Terme du glossaire
R&B
Le R&B, que l’on écrit aussi RnB, est la grande musique populaire afro-américaine chantée de ces quarante dernières années : une voix au premier plan, souple et ornée, des chœurs empilés, des accords de septième et de neuvième, et une rythmique programmée venue du hip-hop, du new jack swing de Teddy Riley aux basses 808 d’aujourd’hui. Le sigle vient de « rhythm and blues », le nom que le magazine Billboard donne en juin 1949 à son classement des disques afro-américains, celui de Louis Jordan, de Ruth Brown puis de Ray Charles. Ce rhythm and blues des origines a donné naissance à la soul ; le R&B dont parle cette fiche, que les Américains appellent contemporary R&B, prend forme au milieu des années 1980 avec les productions de Jimmy Jam et Terry Lewis pour Janet Jackson, explose dans les années 1990 avec Babyface, Mary J. Blige, TLC, Aaliyah et Timbaland, devient la pop elle-même dans les années 2000 avec Usher, Beyoncé, Alicia Keys et Rihanna, puis se réinvente à partir de 2011 avec Frank Ocean, The Weeknd et SZA. La France a le sien, de Native et Ophélie Winter à K-Reen et Wallen, puis à Aya Nakamura, Tayc et Imen Es. Cette fiche raconte cette histoire, explique ce qui sépare le R&B de la soul et du hip-hop, et montre pas à pas comment faire une instru R&B dans Logic Pro, de la batterie aux voix empilées.
- PériodeLe rhythm and blues des années 1940 à 1960, puis le R&B contemporain, du milieu des années 1980 à aujourd’hui
- FoyerLes États-Unis (New York, Atlanta, Los Angeles, la Virginie), puis le Canada, le Royaume-Uni et la France
- TempoTrès variable, des ballades lentes aux 120 BPM de « My Prerogative » ; le motif de cette fiche est à 72 BPM
- RythmeBoîte à rythmes et échantillonneur : grosse caisse syncopée, clap ou caisse claire sur les deuxième et quatrième temps, charleston en doubles-croches ou en triolets, basse 808
- InstrumentsVoix lead et chœurs, piano électrique, synthétiseurs, basse synthétique, boîtes à rythmes, échantillonneurs, cordes et cuivres
Le R&B en bref
- Origine : le rhythm and blues afro-américain des années 1940 et 1950, puis le R&B contemporain, né dans les années 1980 de la rencontre de la soul, du funk, des boîtes à rythmes et du hip-hop.
- Son : une voix au premier plan, ornée de mélismes et entourée de chœurs, des accords de septième et de neuvième, une batterie programmée, du balancement du new jack swing aux 808 et aux charlestons rapides d’aujourd’hui.
- Trois albums : One in a Million d’Aaliyah (1996), Confessions d’Usher (2004), SOS de SZA (2022).
- En home studio : une boucle de deux ou quatre accords enrichis, une batterie programmée, une basse, et surtout un vrai travail de voix, des prises au comping, de Flex Pitch aux harmonies et aux ad-libs : tout est dans Logic Pro.
- Le point à connaître : le R&B a beaucoup échantillonné et beaucoup emprunté ; un échantillon se déclare et se négocie, et depuis l’affaire « Blurred Lines », une ressemblance trop forte avec un morceau existant peut coûter des millions.
Trois albums pour entrer dans le R&B
- One in a MillionAaliyah, 1996
Publié le 27 août 1996 aux États-Unis chez Blackground et Atlantic, deux semaines après une première sortie en France, le deuxième album d’Aaliyah devait être produit par Sean Combs, qui abandonne le projet. Timbaland et Missy Elliott, encore peu connus, signent neuf des dix-sept titres, enregistrés à Detroit puis à Ithaca, dans l’État de New York. Leurs rythmes programmés, hachés et pleins de silences, empruntent au trip-hop et à la jungle sous la voix légère d’Aaliyah. Vendu à plus de huit millions d’exemplaires dans le monde, il figure au 314e rang des 500 meilleurs albums de Rolling Stone, et Pitchfork y entend le moment où la chanteuse « change le cours de l’histoire de la musique ».
Écouter sur Apple Music - ConfessionsUsher, 2004
Sorti le 23 mars 2004 chez Arista, le quatrième album d’Usher réunit Jermaine Dupri, Bryan-Michael Cox, Lil Jon, Jimmy Jam et Terry Lewis ou Just Blaze, dans quinze studios d’Atlanta, de New York, de Los Angeles et de Miami. Il alterne ballades et titres rapides : « Yeah! », produit par Lil Jon avec Ludacris, reste douze semaines numéro un aux États-Unis et lance le crunk&B, puis « Burn », « Confessions Part II » et « My Boo » prennent le relais. Avec 1,1 million d’exemplaires la première semaine, un record pour un artiste de R&B à l’époque, et plus de quinze millions dans le monde, c’est le disque qui fait du R&B la pop des années 2000.
Écouter sur Apple Music - SOSSZA, 2022
Publié le 9 décembre 2022 chez Top Dawg Entertainment et RCA, le deuxième album de SZA aligne vingt-trois titres et plus d’une heure de musique, enregistrés pour l’essentiel en 2022, chez elle à Malibu, chez ses producteurs et dans des studios de Los Angeles. On y croise Babyface comme Phoebe Bridgers, du R&B, du hip-hop, de la pop, des guitares indé et un peu de grunge : « un peu de tout », résume la chanteuse. Entré numéro un aux États-Unis avec 318 000 unités la première semaine, il donne à SZA son premier numéro un au Hot 100 avec « Kill Bill » et le Grammy 2024 du meilleur album de R&B progressif.
Écouter sur Apple Music
Pochettes et liens Apple Music.
Qu’est-ce que le R&B ?
Le R&B est un genre de musique populaire né chez les musiciens afro-américains, qui mêle l’héritage du rhythm and blues et de la soul à la pop, au funk, au disco, à la musique électronique et au hip-hop. Wikipédia en anglais le décrit par une production très travaillée, des arrangements vocaux « doux et luxuriants », des rythmes venus du hip-hop ou de la danse, et un usage fréquent du mélisme, cette façon de faire passer une seule syllabe par plusieurs notes. Le critique Robert Christgau le résumait en 2003 d’une formule : le R&B, c’est « la texture, l’humeur, la sensation ». Et en 2017 il ajoutait que presque tout le R&B mise sur « une voix plus un son » plutôt que sur « une voix plus une chanson ». C’est la clé du genre : une grande voix, posée sur une production qui compte autant qu’elle.
Ce qui existait avant : le rhythm and blues
En 1942, Billboard lance un premier classement des disques populaires auprès du public noir, le Harlem Hit Parade. L’industrie parle alors de « race music », la « musique de race », un terme attribué au producteur Ralph Peer. En juin 1949, Billboard remplace son classement par celui des disques de « rhythm and blues », une expression attribuée au journaliste Jerry Wexler, futur producteur chez Atlantic, même si on la trouve dans le magazine dès 1943.
La musique qu’il désigne est d’abord celle des petites formations des années 1940. Le saxophoniste et chanteur Louis Jordan, avec ses Tympany Five fondés en 1938, domine les classements avec un jump blues rapide et drôle, comme « Saturday Night Fish Fry » en 1949 ; pour le Rock and Roll Hall of Fame, il a posé avec Big Joe Turner « les fondations du R&B ». En 1948 naît le label Atlantic, qui fera de Ruth Brown sa grande vedette : de 1951 à 1954, elle place chaque année des titres dans les cinq premières places du classement.
Le tournant vient de Ray Charles. Le 18 novembre 1954, dans les studios d’une radio d’Atlanta, il enregistre « I Got a Woman », construit sur un chant religieux entendu à la radio, « It Must Be Jesus » des Southern Tones. Publié par Atlantic en décembre, le titre est numéro un des ventes de rhythm and blues en janvier 1955. Le bluesman Big Bill Broonzy s’en offusque : « Il mélange le blues et les spirituals ; je sais que c’est mal. » Ce mélange de la ferveur du gospel et de la chanson d’amour est l’un des prototypes de la soul.
La naissance du R&B contemporain
Au début des années 1960, l’industrie rebaptise peu à peu « soul » ce qu’elle appelait rhythm and blues, et en août 1969 le classement de Billboard devient celui des « Best Selling Soul Singles ». Dans les années 1970, le sigle R&B sert de parapluie à la soul, au funk et au disco. Marvin Gaye et Stevie Wonder élargissent le langage du genre, puis, à la fin de la décennie, Quincy Jones et Michael Jackson ajoutent des sons électroniques à une musique plus lisse et plus dansante : Off the Wall, en 1979, est souvent cité comme l’ancêtre direct du R&B contemporain.
Le genre prend forme au milieu des années 1980. En 1986, Control de Janet Jackson, produit par Jimmy Jam et Terry Lewis, mêle les rythmes du funk et du disco à des synthétiseurs, des percussions, des bruitages et une attitude venue du rap. La même année, un jeune producteur, Teddy Riley, invente un R&B nerveux, fait de boîtes à rythmes et de doubles-croches balancées. Le 18 octobre 1987, le journaliste Barry Michael Cooper lui donne un nom dans le Village Voice : le new jack swing. « I Want Her » de Keith Sweat, sur l’album Make It Last Forever, est considéré comme son premier succès, cinquième aux États-Unis. Bobby Brown suit en 1988 avec Don’t Be Cruel, qui atteint la première place des albums aux États-Unis : son single « My Prerogative », coécrit par Teddy Riley, prend la tête des ventes de singles le 14 janvier 1989.
Le new jack swing domine de 1988 à 1993, avec un sommet en 1990. Jimmy Jam et Terry Lewis signent Rhythm Nation 1814 pour Janet Jackson en 1989, et Michael Jackson enregistre avec Teddy Riley Dangerous, sorti en 1991, l’album le plus vendu du style avec plus de trente millions d’exemplaires. En 1990, Billboard reprend le terme R&B pour désigner les musiques populaires noires autres que le hip-hop.
D’où vient le mot
« Rhythm and blues » se traduit par « rythme et blues ». Le sigle R&B s’écrit aussi R’n’B ou RnB, une graphie très répandue en France : c’est sous le titre « RnB contemporain » que Wikipédia en français présente le genre, que les Américains appellent contemporary R&B. On a aussi parlé d’urban contemporary : le Grammy du meilleur album « urban contemporary » récompense en 2013 Channel Orange de Frank Ocean, avant que la catégorie ne devienne celle du « R&B progressif », remportée en 2024 par SZA.
Les étiquettes se sont ensuite multipliées. Le 22 mars 2011, le journaliste Eric Harvey invente pour plaisanter, sur Twitter, le mot « PBR&B », du nom d’une bière appréciée des hipsters américains, pour désigner un R&B plus sombre et plus électronique ; on parle aujourd’hui plus volontiers de R&B alternatif. Beaucoup d’artistes se méfient de ces cases : Frank Ocean n’aime pas qu’on le présente comme un chanteur de R&B, et FKA twigs rejette l’étiquette. En France, on dit « le R&B » ou « le RnB », au masculin.
Une mutation permanente
Le R&B n’a jamais cessé de changer de peau. Au début des années 1990, le producteur Sean Combs, alors chez Uptown Records, invente l’expression « hip-hop soul » pour présenter le premier album de Mary J. Blige, publié le 28 juillet 1992, What’s the 411 ? : des ballades soul posées sur des rythmes et des échantillons de hip-hop. Uptown la présente comme la « reine du hip-hop soul », et Jodeci, quatre chanteurs formés au gospel, impose avec Forever My Lady, en 1991, une image de mauvais garçons à l’opposé de Boyz II Men. À la fin de la décennie, la neo-soul renoue avec la soul des années 1970, et Timbaland et The Neptunes inventent un son nouveau.
Au début des années 2000, le R&B devient la pop. En 2004, les douze titres classés numéro un aux États-Unis sont tous l’œuvre d’artistes afro-américains, et le critique Chris Molanphy écrira qu’à cette époque la musique urbaine « était » la pop. T-Pain popularise l’Auto-Tune comme effet de voix, la trap s’invite dans les années 2010, et le 21 mars 2011 un jeune chanteur de Toronto publie gratuitement en ligne une mixtape, House of Balloons : The Weeknd ouvre l’ère du R&B alternatif. Aujourd’hui, le genre se mêle aux afrobeats, à la musique latine et à la pop du monde entier.
Le R&B en sept dates
- 1949Le mot entre dans les classementsEn juin, Billboard remplace son classement des disques afro-américains par celui du « rhythm and blues », le nom qu’il gardera jusqu’en août 1969.
- 1954Le gospel rencontre la chanson d’amourLe 18 novembre, Ray Charles enregistre à Atlanta « I Got a Woman », numéro un des ventes de rhythm and blues en janvier 1955 et prototype de la soul.
- 1987Le new jack swingLe 18 octobre, le Village Voice nomme le style de Teddy Riley ; « I Want Her » de Keith Sweat devient son premier succès.
- 1992Le hip-hop soulLe 28 juillet, Mary J. Blige publie What’s the 411 ?, produit en majorité par Sean Combs, qui invente l’expression « hip-hop soul » pour le présenter.
- 2004Le R&B devient la popLe 23 mars, Usher publie Confessions : 1,1 million d’exemplaires la première semaine aux États-Unis et quatre singles numéro un d’affilée.
- 2011Le R&B alternatifLe 21 mars, The Weeknd met en ligne gratuitement House of Balloons ; Frank Ocean publie Channel Orange l’année suivante.
- 2018Le R&B français s’exporteLe 6 avril, Aya Nakamura sort « Djadja », numéro un en France et aux Pays-Bas, certifié diamant ; son clip dépassera le milliard de vues en 2025.
Le morceau pour comprendre
Il s’agit de « Are You That Somebody ? », d’Aaliyah, envoyé aux radios américaines le 26 mai 1998 pour la bande originale du film Dr. Dolittle. Le morceau est écrit par Static Major et Timbaland, qui le produit et y glisse un couplet rappé. C’est une commande de dernière minute : Timbaland raconte n’avoir eu que quelques heures pour l’écrire et le produire, et l’ingénieur du son Jimmy Douglass parle d’une seule séance, du début à la fin, aux Capitol Studios de Los Angeles. Le titre monte au 21e rang du classement des singles américains, à la première place des radios R&B, et vaut à Aaliyah sa première nomination aux Grammy, pour la meilleure interprétation vocale R&B féminine. Le clip est réalisé par Mark Gerard et chorégraphié par Fatima Robinson.
Le critique Simon Reynolds y voyait « le single pop le plus radical » de 1998, et il montre mieux que tout autre ce qui fait le R&B moderne : une voix calme sur une production qui ne l’est pas. Écoutez d’abord la batterie : rien ne tombe là où on l’attend. Les coups arrivent en rafales syncopées, c’est-à-dire décalés par rapport aux temps, entrecoupés de silences, de bruits de bouche façon beatbox et de guitares jouées en staccato, des notes courtes et détachées. Timbaland dit avoir voulu retrouver, « à la manière du hip-hop », le rythme de la chanson des Oompa Loompa du film Willy Wonka and the Chocolate Factory. Écoutez ensuite le gazouillis de bébé qui revient tout au long du morceau : il ne vient pas d’un enfant présent au studio, mais d’un disque de bruitages publié par Elektra en 1964, et Timbaland l’appelait « la pièce manquante » de son rythme. Écoutez enfin la voix : Aaliyah ne force jamais, chante presque à mi-voix, et c’est ce contraste entre une voix posée et une rythmique nerveuse qui a fait école.
Les caractéristiques musicales
Le rythme
Le rhythm and blues des années 1940 et 1950 est joué par de petits orchestres, dont la batterie frappe fort les deuxième et quatrième temps, ce qu’on appelle le contretemps ou backbeat. Le R&B contemporain, lui, est d’abord une musique de machines. Les producteurs du new jack swing travaillent avec des boîtes à rythmes, Roland TR-808, LinnDrum et Roland R-8, et des échantillonneurs, l’E-mu SP-1200 et ceux d’Akai. Leur signature est un balancement : Teddy Riley joue des doubles-croches légèrement décalées, à la limite du triolet, avec une caisse claire très en avant. Dans les années 1990, le hip-hop soul préfère les boucles échantillonnées du boom bap, puis Timbaland et The Neptunes inventent des rythmes plus secs, pleins de silences. Depuis les années 2010, la trap a apporté au R&B ses basses 808 qui glissent d’une note à l’autre et ses charlestons rapides, coupés de roulements en triolets.
Le tempo varie beaucoup : « My Prerogative » de Bobby Brown est à 120 BPM, « Yeah! » d’Usher à 105, « Crazy in Love » de Beyoncé autour de 100, et les ballades descendent bien plus bas. Ce qui ne change pas, c’est le contretemps, marqué par une caisse claire ou un clap, et la place laissée à la voix.
Voici un motif de R&B moderne, sur une mesure de quatre temps, notée 4/4, découpée en seize doubles-croches, à 72 BPM (battements par minute). Chaque case est un pas, numéroté de 1 à 16 ; les temps tombent sur les pas 1, 5, 9 et 13. La grosse caisse frappe le premier temps (pas 1), puis deux coups décalés, aux pas 8 et 11, qui donnent au motif son déhanchement. Le clap, un claquement de mains souvent superposé à une caisse claire, marque les deuxième et quatrième temps (pas 5 et 13). Le charleston fermé, la paire de cymbales que le batteur actionne au pied, joue toutes les doubles-croches, plus fort sur les croches que sur les notes intermédiaires, et s’ouvre au pas 15 pour respirer avant la mesure suivante. Les cases en pointillés signalent la variante. C’est une synthèse, pas la transcription d’un morceau précis.
Sons synthétisés dans le navigateur, sans échantillon. Jeu droit ; la 808 accordée, les roulements de charleston en triolets et le léger swing des productions réelles ne sont pas reproduits.
Écoutez le motif seul, puis cochez la variante : une grosse caisse supplémentaire au pas 3 et une caisse claire très faible au pas 16, une note dite fantôme, suffisent à rendre la mesure plus bavarde. Le lecteur joue droit, chaque double-croche exactement à sa place, alors que le R&B balance souvent. Dans Logic Pro, le réglage Q-Swing d’une région retarde les doubles-croches paires : 50 % correspond au jeu droit, et plus vous montez, plus le charleston chaloupe ; le new jack swing pousse ce balancement très loin, le R&B actuel le garde léger.
L’harmonie
L’harmonie du R&B vient de l’église et du jazz. Les musiciens formés au gospel, comme ceux de Jodeci, ont apporté au genre des accords enrichis : à l’accord de trois sons, on ajoute une septième, parfois une neuvième, une onzième ou une treizième, des notes qui colorent l’accord sans changer sa fonction. Un accord de do majeur septième, noté Cmaj7, contient do, mi, sol et si ; un accord de la mineur neuvième, noté Am9, contient la, do, mi, sol et si. Trois procédés reviennent sans cesse. Le premier est la boucle courte, deux ou quatre accords qui tournent pendant tout le morceau et sur lesquels la voix improvise. Le deuxième est l’enchaînement hérité du jazz, où la basse descend ou saute de quarte en quarte. Le troisième est l’accord « sur une autre basse », comme un accord de la bémol majeur joué sur un si bémol, qui remplace la dominante classique par une tension plus douce.
Dans les chiffres romains ci-dessous, chaque chiffre désigne un accord par sa place dans la gamme, en minuscules quand il est mineur, en majuscules quand il est majeur ; un bémol devant le chiffre signale un accord construit sur une note abaissée d’un demi-ton, et une barre oblique, comme dans « IV/V », un accord joué sur une autre note de basse. Les noms d’accords sont notés à l’anglaise : A vaut la, B si, C do, D ré, E mi, F fa, G sol ; « m » signifie mineur, « 7 » une septième, « maj7 » une septième majeure, « m9 » un accord mineur avec septième et neuvième, et « A♭/B♭ » un accord de la bémol joué sur une basse de si bémol. Les grilles sont en la mineur, en do majeur ou en mi bémol majeur, sur quatre mesures, un accord par mesure. Écoutez-les lentement, puis ajoutez la batterie du motif.
Piano électrique et basse synthétisés dans le navigateur, en la mineur, en do majeur ou en mi bémol majeur, une boucle de quatre mesures.
L’instrumentation
Autour de la voix, l’instrumentation a changé à chaque décennie.
- La voix lead, au centre du mixage, et les chœurs, souvent chantés par l’artiste elle-même ou lui-même, sur plusieurs pistes.
- Le piano électrique, dont le Fender Rhodes est le modèle le plus célèbre, et l’orgue Hammond B3, hérité du gospel.
- Les synthétiseurs, dont le Yamaha DX7 et le Roland D-50 du new jack swing, pour les nappes, les basses et les mélodies courtes qui servent d’accroche.
- Les boîtes à rythmes et les échantillonneurs, de la Roland TR-808 à la MPC d’Akai, pour la batterie et les boucles.
- La basse synthétique, puis la 808, une basse grave et longue tirée du son de grosse caisse de la Roland TR-808, très présente depuis les années 2010.
- Les guitares, en accords funky, en arpèges ou, comme dans « Are You That Somebody ? », en notes courtes et sèches.
- Les cordes et les cuivres, joués ou échantillonnés : les cuivres de « Crazy in Love » viennent d’un disque de 1970.
La voix et la forme
Tout part de la voix. Le chant R&B hérite du gospel le mélisme, ces cascades de notes sur une seule syllabe, que les grandes voix des années 1990 ont portées au sommet. Autour de la voix principale gravitent les doublages, la même ligne rechantée à l’identique pour l’épaissir, les harmonies, à la tierce ou à la sixte, les chœurs empilés et les ad-libs, ces petites phrases improvisées, cris, « yeah » ou « oh », qui répondent au chant principal et remplissent les fins de phrase. Depuis les années 2000, la voix passe aussi par les machines : T-Pain fait de l’Auto-Tune, un logiciel de correction de justesse réglé au maximum, un effet à part entière, et la génération de Frank Ocean, de The Weeknd ou de SZA joue avec le falsetto, la voix de tête, les voix ralenties ou transposées et les effets d’écho.
La forme est celle de la chanson : couplet, pré-refrain, refrain, pont, sur trois à cinq minutes. Le rap s’y invite souvent le temps d’un couplet, de Method Man aux côtés de Mary J. Blige à Jay-Z sur « Crazy in Love » ou Ludacris sur « Yeah! ». Le R&B alternatif a desserré ce cadre : sur Channel Orange, « Pyramids » dure 9 minutes 52, et SOS de SZA aligne vingt-trois titres de styles très différents.
Exercice d’écoute
Écoutez « Crazy in Love » de Beyoncé, puis « Thinkin Bout You » de Frank Ocean, puis « Buy U a Drank (Shawty Snappin’) » de T-Pain, et répondez avant de lire la suite.
- Question 1 : les cuivres qui ouvrent « Crazy in Love » ont-ils été enregistrés pour le morceau ?
- Question 2 : « Thinkin Bout You » a-t-il été écrit pour Frank Ocean ?
- Question 3 : la voix robotique de T-Pain vient-elle d’une talk box ou d’un vocodeur ?
Les réponses, à ne lire qu’après.
- Réponse 1 : non. Ils viennent d’un échantillon de « Are You My Woman ? (Tell Me So) », un titre des Chi-Lites de 1970, et son auteur, Eugene Record, figure parmi les auteurs de « Crazy in Love ». Ce que vous apprenez : un échantillon bien choisi peut porter tout un morceau, mais il se déclare, et son auteur partage la chanson.
- Réponse 2 : non. Frank Ocean l’a écrit avec Shea Taylor pour une autre chanteuse, Bridget Kelly, qui l’a enregistré sous le titre « Thinking About Forever » ; c’est pourtant sa propre version, d’abord publiée sur son blog le 28 juillet 2011, qui figure sur Channel Orange et lui vaut une nomination au Grammy de l’enregistrement de l’année. Ce que vous apprenez : dans le R&B, on écrit souvent pour les autres, et une maquette soignée peut devenir le disque.
- Réponse 3 : ni l’une ni l’autre. C’est l’Auto-Tune, un logiciel de correction de justesse réglé pour corriger instantanément, ce qui fait sauter la voix d’une note à l’autre. T-Pain dit s’être inspiré de l’effet que Roger Troutman obtenait dans les années 1980 avec une talk box. Ce que vous apprenez : un outil de correction poussé à l’extrême devient un instrument, et Logic Pro en propose l’équivalent avec son module Pitch Correction.
R&B, soul et hip-hop : ce qui les sépare
Ces musiques appartiennent à la même famille, partagent des artistes et ont parfois porté le même nom ; quelques repères permettent pourtant de s’y retrouver.
R&B et soul : quelle différence ?
C’est d’abord une question d’époque et de vocabulaire. La soul naît au tournant des années 1960 du rhythm and blues, quand Ray Charles et d’autres y font entrer la ferveur du gospel ; au début de la décennie, l’industrie rebaptise « soul » ce qu’elle appelait jusque-là rhythm and blues, et Billboard suit en 1969. Le R&B contemporain, lui, s’impose à partir du milieu des années 1980, et Billboard reprend le sigle en 1990. Musicalement, la différence s’entend surtout dans la fabrication. La soul classique est jouée par des musiciens réunis en studio, une section rythmique, des cuivres, des chœurs, comme chez Motown ; le R&B contemporain est produit, programmé, superposé piste par piste, avec des boîtes à rythmes, des échantillonneurs et des voix empilées. La soul cherche l’intensité d’une prise, le R&B la perfection d’un son, mais l’une est la mère de l’autre.
R&B et neo-soul
À la fin des années 1990, une partie de la scène se lasse du R&B très produit et renoue avec la soul des années 1970 : c’est la neo-soul d’Erykah Badu, de Lauryn Hill et de Maxwell, qui ajoute au hip-hop soul les influences de la soul des années 1970, avec davantage d’instruments joués et des voix moins lisses. Les deux styles ne s’opposent pas : Baduizm d’Erykah Badu reçoit en 1998 le Grammy du meilleur album R&B, et The Miseducation of Lauryn Hill le remporte l’année suivante.
R&B et hip-hop
La règle de base est simple : le hip-hop rappe, le R&B chante. Dans les faits, les deux sont mêlés depuis le milieu des années 1980. Le new jack swing ajoute au R&B la batterie du hip-hop et des couplets rappés ; le hip-hop soul, selon l’Encyclopedia of African American Music, c’est « littéralement du chant soul sur des rythmes de hip-hop » ; et en 1996, Mary J. Blige reçoit avec le rappeur Method Man le Grammy de la meilleure performance rap en duo. Lauryn Hill et Missy Elliott ont effacé la frontière entre chanter et rapper, et c’est aujourd’hui la norme.
R&B, trap et afrobeats : le R&B d’aujourd’hui
Depuis les années 2010, le R&B emprunte à ses voisins plus qu’il ne s’en distingue. La trap lui a donné ses 808, ses charlestons rapides et ses voix traitées : on l’entend chez Beyoncé avec « Drunk in Love », chez Bryson Tiller, dont l’album s’appelle justement Trapsoul, et jusque chez Mary J. Blige. Les afrobeats nigérians et ghanéens lui apportent d’autres balancements, et le R&B latin mêle la trap aux sonorités latines. En France, ce métissage est la règle : Wikipédia range Aya Nakamura à la fois dans la pop, le R&B, le zouk et les afrobeats, et Tayc appelle son style l’« afrolove », un mélange de R&B et d’afrobeat.
Sous-genres et scènes
- Rhythm and bluesDes années 1940 au début des années 1960Le jump blues de Louis Jordan, les voix de Ruth Brown et de LaVern Baker, jusqu’à Ray Charles : l’ancêtre de la soul.Lire la fiche Blues
- New jack swingDe 1987 au milieu des années 1990Le R&B de Teddy Riley, Guy, Bobby Brown et Keith Sweat : boîtes à rythmes, doubles-croches balancées, caisse claire en avant et couplets rappés.Lire la fiche Hip-hop
- Hip-hop soulAnnées 1990Des voix soul sur des boucles échantillonnées : Mary J. Blige, Jodeci, SWV, Total ou 112, autour d’Uptown et de Sean Combs.Lire la fiche Boom bap
- Neo-soulDepuis la fin des années 1990Le retour aux instruments joués et à la soul des années 1970, d’Erykah Badu à Lauryn Hill et Maxwell.Lire la fiche Neo-soul
- Crunk&BAnnées 2000Le R&B dopé au rap d’Atlanta de Lil Jon, qui le définissait comme des « chansons R&B qui vous donnent envie de vous lâcher » ; « Yeah! » d’Usher en est le modèle.
- R&B alternatifDepuis 2011Un R&B plus sombre, aux échos profonds, aux synthétiseurs et aux batteries filtrées : The Weeknd, Frank Ocean, Miguel, FKA twigs, Kelela ou Solange.Lire la fiche Trip-hop
- Trap&B ou trapsoulDepuis les années 2010Des voix R&B sur des productions trap, 808 et charlestons en rafales, de Bryson Tiller à Beyoncé et à son « Drunk in Love ».Lire la fiche Trap
- R&B françaisDepuis 1993De Native, Ophélie Winter et Poetic Lover à K-Reen, Wallen, Matt Houston et Amel Bent, puis à Aya Nakamura et Imen Es.
- Afro-R&B et afroloveDepuis la fin des années 2010Le R&B mêlé aux rythmes des afrobeats et des musiques caribéennes, de l’« afrolove » de Tayc aux albums d’Aya Nakamura.Lire la fiche Afrobeats
La démarche artistique
Le R&B est d’abord une musique de voix. Les autres genres se définissent souvent par un rythme ou un instrument ; celui-ci se définit par une personne qui chante, et par le son qui l’entoure. Le timbre d’Aaliyah, le grain de Mary J. Blige ou le falsetto de Frank Ocean comptent autant que la mélodie. Pour un producteur, l’instru est d’abord un écrin pour une voix.
C’est ensuite une musique d’auteurs et de producteurs, souvent restés dans l’ombre. Jimmy Jam et Terry Lewis ont façonné Janet Jackson, Babyface a écrit pour Boyz II Men « End of the Road », un des singles les plus vendus de l’histoire, et reçu en 1993 le Grammy du producteur de l’année. The-Dream a écrit « Umbrella » pour Rihanna en 2007, sur Good Girl Gone Bad, et des auteurs comme Ne-Yo ou Bryan-Michael Cox ont fourni des succès à Usher, Rihanna, Beyoncé ou Mary J. Blige.
C’est aussi une musique de l’intime. Le désir, la jalousie et la rupture en sont les thèmes favoris. Confessions d’Usher raconte une infidélité et une grossesse cachée, une histoire que le producteur Jermaine Dupri a ensuite présentée comme la sienne ; Ctrl de SZA, sorti le 9 juin 2017, est décrit par Pitchfork comme un album de R&B « somptueux et cru, qui teste sans cesse les frontières du genre ». Le R&B a longtemps été aussi une musique de femmes, écrite et écoutée par elles : on considère que What’s the 411 ? a ouvert la voie à un style tourné vers un public majoritairement féminin, et en France, Rhoda Tchokokam montre dans Sensibles, son histoire du R&B français parue en 2023, comment les clips y affirment une sororité noire face aux injonctions à la pudeur.
C’est enfin une musique qui a appris l’indépendance. The Weeknd publie sa première mixtape gratuitement, sous son propre nom de label, XO ; le Canadien Daniel Caesar sort en 2017 son premier album, Freudian, sur sa propre structure, Golden Child Recordings, et remporte deux ans plus tard un Grammy avec « Best Part », chanté avec H.E.R.
Sur scène, le R&B pose un problème particulier : c’est une musique conçue en studio, faite de voix empilées, de chœurs, de batteries programmées et d’effets, qu’aucun chanteur ne peut reproduire seul. Les grandes tournées y répondent par un orchestre et des choristes ; en petite salle, il faut d’autres solutions. Une alternative consiste à jouer les parties de clavier en direct, avec un logiciel de scène. C’est ce que permet MainStage : on empile dans un même patch, le nom que MainStage donne à la configuration d’un morceau, plusieurs instruments répartis par plages de touches, la basse dans le grave et le piano électrique dans le médium, et on passe d’un morceau à l’autre sans couper le son. Pour ce genre, préparez une tranche de voix avec ses effets, un écho et une réverbération que vous pouvez doser en direct, et faites tourner les chœurs et la batterie depuis un fichier audio, avec le module Playback de MainStage, pendant que vous jouez les accords et que vous chantez. Attention toutefois : MainStage ne dispose ni de Drummer, ni des Session Players, ni de Flex, ni de l’assistant de mastérisation, ni du séparateur de pistes. La préparation du spectacle se fait dans Logic Pro, et MainStage sert à le jouer.
Le R&B aujourd’hui
En 2026, le R&B a retrouvé le premier plan. Aux États-Unis, SZA en est la figure centrale : SOS lui a donné son premier numéro un des singles avec « Kill Bill » et, en février 2024, le Grammy du meilleur album de R&B progressif. La même soirée, Victoria Monét remporte le Grammy de la révélation de l’année et celui du meilleur album R&B. Le Canadien Daniel Caesar a publié le 24 octobre 2025 son quatrième album, Son of Spergy.
En France, le R&B a connu un âge d’or à la fin des années 1990 et au début des années 2000, puis s’est fondu dans ce que l’on appelle la musique urbaine, au point que L’Éclaireur de la Fnac le décrivait en 2021 comme « une référence du passé plutôt qu’un vrai style encore actif ». Il vit pourtant par d’autres voies. Avec « Djadja », sorti le 6 avril 2018, Aya Nakamura est devenue, selon Wikipédia, la chanteuse francophone la plus écoutée sur Spotify : le clip a dépassé le milliard de vues sur YouTube en février 2025, le quatrième titre en français à franchir ce cap et le premier d’une artiste africaine. Le 26 juillet 2024, elle chante avec la Garde républicaine à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, malgré une campagne de dénigrement venue de l’extrême droite. Tayc, né à Marseille, se dit « amoureux du R&B avant tout » : « Le temps » a été numéro un en France en 2021, et il a publié en 2024 un album commun avec Dadju, Héritage. Imen Es, connue pour « 1ère fois » avec Alonzo, a vu son premier album, Nos vies, sorti le 14 février 2020, certifié disque de platine.
Longtemps méprisé par la critique, qui le résumait parfois à une « revanche des filles de cité », le R&B français a désormais son livre d’histoire, Sensibles de Rhoda Tchokokam, paru chez Audimat en 2023, qui le défend comme un genre à part entière.
Faire du R&B en 2026 sans copier les autres
- Partez de votre voix, ou de celle d’une chanteuse ou d’un chanteur avec qui vous travaillez : dans ce genre, c’est le timbre qui fait la différence, pas le préréglage de batterie.
- Écrivez une vraie mélodie et un vrai texte : une boucle de deux accords à neuvième ne suffit pas, c’est la ligne de chant qui fait un morceau.
- Choisissez une couleur d’époque et assumez-la, le balancement du new jack swing, la boucle échantillonnée des années 1990 ou la 808 d’aujourd’hui, plutôt que de tout mélanger.
- Réglez la correction de justesse comme un choix artistique : discrète pour une ballade, franche si vous voulez l’effet, mais jamais par défaut.
- Si vous échantillonnez un disque ou si vous vous inspirez de très près d’un morceau existant, réglez la question des droits avant de publier : la partie « Labels, droits et échantillons » explique pourquoi.
Douze artistes pour commencer
Bobby BrownDon’t Be Cruel, 1988
BabyfaceAuteur et producteur
Mary J. BligeReine du hip-hop soul
TLCCrazySexyCool, 1994
AaliyahAvec Timbaland
BeyoncéCrazy in Love, 2003
UsherConfessions, 2004
Alicia KeysFallin’, 2001
Frank OceanChannel Orange, 2012
The WeekndToronto, depuis 2011
SZACtrl, puis SOS
Aya NakamuraDjadja, 2018
Faire une instru R&B en home studio
Cette partie suppose que vous savez créer un projet, ajouter une piste d’instrument logiciel et une piste audio, enregistrer une région et éditer des notes dans l’éditeur clavier de Logic Pro. Si ce n’est pas encore le cas, commencez par le cours Bien démarrer sur Logic Pro, puis revenez ici. Pour les accords de septième et de neuvième, voyez le cours Bien démarrer au piano et en harmonie. Tout ce qui suit s’appuie sur les outils fournis avec Logic Pro. Studio Piano, un piano virtuel, les Session Players, des musiciens virtuels qui suivent une piste d’accords, et ChromaGlow, un effet de saturation, sont apparus avec Logic Pro 11, et ChromaGlow exige un Mac équipé d’une puce Apple silicon.
Prenez les étapes dans l’ordre : d’abord la boucle, sur laquelle la voix va improviser, puis le chant. Pour une première séance d’une heure, arrêtez-vous à la fin de l’étape « Les accords ».
Le tempo, la grille et le swing
- Réglez le tempo du projet sur 72 BPM pour retrouver le motif du lecteur ; montez vers 120 BPM, le tempo de « My Prerogative », pour un new jack swing.
- Laissez la signature en 4/4 et activez le mode cycle sur quatre mesures, de la mesure 1 au début de la mesure 5.
- Pour la batterie, quantifiez en doubles-croches, puis montez le Q-Swing de la région au-dessus de 50 %, qui correspond au jeu droit : Q-Swing ne retarde que les doubles-croches de rang pair. Essayez une valeur légère pour un R&B actuel, beaucoup plus marquée pour le new jack swing, et jugez à l’oreille.
- Pour écrire des triolets de doubles-croches à la main, choisissez la valeur 1/24 dans le menu de quantification de l’éditeur clavier : c’est la grille qui découpe chaque temps en six. La fiche quantification détaille ces réglages.
La batterie
- Créez une piste Drum Machine Designer et choisissez un kit électronique, ou glissez vos propres échantillons de grosse caisse, de clap et de charleston sur les pads.
- Créez sur cette piste une région de motif, le type de région qu’édite le Step Sequencer, l’éditeur pas à pas de Logic Pro, et vérifiez qu’elle compte seize pas en doubles-croches.
- Allumez la grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, le clap aux pas 5 et 13, le charleston fermé sur tous les pas sauf le 15, et le charleston ouvert au pas 15.
- En mode Velocity/Value, donnez au charleston une vélocité plus forte sur les pas impairs, autour de 90, que sur les pas pairs, autour de 55 : c’est ce contraste qui fait respirer le motif.
- Pour les roulements typiques du R&B actuel, passez en mode Note Repeat et tirez vers le haut sur un pas de charleston, par exemple le pas 14 : il se découpe en deux, trois ou quatre coups rapides.
- Bouclez la région sur quatre mesures, puis, pour la variante, convertissez le motif en région MIDI et ajoutez, sur la quatrième mesure seulement, une grosse caisse au pas 3 et une caisse claire très faible au pas 16.
La 808 et la basse
- Chargez ES2 sur une nouvelle piste et ne gardez qu’un oscillateur, réglé sur l’onde sinusoïdale : c’est la base d’une basse 808 ronde. Retro Synth n’a pas d’onde sinusoïdale, ce qui en fait un mauvais choix pour ce son.
- Réglez l’enveloppe d’amplitude avec une attaque nulle, un déclin long et un relâchement court, pour que la note tienne sans traîner. La fiche ADSR explique ces réglages.
- Passez ES2 en mode monophonique, activez Legato et montez le Glide : quand deux notes se chevauchent, la basse glisse de l’une à l’autre, comme dans les productions actuelles.
- Jouez la fondamentale de chaque accord de la grille, la puis ré pour « Le va-et-vient mineur », et calez les attaques de la 808 sur celles de la grosse caisse.
- Pour que la grosse caisse et la 808 ne se masquent pas, insérez un Compressor sur la 808 et choisissez la piste de grosse caisse dans le menu Side Chain de l’en-tête du plug-in, avec une réduction de 2 à 3 dB. La fiche sidechain explique le principe.
- Pour un son des années 1990, préférez Studio Bass ou Bass Player, l’un des Session Players.
Les accords
- Chargez le Vintage Electric Piano sur une nouvelle piste : son timbre de piano électrique est celui de milliers de morceaux de R&B.
- Jouez la grille « Le va-et-vient mineur » : la main gauche tient la fondamentale, la puis ré, la main droite joue sol, si, do et mi sur l’accord de la, puis fa, la, do et mi sur l’accord de ré.
- Gardez les accords serrés, dans le médium, en bougeant le moins de notes possible.
- Plaquez les accords sur le premier temps et laissez-les sonner, pour laisser de la place au chant.
- Si vous ne jouez pas du clavier, insérez le MIDI FX Chord Trigger, qui déclenche un accord entier à partir d’une seule touche, ou confiez la partie à Keyboard Player, un autre Session Player.
Le son des années 1990 : boucles et échantillonneurs
- Pour retrouver le hip-hop soul, glissez une boucle de batterie dans Quick Sampler, en mode Slice, qui la découpe en tranches jouables au clavier, et rejouez-les dans un autre ordre.
- Donnez du grain avec Bitcrusher, qui réduit la résolution du son, à petite dose.
- Pour comprendre d’où vient ce son, celui de l’E-mu SP-1200 et des MPC d’Akai, lisez la fiche Boom bap.
La voix lead
- Choisissez la tonalité en fonction de la voix : transposez la boucle si le refrain est trop haut ou trop bas.
- Enregistrez le chant en mode cycle, plusieurs prises complètes d’affilée : Logic Pro les range dans un dossier de prises.
- Composez la meilleure version en glissant sur les meilleurs passages de chaque prise, ce que Logic appelle le comping rapide par balayage.
- Ouvrez l’éditeur de piste audio, activez Flex et choisissez Flex Pitch pour voir chaque note chantée sous forme de bloc.
- Faites glisser verticalement une note fausse pour la corriger, et utilisez les poignées de la note pour retoucher la dérive de hauteur au début ou à la fin, le vibrato, la justesse fine, le volume ou les formants. Les fiches Flex Time et Auto-Tune complètent cette étape.
- Pour une correction automatique, insérez Pitch Correction, réglez la tonique et la gamme du morceau, puis dosez la vitesse de réaction, Response : lente, elle reste discrète ; très rapide, elle fait sauter la voix de note en note, à la manière de T-Pain.
- Sur la piste de voix, insérez dans cet ordre un Channel EQ qui coupe le grave sous 100 Hz environ, un Compressor, puis un DeEsser 2, qui atténue les sifflantes.
Harmonies, doublages et ad-libs
- Doublez le refrain : rechantez deux fois exactement la même ligne et répartissez ces doublages dans l’image stéréo avec le panoramique, qui va de moins 64 à plus 63, par exemple à moins 40 et à plus 40, un peu plus bas que la voix principale.
- Ajoutez une harmonie à la tierce au-dessus, puis une autre à la sixte, chacune doublée et panoramiquée par paire.
- Regroupez toutes ces voix dans une pile de pistes de sommation, et insérez sur l’ensemble un Compressor et un DeEsser 2.
- Improvisez les ad-libs sur une piste à part et ne gardez que les meilleures réponses.
- Gardez les couplets légers, une voix et un doublage, et réservez les piles de voix au refrain : c’est le contraste qui fait exploser le refrain.
L’espace, le mixage et le master
- Créez un auxiliaire de réverbération avec ChromaVerb réglé sur une salle de taille moyenne, ou avec Space Designer sur un préréglage de plaque, le son de réverbération classique des voix ; ChromaVerb n’a pas de type plaque.
- Créez un auxiliaire d’écho avec Stereo Delay, synchronisé au tempo, une noire d’un côté et une croche pointée de l’autre, et envoyez-y surtout les fins de phrase et les ad-libs.
- Sur chaque retour d’effet, insérez un Channel EQ et coupez sous 200 Hz : la voix reste nette et la 808 garde le grave pour elle.
- Pour que le piano s’efface quand la voix entre, insérez un Compressor sur le piano et choisissez la piste de voix dans le menu Side Chain, avec une réduction de 1 à 2 dB seulement.
- Mesurez le volume avec Loudness Meter : les plateformes de streaming baissent les morceaux trop forts, et Spotify, par exemple, ramène par défaut l’écoute autour de moins 14 LUFS intégrés, l’unité du volume perçu.
- Gardez le pic réel sous moins 1 dBTP, le décibel true peak : dans Adaptive Limiter, cochez True Peak Detection et réglez Out Ceiling sur moins 1 dB. Les fiches mixage et mastering détaillent la marche à suivre.
Tout ce qui précède décrit la pratique actuelle. Les pionniers du new jack swing travaillaient avec des boîtes à rythmes Roland TR-808 et R-8, des synthétiseurs Yamaha DX7 et Roland D-50 et des échantillonneurs comme l’E-mu SP-1200 ; la correction de justesse n’existait pas encore, et les chœurs d’un groupe comme Jodeci, formé au gospel, étaient chantés prise après prise.
Ce qu’un praticien fait vraiment
L’ordre des étapes ci-dessus est pédagogique. En pratique, un producteur de R&B part presque toujours d’une boucle, quelques accords et un rythme, qu’il fait tourner pendant que la chanteuse ou le chanteur improvise des mélodies et des bouts de phrases. On enregistre tout, puis on choisit. Le rythme peut attendre son heure : Rich Harrison avait construit celui de « Crazy in Love » bien avant de rencontrer Beyoncé, et l’a gardé jusqu’à trouver l’artiste qui lui convenait. Il peut aussi naître dans l’urgence : Timbaland a écrit et produit « Are You That Somebody ? » en quelques heures, en une seule séance.
La deuxième habitude est d’écrire pour une voix précise. Frank Ocean a d’abord écrit « Thinkin Bout You » pour une autre chanteuse, et beaucoup de producteurs construisent l’instru en pensant au registre et au timbre de l’interprète : une tonalité adaptée vaut mieux que n’importe quel traitement.
La troisième habitude est de travailler chez soi : SZA a enregistré une partie de SOS dans sa maison de Malibu et chez ses producteurs. Enfin, un point d’époque : pour retrouver l’énergie du new jack swing, limitez-vous comme ses pionniers à une boîte à rythmes, une basse et un clavier.
Les cinq erreurs du débutant
- Laisser la correction de justesse réglée par défaut sur une ballade : la voix devient métallique sans que ce soit voulu.
- Empiler des harmonies mal calées : des doublages qui n’attaquent pas en même temps que la voix principale sonnent faux, même justes.
- Oublier d’accorder la 808 : une basse qui ne joue pas la fondamentale de l’accord, ou qui se bat avec la grosse caisse, brouille tout le bas du mixage.
- Remplir l’instru : trop d’accords, trop de percussions et trop de nappes couvrent la voix, alors que tout le genre est construit autour d’elle.
- Échantillonner un disque ou copier de trop près l’ambiance d’un morceau existant : Robin Thicke et Pharrell Williams l’ont appris à leurs dépens avec « Blurred Lines », comme l’explique la partie consacrée aux droits.
Poser une boucle d’accords à neuvième, une 808 et quelques voix empilées pour un morceau de R&B s’apprend en une soirée. Construire un morceau entier, le mixer et le finir demande une méthode. C’est ce que nous transmettons à YouTips, à Grenoble et à distance.
- Organisme certifié Qualiopi, formation finançable
- Formateur Logic Pro depuis 20 ans, MainStage depuis sa sortie
- Progression du projet vide au morceau masterisé
- Petits groupes et suivi individuel
Où trouver des sons R&B ?
Dans Logic Pro
- Vintage Electric Piano, Vintage B3 et Studio Piano pour les claviers, Studio Bass pour la basse électrique.
- ES2 pour les 808 et les basses en sinus, Alchemy et Retro Synth pour les nappes et les sons de synthétiseur.
- Drum Machine Designer, Quick Sampler et le Step Sequencer pour programmer et découper les batteries.
- Flex Pitch et Pitch Correction pour la justesse, DeEsser 2, Compressor et Channel EQ pour la voix.
- Space Designer, ChromaVerb, Stereo Delay et Tape Delay pour l’espace autour du chant.
- Le MIDI FX Chord Trigger et les Session Players pour jouer accords et basses sans être instrumentiste.
Boucles et banques
- Splice : abonnement à la boucle, sous une licence dite libre de droits, sans redevance par utilisation, avec beaucoup de batteries, de 808 et de voix R&B.
- Loopmasters : banques vendues à l’unité, sous licence sans redevance par utilisation, à lire avant tout usage commercial.
- Sample Magic : banques thématiques soignées, dont des kits de batterie et des accords.
- Freesound : bruitages et enregistrements versés par une communauté, sous licences Creative Commons variées, à lire fichier par fichier avant tout usage commercial.
Instruments virtuels
- Spitfire Audio : sa série LABS, gratuite, riche en pianos, cordes et textures.
- Spectrasonics : Keyscape pour les pianos électriques et les claviers, Omnisphere pour les nappes.
- Arturia : émulations de pianos électriques et de synthétiseurs anciens, utiles pour le son des années 1980 et 1990.
Voix, espace et caractère
- Antares : l’éditeur d’Auto-Tune, le logiciel de correction de justesse qui a donné son nom à l’effet.
- Celemony : Melodyne, pour retoucher la justesse et le placement note par note.
- Valhalla DSP : réverbérations et échos à prix modeste, dont un modèle gratuit, Supermassive.
- ChromaGlow, présent dans Logic Pro 11 sur les Mac à puce Apple, pour une saturation douce sur la 808 ou la voix. La fiche ChromaGlow le présente.
Pour choisir votre micro, votre casque et votre carte son avant d’investir dans les logiciels, le cours Équipez votre home studio passe en revue les priorités dans l’ordre.
Lexique du R&B
- R&BSigle de « rhythm and blues », aussi écrit RnB ; désigne aujourd’hui surtout le R&B contemporain, la musique populaire afro-américaine chantée née dans les années 1980.
- Rhythm and bluesNom donné en 1949 par Billboard à son classement des disques afro-américains, ceux de Louis Jordan, Ruth Brown ou Ray Charles.
- New jack swingR&B nerveux et balancé inventé par Teddy Riley, nommé en 1987 par le Village Voice.
- Hip-hop soulChant soul sur des rythmes et des échantillons de hip-hop ; l’expression est attribuée à Sean Combs, pour le premier album de Mary J. Blige.
- MélismePassage d’une seule syllabe sur plusieurs notes enchaînées, hérité du gospel.
- Ad-libCourte phrase improvisée, cri ou exclamation qui répond à la voix principale, souvent en fin de phrase.
- DoublageMême ligne de chant enregistrée une deuxième fois et superposée à la première pour l’épaissir.
- 808Basse grave et tenue tirée du son de grosse caisse de la boîte à rythmes Roland TR-808, omniprésente dans le R&B et la trap actuels.
- Auto-TuneLogiciel de correction de justesse ; réglé pour corriger instantanément, il donne à la voix le son robotique popularisé par T-Pain.
- InterpolationMélodie ou texte d’un morceau existant rejoué ou rechanté au lieu d’être échantillonné ; elle demande l’accord des auteurs de l’œuvre d’origine.
Six morceaux clés, tempo et ce qu’il faut écouter
| Morceau | Tempo | Production | Ce qu’il enseigne |
|---|---|---|---|
| « My Prerogative »Bobby Brown, 1988 | 120 BPM | Gene Griffin, Bobby Brown | Coécrit par Teddy Riley, un mélange de rythmes hip-hop, de synthpop et de soul : le new jack swing à son sommet. |
| « Are You That Somebody ? »Aaliyah, 1998 | Non publié | Timbaland | Une batterie syncopée pleine de silences, des guitares en staccato et un bébé tiré d’un disque de bruitages, le tout produit en une séance. |
| « Crazy in Love »Beyoncé, 2003 | Environ 100 BPM | Rich Harrison, Beyoncé | Les cuivres d’un disque des Chi-Lites de 1970 deviennent l’accroche d’un tube resté huit semaines numéro un : la leçon de l’échantillon bien choisi. |
| « Yeah! »Usher, 2004 | 105 BPM | Lil Jon | Une boucle de clavier de huit notes, une batterie de club et deux rappeurs invités : le crunk&B, douze semaines numéro un. |
| « Thinkin Bout You »Frank Ocean, 2012 | Non publié | Frank Ocean, Shea Taylor | Des synthétiseurs scintillants, une batterie étouffée et un falsetto : le R&B alternatif, nommé au Grammy de l’enregistrement de l’année. |
| « Djadja »Aya Nakamura, 2018 | Non publié | Non précisée | Écrit par Aya Nakamura et Le Side, numéro un en France et aux Pays-Bas, où aucune chanson en français n’avait atteint la première place depuis 2009 : le R&B français s’exporte. |
Les tempos indiqués sont ceux que publie Wikipédia en anglais ; pour les trois autres titres, aucune mesure fiable n’a été trouvée : vérifiez vous-même en tapant la pulsation sur trente secondes, puis en multipliant par deux. Pas de tonalité indiquée (les détections automatiques ne sont pas fiables). Ces six titres ont été choisis pour leur valeur pédagogique, et non pour représenter toutes les scènes du genre.
Labels, droits et échantillons
Le R&B s’est construit autour de quelques labels qui ont chacun imposé un son. Atlantic, fondé en 1948, publie Ruth Brown, les Clovers et Ray Charles ; selon Jerry Wexler, ses ventes se limitaient d’abord au public noir, sans passage sur les radios blanches. Uptown Records signe Jodeci en 1990 et confie le groupe à un stagiaire nommé Sean Combs, avant de lancer Mary J. Blige. LaFace, fondé en 1989 à Atlanta par Babyface et L.A. Reid avec l’appui financier d’Arista, révèle TLC et Toni Braxton. Blackground publie Aaliyah, Def Jam Frank Ocean, Top Dawg Entertainment SZA, et The Weeknd a commencé sur sa propre structure, XO.
Sur un morceau, deux droits coexistent. Le droit d’auteur porte sur l’œuvre, la musique et le texte, et il est le plus souvent géré en France par la Sacem lorsque les auteurs y ont adhéré ; les parts des coauteurs, chanteuse, auteur, compositeur et producteur de l’instru, se fixent par écrit avant la sortie. Les droits voisins portent sur l’enregistrement et appartiennent au producteur du disque, celui qui finance et détient la bande, ainsi qu’aux artistes-interprètes. Un contrat de label porte d’abord sur ce second droit : lisez la durée de la cession, le territoire, le partage des revenus et l’exclusivité.
La synchronisation, l’association d’un morceau à des images, est un débouché historique du R&B : « End of the Road » est écrit pour le film Boomerang, « Are You That Somebody ? » pour Dr. Dolittle, et Babyface signe en 1995 toute la bande originale de Waiting to Exhale. En France, « Just the Two of Us » accompagne depuis 2009 les publicités d’une marque de fromage. La synchronisation exige deux autorisations distinctes, celle de l’éditeur pour l’œuvre et celle du producteur pour l’enregistrement, aucune des deux n’étant délivrée par la Sacem. Méfiez-vous des contrats qui demandent de céder tous vos droits pour une somme forfaitaire.
Échantillons, interpolations et procès
- Reprendre une chanson telle qu’elle a été écrite ne demande pas en France d’autorisation particulière aux auteurs : on déclare l’œuvre, et les droits dus aux auteurs et aux éditeurs leur sont reversés, principalement par la Sacem.
- Échantillonner un enregistrement demande deux autorisations, celle des titulaires des droits sur l’œuvre, généralement l’éditeur, et celle du producteur de l’enregistrement, qui se porte en général fort des interprètes.
- Le R&B des années 1990 a vécu d’échantillons : « Real Love » de Mary J. Blige repose sur « Top Billin’ » du duo de rap Audio Two, et « This Is How We Do It » de Montell Jordan sur « Children’s Story » de Slick Rick.
- Un échantillon déclaré fait de son auteur un coauteur. Eugene Record, chanteur des Chi-Lites, figure parmi les auteurs de « Crazy in Love », dont l’accroche de cuivres vient de sa chanson de 1970.
- Ce qui passe sur une mixtape gratuite ne passe pas forcément dans le commerce. Quand The Weeknd réédite ses premières mixtapes en 2012, deux échantillons, dont un extrait d’Aaliyah, disparaissent de la version commerciale de House of Balloons.
- Dans l’arrêt Pelham du 29 juillet 2019, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que même un fragment très court reproduit l’enregistrement, sauf s’il est modifié au point d’être méconnaissable à l’écoute : ralentir, filtrer ou transposer une voix ne suffit pas tant qu’on la reconnaît.
- Le 14 avril 2026, dans l’arrêt Pelham II, la Cour a précisé l’exception de pastiche : une œuvre peut emprunter à une autre si elle l’évoque, s’en distingue nettement et engage avec elle un dialogue artistique reconnaissable. Ce n’est pas un passe-partout. Ne bâtissez pas un morceau commercial sur cette exception sans l’avis d’un juriste.
- Rejouer ou rechanter soi-même une mélodie protégée au lieu de l’échantillonner, ce qu’on appelle une interpolation, demande toujours l’accord des titulaires des droits sur l’œuvre, mais plus celui du producteur de l’enregistrement d’origine.
- Ressembler de trop près peut coûter cher, même sans échantillon. En 2015, un jury américain, qui ne pouvait comparer que les partitions et non les enregistrements, a jugé que « Blurred Lines » de Robin Thicke et Pharrell Williams contrefaisait « Got to Give It Up » de Marvin Gaye, et accordé plus de 7 millions de dollars à ses héritiers, somme ramenée à 5,3 millions. Le 21 mars 2018, la cour d’appel fédérale a confirmé le jugement par deux voix contre une ; la juge dissidente, Jacqueline Nguyen, estimait que la décision revenait à protéger « un style musical ». Le rappeur T.I., qui figurait sur le titre, a été mis hors de cause, et l’affaire s’est close en décembre 2018 sur une condamnation d’environ 5 millions de dollars.
- Une grille d’accords courante, elle, n’appartient à personne. Le 4 mai 2023, un jury américain a jugé qu’Ed Sheeran n’avait pas copié « Let’s Get It On », le titre de Marvin Gaye coécrit par Ed Townsend en 1973, dont la famille de Townsend lui reprochait d’avoir repris la grille et le rythme ; Sheeran avait joué de la guitare devant les jurés pour montrer combien cet enchaînement de quatre accords est banal.
- Ces deux affaires relèvent du droit américain, mais la leçon vaut partout : personne ne possède un accord de neuvième ou une 808, mais une mélodie, un texte ou un enregistrement précis sont protégés.
- Les sons d’usine de Logic Pro, boucles, échantillons et jeux de sons, peuvent selon Apple être utilisés sans redevance dans vos propres morceaux, mais pas distribués seuls ni reconditionnés en banques.
- Interpréter vos morceaux ou des reprises en concert en France ne demande pas d’autorisation individuelle : l’organisateur déclare le répertoire et règle les droits à la Sacem, qui les reverse aux ayants droit, y compris étrangers.
Une fois ces questions réglées, reste à faire connaître votre musique : dans un genre où le clip, la chorégraphie et l’image comptent autant que le son, notre formation Final Cut Pro, EPK et site web pour musiciens vous apprend à monter vos vidéos, à construire votre EPK et à publier votre site d’artiste.
Une playlist pour écouter le R&B
Pour passer de la lecture à l’écoute, YouTips a tiré de cette fiche une playlist Apple Music : 30 titres dans l’ordre chronologique, un par artiste, choisis dans la liste des 100 artistes ci-dessous. Le bouton « Écouter ici » ouvre le lecteur sans quitter la page.
- R&B, la découverte30 titres · 2 h 12
De Louis Jordan (1949) à Tayc (2020) : soixante-dix ans de rhythm and blues et de R&B, du jump blues au new jack swing, du hip-hop soul au R&B alternatif et français.
Sans abonnement Apple Music, le lecteur fait entendre des extraits de 30 secondes. Du gospel à la techno, toutes les playlists tirées du glossaire sont sur la page Playlists YouTips.
Les 100 artistes qui ont fait le R&B
Le rhythm and blues, des années 1940 au début des années 1960
- Louis Jordan
- Wynonie Harris
- Roy Brown
- Big Joe Turner
- Ruth Brown
- LaVern Baker
- Dinah Washington
- The Clovers
- The Drifters
- Ray Charles
- Fats Domino
- Johnny Otis
- Etta James
- Sam Cooke
De la soul au R&B moderne, années 1970 et 1980
- Marvin Gaye
- Stevie Wonder
- Michael Jackson
- Prince
- Luther Vandross
- Teena Marie
- The S.O.S. Band
- Sade
- Anita Baker
- Janet Jackson
- Whitney Houston
- Freddie Jackson
Le new jack swing, de 1987 au milieu des années 1990
- Teddy Riley
- Guy
- Keith Sweat
- Bobby Brown
- Johnny Kemp
- Al B. Sure!
- Bell Biv DeVoe
- Karyn White
- Tony! Toni! Toné!
- Wreckx-n-Effect
Les années 1990 : hip-hop soul, grandes voix et nouveaux producteurs
- Babyface
- Boyz II Men
- Jodeci
- Mary J. Blige
- TLC
- En Vogue
- SWV
- Mariah Carey
- Toni Braxton
- Brandy
- Monica
- Aaliyah
- Timbaland
- Missy Elliott
- Ginuwine
- Blackstreet
- Dru Hill
- Total
- 112
- Destiny’s Child
Les années 2000 : quand le R&B devient la pop
- The Neptunes
- Kelis
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- Beyoncé
- Alicia Keys
- Ashanti
- Amerie
- Ciara
- Ne-Yo
- Rihanna
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- Keyshia Cole
- John Legend
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- The-Dream
- Jazmine Sullivan
Le R&B alternatif et actuel, depuis 2011
- Frank Ocean
- The Weeknd
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- FKA twigs
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- Kehlani
- SZA
- H.E.R.
- Daniel Caesar
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- Brent Faiyaz
- Summer Walker
- Victoria Monét
- Jorja Smith
Le R&B français
- Native
- Ophélie Winter
- Poetic Lover
- K-Reen
- Assia
- Wallen
- Kayna Samet
- Matt Houston
- Amel Bent
- Aya Nakamura
- Tayc
- Imen Es
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le R&B ?
C’est la grande musique populaire afro-américaine chantée née dans les années 1980, que l’on appelle aussi R&B contemporain ou RnB. Elle se reconnaît à une voix au premier plan, souvent ornée de mélismes et entourée de chœurs, à des accords de septième et de neuvième, et à une batterie programmée venue du hip-hop. Elle descend du rhythm and blues des années 1940 et 1950 et de la soul.
Quelle est la différence entre le R&B et la soul ?
La soul est née du rhythm and blues au tournant des années 1960, quand Ray Charles et d’autres y ont fait entrer la ferveur du gospel ; elle est jouée par des musiciens réunis en studio. Le R&B contemporain, qui s’impose à partir du milieu des années 1980, est produit et programmé, avec des boîtes à rythmes, des échantillonneurs et des voix empilées. La soul cherche l’intensité d’une prise, le R&B la perfection d’un son, mais le second hérite directement des harmonies et du chant de la première.
Que veut dire RnB ?
RnB, R’n’B et R&B sont trois façons d’écrire le sigle de « rhythm and blues », « rythme et blues », adopté par Billboard en juin 1949 pour son classement des disques afro-américains. Il désigne aujourd’hui surtout le R&B contemporain, celui d’Usher, de Beyoncé, de SZA ou d’Aya Nakamura.
Comment faire une instru R&B dans Logic Pro ?
Réglez le tempo autour de 72 BPM et programmez dans le Step Sequencer une batterie simple : grosse caisse aux pas 1, 8 et 11, clap aux pas 5 et 13, charleston en doubles-croches avec quelques roulements en Note Repeat. Ajoutez une basse 808 dans ES2, une onde sinusoïdale avec du Glide, puis une boucle d’accords enrichis au Vintage Electric Piano, comme « Le va-et-vient mineur » : la mineur neuvième, puis ré mineur neuvième. La partie « Faire une instru R&B en home studio » détaille chaque réglage.
Qui sont les grands noms du R&B français ?
Le R&B français commence au début des années 1990 avec N’Groove, Tribal Jam ou Native, dont « Si la vie demande ça » sort en 1993, puis Ophélie Winter. Viennent ensuite Poetic Lover, K-Reen, Assia, Wallen, Kayna Samet, Matt Houston et Amel Bent. Depuis la fin des années 2010, Aya Nakamura, Tayc ou Imen Es en sont les figures les plus en vue.
Sources
- « Rhythm and blues », « Contemporary R&B », « New jack swing », « Hip-hop soul » et « PBR&B » (R&B alternatif), Wikipédia en anglais, consultés en octobre 2026.
- Articles de Wikipédia en anglais consacrés aux albums, titres et artistes cités, de « I Got a Woman » à « Djadja (song) », en passant par « What’s the 411 ? », « One in a Million (Aaliyah album) », « Are You That Somebody ? », « Crazy in Love », « Confessions (Usher album) », « Channel Orange », « SOS (SZA album) » et « Just the Two of Us (Grover Washington Jr. song) », consultés en octobre 2026.
- Encyclopedia.com, « Babyface » ; The Canadian Encyclopedia, « Daniel Caesar » ; American Songwriter et Blavity, sur « Are You That Somebody ? » ; Rolling Stone, sur les Grammy 2024.
- L’Éclaireur Fnac, « Histoire du RnB français : d’Ophélie Winter à Amel Bent », 10 novembre 2021 ; Rhoda Tchokokam, Sensibles. Une histoire du R&B français, Audimat Éditions, 2023, présentation de l’éditeur.
- UC Berkeley, The Network, « Court of Appeals Upholds “Blurred Lines” Ruling », 17 avril 2018 ; Music Business Worldwide, 14 décembre 2018 ; ABC News, sur le verdict du procès d’Ed Sheeran, 4 mai 2023.
- Cour de justice de l’Union européenne, arrêts Pelham, C-476/17, 29 juillet 2019, et Pelham II, C-590/23, 14 avril 2026 ; article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle.
- Apple, « Build grooves in Logic Pro for Mac with the Step Sequencer », « Use the royalty-free content included with Logic Pro for Mac and MainStage in commercial works » et Logic Pro : Guide de l’utilisateur (Flex Pitch, Pitch Correction), consultés en 2026.
Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons, fondateur de YouTips, centre de formation certifié Qualiopi à Grenoble, formateur Logic Pro depuis 20 ans et MainStage depuis sa sortie. Qui sommes-nous ?
