En 1989, le duo de producteurs Steely & Clevie enregistre un riddim, c’est-à-dire un accompagnement instrumental destiné à être réutilisé par plusieurs chanteurs, connu sous les noms de « Fish Market » et de « Poco Man Jam ». En 1990, Shabba Ranks chante dessus « Dem Bow », produit par Bobby Digital : le morceau donnera son nom au rythme. Il faut pourtant être précis sur ce qui a réellement circulé. La boucle samplée par des générations de producteurs n’est pas celle de Shabba Ranks, mais un remaniement signé la même année par le producteur Dennis Halliburton, dit Dennis The Menace, publié sous le titre « Pounder (Dub Mix II) » en face B d’un disque de Bobo General et Sleepy Wonder. C’est ce « Pounder » que l’on retrouve, plus ou moins déformé, dans une écrasante majorité des productions du genre.

Le troisième foyer est Porto Rico, et c’est le plus déterminant. Au début des années 1990, des DJ de San Juan croisent ce rythme jamaïcain avec le hip-hop new-yorkais et des couplets en espagnol. DJ Playero enregistre chez lui, dans la cité de Villa Kennedy ; DJ Negro anime la série The Noise ; DJ Nelson monte son propre label. La musique se fabrique et s’écoute dans les marquesinas, ces garages ouverts sur la rue qui servent de salles de fête, et se diffuse en cassettes vendues de la main à la main ou dans le coffre d’une voiture. Playero 37, sorti en 1994, y fait entendre un adolescent qui se fait appeler Daddy Yankee. On n’appelle pas encore cela du reggaeton : on dit underground.

Le mot lui-même reste d’attribution incertaine. Deux récits circulent : l’un le fait remonter à un freestyle de Daddy Yankee sur une cassette Playero vers 1994, l’autre à un disque intitulé Reggaetón Live publié par DJ Erick en 1995. Les deux versions s’accordent sur la mécanique : on ajoute à « reggae » le suffixe augmentatif espagnol « -ón », celui qui transforme une chose en une version plus grande et plus brutale d’elle-même. L’orthographe académique recommandée en espagnol est d’ailleurs reguetón, que presque personne n’utilise.

La suite est une histoire de censure, puis de conquête. En février 1995, la police perquisitionne six disquaires de San Juan et saisit des centaines de cassettes, au nom de lois locales sur l’obscénité ; le ministère de l’Éducation interdit dans la foulée les vêtements amples et la musique underground dans les écoles. En 2002, la sénatrice Velda González ouvre des auditions publiques pour encadrer les paroles et les clips. Ivy Queen, seule femme à tenir le premier rang depuis son album En Mi Imperio en 1997, et Tego Calderón, qui réintroduit la bomba et la plena portoricaines dans le genre avec « Guasa Guasa » en 2004, en deviennent les deux contre-exemples les plus cités. Puis le genre gagne, et vite : dès 2003 des responsables politiques utilisent du reggaeton en campagne, et en 2004 Barrio Fino devient le premier album de reggaeton à entrer directement en tête du classement des albums latins aux États-Unis. Le genre ne meurt pas, il se dissout dans la pop mondiale : c’est aujourd’hui la grammaire par défaut de la musique urbaine hispanophone.

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Le reggaeton en sept dates

  1. 1989Le riddim fondateurSteely & Clevie enregistrent en Jamaïque le riddim « Fish Market », aussi appelé « Poco Man Jam ».
  2. 1990Le morceau qui donne le nomShabba Ranks enregistre « Dem Bow » sur ce riddim ; la même année, Dennis The Menace en tire « Pounder (Dub Mix II) », la boucle réellement samplée ensuite.
  3. 1991Le Panama exporteAprès « Tu Pum Pum » l’année précédente, El General publie Muévelo con el General et Nando Boom son album Reggae Español.
  4. 1994La cassette de Villa KennedyDJ Playero publie Playero 37, enregistré chez lui en une semaine, avec un tout jeune Daddy Yankee au micro.
  5. 1995La descente de policeEn février, six disquaires de San Juan sont perquisitionnés et des centaines de cassettes saisies au nom de la législation sur l’obscénité.
  6. 2004Le passage à l’échelle mondialeBarrio Fino et « Gasolina » ouvrent au genre les radios des États-Unis et de l’Europe.
  7. 2017Le record planétaire« Despacito », de Luis Fonsi avec Daddy Yankee, devient la vidéo la plus vue de l’histoire de YouTube, place qu’elle conservera jusqu’en novembre 2020, et installe l’espagnol en tête des classements mondiaux.

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Le morceau pour comprendre

Le morceau qui a fait connaître le reggaeton au monde entier est aussi une bonne porte d’entrée technique, précisément parce que tout le monde croit le connaître. « Despacito », de Luis Fonsi avec Daddy Yankee, tourne autour de 89 BPM, en si mineur, sur la grille la plus fréquente du genre. La vidéo ci-dessus est celle de la chaîne officielle de Luis Fonsi.

Voici quoi écouter, avec des repères de temps approximatifs. Pendant la quinzaine de secondes qui ouvre le morceau, vous n’entendez qu’une guitare nylon arpégée : c’est la boucle mélodique unique du titre, celle qui tournera sans changer jusqu’à la fin. Aux alentours de 0 min 20 s, la basse et la grosse caisse entrent ensemble, exactement sur les mêmes frappes, et le dembow se met en place ; concentrez-vous sur la petite percussion sèche placée juste avant les temps, c’est elle qui, avec la grosse caisse, dessine la découpe 3+3+2. Juste avant la première minute, le refrain arrive et la percussion ne change pas d’un iota : ce qui change, c’est la densité vocale et l’ouverture des nappes. Vers 1 min 50 s, Daddy Yankee remplace le chant par un phrasé rappé sur la même grille, et les ad-libs, ces courtes interjections doublées en arrière-plan, remplissent les trous laissés par la voix principale. Après 3 min 30 s, l’arrangement se vide brutalement pendant deux mesures avant de revenir : c’est la respiration type du genre, une coupure courte plutôt qu’une montée.

Écoutez ensuite « Gasolina » juste après. Même motif, même famille d’accords, mais tout est plus sec, plus rapide de six BPM, et la voix est devant au lieu d’être posée. Entre les deux morceaux il y a treize ans, deux publics et une seule boucle rythmique.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le reggaeton se joue en 4/4, entre 85 et 100 BPM, avec une concentration très nette autour de 90 à 95. Le dembow est un motif d’une mesure, perçu comme deux moitiés identiques. Pour le lire et le jouer, comptons une mesure de 4/4 en doubles-croches, soit seize pas numérotés de 1 à 16 : les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. Le tempo de référence utilisé ici et dans le lecteur est de 92 BPM.

  • Grosse caisse : pas 1, 5, 9 et 13, c’est-à-dire un coup sur chaque temps.
  • Rimshot (coup sec joué sur le cercle de la caisse claire, appelé palito dans les percussions caribéennes) : pas 4, 7, 12 et 15.
  • Shaker : toutes les croches, soit les pas 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13 et 15, accentués sur les temps.
  • Variante de relance : un rimshot supplémentaire au pas 16, plus faible, qui pousse vers la mesure suivante.

Pour comprendre d’où vient la sensation de déséquilibre, ne regardez que la première moitié de la mesure, c’est-à-dire les pas 1 à 8. La grosse caisse frappe au pas 1, le rimshot aux pas 4 et 7 : les intervalles entre ces trois attaques sont de trois, trois puis deux doubles-croches. C’est exactement le tresillo, la découpe 3+3+2 commune à toutes les musiques afro-caribéennes. La seconde moitié de la mesure répète la même figure à partir du pas 9. La grosse caisse, elle, marque en plus chaque temps, ce qui ancre le tout au sol. Ce n’est pas une clave : la clave cubaine s’écrit sur deux mesures et ne se répète pas à l’identique, alors que le dembow tient sur une seule. Vous pouvez le vérifier à la main : frappez les quatre temps du pied et, par-dessus, dites « boum-tchi-boum-tchik » deux fois par mesure, le premier « boum » sur le temps, le « tchi » juste avant le temps suivant.

12345678910111213141516
Grosse caisse
Rimshot
Shaker
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La voix de rimshot remplace ici le palito du dembow, dont il n’existe pas d’équivalent exact dans le lecteur ; le shaker joue les croches, accentuées sur les temps.

L’harmonie

L’harmonie du reggaeton est volontairement pauvre, et c’est un choix, pas une limite. Quatre accords, une mesure chacun, presque toujours en mineur, bouclés sans modulation du début à la fin : la tension vient du rythme, de l’arrangement et de la voix, jamais de la progression. Les accords restent le plus souvent des triades, parfois des accords de septième ou de neuvième dans le versant romantique du genre, et la basse ne joue quasiment que les fondamentales, calée sur les frappes de grosse caisse.

Les cinq grilles ci-dessous sont toutes écrites en la mineur pour que vous puissiez les comparer à l’oreille. La progression i-VI-III-VII est très fréquente, mais elle n’est pas la seule : les quatre autres reviennent tout aussi souvent. Notez la logique commune : aucune ne comporte de dominante majeure, donc aucune ne produit de cadence conclusive. La boucle ne se referme jamais, ce qui est exactement ce qu’on demande à une musique de danse.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

Le socle est une batterie électronique programmée, doublée de percussions afro-latines qui remplissent les intervalles : congas jouées en boucle courte, bongos, shaker, parfois un timbale roll, ce roulement de caisse métallique emprunté à l’orchestre de salsa, placé avant un refrain. La basse est une onde sinusoïdale synthétique, très grave et très courte, qui double exactement la grosse caisse ; elle ne joue presque jamais de ligne mélodique autonome, contrairement à ce qui se passe dans le reggae ou la cumbia.

Au-dessus, une seule couche mélodique suffit, et c’est une règle assez stricte du genre : un synthé pincé façon marimba, un arpège de guitare nylon, un piano filtré, parfois une nappe tenue. Les cuivres, omniprésents dans la salsa ou le merengue, y sont rares. Le reggaeton des années 2000 ajoutait souvent des sons de synthé très brillants et des effets de sirène ; celui des années 2010 a réduit la palette et gagné en espace. Dans les deux cas, le nombre d’éléments simultanés dépasse rarement cinq.

La voix et la forme

La voix occupe la place que l’harmonie a libérée. Elle alterne des couplets rappés, proches du débit du hip-hop mais posés sur les accents du dembow, et des refrains chantés, souvent doublés à l’octave ou en tierces. Par-dessus se superpose un empilement d’ad-libs, courtes interjections, cris, fins de phrase répétées, placés dans les respirations de la voix principale et mixés loin derrière elle. La prosodie espagnole aide : les mots sont courts, les accents toniques réguliers, et ils tombent naturellement sur les frappes du motif.

La forme est simple et se répète d’un morceau à l’autre : une introduction de quatre à huit mesures sur la seule boucle mélodique, un refrain posé très tôt, souvent avant la première minute, des couplets de seize mesures, et des coupures de deux mesures où tout disparaît sauf la voix. Le reggaeton ne construit pas de montée progressive comme l’EDM : il coupe et il revient. Un morceau dure rarement plus de trois minutes trente.

Exercice d’écoute

Reprenez « Gasolina » et répondez aux trois questions avant de lire les réponses.

  • Question 1. Combien de fois par mesure entendez-vous le motif complet « boum-tchi-boum-tchik » ? Réponse : deux fois. Ce que vous apprenez : le dembow est une cellule d’une demi-mesure répétée, ce qui explique qu’il soit si rapide à mémoriser et si difficile à faire varier.
  • Question 2. La basse joue-t-elle des notes que la grosse caisse ne joue pas ? Réponse : pratiquement jamais. Ce que vous apprenez : basse et grosse caisse forment une seule voix, ce qui impose de les traiter ensemble au mixage plutôt que de les corriger séparément.
  • Question 3. Quand l’arrangement se vide avant un refrain, qu’est-ce qui reste ? Réponse : la voix et, le plus souvent, le shaker seul. Ce que vous apprenez : dans ce genre, la relance se fabrique par soustraction, pas par ajout.

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Reggaeton, dancehall et bachata : ce qui les sépare

Ces trois musiques se croisent dans les mêmes soirées et se retrouvent dans les mêmes playlists, mais elles n’ont ni la même époque, ni la même fabrication, ni le même geste de danse. La confusion la plus fréquente concerne le dancehall, et pour cause : le reggaeton en descend directement.

Le dancehall jamaïcain naît à la fin des années 1970 et devient entièrement numérique à partir de 1985. Il tourne entre 85 et 110 BPM, chante en anglais jamaïcain, et repose sur le principe du riddim : un même accompagnement instrumental sert à des dizaines de chanteurs différents. Le reggaeton reprend cette économie, mais en espagnol et à partir d’une seule boucle rythmique, le dembow, dérivée précisément d’un riddim de 1989. Autrement dit, le dancehall est une méthode de production et un répertoire de rythmes ; le reggaeton est un genre construit sur un seul de ces rythmes. Le reggae roots des années 1960 et 1970, lui, est joué par un groupe réel entre 60 et 95 BPM et repose sur le skank, un accord plaqué à contretemps que le reggaeton n’utilise jamais.

La bachata vient d’ailleurs et ne partage rien d’autre que son public. Née en République dominicaine, elle est jouée par des instrumentistes, sa signature est une guitare requinto pincée aux doigts, et son cycle de danse compte huit temps avec un accent marqué au quatrième. Le test est simple : retirez la guitare à un morceau de bachata, il reste identifiable ; retirez le dembow à un reggaeton, il n’en reste rien. Les tempos ne se recoupent pas davantage, la bachata se jouant nettement plus vite, mais la comparaison à l’oreille reste trompeuse parce que sa danse compte plus de pas par mesure.

Un dernier voisin mérite d’être distingué, parce qu’il porte le même nom que le rythme : le dembow dominicain, genre à part entière apparu à Saint-Domingue, qui utilise le même motif à un tempo bien plus élevé, généralement entre 110 et 130 BPM, avec une production volontairement brute. Tout reggaeton contient du dembow au sens rythmique, sans appartenir pour autant au genre dominicain.

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Sous-genres et styles voisins

  • Reggae en españolPanama, fin des années 1980Le dancehall jamaïcain repris mot pour mot en espagnol, souvent sur les mêmes riddims. C’est la matrice vocale du reggaeton, avant que Porto Rico n’y ajoute le rap et la production maison.
  • Underground et malianteoPorto Rico, 1993-2000Le reggaeton des cassettes, brut, souvent violent dans le propos, enregistré dans des chambres et diffusé hors des circuits officiels. Les boucles y sont plus courtes et les basses moins définies qu’après 2003.
  • RomantiqueoPorto Rico, 2004-2010La version mélodique du genre : refrains chantés, accords enrichis, textes amoureux. C’est elle qui a ouvert les radios généralistes et qui domine encore la pop latine.
  • Perreo et neoperreoDepuis les années 1990, renouvelé vers 2016Le perreo est d’abord une danse de couple très rapprochée, née dans les clubs portoricains. Le neoperreo, porté depuis le milieu des années 2010 par une scène largement féminine et diffusé d’abord en ligne, en reprend le rythme avec des textures électroniques et une esthétique volontairement bricolée.
  • TrapetonDepuis 2015Le croisement du reggaeton et du trap latino : mêmes voix, mêmes artistes, mais un tempo ressenti deux fois plus lent et des charlestons roulés. Le dembow y apparaît par intermittence plutôt qu’en continu.
  • Dembow dominicain110 à 130 BPMGenre autonome né en République dominicaine, bâti sur le même motif poussé beaucoup plus vite, avec des voix criées et des productions tranchantes. Il alimente aujourd’hui une partie du vocabulaire rythmique du reggaeton.
  • Moombahton108 à 115 BPMDe la house néerlandaise ralentie jusqu’au tempo du dembow, née à la fin des années 2000 aux États-Unis. Le genre a surtout servi de passerelle entre le reggaeton et les musiques de club, jusqu’à l’EDM.
  • Dancehall85 à 110 BPMLe parent direct, jamaïcain et anglophone. Comprendre le fonctionnement du riddim dans le dancehall, c’est comprendre pourquoi le reggaeton a pu se construire sur une boucle unique.Lire la fiche

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La démarche artistique

Le reggaeton est un art de la contrainte assumée. Le rythme ne change pas, l’harmonie non plus, le tempo bouge de quelques BPM : tout le travail se concentre sur ce qui reste, c’est-à-dire le timbre, le texte, la voix et le montage. Un producteur de reggaeton ne cherche pas à écrire une nouvelle progression, il cherche un son de rimshot que personne n’a encore utilisé et une place précise pour la basse. Cette discipline explique la vitesse de production du genre : une fois le moule posé, un morceau se fabrique en quelques heures.

La deuxième caractéristique est le fonctionnement en collectif. Depuis les compilations Playero et The Noise jusqu’à la série Más Flow de Luny Tunes, l’unité de publication n’est pas l’album d’un artiste mais le disque d’un producteur qui invite quinze voix. Les remix à cinq ou six invités sont la norme, pas l’exception, et un morceau connaît souvent trois vies : version originale, remix officiel, puis version d’un autre pays. « Zapatito Roto », de Plan B avec Tego Calderón, illustre bien cette circulation permanente entre générations.

Le troisième pilier est le rapport à la danse et au corps. Le perreo n’est pas un accessoire du genre, c’est sa fonction : la structure des morceaux, les coupures de deux mesures, la constance du motif sont dictées par ce qui se passe sur une piste. C’est aussi ce qui a valu au reggaeton sa réputation sulfureuse et les campagnes de censure des années 1990 et 2000. Le débat n’a jamais cessé, mais il a changé de mains : « Quiero Bailar » d’Ivy Queen, en 2003, avait déjà posé la question du consentement à l’intérieur même du genre, et les scènes actuelles de perreo la reprennent à leur compte.

Sur scène enfin, le reggaeton se joue en playback partiel : la boucle rythmique et la basse viennent d’un système de lecture, tout le reste est chanté. C’est exactement le terrain de MainStage, qui permet d’empiler dans un même patch plusieurs couches réparties par plages de touches et de déclencher des boucles depuis le module Playback. Attention toutefois : MainStage ne reprend pas tout le contenu de Logic Pro, et les Session Players comme Drummer ou Bass Player n’y sont pas disponibles. La préparation des boucles se fait donc en amont, dans Logic Pro, avant d’être exportée vers les patches de scène ; c’est le contenu de notre formation MAO sur Logic Pro.

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Le reggaeton aujourd’hui

Le reggaeton n’est plus un genre parmi d’autres dans la musique latine : c’est devenu sa langue commune. Les artistes qui le pratiquent aujourd’hui ne se présentent d’ailleurs presque jamais comme « reggaetoneros » mais comme artistes urbains, et passent dans un même disque du dembow au trap, à la salsa ou à la deep house. Le modèle de l’album-événement, installé par King of Kings de Don Omar en 2006, a lui aussi cédé la place à une logique de titres et de remix, dont « X » de Nicky Jam avec J Balvin en 2018 donne une bonne image. Le centre de gravité s’est aussi déplacé : Porto Rico reste le cœur historique, mais Medellín, Saint-Domingue, Panama, Madrid et Buenos Aires produisent désormais autant.

Trois mouvements se distinguent. Le premier est le retour au son de rue : après une décennie de production lisse, une partie de la scène est revenue vers des boucles sèches et des mixages volontairement bruts, en citant explicitement les cassettes des années 1990. Le deuxième est l’ouverture aux répertoires traditionnels caribéens, avec des morceaux qui greffent bomba, plena ou jíbaro sur le dembow ; l’album de Bad Bunny paru le 5 janvier 2025 en est l’exemple le plus commenté. Le troisième est l’élargissement des voix : des artistes comme Young Miko, Villano Antillano ou Tokischa occupent aujourd’hui une place que le genre n’offrait pas il y a vingt ans, et « Con Altura » de Rosalía avec J Balvin, en 2019, a montré que la porosité avec le flamenco et la pop espagnole fonctionnait dans les deux sens.

Le reggaeton est également devenu politique de façon assumée. En juillet 2019, au moment des manifestations qui ont conduit le gouverneur de Porto Rico Ricardo Rosselló à annoncer sa démission, Residente, Bad Bunny et iLe publient ensemble un morceau de protestation écrit en quelques jours et diffusé au milieu des manifestations. Un genre né sous perquisition a fini par accompagner la chute d’un gouverneur.

Comment faire du reggaeton en 2026 sans refaire 2004 ? Trois pistes, toutes tenables en home studio. Gardez le motif intact mais changez le timbre de la percussion aiguë : c’est le seul endroit où le genre accepte encore l’originalité. Ralentissez la voix plutôt que le rythme, en écrivant des phrases plus longues sur le même nombre de mesures, comme le fait le reggaeton colombien depuis Vibras. Et travaillez la soustraction : les productions récentes les plus efficaces, de « Provenza » à « Ferxxo 100 », tiennent sur quatre éléments et beaucoup de silence.

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Douze artistes pour commencer

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Reproduire le reggaeton en home studio

Aucun prérequis instrumental n’est nécessaire : tout se programme. Il faut en revanche savoir créer une piste d’instrument logiciel, saisir des notes dans le séquenceur pas à pas et régler un tempo, ce que couvre notre cours en ligne Bien démarrer sur Logic Pro. Tous les éléments cités ci-dessous font partie de la bibliothèque native de Logic Pro.

Le tempo et le groove

  • Réglez le tempo du projet sur 92 BPM, au centre de la fourchette du genre.
  • Choisissez une tonalité mineure confortable pour votre voix : la mineur ou si mineur conviennent bien.
  • Ouvrez la zone de quantification de l’inspecteur de région et réglez la valeur sur 1/16.
  • Baissez le paramètre Q-Force à 85 ou 90 % au lieu de 100 % : les frappes gardent alors une part de leur placement d’origine.
  • Laissez le Q-Swing à 50 %, c’est-à-dire sur une grille droite : le dembow ne swingue pas.
  • Si vous voulez décaler une frappe à la main, souvenez-vous que Logic compte 960 ticks par noire, donc 240 par double-croche : un décalage de 10 à 20 ticks suffit à faire respirer une percussion.

Un mot sur le Q-Swing, parce que c’est le piège classique : il n’agit que si une valeur de quantification est choisie, et il ne déplace que les pas pairs de la grille. À 54 à 58 % il produit un léger balancement, à 66 % un triolet franc. Les deux détruisent le dembow, dont toutes les frappes doivent rester strictement calées sur la grille de doubles-croches.

La batterie

Logic Pro ne propose pas de kit « reggaeton » tout fait : ne cherchez pas de patch miracle, programmez le motif. La méthode la plus directe passe par une piste Drum Machine Designer, dans laquelle chaque pad peut recevoir une instance de Drum Synth, le synthétiseur de percussions natif divisé en trois familles, Kicks, Snares and Claps et Percussion.

  • Créez une piste Drum Machine Designer et saisissez le motif décrit plus haut dans le séquenceur pas à pas.
  • Sur le pad de grosse caisse, utilisez Drum Synth et réglez le fondamental entre 50 et 60 Hz, avec une décroissance courte, de l’ordre de 150 à 250 ms.
  • Sur le pad de caisse claire, préférez un rimshot à une caisse claire large, et filtrez-le en passe-haut vers 200 Hz pour dégager la place de la grosse caisse.
  • Ajoutez un shaker sur les croches, accentué d’environ 6 dB sur les temps.
  • Pour épaissir l’ensemble, ajoutez une piste Drummer avec la percussionniste Isabela et son kit Latin, ou sa version Drum Machine Designer, Latin+, éditable pièce par pièce.
  • Gardez à l’esprit que Drummer ne joue qu’en 4/4, ce qui ne pose aucun problème ici.

Pour les coupures, Beat Breaker, apparu avec Logic Pro 10.8, hache une mesure de batterie et en réordonne les tranches sans découper les régions à la main. Deux mesures de coupure avant le refrain suffisent, comme sur « Yo Voy » de Zion & Lennox avec Daddy Yankee (2004). Remix FX, sur le bus général, permet de piloter filtres et arrêts de bande en temps réel : c’est un outil moderne, sans équivalent historique dans les productions des années 1990, qui se fabriquaient au montage.

La basse

La basse du reggaeton est une onde sinusoïdale, courte et très grave, qui double exactement la grosse caisse. Attention à un détail qui coûte du temps : Retro Synth ne propose pas d’onde sinusoïdale. Pour une sous-basse sinus, passez par ES2.

  • Créez une piste avec ES2 et choisissez une onde sinusoïdale sur l’oscillateur 1, les autres oscillateurs désactivés.
  • Réglez l’enveloppe avec une attaque quasi nulle, un maintien complet et un relâchement de 80 à 150 ms.
  • Écrivez exactement les mêmes positions que la grosse caisse, soit les pas 1, 5, 9 et 13, en jouant les fondamentales de la grille.
  • Placez un Compressor sur la piste de basse, activez son entrée de Side Chain et choisissez le bus de la grosse caisse comme source, avec un ratio de 4:1 et un relâchement d’environ 100 ms.
  • N’utilisez pas le Ducker (Legacy) pour cet usage : il renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie.
  • Si la basse disparaît sur un téléphone, ajoutez une saturation douce avec ChromaGlow, apparu avec Logic Pro 11 et réservé aux Mac à puce Apple, qui recrée des harmoniques audibles dans le médium et l’aigu.

Précision utile : Bass Player, également apparu avec Logic Pro 11, est un Session Player conçu pour des lignes de basse jouées et n’a pas d’intérêt ici, où l’on veut une sinusoïde nue. Il n’est de toute façon pas disponible dans MainStage, comme Drummer, Flex, l’assistant de mastering et Stem Splitter.

L’harmonie et les instruments

  • Posez la grille sur une seule piste : Vintage Electric Piano pour un son doux, Alchemy pour un synthé pincé.
  • Dans Alchemy, souvenez-vous que le moteur est organisé en quatre sources, A, B, C et D : une seule suffit largement pour ce genre.
  • Jouez les accords en croches, dans un registre médium-aigu, et laissez la boucle tourner sans variation pendant tout le couplet.
  • Si vous partez d’un échantillon de guitare nylon, chargez-le dans Quick Sampler en mode Classic ; le mode Slice est le seul qui découpe un fichier en tranches, et vous n’en avez pas besoin ici.
  • Pour faire respirer une nappe sous la voix, placez un Compressor en Side Chain déclenché par la voix principale plutôt qu’un traitement d’atténuation automatique.
  • Ajoutez une réverbération courte, de 0,8 à 1,2 s, avec un pré-délai de 20 à 30 ms, uniquement sur la couche mélodique et la voix.

La voix

La voix se travaille en deux couches : la principale, très en avant, et un tapis d’ad-libs loin derrière. Le doublage des refrains est la règle du genre depuis « Dale Don Dale » de Don Omar (2003).

  • Enregistrez la voix principale, puis un double complet du refrain sur une piste séparée, panoramiqué légèrement à gauche et à droite.
  • Corrigez la justesse avec Flex Pitch, en laissant volontairement un peu d’imprécision : Flex ne fonctionne que sur l’audio, jamais sur du MIDI.
  • Ne confondez pas les modes : Speed (FX) modifie la hauteur en même temps que la durée, et une région ne suit le tempo du projet que si l’option Flex & Follow est activée.
  • Évitez Varispeed pour ajuster une seule prise : il agit sur l’ensemble du projet.
  • Pour les ad-libs, dupliquez une phrase courte, transposez-la d’une octave vers le bas avec Vocal Transformer, baissez-la de 10 à 12 dB et placez-la dans les respirations.
  • Ajoutez un délai court de 90 à 120 ms, sans réinjection, mixé à 10 % environ : il colle la voix au motif sans créer d’écho audible.
  • Terminez par un dé-esseur réglé autour de 6 à 8 kHz, l’espagnol chanté produisant beaucoup de sifflantes.

Le mixage

  • Coupez tout ce qui se trouve sous 30 Hz sur le bus général : le genre ne s’écoute pas en dessous.
  • Réservez la zone 50 à 80 Hz à la grosse caisse et à la basse, et à rien d’autre.
  • Filtrez en passe-haut à 200 Hz toutes les percussions aiguës, rimshot et shaker compris.
  • Regroupez les percussions sur un bus et appliquez-y une compression parallèle discrète, mixée à 20 ou 30 %.
  • Laissez la voix principale au centre, sans réverbération longue : le reggaeton est un genre sec.
  • Visez un niveau intégré autour de -9 à -8 LUFS si vous voulez le son du genre, en sachant que les plateformes ramèneront la lecture autour de -14 LUFS.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Dans les faits, personne ne commence par les accords. Un producteur ouvre une session, règle le tempo sur celui d’un morceau de référence, pose le dembow en dix minutes, puis cherche pendant une heure le son de la percussion aiguë : c’est là que se joue la signature. La basse arrive ensuite, copiée note pour note sur la grosse caisse. La grille d’accords ne vient qu’en quatrième position, souvent testée en une minute avec trois options parmi celles du lecteur ci-dessus. Enfin la voix est enregistrée tôt, avant que l’arrangement ne soit terminé, parce que c’est elle qui décide de la place laissée aux autres éléments. Le morceau se termine par soustraction : on retire jusqu’à ce qu’il ne reste que ce qui bouge.

Les cinq erreurs du débutant

  • Faire swinguer le motif. Le dembow est strictement droit ; un Q-Swing à 56 % le transforme en autre chose.
  • Écrire une ligne de basse indépendante. Dans ce genre, la basse est la grosse caisse : toute note qui ne correspond pas à une frappe brouille le bas du spectre.
  • Empiler les couches mélodiques. Au-delà de deux, l’arrangement se referme et la voix n’a plus de place.
  • Tout quantifier à 100 %. Un Q-Force de 85 à 90 % garde une part d’humain dans les percussions jouées.
  • Chercher un patch tout fait. Il n’y a pas de préréglage reggaeton dans Logic Pro, et c’est une bonne nouvelle : le motif se programme en cinq minutes et le son vous appartient.
Programmer, mixer et jouer ce genre de production

Programmer un dembow, synthétiser une basse sinus et traiter une voix font partie du socle technique que nous enseignons à Grenoble et à distance. La formation est éligible aux financements de la formation professionnelle.

  • Programmation rythmique et quantification
  • Synthèse et traitement de la basse
  • Enregistrement et montage de la voix
  • Mixage et préparation à la diffusion

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Où trouver des sons reggaeton ?

Dans Logic Pro

  • Drum Synth, pour fabriquer de zéro la grosse caisse, le rimshot et les percussions du motif.
  • Drum Machine Designer, pour répartir ces sons sur des pads et les éditer un par un.
  • Ultrabeat, plus ancien, qui reste pratique pour ses percussions électroniques et son séquenceur intégré.
  • Le kit Latin de Drummer et sa version Latin+, pour les congas, bongos et shakers joués.
  • ES2, pour la sous-basse sinusoïdale, et Alchemy pour les couches mélodiques.
  • Quick Sampler, pour transformer n’importe quel enregistrement en instrument jouable.

Boucles et banques

Vérifiez toujours la licence avant d’utiliser une boucle dans un morceau publié : « libre de droits » ne signifie pas « sans conditions ».

  • Splice, par abonnement, avec un catalogue reggaeton et dembow très fourni et une licence qui autorise l’usage commercial des sons téléchargés.
  • Loopmasters, à l’achat, pour des banques thématiques complètes.
  • Sample Magic, pour des banques orientées club et production urbaine.
  • Black Octopus Sound, pour des percussions et des basses synthétiques.
  • The Drum Broker, spécialisé dans les banques de batterie destinées aux producteurs.
  • Freesound, gratuit, sous licences Creative Commons variables qu’il faut lire au cas par cas.
  • Looperman, gratuit, avec des conditions fixées par chaque contributeur.

Instruments virtuels

  • Arturia, pour les émulations de synthétiseurs analogiques et de pianos électriques.
  • Native Instruments, pour les banques de percussions du monde et les synthétiseurs de basse.
  • Spectrasonics, dont le moteur de basse est très utilisé dans la production urbaine.
  • Spitfire LABS, gratuit, utile pour des nappes et des cordes discrètes.

Grain et caractère

  • iZotope Vinyl, gratuit, pour simuler un disque usé. Ce plug-in n’existe pas dans Logic Pro, contrairement à ce qu’on lit parfois.
  • XLN Audio RC-20 Retro Color, pour ajouter bruit, saturation et instabilité de hauteur.
  • Caelum Audio DAW Cassette, gratuit, pour une couleur de cassette proche de celle des productions underground des années 1990.

Pour le choix du matériel d’enregistrement et de l’écoute, voyez notre cours Équipez votre home studio.

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Lexique du reggaeton

  • DembowLe motif rythmique de base du genre, une découpe 3+3+2 répétée deux fois par mesure ; le mot désigne aussi un genre dominicain autonome.
  • TresilloDécoupe de huit croches en 3+3+2, héritée des musiques afro-caribéennes, qui sert de squelette au dembow.
  • RiddimAccompagnement instrumental jamaïcain conçu pour être réutilisé par plusieurs chanteurs différents.
  • PerreoDanse de couple très rapprochée née dans les clubs portoricains au début des années 1990, et par extension le style de morceaux conçus pour elle.
  • MarquesinaGarage ouvert sur la rue, typique de l’habitat portoricain, qui a servi de salle de fête et de studio aux débuts du genre.
  • Ad-libCourte interjection vocale doublée en arrière-plan, placée dans les silences de la voix principale.
  • BPMNombre de pulsations par minute, unité de mesure du tempo ; le reggaeton se situe entre 85 et 100.
  • QuantificationAlignement automatique des notes sur une grille rythmique, dosable dans Logic Pro par le paramètre Q-Force.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Dem BowShabba Ranks, 1990≈ 100 BPMBobby Digital, sur le riddim de Steely & ClevieLe rythme avant qu’il ne devienne un genre : la cellule est déjà là, mais jouée en dancehall.
Quiero BailarIvy Queen, 2003≈ 95 BPMIván Joy et Jeremy HardingComment une voix seule peut porter un morceau quand l’arrangement refuse de bouger.
Dale Don DaleDon Omar, 2003≈ 96 BPMLuny Tunes, Noriega et ChekaLe doublage systématique du refrain et l’entrée du chant dans un genre jusque-là surtout rappé.
GasolinaDaddy Yankee, 2004≈ 95 BPMLuny TunesLe modèle de référence : motif sec, basse collée à la grosse caisse, refrain scandé.
GinzaJ Balvin, 2015≈ 96 BPMSky RompiendoLe tournant colombien : arrangement réduit à quatre éléments et beaucoup d’espace autour de la voix.
DespacitoLuis Fonsi et Daddy Yankee, 2017≈ 89 BPMAndrés Torres et Mauricio RengifoCe que devient le dembow quand il sert une chanson pop : même motif, tout le reste change.

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée, les détections automatiques n’étant pas fiables.

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Labels, droits et synchronisation

L’économie du reggaeton s’est construite hors des maisons de disques. Les premières structures sont des labels de quartier montés par des DJ producteurs : Playero Records, la série The Noise de DJ Negro, Flow Music fondé par DJ Nelson, puis White Lion Records et VI Music qui publient les premiers albums à diffusion nationale. Daddy Yankee crée El Cartel Records, Luny Tunes leur propre structure de production, et Universal lance Machete Music en 2005 pour capter le marché. Aujourd’hui, la scène est dominée par des labels indépendants devenus puissants : Rimas Entertainment côté portoricain, Hear This Music autour de DJ Luian et Mambo Kingz, Neon16 côté production. Le rapport de force s’est inversé : ce sont les majors qui distribuent des labels latins, et non l’inverse.

En France, deux familles de droits cohabitent sur un même morceau. Le droit d’auteur protège l’œuvre, c’est-à-dire la composition et le texte, et se gère par la Sacem ainsi que par l’éditeur. Les droits voisins protègent l’enregistrement lui-même : ils appartiennent au producteur du phonogramme et aux artistes interprètes, et se gèrent par des sociétés distinctes. Cette séparation est la clé de tout ce qui suit : un morceau, ce sont toujours au moins deux autorisations.

La synchronisation, c’est-à-dire l’utilisation d’un morceau dans une publicité, une série, un film ou un jeu vidéo, est devenue une source de revenus majeure pour le genre : le reggaeton fournit une énergie immédiatement lisible et des tempos compatibles avec le montage. Une synchronisation exige l’accord des deux côtés, œuvre et enregistrement, ce qui explique que les agences préfèrent souvent commander une production originale plutôt que de négocier un titre connu. Pour présenter votre projet aux programmateurs, aux éditeurs et au public, la formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips dans Final Cut Pro, à créer votre EPK et à mettre en ligne votre site d’artiste.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

  • Un sample met en jeu deux droits distincts : celui de l’auteur et de son éditeur sur l’œuvre, et celui du producteur et des interprètes sur l’enregistrement. Obtenir l’un ne dispense jamais de l’autre.
  • Il n’existe aucune durée libre en droit français. Les seuils de deux, trois ou cinq secondes que l’on lit sur les forums n’ont aucune existence juridique.
  • La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé dans l’arrêt Pelham contre Hütter du 29 juillet 2019, à propos du morceau « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • L’exception de courte citation prévue par le Code de la propriété intellectuelle ne s’applique pas à la musique en pratique : elle suppose une œuvre citante qui commente l’œuvre citée, condition qu’un sample ne remplit pas.
  • Rejouer un motif au lieu de le sampler, ce qu’on appelle une interpolation, supprime le droit voisin sur l’enregistrement mais pas le droit d’auteur : l’accord de l’éditeur reste nécessaire.
  • La mention « non commercial » ou « à des fins pédagogiques » dans la description d’un morceau ne change rien : la contrefaçon existe indépendamment de tout profit.
  • Ce que vous pouvez utiliser librement : vos propres enregistrements, les packs libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers en Creative Commons selon la licence précise attachée à chacun, et les enregistrements du domaine public.
  • En France, l’œuvre tombe dans le domaine public 70 ans après la mort de son auteur ; l’enregistrement, lui, est protégé 70 ans à compter de sa publication, les phonogrammes publiés avant 1963 relevant de la règle transitoire issue de l’ancien délai de 50 ans.
  • La sanction encourue est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, sans compter les dommages et intérêts.
  • La procédure s’appelle clearance : on s’adresse au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, et l’on négocie soit un montant fixe, soit un pourcentage sur les droits du nouveau morceau. On ne « déclare » jamais un sample : on obtient une autorisation, par écrit, avant la sortie.

Aux États-Unis, la jurisprudence est contradictoire et vaut la peine d’être connue si vous visez ce marché. L’arrêt Bridgeport Music contre Dimension Films, rendu en 2005, pose qu’aucune tolérance n’existe pour l’échantillonnage d’un enregistrement, si bref soit-il. L’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone, rendu en 2016 par une autre cour d’appel fédérale, admet au contraire un seuil de minimis en dessous duquel l’emprunt n’est pas répréhensible. Les deux décisions coexistent selon les circuits judiciaires.

Le reggaeton a fourni l’illustration la plus spectaculaire de ces questions. En 2021, Cleveland Browne et les héritiers de Wycliffe Johnson, c’est-à-dire le duo Steely & Clevie, ont assigné devant un tribunal fédéral de Californie des dizaines d’artistes et de maisons de disques, estimant que le rythme de leur riddim de 1989 se retrouvait dans environ 1 800 morceaux. En juillet 2026, le juge André Birotte Jr. a estimé qu’un jury pourrait avoir à trancher ; le 1er septembre 2026, il a finalement écarté la thèse centrale des demandeurs, considérant qu’on ne peut pas revendiquer la propriété d’un assemblage abstrait d’éléments reconstitué à partir de plusieurs enregistrements différents. La procédure n’est pas close sur ses volets les plus étroits, et la leçon vaut pour tout producteur : un rythme en tant que tel se protège très mal, un enregistrement précis se protège très bien.

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Une playlist pour écouter le reggaeton

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis à partir des artistes de cette fiche. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Reggaeton, la découverte30 titres · 1 h 39

    De Shabba Ranks (1990) à Myke Towers (2023) : le dembow jamaïcain, Panamá, l’underground portoricain, l’explosion mondiale et la vague colombienne.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait le reggaeton

Deux noms de cette liste, Renato au Panama et Eddie Dee à Porto Rico, n’ont pas de page d’artiste identifiable sur Apple Music : ils apparaissent donc sans lien.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le reggaeton et le dembow ?

Le mot dembow désigne deux choses. C’est d’abord le motif rythmique qui sert de socle à tout le reggaeton, celui décrit plus haut. C’est aussi, depuis les années 2000, un genre à part entière né en République dominicaine, qui utilise ce même motif à un tempo bien plus élevé, généralement entre 110 et 130 BPM, avec une production volontairement brute et des voix criées. Autrement dit : tout morceau de reggaeton contient du dembow au sens rythmique, sans appartenir pour autant au genre dominicain. « Suave » d’El Alfa donne une bonne idée de la seconde acception.

Quel est le tempo du reggaeton ?

Entre 85 et 100 BPM, avec une concentration autour de 90 à 95. Si vous hésitez, 92 BPM est un point de départ sûr. En dessous de 85, le morceau bascule vers le trap latino et le ressenti passe en demi-temps ; au-dessus de 100, il se rapproche du dembow dominicain ou du moombahton. Relevez le tempo d’un titre de référence et composez d’abord à cette valeur, quitte à l’ajuster de deux ou trois BPM à l’oreille.

Quels sont les meilleurs artistes de reggaeton pour commencer ?

Pour les fondations, écoutez El General et Nando Boom pour le versant panaméen, puis Daddy Yankee, Ivy Queen et Tego Calderón pour l’invention portoricaine du genre. Pour la période de conquête, Don Omar, Wisin & Yandel et les productions de Luny Tunes. Pour la scène des quinze dernières années, J Balvin, Ozuna, Karol G, Bad Bunny, Feid et Rauw Alejandro. Les douze portraits plus haut suivent exactement cet ordre.

Faut-il chanter en espagnol pour faire du reggaeton ?

Non, mais la langue n’est pas neutre. Le genre s’est construit sur une prosodie espagnole faite de mots courts et d’accents toniques réguliers, qui tombent naturellement sur les frappes du motif. En français, la difficulté principale est le e muet, qui ajoute des syllabes là où le dembow n’en attend pas. La méthode qui fonctionne consiste à travailler d’abord le phrasé sur la grille rythmique, en syllabes neutres, puis à écrire les paroles par-dessus, plutôt que l’inverse.

Le reggaeton vient-il de Porto Rico ou du Panama ?

Des deux, et de la Jamaïque. Le Panama fournit le principe, c’est-à-dire le dancehall chanté en espagnol à la fin des années 1980 ; la Jamaïque fournit le rythme, avec le riddim de Steely & Clevie en 1989 et son remaniement de 1990 ; Porto Rico fournit la synthèse, en y greffant le rap, la production maison et un réseau de diffusion parallèle. Le mot, lui, est né à Porto Rico au milieu des années 1990. Ramener le genre à un seul pays revient à effacer deux tiers de son histoire, ce que les artistes panaméens reprochent régulièrement au récit dominant.

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Sources

  • Raquel Z. Rivera, Wayne Marshall et Deborah Pacini Hernandez (dir.), Reggaeton, Duke University Press, 2009.
  • Petra R. Rivera-Rideau, Remixing Reggaetón : The Cultural Politics of Race in Puerto Rico, Duke University Press, 2015.
  • Wayne Marshall, « Dem Bow, Dembow, Dembo : Translation and Transnation in Reggaeton », Lied und populäre Kultur, 2008.
  • Marisol LeBrón, Policing Life and Death : Race, Violence, and Resistance in Puerto Rico, University of California Press, 2019.
  • « Dembow : A Loop History », Red Bull Music Academy Daily, 2013.
  • Apple, Aide de Logic Pro et Aide de MainStage, documentation en ligne consultée en septembre 2026.
  • Décisions de justice citées : CJUE, Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, 29 juillet 2019 ; Bridgeport Music contre Dimension Films, 2005 ; VMG Salsoul contre Ciccone, 2016 ; Steely & Clevie Productions contre Vasquez et autres, tribunal fédéral de Californie, ordonnance du 1er septembre 2026.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?