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Alimentation fantôme

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L’alimentation fantôme est une tension continue que l’interface audio, la console ou le préampli (l’étage qui amplifie le signal du micro) envoie au micro par son câble XLR. Elle fait fonctionner les micros statiques et la plupart des appareils actifs branchés sur une entrée micro. On la dit « fantôme » parce qu’elle est invisible pour le son : elle voyage sur les mêmes fils que le signal, sans le perturber. Bien utilisée, elle est sans danger ; quelques précautions protègent les micros fragiles.

  • NormeIEC 61938
  • Version couranteP48 : 48 V ± 4 V
  • Courant maximal10 mA par micro en P48
  • LiaisonXLR symétrique, broches 2 et 3
  • Pour quiStatiques, rubans actifs, DI actives

L’alimentation fantôme en bref

  • Ce que c’est : une tension continue, le plus souvent 48 V, envoyée dans le câble micro par l’entrée de l’interface ou de la console.
  • Pourquoi « fantôme » : elle circule à la fois sur les deux fils du signal : invisible pour le son, elle ne demande aucun câble en plus.
  • Qui en a besoin : les micros statiques à transistor, les rubans actifs, les boîtes de direct actives et les boosters de signal.
  • Qui n’en a pas besoin : les micros dynamiques, les rubans passifs et les micros à lampe, qui ont leur propre alimentation.
  • La règle d’or : branchez le micro avant d’activer le 48 V, coupez-le avant de débrancher, et méfiez-vous des câbles douteux avec un ruban.

Comment fonctionne l’alimentation fantôme

Une liaison micro professionnelle est symétrique : le câble XLR a trois broches. La broche 1 est la masse, reliée au blindage du câble. Les broches 2 et 3 transportent le signal audio, en deux versions de polarités opposées. L’entrée du préampli ne s’intéresse qu’à la différence entre ces deux fils.

L’alimentation fantôme ajoute la même tension continue, +48 V, sur la broche 2 et sur la broche 3, par rapport à la broche 1. Entre les broches 2 et 3, la différence reste nulle : le signal audio ne voit rien. Le micro, lui, récupère cette tension entre ses fils de signal et la masse pour alimenter son électronique.

La tension passe par deux résistances, une par fil, appairées avec précision pour ne pas déséquilibrer la liaison. Elles limitent aussi le courant : en cas de court-circuit dans le câble, l’alimentation n’est pas endommagée.

Sans effet sur un micro dynamique bien câblé

La bobine d’un micro dynamique est branchée entre les broches 2 et 3. Comme ces deux broches sont à la même tension, aucun courant ne la traverse : selon Shure, un micro dynamique symétrique n’est pas affecté par l’alimentation fantôme, et Neumann précise que c’est vrai tant que tout est correctement câblé. Ce n’est plus le cas avec une liaison asymétrique, par exemple un adaptateur vers jack, ou avec un câble défectueux.

La norme : P48, P24 et P12

L’alimentation fantôme est définie par la norme internationale IEC 61938, qui a remplacé la norme allemande DIN 45596. Elle prévoit trois tensions. La P48 est de loin la plus répandue : c’est elle que commande le bouton « 48V » des interfaces.

Les trois variantes de l'alimentation fantôme selon la norme IEC 61938
Variante Tension à vide Résistances d’alimentation Courant maximal Usage
P48 48 V ± 4 V 2 × 6,8 kΩ 10 mA Le standard du studio et de la scène
P24 24 V ± 4 V 2 × 1,2 kΩ 10 mA Prévue par la norme, peu répandue
P12 12 V ± 1 V 2 × 680 Ω 15 mA Plus rare, sur certains appareils portables

En combinant ces tolérances, on obtient la plage de 11 à 52 V que Shure présente comme la norme mondiale. Le Shure SM81, par exemple, fonctionne de 11 à 52 V, mais Shure recommande 48 V : sous une tension plus faible, sa sensibilité et sa marge avant saturation diminuent.

Le courant maximal de 10 mA en P48 dépasse largement la consommation de la plupart des micros : 0,8 mA pour un Neumann U 87 Ai, 1,2 mA pour un Shure SM81, 3 mA pour un Neumann TLM 103, 3,2 mA pour un KM 184. Sous charge, la tension baisse. Avec 3 mA, la chute dans les deux résistances de 6,8 kΩ (soit 3,4 kΩ en parallèle) atteint déjà environ 10 V : le micro ne reçoit plus que 38 V environ. C’est normal : la norme fixe la tension à vide, pas celle qui arrive au micro.

Un peu d’histoire

Selon Schoeps, les premiers micros alimentés de cette façon sont ses modèles CMT 20 de 1963-1964, conçus pour le système de la radio française, de 10 à 12 V. Neumann présente en 1966 les premiers statiques en 48 V. Cette valeur a surtout été choisie parce qu’un des premiers clients disposait déjà de 48 V dans ses installations, alors que les capsules étaient conçues pour 60 V.

Qui a besoin de l’alimentation fantôme

  • Les micros statiques à transistor : l’alimentation fait tourner leur électronique et, pour les modèles à polarisation externe, charge la capsule. Exemples : Neumann U 87 Ai, TLM 103 et KM 184, RØDE NT2-A.
  • Les micros électret : leur capsule garde une charge permanente, mais leur électronique doit être alimentée. Le Shure SM81 accepte de 11 à 52 V ; l’AKG C1000 S de 9 à 52 V, ou deux piles AA.
  • Les rubans actifs : ils intègrent un préampli. Le RØDE NTR exige 48 V, comme les rubans actifs d’AEA ou les Royer R-122 et SF-24.
  • Les boîtes de direct actives : une DI, ou boîte de direct, convertit le signal d’un instrument (basse, clavier) en signal micro symétrique. Les modèles actifs, comme la Radial J48, s’alimentent par le 48 V de la console.
  • Les boosters de signal : ces petits préamplis en ligne, comme le Cloudlifter CL-1 (jusqu’à 25 dB, en 48 V) et le FetHead de Triton Audio (27 dB, de 24 à 48 V), se placent entre un micro dynamique ou un ruban passif et l’interface. Ils utilisent le fantôme pour eux-mêmes et ne le transmettent pas au micro.
  • Les dynamiques à préampli intégré : le Shure SM7dB, version du SM7B dotée d’un préampli de +18 ou +28 dB, est alimenté par le fantôme.

À l’inverse, n’en ont pas besoin : les micros dynamiques classiques comme le Shure SM58 ou le Shure SM7B, les rubans passifs comme l’AEA R92, et les micros à lampe. Une lampe consomme bien plus que ce que le fantôme peut fournir : ces micros sont livrés avec leur propre bloc d’alimentation (Mojave Audio MA-200, RØDE NTK). Certains statiques fonctionnent aussi sur pile, comme le RØDE NT3 (pile 9 V).

Les précautions à prendre

Sur un équipement en bon état, l’alimentation fantôme est sans danger. Les accidents viennent presque toujours d’un défaut de câblage ou d’un branchement fait au mauvais moment. Voici les situations à surveiller.

  • Les rubans passifs : un micro à ruban passif n’a pas besoin du fantôme. Si un câble défectueux, une baie de brassage ou un branchement à chaud déséquilibre la tension, une impulsion peut atteindre le ruban, qui risque de s’étirer ou de se rompre. AEA ne recommande pas le fantôme sur son R92, et Neumann conseille de le laisser coupé pour les rubans. Les rubans anciens sont les plus exposés : lisez leur notice.
  • Les câbles défectueux : un câble dont la masse (broche 1) touche la broche 2 ou 3 envoie la tension là où elle ne doit pas aller. Contrôlez vos câbles, surtout ceux qui servent aux rubans.
  • Les baies de brassage : une baie de brassage est un panneau de connexion qui permet de router les signaux avec des cordons. Au moment où l’on insère un jack, les contacts se court-circuitent brièvement. Royer en fait la première cause de rubans détruits dans les studios professionnels : coupez le 48 V avant de repatcher une ligne micro.
  • Le branchement à chaud : brancher ou débrancher un micro avec le 48 V actif crée une impulsion : les broches ne touchent pas toutes en même temps, et le câble se charge d’un coup. Neumann, Schoeps et Shure conseillent de brancher le micro avec le fantôme coupé.
  • Le claquement dans les enceintes : activer ou couper le 48 V produit un claquement qui peut être violent. Baissez les faders (les curseurs de volume), le casque et les enceintes avant de toucher au bouton.
  • Les appareils asymétriques : ne branchez sur une entrée XLR alimentée que des micros ou des appareils prévus pour : un instrument ou un micro asymétrique peut mal fonctionner, voire être endommagé.

Interfaces et consoles : par voie, par paire ou en global

Selon le matériel, le bouton 48V agit sur une seule entrée ou sur plusieurs à la fois. Yamaha le résume ainsi : les modèles haut de gamme permettent de l’activer voie par voie, les moins chers le commandent pour plusieurs voies d’un coup.

Exemples d'interfaces audio et façon dont elles commandent l'alimentation fantôme
Interface Commande du 48 V En pratique
Focusrite Scarlett 2i2 (3e génération) Un seul bouton pour les deux entrées Les deux entrées micro reçoivent le 48 V dès qu’on l’active
Focusrite Scarlett 18i8 (3e génération) Par paire : entrées 1 et 2, entrées 3 et 4 Réservez une paire aux micros qui n’en veulent pas
Focusrite Scarlett 18i20 (3e génération) Par groupe de quatre : entrées 1 à 4, entrées 5 à 8 Regroupez les statiques sur un même groupe
Audient iD14 MKII Un interrupteur par entrée Chaque micro reçoit seulement ce qu’il lui faut

Sur une interface à commande globale ou par paire, branchez un ruban passif sur une entrée sans 48 V, ou intercalez un booster qui bloque le fantôme côté micro. Sur les Scarlett, le 48 V n’arrive que sur la partie XLR des prises combo (les prises qui acceptent un XLR ou un jack) : un instrument branché en jack 6,35 mm ne le reçoit pas.

Si votre interface ou votre table n’a pas d’alimentation fantôme, un boîtier d’alimentation fantôme externe se place entre le micro et l’entrée.

L’alimentation fantôme dans le glossaire des micros

Ces micros montrent les différents rapports à l’alimentation fantôme : besoin, option ou interdiction.

  • Neumann U 87 Ai : un statique alimenté en P48 (48 V ± 4 V) qui ne consomme que 0,8 mA.
  • Neumann KM 184 : un petit diaphragme à polarisation externe : 48 V ± 4 V, 3,2 mA.
  • Shure SM81 : un électret qui fonctionne de 11 à 52 V, avec 48 V recommandés par Shure pour garder toute sa marge.
  • AKG C1000 S : un statique qui accepte de 9 à 52 V, ou deux piles AA quand aucune alimentation fantôme n’est disponible.
  • RØDE NT3 : un statique alimenté en P48 ou par une pile 9 V.
  • RØDE NTR : un ruban actif : son électronique exige l’alimentation fantôme 48 V.
  • AEA R92 : un ruban passif : selon AEA, le fantôme ne lui est ni nécessaire ni recommandé.
  • Mojave Audio MA-200 : un micro à lampe livré avec son propre bloc d’alimentation : le 48 V ne lui sert à rien.

En pratique

  • Branchez le micro avec le 48 V coupé, puis activez-le ; coupez-le avant de débrancher.
  • Baissez les faders, le casque et les enceintes avant d’activer ou de couper le 48 V.
  • Lisez la notice du micro avant d’activer l’alimentation fantôme.
  • Laissez le 48 V coupé sur les entrées où sont branchés un ruban passif ou un micro à lampe.
  • Sur une interface qui commande le 48 V par paire ou en global, regroupez les micros qui en ont besoin et isolez les autres.
  • Coupez le 48 V avant de repatcher une ligne micro dans une baie de brassage.
  • Contrôlez régulièrement vos câbles XLR et écartez ceux qui grésillent ou coupent.
  • Avec un booster (Cloudlifter, FetHead), activez le 48 V : il l’alimente sans le transmettre au micro.
  • Si un statique sonne faible ou sature vite sur une petite table, vérifiez qu’elle fournit bien 48 V et non 12 ou 24 V.
  • Ne branchez jamais un instrument ou un appareil asymétrique sur une entrée XLR alimentée.

Tous les micros du glossaire

Micros dynamiques (37)

Micros statiques (52)

Micros à ruban (9)

Voir les 98 micros sur une seule page

Aller plus loin

  • Micro dynamique : le principe de la bobine mobile, et pourquoi il encaisse les niveaux forts.
  • Micro statique : le condensateur, son détail dans les aigus et son besoin d’alimentation.
  • Micro à ruban : le plus doux des trois principes, et les précautions qu’il demande.
  • Directivité : cardioïde, omnidirectionnel, figure en 8 : lire un diagramme polaire.
  • Effet de proximité : pourquoi les graves gonflent quand on se rapproche du micro.
  • Prise de son : les bases pour placer un micro et enregistrer proprement.
  • Explorer l’Univers YouTips : cette notion y est reliée aux micros et aux autres fiches du glossaire, en carte interactive.

Questions fréquentes

L’alimentation fantôme peut-elle abîmer un micro dynamique ?

Non, si la liaison est symétrique et le câble en bon état : la même tension arrive aux deux extrémités de la bobine, aucun courant ne la traverse. Shure et Neumann le confirment. Le risque apparaît avec un adaptateur asymétrique ou un câble défectueux.

L’alimentation fantôme est-elle dangereuse pour un micro à ruban ?

Un ruban actif, comme le RØDE NTR, en a besoin pour fonctionner. Un ruban passif n’en a pas besoin : avec un câble et un équipement corrects, elle ne l’abîme pas, mais un câble défectueux, une baie de brassage ou un branchement à chaud peuvent envoyer une impulsion qui étire ou rompt le ruban. Laissez-la coupée par sécurité.

Peut-on laisser le 48 V allumé en permanence ?

Rien ne l’interdit pour les statiques, et les micros dynamiques symétriques n’en souffrent pas. La bonne pratique reste de ne l’activer que sur les entrées qui en ont besoin, et de le couper avant de brancher ou de débrancher un micro.

Mon interface n’a pas de 48 V : que faire ?

Placez une alimentation fantôme externe entre le micro et l’entrée : c’est un petit boîtier qui injecte la tension dans le câble. Autre solution : un statique qui fonctionne sur pile, comme l’AKG C1000 S ou le RØDE NT3.

Un micro à lampe utilise-t-il l’alimentation fantôme ?

Non. Une lampe consomme bien plus que ce que le fantôme peut fournir : le micro est livré avec son propre bloc d’alimentation, relié par un câble spécial. Le 48 V ne lui sert à rien, laissez-le coupé sur cette entrée.

Sources

Fiche rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, relue et vérifiée par Fabien Fons.