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Phonk

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Le phonk est un style né du rap underground de Memphis, au Tennessee, dans les années 1990, puis remis en circulation au début des années 2010 par une génération de producteurs formés sur Internet. Il se joue entre 120 et 160 BPM selon la branche, autour de 150 BPM pour sa variante la plus répandue aujourd’hui, le drift phonk. On le reconnaît à trois traits : des voix samplées (prélevées sur des enregistrements existants) ralenties et abîmées, une boîte à rythmes de type 808 poussée dans la saturation, et une mélodie de cowbell (la cloche métallique de la boîte à rythmes, détournée en instrument) qui sert de refrain instrumental. Ses figures majeures vont de Three 6 Mafia, DJ Squeeky et Tommy Wright III à Memphis, à SpaceGhostPurrp et Lil Ugly Mane dans les années 2010, puis à Kaito Shoma, DVRST, INTERWORLD et Kordhell pour la vague en ligne.

  • PériodeRacines années 1990, genre nommé au début des années 2010
  • FoyerMemphis, puis Miami et Internet, puis Russie et Europe de l’Est
  • Tempo120 à 160 BPM, autour de 150 en drift phonk
  • Rythme4/4 ressenti en demi-temps, caisse claire sur le troisième temps
  • InstrumentsBoîte à rythmes 808, basse saturée, cowbell, voix samplées

Le phonk en bref

  • Origine : les cassettes de rap de Memphis des années 1990, relues au début des années 2010 par des producteurs en ligne qui en samplent les voix.
  • Son : grave long et saturé, charleston en doubles-croches, cowbell mélodique, souffle de bande assumé comme matière et non comme défaut.
  • Trois disques : Third Side of Tape de Lil Ugly Mane, FATALITY de Kordhell, Passo Bem Solto d’ATLXS.
  • En home studio : c’est l’un des styles les plus accessibles à produire seul, et l’un des plus difficiles à mixer sans bouillie.
  • Point propre au style : le sample de voix est au cœur de l’esthétique, et c’est aussi son principal risque juridique.

Trois disques pour entrer dans le phonk

Le phonk est un genre de morceaux plus que d’albums : la plupart de ses titres marquants sont parus en single, souvent sur des labels minuscules, parfois seulement sur les plateformes vidéo. Les trois disques ci-dessous couvrent ses trois âges : la première vague en ligne, le drift phonk, puis sa branche brésilienne.

  • Third Side of TapeLil Ugly Mane, 2015

    Cinquante pistes courtes, collées bout à bout comme une cassette recopiée trop de fois : c’est la méthode de la première vague mise à nu. On y entend le grain de bande, les voix ralenties et les batteries saturées avant que le genre ne se standardise.

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  • FATALITYKordhell, 2022

    La formule du drift phonk dans sa version la plus lisible : grave 808 long, charleston serré, cowbell qui porte toute la mélodie. Deux minutes, une intro courte, aucune modulation : le morceau est construit pour être reconnu en huit secondes.

    Écouter sur Apple Music
  • Passo Bem SoltoATLXS, 2024

    Le point de rencontre entre le phonk et le funk brésilien : la cowbell reste, mais la grosse caisse adopte les appuis du funk automotivo. C’est la branche qui a renouvelé le genre après l’essoufflement de la vague de 2022.

    Écouter sur Apple Music

Pochettes et liens Apple Music. Plusieurs disques et cassettes fondateurs du genre, dont Mystic Stylez, Mysterious Phonk et Mista Thug Isolation, ne figuraient pas au catalogue Apple Music français à la date de publication : les titres de ce type sont cités dans le texte sans lien.

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Qu’est-ce que le phonk ?

Ce qui existait avant

Avant le phonk, il y a Memphis. Dans les années 1990, la ville développe une scène de hip-hop qui vit presque entièrement hors du circuit des disquaires : les producteurs enregistrent chez eux, dupliquent des cassettes en petites séries et les vendent de la main à la main ou dans les magasins de quartier. DJ Spanish Fly, souvent cité comme l’un des premiers à imposer ce son, DJ Squeeky, dont le Volume 4 paraît en 1993, DJ Zirk, Kingpin Skinny Pimp, Tommy Wright III ou Gangsta Pat travaillent avec un matériel réduit : un échantillonneur, une boîte à rythmes, un magnétophone à cassette.

Le résultat porte les traces de sa fabrication. Les graves sont longs et flous, les aigus rongés par la copie, le niveau poussé jusqu’à la distorsion. Ce n’est pas une esthétique choisie au départ, c’est un effet de chaîne de production ; elle deviendra une esthétique vingt ans plus tard. La deuxième source vient de Houston, à plusieurs centaines de kilomètres de là : DJ Screw y met au point dans les années 1990 le chopped and screwed (technique consistant à ralentir un disque et à en répéter des fragments), qui abaisse la vitesse et la hauteur des morceaux. Le phonk hérite des deux villes : la matière de Memphis, le ralentissement de Houston.

La naissance du genre

Le repère le plus souvent cité de la période de Memphis est Mystic Stylez de Three 6 Mafia, paru le 30 mai 1995 chez Prophet Entertainment, produit intégralement par DJ Paul et Juicy J. Le groupe réunit alors DJ Paul, Juicy J et Lord Infamous, rejoints par Koopsta Knicca, Gangsta Boo et Crunchy Black. L’album n’invente pas le phonk, qui n’existe pas encore comme mot ni comme genre, mais il fixe le vocabulaire sonore dans lequel les producteurs viendront puiser.

Le genre naît réellement au début des années 2010, sur Internet plutôt que dans une ville. Son foyer est double : Miami, avec SpaceGhostPurrp, de son vrai nom Markese Rolle, né en 1991 et originaire de Carol City, dans la banlieue de Miami, et le collectif Raider Klan qu’il anime, où passent Denzel Curry, Xavier Wulf, Yung Simmie, Chris Travis et Amber London ; et une nébuleuse de producteurs dispersés qui publient sur les plateformes de partage. SpaceGhostPurrp met en ligne Blackland Radio 66.6 le 1er mai 2011, puis Mysterious Phonk : The Chronicles of SpaceGhostPurrp le 12 juin 2012 chez 4AD. La même année, Lil Ugly Mane publie Mista Thug Isolation, versant le plus abrasif de cette première vague.

L’origine du mot

Le mot « phonk » est associé à SpaceGhostPurrp, qui l’emploie et le fait circuler au début des années 2010 : c’est une graphie déformée de funk, dans la lignée du G-funk californien. Il apparaît dans plusieurs de ses titres avant de servir de nom au genre. La graphie avec « ph » n’a pas d’autre sens que cette déformation volontaire, courante dans le rap du Sud des États-Unis ; elle a l’avantage d’être unique et donc facile à suivre dans les moteurs de recherche, ce qui a compté dans la diffusion du genre.

La mutation : le drift phonk

À la fin des années 2010, une branche se détache et finit par éclipser le reste : le drift phonk, développé en grande partie par des producteurs russes et d’Europe de l’Est. Plus rapide, plus agressif, il abandonne presque entièrement le rap pour devenir une musique instrumentale destinée au montage vidéo : courses de drift automobile, séances de musculation, extraits d’animation japonaise. « Scary Garry » de Kaito Shoma, paru en 2016, est souvent considéré comme l’un des premiers morceaux du genre. La bascule vers le grand public vient ensuite : Spotify ouvre une liste de lecture phonk officielle en mai 2021, essentiellement composée de drift phonk, et la vague TikTok de 2021 et 2022 fait le reste.

Le genre n’est pas mort de ce succès, mais il a changé de nature. Ce qui était une relecture de cassettes de Memphis par des amateurs d’archives est devenu un format court, instrumental, optimisé pour les vidéos verticales, avec ses labels, ses certifications de disques d’or et ses classements. Les deux phonk coexistent aujourd’hui, et le second ignore largement le premier.

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Le phonk en sept dates

  1. 1993Memphis sur cassetteDJ Squeeky publie son Volume 4, l’un des repères de la vague de cassettes autoproduites qui fournira plus tard la matière du phonk.
  2. 1995Mystic StylezLe 30 mai, Three 6 Mafia publie Mystic Stylez chez Prophet Entertainment, produit par DJ Paul et Juicy J.
  3. 2011Le mot circuleLe 1er mai, SpaceGhostPurrp met en ligne Blackland Radio 66.6 ; le terme « phonk » commence à désigner une manière de produire.
  4. 2012Le genre prend son nomLe 12 juin, Mysterious Phonk paraît chez 4AD ; la même année, Lil Ugly Mane publie Mista Thug Isolation.
  5. 2016Le drift phonk apparaît« Scary Garry » de Kaito Shoma est souvent considéré comme l’un des premiers morceaux de la branche qui dominera le genre.
  6. 2021Le basculementSpotify ouvre en mai une liste de lecture phonk officielle ; « Close Eyes » de DVRST paraît le 1er février et « Metamorphosis » d’INTERWORLD le 25 novembre.
  7. 2022Les classements« Murder in My Mind » de Kordhell sort le 21 janvier et atteint le top 10 du classement américain Hot Dance/Electronic Songs en septembre.

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Le morceau pour comprendre

« RAVE » de Dxrk ダーク, paru en 2022, est le morceau qui explique le genre le plus vite. L’introduction ne dure que quelques secondes : une nappe filtrée, puis la grosse caisse entre seule. Vers 0 min 10 s, la cowbell arrive et joue la mélodie entière ; elle ne changera pratiquement plus jusqu’à la fin. Écoutez à 0 min 25 s comment la basse 808 glisse d’une note à l’autre au lieu de les attaquer franchement : ce glissement, obtenu par un portamento (glissement continu de hauteur entre deux notes), est l’une des signatures du style. Vers 1 min 00 s, le morceau retire tout sauf la cowbell pendant deux mesures, puis relance : c’est le seul événement d’arrangement de tout le titre, et il suffit. À 1 min 30 s, notez que le charleston ne varie jamais de figure, seulement de niveau. Le morceau dure moins de deux minutes.

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Les caractéristiques musicales

Le rythme

Le phonk se joue en 4/4, sans exception notable. Le tempo dépend de la branche : comptez 120 à 135 BPM pour le phonk d’inspiration Memphis, 140 à 160 BPM pour le drift phonk, avec 150 BPM comme point de départ raisonnable. Ces chiffres varient selon les sources, parce qu’un même morceau peut se compter à deux vitesses : la grille court vite, mais la caisse claire ne tombe qu’une fois par mesure, ce qu’on appelle un ressenti en demi-temps (half-time). C’est de là que vient l’impression de lourdeur malgré le tempo élevé.

Le motif ci-dessous est écrit sur une mesure de 4/4 découpée en 16 doubles-croches, à 150 BPM. Les pas 1, 5, 9 et 13 sont les quatre temps. La grosse caisse pose le premier temps puis deux appuis syncopés ; la caisse claire tombe sur le seul troisième temps, ce qui installe le demi-temps, avec une note fantôme au dernier pas qui annonce la reprise ; le charleston court en doubles-croches avec un accent une fois sur deux ; la cowbell joue par-dessus une figure qui ne suit ni la grosse caisse ni la caisse claire, et c’est ce décalage qui donne au phonk son balancement particulier.

1234
Grosse caisse
Caisse claire
Charleston
Cowbell
FrappeNote fantômeVarianteLes pas 1, 5, 9 et 13 sont les temps.

Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. La cowbell n’a pas de voix dédiée : elle est jouée par la percussion la plus proche, plus mate que la vraie cloche d’une 808.

L’harmonie

Le phonk est modal et statique. Beaucoup de morceaux n’ont aucune suite d’accords au sens classique : une basse tenue, une mélodie de cowbell, et c’est tout. Quand il y a des accords, ils tournent en boucle de deux ou quatre mesures, presque toujours en mineur, et ne modulent jamais. L’intérêt harmonique est ailleurs : dans la couleur du mode choisi et dans la tension entre la basse et la mélodie.

  • La boucle la plus courante est i, VI, VII, soit Am, F, G en la mineur : trois accords, aucune tension à résoudre, un tour parfait pour une boucle.
  • La variante à quatre accords i, VI, III, VII ajoute un degré et une respiration : Am, F, C, G. Elle est très fréquente dans le drift phonk mélodique.
  • Le mode phrygien, avec sa seconde mineure, fournit la couleur menaçante que cherchent beaucoup de producteurs : en la phrygien, l’aller-retour Am, B♭ suffit.
  • La balance i, iv (Am, Dm) donne un climat plus lourd et moins lumineux, souvent employé quand la cowbell joue peu de notes.
  • Les mélodies de cowbell se construisent sur la gamme mineure naturelle ou sur le phrygien, dans une tessiture qui dépasse rarement l’octave.

Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, une boucle de quatre mesures.

L’instrumentation

Aucun instrument acoustique dans le phonk. La palette tient en quatre familles. D’abord les sons de boîte à rythmes dérivés de la TR-808 de Roland : grosse caisse longue et accordée, caisse claire sèche, charleston court et cowbell métallique. Ensuite la basse dite 808, qui est en réalité la même grosse caisse jouée longue et accordée sur des notes précises, produite au synthétiseur et saturée. Puis les voix samplées de Memphis, ralenties, hachées et parfois inversées. Enfin des nappes ou des cloches synthétiques passées au filtre, qui remplissent l’arrière-plan.

La cowbell mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle n’est pas un choix décoratif. Elle occupe une bande de fréquences comprise à peu près entre 600 Hz et 2 kHz que rien d’autre n’occupe dans ces morceaux bâtis sur des graves et des percussions sèches. Elle passe donc sur le haut-parleur d’un téléphone, là où la basse 808 disparaît complètement. Sa durée très courte lui permet en outre de jouer des mélodies rapides sans encombrer le mixage : c’est un choix acoustique autant qu’esthétique. Le souffle de bande, lui, fait partie de la matière : ce n’est pas un défaut à corriger.

La voix et la forme

La voix suit deux régimes opposés selon la branche. Dans le phonk d’inspiration Memphis, elle est centrale : un couplet rappé, souvent grave, parfois ralenti, sur lequel le beat sert de socle. Dans le drift phonk, elle devient un instrument parmi d’autres, réduite à une phrase courte répétée, coupée, transposée, jusqu’à ce que le sens du texte disparaisse au profit de son grain. Beaucoup de morceaux n’ont aucune voix du tout.

La forme est d’une simplicité radicale et parfaitement assumée. Une intro de quatre à huit mesures, l’entrée de la cowbell, une boucle de huit ou seize mesures répétée, un retrait de la batterie au milieu, une relance, une fin abrupte. La durée médiane tourne autour de deux minutes, parfois moins. Il n’y a ni pont, ni modulation, ni développement : le morceau n’est pas conçu pour être écouté d’un bout à l’autre dans un salon, mais pour être reconnu en quelques secondes dans un flux vidéo.

Exercice d’écoute

Reprenez « RAVE » de Dxrk ダーク et répondez à ces trois questions avant de lire les réponses.

  • Sur quel temps tombe la caisse claire ? Réponse : sur le troisième temps, une seule fois par mesure. Ce que vous apprenez : à reconnaître un ressenti en demi-temps, qui explique pourquoi un morceau à 160 BPM peut sembler lent.
  • La basse attaque-t-elle chaque note, ou glisse-t-elle ? Réponse : elle glisse d’une note à l’autre sur plusieurs passages. Ce que vous apprenez : à entendre un portamento, et à comprendre qu’il s’agit d’un réglage de synthétiseur et non d’un effet ajouté au mixage.
  • Combien de fois la mélodie de cowbell change-t-elle de notes ? Réponse : pratiquement jamais ; seuls son niveau et son accompagnement changent. Ce que vous apprenez : que dans ce style la variation passe par l’arrangement et non par la mélodie.

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Phonk, trap et Memphis rap : ce qui les sépare

Le Memphis rap des années 1990 est la source. Ce sont des morceaux rappés, enregistrés et diffusés sur cassette, entre 120 et 135 BPM en demi-temps, au son sombre et abîmé par la duplication. Le phonk en est la relecture, trente ans plus tard, par des producteurs qui samplent ces voix, les ralentissent et les noient dans la saturation ; le drift phonk pousse ensuite le tempo vers 150 BPM et remplace le rap par une mélodie de cowbell.

La trap, née à Atlanta à la fin des années 1990 et imposée dans les années 2000, jouée entre 140 et 150 BPM, partage avec le phonk la boîte à rythmes 808 et le ressenti en demi-temps, mais elle se construit autour de charlestons virtuoses en triolets, de mélodies aiguës et d’une production nette, où chaque élément est défini et séparé. Le phonk assume l’inverse : samples ralentis, saturation, souffle de cassette, et surtout cette cowbell mélodique qui n’existe pratiquement pas dans la trap. La conséquence pratique est parlante pour qui produit : un morceau de phonk mal mixé sonne encore comme du phonk, alors qu’un morceau de trap mal mixé sonne simplement raté.

Plus loin encore, le boom bap new-yorkais des années 1990 travaille lui aussi de la matière samplée, mais deux fois plus lentement, entre 85 et 100 BPM, avec une batterie acoustique mise en avant et sans saturation. Et si l’on cherche un cousin européen du phonk dans sa manière de ralentir et d’assombrir des boucles empruntées, c’est du côté du trip-hop de Bristol, entre 80 et 100 BPM, qu’il faut regarder : même goût du grain, projet esthétique opposé.

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Sous-genres et styles voisins

  • Memphis phonk120 à 135 BPMLa branche fidèle aux cassettes des années 1990 : voix rappées ralenties, batterie lourde en demi-temps, saturation de bande. Elle reste minoritaire mais fournit toute la matière samplée du reste du genre.
  • Drift phonk140 à 160 BPMLa branche dominante depuis 2020 : instrumentale, rapide, bâtie sur une mélodie de cowbell et une basse 808 très saturée. C’est elle que l’on entend dans les montages vidéo de course automobile.
  • House phonk125 à 135 BPMUn croisement avec la musique de club : grosse caisse sur les quatre temps, cowbell conservée, structure plus longue. Il se danse là où le drift phonk ne se danse pas.
  • Rage phonkDepuis 2022Une version plus dure, aux synthétiseurs criards et aux basses distordues, proche par l’intention de certaines musiques électroniques extrêmes. Les morceaux y sont encore plus courts.
  • Phonk brésilien (funk automotivo)130 à 160 BPMLa rencontre entre le phonk et le funk carioca : la cowbell reste, mais les appuis viennent du tamborzão brésilien. Au Brésil, on parle plutôt de funk automotivo ; le mot « phonk » y est surtout une étiquette d’exportation.
  • Sexy phonkDepuis 2022Une déclinaison plus douce, aux nappes tenues et aux voix féminines très traitées, née de la circulation du genre sur les réseaux. Le motif de batterie ne change pas, seule l’ambiance change.
  • Boom bap85 à 100 BPMLe voisin new-yorkais, contemporain des cassettes de Memphis mais deux fois plus lent, avec une batterie acoustique nette et sans saturation. C’est l’autre grande école du sample dans le rap.Lire la fiche
  • Trip-hop80 à 100 BPMLe cousin britannique par le goût du grain et de la boucle ralentie, né à Bristol au début des années 1990. La parenté est de méthode, pas de répertoire.Lire la fiche

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La démarche artistique

Le phonk est probablement le genre le plus solitaire de la musique populaire récente. Il n’y a ni groupe, ni studio, ni ingénieur du son : un producteur, un ordinateur, un casque, et une publication directe sur une plateforme. Les collectifs existent, mais ce sont des réseaux d’entraide et de promotion croisée plutôt que des groupes au sens musical. Le Raider Klan de SpaceGhostPurrp fonctionnait déjà ainsi au début des années 2010 ; les labels de drift phonk fonctionnent de la même manière aujourd’hui, en agrégeant des producteurs qui ne se sont jamais rencontrés.

La deuxième particularité est que l’image compte autant que le son. Un morceau de drift phonk n’existe presque jamais seul : il est pensé avec sa vidéo, son extrait de quinze secondes, sa pochette au contraste poussé, son pseudonyme écrit sans voyelles. Le rapport au sample est également particulier : là où le rap classique samplait de la soul et du funk pour leur harmonie, le phonk sample des voix pour leur texture et leur réputation. Prélever une phrase de Memphis, c’est revendiquer une filiation autant qu’utiliser un son.

Sur scène, le phonk pose un vrai problème : il n’y a rien à jouer. Les artistes qui tournent ont donc adopté des dispositifs de clavier et de contrôleur, où la cowbell et la 808 sont rejouées en direct plutôt que lancées en bloc. C’est exactement le terrain de MainStage : un même patch peut empiler par plages de touches la cowbell dans l’aigu, la basse 808 dans le grave et un pad tenu au milieu, ce qui permet de jouer un morceau entier d’une seule main sur un clavier maître, avec les pistes d’accompagnement en fond. Les concerts de phonk ressemblent alors davantage à un jeu de clavier qu’à un passage de disc-jockey.

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Le phonk aujourd’hui

La vague de 2021 et 2022 est passée, et c’est une bonne nouvelle pour le genre : ce qui reste s’est diversifié. La branche la plus vivante est brésilienne, où le croisement avec le funk carioca a produit une famille entière de morceaux, souvent appelés montagens, qui empilent des fragments vocaux sur un motif de percussions serré. La branche atmosphérique, plus lente et plus mélodique, a elle aussi trouvé son public, avec des morceaux comme « Memory Reboot » de VØJ et Narvent, qui tiennent davantage de la musique d’ambiance que du rap.

Faire du phonk en 2026 sans refaire 2022 suppose quelques décisions simples. La première est de renoncer à la cowbell comme mélodie principale, ou au moins de ne pas la mettre seule : la doubler à l’octave avec une cloche synthétique, ou lui faire jouer un contre-chant plutôt que le thème, suffit à déplacer le morceau. La deuxième est de retravailler le grave : la 808 saturée jusqu’au bout est devenue un lieu commun, alors qu’une basse plus courte, laissant de l’air entre les notes, redonne du mouvement. La troisième est d’allonger un peu la forme, ou au contraire de l’écourter franchement, plutôt que de reproduire le format de deux minutes devenu standard.

Il faut aussi regarder d’où souffle le vent. Le phonk a beaucoup emprunté aux musiques électroniques dures, et la circulation continue : on entend des motifs de hardstyle dans le rage phonk, des basses de drum and bass dans certaines productions récentes, et des appuis de dancehall dans les branches caribéennes du funk brésilien. Un producteur qui connaît ces répertoires a tout simplement plus d’idées.

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Douze artistes pour commencer

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Reproduire le phonk en home studio

Prérequis : savoir créer un projet, régler un tempo, ouvrir un instrument logiciel et programmer des notes dans l’éditeur. Si ces gestes ne sont pas encore acquis, le cours Bien démarrer sur Logic Pro les couvre en entier. La méthode qui suit est écrite pour Logic Pro, mais elle se transpose à n’importe quelle station de travail.

1. Tempo et groove

  • Réglez le projet sur 150 BPM en 4/4, et travaillez sur une boucle de huit mesures plutôt que sur une seule.
  • Choisissez une valeur de quantification de 1/16 : sans valeur choisie, le paramètre de balancement reste inopérant.
  • Descendez le paramètre Q-Force, qui règle la force de la quantification, autour de 85 % pour que les frappes gardent un léger flottement.
  • Réglez le Q-Swing sur 54 % si vous visez le versant Memphis : à 50 % la grille est droite, à 66 % elle devient ternaire. Le Q-Swing ne déplace que les pas pairs de la grille.
  • Laissez le drift phonk en 50 %, c’est-à-dire parfaitement droit : le balancement appartient à la branche Memphis, pas à celle-ci.
  • Retenez l’unité de temps interne de Logic si vous décalez des notes à la main : 960 tics par noire, donc 240 tics par double-croche.

2. La batterie

  • Ouvrez Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique de la bibliothèque native : les timbres dérivés des boîtes à rythmes des années 1980 y figurent, sous des noms génériques puisque Apple n’emploie pas les marques d’origine.
  • Programmez le motif au Step Sequencer, qui affiche directement les 16 pas de la grille présentée plus haut.
  • Placez la grosse caisse aux pas 1, 7 et 11, et la caisse claire au seul pas 9 : c’est ce qui produit le ressenti en demi-temps.
  • Écrivez le charleston sur les 16 pas, puis descendez la vélocité des pas pairs autour de 30 sur 127 : ces notes fantômes (frappes très douces, à peine audibles seules) font tout le mouvement du motif.
  • Raccourcissez la durée de la caisse claire à environ 120 ms et coupez sous 180 Hz dans son Channel EQ, pour lui laisser la place que la 808 occupe dans le grave.
  • Ajoutez un Overdrive léger sur le bus de batterie, gain de saturation autour de 15 %, comme sur « FATALITY » (Kordhell, 2022), où la batterie est déjà saturée avant d’arriver au mixage.

3. La basse 808

  • Créez la sous-basse avec ES2 : c’est l’instrument natif qui propose une onde sinusoïdale, absente de Retro Synth.
  • Réglez l’enveloppe d’amplitude (ADSR) avec une attaque à zéro et un déclin de 1 à 2 secondes, sans maintien : la note doit mourir seule.
  • Activez le mode monophonique et un portamento de 60 à 100 ms pour obtenir les glissements caractéristiques, audibles sur « RAVE » (Dxrk ダーク, 2022).
  • Saturez avec Overdrive puis, si votre Mac est à processeur Apple silicon, avec ChromaGlow, arrivé avec Logic Pro 11 : ce sont les harmoniques ajoutées, et non le grave, qui rendent la basse audible sur un téléphone.
  • Insérez un Compressor sur la piste de basse et choisissez la grosse caisse comme source de Side Chain : ratio 4:1, seuil autour de -18 dB, attaque 1 ms, relâchement 100 ms.
  • N’utilisez pas le Ducker pour cela : il renvoie le signal de Side Chain dans sa propre sortie et ne s’insère que sur un auxiliaire ou une sortie, ce qui n’est pas ce que vous cherchez ici.

4. Harmonie et instruments

  • Chargez un échantillon de cowbell dans Quick Sampler en mode One Shot : il devient jouable sur tout le clavier, alors que le mode Slice sert à découper une boucle.
  • Ou resynthétisez-la dans Retro Synth en mode Analog : deux oscillateurs carrés espacés d’environ sept demi-tons, filtre passe-bande vers 800 Hz, déclin de l’ordre de 150 ms.
  • Faites suivre d’un Clip Distortion ou d’un Overdrive : la cowbell du drift phonk est toujours distordue, jamais propre.
  • Écrivez la mélodie sur une octave au maximum, dans la gamme mineure naturelle ou en phrygien, et tenez-vous-y sur tout le morceau.
  • Pour les nappes de fond, Alchemy permet de croiser jusqu’à quatre sources A, B, C et D ; Vintage Mellotron, également natif, donne un fond de cordes mangé par la bande qui colle bien au genre.
  • Faites respirer ces nappes avec un Compressor en Side Chain déclenché par la grosse caisse, jamais avec le Ducker.

5. La voix

  • Enregistrez vos propres voix, ou partez de banques libres de droits : c’est la seule voie sûre, et la section sur les droits plus bas explique pourquoi.
  • Pour ralentir un enregistrement, activez Flex Time sur la piste audio concernée, en mode Speed (FX) : ce mode modifie la hauteur en même temps que la vitesse, ce qui est exactement l’effet recherché.
  • Vérifiez que l’option Flex & Follow est active sur la région si vous voulez qu’elle suive le tempo du projet.
  • Descendez de 3 à 5 demi-tons : au-delà, la voix devient inintelligible et perd son grain.
  • Ne passez pas par Varispeed, qui agit sur le projet entier et non sur une seule piste.
  • Terminez par un Bitcrusher réglé en douceur, puis un passe-haut à 200 Hz et un passe-bas à 6 kHz dans Channel EQ pour obtenir l’effet de cassette.

6. Le mixage

  • Créez un bus qui regroupe tout sauf la grosse caisse et la basse, et posez-y un passe-haut à 80 Hz.
  • Ajoutez sur ce même bus un passe-bas entre 12 et 14 kHz : c’est ce qui donne la sensation de bande sans toucher au grave.
  • Envoyez la seule cowbell vers un départ auxiliaire équipé de ChromaVerb, temps de réverbération de 0,8 à 1,2 s, pré-délai de 20 ms.
  • Laissez la grosse caisse et la basse parfaitement sèches : toute réverbération sur le grave transforme le morceau en bouillie.
  • Si vous voulez épaissir la batterie sans écraser les transitoires, utilisez une compression parallèle plutôt que d’augmenter la compression en insert.
  • Visez un master entre -9 et -7 LUFS intégrés si vous cherchez le niveau du genre, en sachant que les plateformes normalisent autour de -14 LUFS : la saturation fait partie du son, elle ne vous rendra pas plus fort à la lecture, et c’est au mastering d’arbitrer.

Ce qu’un praticien fait vraiment

Un producteur de phonk ne commence presque jamais par la batterie. Il commence par la cowbell : il cherche une mélodie de huit notes qui tienne toute seule, en la jouant au clavier sur une boucle de batterie provisoire, et il ne garde le projet que si cette mélodie l’accroche au bout de vingt secondes. La batterie vient ensuite, et elle est souvent copiée d’un modèle antérieur presque à l’identique, parce qu’elle n’est pas là pour être originale.

Le deuxième geste courant est la vérification en conditions réelles : le morceau est exporté et écouté sur le haut-parleur d’un téléphone, pas sur des enceintes de studio. Si la cowbell et la caisse claire ressortent et que le morceau garde son poids alors que la basse a presque disparu, c’est juste. Si tout s’écrase en un médium indistinct, la saturation est trop haute d’un cran. Le troisième geste est le plus contre-intuitif : une fois le morceau fini, beaucoup de producteurs en retirent une piste, puis une deuxième, et gardent la version la plus dépouillée. Notez enfin que les traitements les plus lourds, les saturations à plusieurs étages et les limiteurs très poussés, sont des pratiques modernes : les cassettes de Memphis des années 1990 saturaient par accident, pas par réglage.

Les cinq erreurs du débutant

  • Empiler les couches : quatre pistes bien posées sonnent plus fort que douze, parce que le phonk tient par la place laissée entre les éléments.
  • Tout quantifier à 100 % : la grille parfaitement droite existe en drift phonk, mais elle tue le versant Memphis, où le flottement fait le style.
  • Mettre de la réverbération sur la basse 808 : le grave a besoin d’être sec, sinon il masque tout le reste.
  • Saturer une dernière fois « pour être sûr » au master : la distorsion s’additionne d’un étage à l’autre et devient irrattrapable.
  • Prélever un extrait d’un disque existant en se disant que quelques secondes ne comptent pas : elles comptent, et la section suivante explique pourquoi.
Produire et mixer votre phonk dans Logic Pro

Construire une cowbell, une 808 et un motif de batterie est à la portée de tout le monde ; faire tenir les trois ensemble à fort niveau est un métier. Nos formations, certifiées Qualiopi et finançables, vous font travailler sur vos propres morceaux.

  • Programmer une batterie et un grave qui ne se masquent pas
  • Fabriquer vos sons plutôt que de dépendre de banques
  • Maîtriser la saturation, le niveau et la normalisation des plateformes
  • Préparer un jeu de patches pour la scène

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Où trouver des sons phonk ?

Dans Logic Pro

La bibliothèque native suffit à produire un morceau entier. Drum Machine Designer fournit les kits électroniques, Quick Sampler rend jouable n’importe quel échantillon, ES2 produit la sous-basse sinusoïdale, Retro Synth en mode Analog sert à la cowbell resynthétisée, Alchemy et Vintage Mellotron couvrent les nappes. Côté effets, Overdrive, Clip Distortion, Bitcrusher, Channel EQ, Compressor et ChromaVerb forment une chaîne complète, à laquelle ChromaGlow ajoute depuis Logic Pro 11 une saturation de qualité supérieure sur les Mac à processeur Apple silicon. Beat Breaker, arrivé avec la version 10.8, permet de redécouper une boucle audio et de la remettre en place autrement, ce qui donne des résultats intéressants sur des voix ralenties.

Boucles et banques

  • Splice : abonnement par crédits, catalogue phonk fourni, licence libre de droits incluse pour un usage commercial.
  • Loopmasters : vente à l’unité, banques de percussions et de 808 de bonne qualité, licence libre de droits.
  • Sample Magic : catalogue orienté musiques électroniques, utile pour les charlestons et les impacts.
  • Black Octopus Sound : banques de basses et de percussions saturées, licence libre de droits.
  • The Drum Broker : spécialiste des batteries de rap, y compris les timbres des boîtes à rythmes des années 1980.
  • Freesound : sons versés sous licences Creative Commons, à lire au cas par cas avant tout usage commercial.
  • Looperman : boucles gratuites déposées par des membres, utilisables sous conditions, avec obligation de créditer l’auteur.

Instruments virtuels

  • Arturia : émulations de boîtes à rythmes et de synthétiseurs vintage, utiles pour les timbres de 808.
  • Native Instruments : la version gratuite de son échantillonneur suffit à charger vos propres cowbells.
  • Spectrasonics : bibliothèque de basses très étendue, pour qui veut sortir de la 808 pure.
  • Spitfire LABS : instruments gratuits, précieux pour les nappes et les cordes traitées.

Grain et caractère

Pour choisir le matériel qui va autour, notre cours Équipez votre home studio détaille les arbitrages entre carte son, casque, enceintes et traitement acoustique, y compris pour les budgets serrés.

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Lexique du phonk

  • CowbellCloche métallique de la boîte à rythmes TR-808, détournée en instrument mélodique et jouée chromatiquement.
  • 808Désigne par métonymie la grosse caisse accordée de la TR-808, jouée longue et saturée, qui tient le rôle de basse.
  • Chopped and screwedTechnique née à Houston consistant à ralentir un enregistrement et à en répéter des fragments courts.
  • Demi-tempsRessenti où la caisse claire ne tombe qu’une fois par mesure, ce qui fait paraître lent un tempo rapide.
  • MontagemFormat brésilien fait d’un empilement de fragments vocaux courts sur un motif de percussions serré.
  • PhrygienMode mineur à seconde abaissée, qui fournit au phonk sa couleur la plus sombre.
  • Quick SamplerÉchantillonneur natif de Logic Pro, qui rend un son jouable sur tout le clavier en mode One Shot.
  • LUFSUnité de mesure du niveau sonore perçu, sur laquelle les plateformes s’appuient pour normaliser la lecture.

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Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter

MorceauTempoProductionCe qu’il enseigne
Russian DriftKaito Shoma, 2021≈ 150 BPMBatterie sèche, cowbell très en avant, peu de réverbérationLe squelette du drift phonk avant sa standardisation
FATALITYKordhell, 2022≈ 150 BPMSaturation à plusieurs étages, master très fortComment un morceau se rend reconnaissable en huit secondes
RAVEDxrk ダーク, 2022≈ 160 BPMBasse monophonique à portamento, arrangement réduit à un seul retraitLe glissement de la 808 comme signature de style
FlareHensonn, 2022≈ 145 BPMNappes filtrées, cowbell doublée, grave plus courtComment aérer un morceau sans perdre son poids
Memory RebootVØJ et Narvent, 2023≈ 130 BPMRéverbération longue, batterie en retrait, mélodie tenueLa branche atmosphérique, plus proche de la musique d’ambiance
Passo Bem SoltoATLXS, 2024≈ 130 BPMPercussions brésiliennes, voix hachées, grave plus secCe que le funk brésilien apporte au motif du phonk

Tempos approximatifs, mesurés à l’oreille ; pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables).

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Labels, droits et synchronisation

Le phonk n’a pas eu de label fondateur au sens classique. Prophet Entertainment à Memphis dans les années 1990, puis 4AD pour l’album de SpaceGhostPurrp en 2012, sont des exceptions dans une histoire faite d’autoproduction. La structuration est venue plus tard, avec des labels de distribution numérique spécialisés dans le drift phonk, dont Black 17 Media, qui a publié plusieurs des titres les plus certifiés du genre. Le modèle économique ne repose pas sur la vente mais sur le volume de lectures, sur la synchronisation dans des vidéos et des jeux, et de plus en plus sur la licence pour des montages sportifs et automobiles.

La synchronisation est d’ailleurs le débouché le plus réaliste pour un producteur francophone : un morceau instrumental de deux minutes, sans voix identifiable et sans échantillon emprunté, est exactement ce que cherchent les agences de production audiovisuelle. Encore faut-il que les droits soient nets, ce qui exclut tout sample non autorisé. Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos clips, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.

Ce que la loi autorise, ce qu’elle interdit

  • Un sample met en jeu deux droits distincts : celui de l’auteur et de l’éditeur sur l’œuvre, et celui du producteur et des interprètes sur l’enregistrement. Il faut donc deux autorisations, pas une.
  • Il n’existe en France aucune durée libre : ni deux secondes, ni cinq, ni huit mesures. Le seuil des quelques secondes tolérées est une légende de forum.
  • La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé le 29 juillet 2019 dans l’arrêt Pelham contre Hütter, à propos du morceau « Metall auf Metall » de Kraftwerk : un extrait même très bref reste protégé, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute.
  • L’exception de courte citation, qui existe pour le texte, ne s’applique pas à la musique en droit français.
  • Rejouer la mélodie au lieu de la prélever, ce qu’on appelle une interpolation, ne dispense pas de l’accord de l’éditeur : vous échappez au droit sur l’enregistrement, pas à celui sur l’œuvre.
  • Publier « sans but commercial » ne change rien : la mise à disposition du public suffit à constituer l’acte d’exploitation.
  • Ce qui est libre : vos propres enregistrements, les banques vendues libres de droits dont vous avez lu la licence, les fichiers sous Creative Commons selon la licence exacte, et les enregistrements tombés dans le domaine public.
  • En France, l’œuvre entre dans le domaine public 70 ans après la mort de l’auteur, et l’enregistrement 70 ans après sa publication, avec une règle transitoire particulière pour les phonogrammes publiés avant 1963.
  • La sanction est celle de la contrefaçon : l’article L335-4 du Code de la propriété intellectuelle prévoit jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.
  • La procédure d’autorisation, dite clearance, s’adresse au label pour l’enregistrement et à l’éditeur pour l’œuvre, contre un montant fixe ou un pourcentage des droits. On ne « déclare » jamais un sample : on en obtient l’autorisation, ou on ne le publie pas.
  • Aux États-Unis, la jurisprudence est divisée : l’arrêt Bridgeport de 2005 n’admet aucune tolérance, tandis que l’arrêt VMG Salsoul contre Ciccone de 2016 retient au contraire une exception pour les emprunts insignifiants. Cette divergence ne protège en rien une publication depuis la France.

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Une playlist pour écouter la phonk

Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.

  • Phonk, la découverte30 titres · 1 h 35

    De DJ Spanish Fly (1988) à ATLXS (2024) : le rap underground de Memphis, le renouveau SoundCloud, la drift phonk et le phonk brésilien.

    Ouvrir dans Apple Music

Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.

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Les 100 artistes qui ont fait le phonk

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Questions fréquentes

Quel est le tempo du phonk ?

Comptez 120 à 160 BPM selon la branche. Le phonk d’inspiration Memphis se situe entre 120 et 135 BPM, le drift phonk entre 140 et 160 BPM, avec 150 BPM comme valeur de départ la plus courante. Attention à une ambiguïté fréquente : parce que la caisse claire ne tombe qu’une fois par mesure, un même morceau peut être compté à 150 ou à 75 BPM selon la lecture, et les logiciels de détection automatique donnent souvent la moitié du tempo réel.

Quelle est la différence entre le phonk et la trap ?

Les deux styles partagent la boîte à rythmes 808 et un ressenti en demi-temps, mais leur intention est opposée. La trap, née à Atlanta à la fin des années 1990 et imposée dans les années 2000, vise une production nette, avec des charlestons virtuoses en triolets et des mélodies aiguës bien définies. Le phonk assume la dégradation : samples ralentis, saturation, souffle de cassette, et surtout une cowbell mélodique qui n’existe pratiquement pas dans la trap.

Quels sont les meilleurs artistes de phonk pour commencer ?

Pour les racines, écoutez Three 6 Mafia, DJ Squeeky et Tommy Wright III. Pour la première vague en ligne, SpaceGhostPurrp et Lil Ugly Mane. Pour le drift phonk, Kaito Shoma, DVRST, INTERWORLD, Kordhell et Dxrk ダーク. Pour les branches récentes, Slowboy et ATLXS du côté brésilien, VØJ et Narvent du côté atmosphérique. La liste des cent artistes plus haut détaille chaque famille.

Faut-il obligatoirement sampler pour faire du phonk ?

Non, et c’est même la voie la plus sûre. Une grande partie du drift phonk contemporain repose sur des sons entièrement synthétisés : la cowbell, la basse et la batterie peuvent être fabriquées de zéro dans Logic Pro. Si vous tenez au grain vocal de Memphis, enregistrez vos propres voix, en suivant les principes de notre fiche prise de son, puis ralentissez-les et passez-les dans un Bitcrusher. Reprendre un extrait d’un disque existant sans autorisation vous expose à une réclamation sur toutes les plateformes, et à une action en contrefaçon.

Pourquoi la cowbell est-elle partout dans le drift phonk ?

Parce qu’elle occupe une bande de fréquences, grosso modo entre 600 Hz et 2 kHz, que rien d’autre n’occupe dans ces morceaux bâtis sur des graves et des percussions sèches. Elle passe donc sur les haut-parleurs de téléphone, là où la basse 808 disparaît. Sa durée très courte lui permet en outre de jouer des mélodies rapides sans encombrer le mixage. C’est un choix acoustique autant qu’esthétique, et il explique pourquoi le genre a si bien fonctionné sur les réseaux sociaux.

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Sources

  • Zandria F. Robinson, This Ain’t Chicago : Race, Class, and Regional Identity in the Post-Soul South, University of North Carolina Press, 2014, pour le contexte social de Memphis.
  • Lance Scott Walker, DJ Screw : A Life in Slow Revolution, University of Texas Press, 2022, sur le chopped and screwed et la scène de Houston.
  • Red Bull Music Academy Daily, « The Unsung Heroes of Early Memphis Rap », 2017, entretiens et chronologie des cassettes.
  • The Conversation, « How a global crisis, drift racing and Memphis hip-hop gave us phonk », 2024, sur la diffusion du drift phonk et son lien avec la vidéo en ligne.
  • Splice Blog, « What is Phonk Music ? Its History, Sound, and More », article de fond sur la production du genre.
  • Cour de justice de l’Union européenne, affaire C-476/17, Pelham GmbH contre Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben, arrêt du 29 juillet 2019.
  • Code de la propriété intellectuelle, articles L211-4 et L335-4, pour la durée des droits voisins et les sanctions de la contrefaçon.
  • Apple, Guide d’utilisation de Logic Pro, édition en ligne, pour les instruments, les effets et les réglages de quantification cités.

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro et MainStage depuis 20 ans. Qui sommes-nous ?